‹ LouiseChapitre 26 sur 38 · IL FAUT · texte numérisé non relu

IL FAUT

Les deux femmes s'en vont, le dimanche, à l'église.

La mère, sérieuse, a prié très longtemps,

Puis, au sortir du prêche, elle entraîne Louise

Et lui parle à mots haletants.

Elle dit Pierre, sa détresse, i

L'affreux désespoir qui l'oppresse,

Sa soif de partir, d'oublier,

Gomment, fidèle, il sait attendre,

Tout entier à ce rêve tendre:

Une femme avec un foyer.

Elle parle de Vautre aussi... Louise écoute. Chaque fois que ce nom revient, Louise sent Commeunflotdebonheurrinonder,goutte à goutte, Et la rafraîchir en la caressant.

180 T.OUISF,

La mère, d'une voix plus haute, Dit l'amour qui mène à la faute, Et l'autre amour, vrai, sûr, profond.

L'amour qu'en vain on humilie, Qui vous tend sa coupe remplie...

Alors Louise lui répond.

Louise vers la mère a levé ses prunelles. C'est une loyauté de feu qu'on lit en elles ; L'amoureuse s'enfièvre et parle en s'exaltant. Elle dit sa pitié, d'abord, pour un pauvre être. Gomment son âme, ensuite, apprit à le connaître, Gomment il a gagné tout son cœur palpitant. Gomment de cet asile il ne peut disparaître... Et la mère se dit : « Il faut pourtant ! »

Les yeux francs dans ses yeux, Louise lui répète L'amour inespéré qu'elle eut pour son poète. Gomment elle s'émut pour la première fois, Que, depuis, se donnant sans arrière-pensée, Elle verse le ciel dans cette âme oppressée, La sent se réchauffer chaque jour sous ses doigts, Renaître, la mourante, et chanter, la blessée... Et la mère se dit : « Il faut; je dois ! »

Louise dit sa tâche, et que la tâche est belle : Illuminer une âme en la rendant nouvelle, Ressusciter un cœur qui serait mort bientôt. Etre sa conscience en étant son ivresse. Attendre que la soif de l'infini le presse, Que, joyeux ici-bas, il regarde là-haut, Qu'au baiser de l'amour la foi réapparaisse. Et la mère se dit: « Il faut, il faut! »

Page 1