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DEUX FEMMES

Sous un toit de bois et d'ardoise, Dans la vieille maison vaudoise Aux volets verts, de blanc rayés.

Parmi les lueurs indécises Qui tremblent aux carreaux brouillés, On peut voir deux femmes assises Et dont l'une a les yeux mouillés.

La plus jeune, — celle qui pleure Ou vient de pleurer tout-à-l'heure, — Est grande, droite, avec des yeux Calmes comme la conscience.

Bleus et profonds comme les cieux, Mais où l'on sent l'expérience Des désespoirs silencieux.

On dirait que les yeux des hommes, Nos yeux, à nous, tant que nous sommes, Changent dès qu'ils ont vu la mort :

Ces yeux ont soulevé la pierre.

Vers rinconnu tenté l'effort, Et, caché sous chaque paupière, Un peu du grand mystère y dort.

Louise vit mourir. Son être Sentit le froid qui vous pénètre Devant le redoutable seuil.

Elle a su comme on désespère En interrogeant un cercueil, Et, depuis le départ du père, Elle reste en robe de deuil.

Dans la saison où tout s'éveille.

Où les garçons à votre oreille Redisent les mots que l'on sait, Qui font battre, sans différence.

Chaque cœur sous chaque corset, Elle est là, froide en apparence, Comme si rien ne se passait :

Holà! la Louise... On est belle et fraîche ! Il est temps pour tout, la danse et le prêche. On a les pieds vifs, dans notre Jura.

Ce sera, demain, fête aux Charbonnières; Les garçons auront de belles manières : On s'amusera.

Nous sommes trop vieux, on nous dit sévères ; Mais, en connaisseurs, nous jugeons les paires ; Quand un couple est bien, ça nous rajeunit; Leurs bras enlacés nous cachent nos tombes, Et nous rêverions, devant ces colombes, De refaire un nid.

Ce serait bien doux et bien beau, le monde, Si l'homme pouvait, même une seconde.

Chanter de nouveau les airs désappris ! Nous savons la chose; il faut nous en croire ; L'amour laissera, dans votre mémoire, Le parfum sans prix.

Mais les chers bons vieux, qui, gamine, La voyaient grimper sur le toit,

Ont beau, lui reprochant sa mine.

Dire à Louise : u Amuse-toi ! >)

Pierre, que chacun, au village. Tient, à peu près, pour son promis, Lui répète en vain qu'elle a l'âge Où s'ouvrent les cœurs endormis.

Elle est douce, et cause avec Pierre D'un air tranquille et fraternel.

Ses yeux n'ont pas plus de lumière:

Nul éclair n'enflamme leur ciel.

Pierre, pourtant, est un beau drille; Né dans l'air résineux des bois.

Il a, pour séduire une fille.

Fortes épaules, tendre voix;

11 a surtout le cœur honnête.

Un de ces cœurs faits pour l'amour Il sait écrire, il n'est pas bête...

Chaque soir il vient, pour sa cour.

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