Il fut nommé maréchal de France eu
ment de la Révolution et qui composent son dossier, montre jusqu'où pouvait aller l'excès de sa prévoyance : à ce moment, tuteur de sa petite-fille devenue orpheline et qu'il adore, il s'inquiète en songeant qu'au jour de son décès l'enfant sera peut-être trop inexpérimentée encore pour savoir utilement défendre ses intérêts. Aussi, titulaire d'une charge héréditaire de « receveur général des domaines et bois de Bourgogne » qu'il tenait luimême de son père, prend-il grand soin de préparer lui-même le modèle du mémoire à adresser après sa mort au garde des Sceaux pour en assurer la transmission à sa petite-fille! A cette pétition, il joint un compte rigoureux de sa fortune, et soucieux d'épargner toute complication après lui, il ajoute la liste complète de ses créances. Elles se montent à la somme de 534,997 livres qui lui sont dues tant par sa charge que par des particuliers. Claude Rougeot , n'avait pas, du reste, en quelques jours édifié sa fortune au moment du système de Law, comme les Crozat*^ les Peyrenc-,. les Bourret^ et tant d'autres.
1. Antoine Crozat, depuis marquis du Chàtel, qui oblint eu 1717 le privilège de la Louisiane et fit une colossale fortune.
2. Abraham Peyrenc, deveim seigneur de Moras-en-Brie, après avoir gagné des soimues immenses. 11 mourut eu 1732, maître des requêtes au Grand Conseil. Il avait épousé Marie-Anne Farges^
3. Bourret, seigneur de Croix-Fontaine, mort insolvable en 1777,.
Sa famille tenait un rang honorable depuis plusieurs générations et lui-même avait reçu confirmation de noblesse le 9 mai 1772^
Il était fils de François Rougeot, écuyer, conseiller-secrétaire du roi près le parlement de Besançon, receveur général des domaines et bois de Bourgogne, et d'Elisabeth de Landres-.
Enfin, ses trois sœurs avaient contracté des mariages qui les avaient fait entrer dans les meilleures familles de la province : Marie-Anne Rougeot, l'aînée, avait épousé le chevalier de Coulmier ; INIarie-Cécile, la deuxième, le baron de Manvilly, seigneur de Malesson, chevalier de Saint-Louis, colonel de cavalerie, et la cadette, Thérèse, le comte
avait épousé la fille de Tilez d'Acosta. Fils d'un laquais de Nantes, il avait commencé sa fortune « dans les étapes et voitures des sels du royaume ». Ou raconte qu'ayant eu Ihonueur de recevoir le roi Louis XV dans sa maison de Croix-Fontaine, <;e dernier remarqua un magnifique in-folio intitulé : Le Vrai Bonheur et portant ii la première page la mention suivante : « Le Roi est venu chez Bourret. » La même inscription se retrouvait sur chaque page, avec la progression des années jusqu'il 1800. Le Roi se montra fort sensible à cette délicate fiatterie. — Voir Ln France d'autrefois, par E. Paz et Gratien. Paris, Guillaumiu, 1892.
1. Rougeot, famille originaire de l'Orléanais, porte d'argent, au chevron de gueules accompagné de 3 roses du même. — Potier de Courcy, tome L\, page 547.
2. Le contrat de mariage de Claude-François Rougeot et de Marie de la Bruyère de Clercy fut reçu par Me Dutartre, notaire à Paris, successeur de M« de Ridder, le 29 novembre 1742. M™e Rougeot mourut en 174G. C'est M« Vaudcmont, notaire à Dijon, qui reçut le testament ele François Rougeot et en donna Jecturc le 19 août 1748.
■d'Auxy, grand maître des eaux et forêts du duché de Bourgogne*.
La lettre suivante du comte d'Esparhès de Lussan, adressée à M. de Rougeot au moment où se décidait le mariage de son fils, montre combien il se félicitait de cette alliance :
« Montauban. le 10 janvier 1702.
« C'est, Monsieur, avec la plus grande joye que j'ai appris que vous vouliez bien faire à mon fils l'honneur de l'unir à Mademoiselle votre fille. Je ne puis vous témoigner combien cet événement m'est précieux pour les liens que ma famille va contracter avec la vôtre. A juger du cœur de mon fils par les heureuses idées qu'il m'en donne, je puis espérer, Monsieur, que vous n'aurez jamais aucun regret de la préférence que vous lui donnez. Elle est d'autant plus flatteuse que cette enfant qui vous est si chère va me le devenir autant qu'à vous-même. Je vous prie d'en être bien persuadé ainsi que de l'invariable et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être votre très humble et très dévoué serviteur.
« LUSSAX. »