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CE QUE DIT LE PASSÉ

Toi qui ne vivais, m'amie, Doucement et tristement, Que de paix rêveuse et de dévoûment.

Toi qui restais endormie, Est-ce le Prince Charmant ?

L'amour qu'on t'a fait connaître, Jamais tu ne l'adoras ; Jamais, sans raison, tu ne soupiras Est-il donc venu, ton maître.

Que tu sens s'ouvrir tes bras ?

S'il quittait cette demeure.

Lui, le faible oiseau battu Que tu réchauffas d'abord par vertu, S'il s'en allait à cette heure.

Dans l'adieu sourirais-tu ?

Tu devrais sourire, certes,

De le sentir bien guéri !

Mais que la maison te serait déserte ! Comme il vaudrait mieux l'y garder meurtri !

La douleur qu'il a soufferte Te vaut la douceur d'être son abri.

C'est une douceur suprême De bercer l'angoisse au chaud des genoux,

Et peut-être que l'on aime Plus profondément quiconque blasphème, Plus longtemps quiconque a besoin de vous.

Mais non... Connais mieux ton âme ;

Lis un peu, lis sans regret :

La vierge d'hier est presque la femme.

Et, sous la pitié, l'amour apparaît.

C'est un amour qui s'ignore,

Mais c'est un amour tout prêt....

Va ! tu l'aimerais encore

Quand bien même il guérirait !

Et le soupir du soir, traversant la forêt

Après s'être engouffré dans la chambre sonore.

Loin du cœur de Louise emporte son secret.

Le convalescent, qui rêve, Voit ses anciennes amours, Du passé, brumeuse grève, Surgir, et monter toujours.

Il reconnaît la voix dure, L'accent mol et caressant, Le pas, l'odeur, la stature ; Mais le visage est absent.

Fermant les yeux, il essaie De retrouver, un instant,

i" La bouche méchante ou gaie,

' Le regard vif ou flottant.

Il Du suave à l'ironique,

Tous ses amours revenus f'" Prennent un visage unique,

Il Aux beaux yeux d'hier connus.

Et, pensant à la tristesse De ces longues trahisons Qui se suivirent, sans cesse.

Comme le cours des saisons;

Songeant que les voix légères Vous mentent étrangement, Mais que ces douleurs sont chères Au cœur épris de tourment,

Sous l'or chaud de la soirée.

Il se dit : « Ce jour fut beau !

La vie était recouvrée ; J'aurai l'amour de nouveau ! »

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