L'AMOUR ET LA MO'RT
Maintenant, Pierre suit Louise.
Tout d'abord, devant la maison, Comme ils ont vu la mère assise A compter les brins de gazon,
Ils s'en vont vers la chère femme, Et, d'un geste religieux.
L'embrassant de toute leur âme.
Mêlent deux bouches sur ses yeux.
Ces yeux les bénissent encore.
Ils pourront, plus joyeusement, Jusqu'au grand frisson de l'aurore, Oublier le reste en s'aimant.
Puis, tenant dans ses deux mains closes Les doigts de Pierre qui la suit, Vers le doux cimetière aux roses, Louise, grave, l'a conduit.
C'est là qu'elle dort, sans pensée, Celle qui souffrit sans recours, Celle que l'on coucha, blessée, Déjà froide, — saignant toujours.
Au pays nouveau qu'elle habite, Loin des larmes, loin des baisers.
Sans doute que rien ne palpite
^Hii Dans les tristes cœurs apaisés.
Elle n'aura point l'amertume De voir les heureux se pâmer; Mais ils prendront cette coutume De venir ici pour l'aimer.
Ils apporteront, en corbeilles, Les fleurs dont le parfum lui plut,
De ces fleurs sauvages, pareilles A la pauvrette qui mourut.
Louise s'est agenouillée ; Elle voit, en se relevant, Que Pierre a la face mouillée Et pleure où l'on coucha l'enfant
Devant la volupté nouvelle, L'extase qu'il aura ce soir, A son cœur trop plein se révèle La douleur d'aimer sans espoir,
Douleur implacable, farouche.
Tuant le devoir, la gaîté, Vous montant encore à la bouche Sur le seuil de l'éternité.
Au pays nouveau qu'elle habite Le vent portera-t-il ces mots?
Pierre a dit : « La pauvre petite !
Et son bonheur a des sanglots.
Et son amour encor s'augmente, Au souvenir de la tourmente Qui féconde comme labour, Et de la Mort, froide et calmante, Dont le lit nous attend après les lits d'amour.