Archives nationales, AFn
<( exceptions. Son Excellence le sénateur-ministre
« a demandé provisoirement à M. Massias quelle
<( était la nature des rapports de M. de Polastron
« avec les membres de l'ancienne dynastie, quel
« avait été le véritable but de sa sortie de France
« en l'an XII, ainsi que sa demande d'un passe -
<( port pour la Russie, s'il avait fait le voyage et
« pour quel objet. »
Si M. de Polastron demanda une seconde fois à se rendre en Russie, il n'est pas difficile, cette fois -encore, de se douter du but de son voyage, et la police continue à montrer bien peu de clairvoyance. Le duc de Polignac avait reçu du Tzar un magnifique domaine dans une province de l'Ukraine et s'y était installé avec ses enfants et la comtesse Diane; quoi d'étonnant, dès lors, à ce que M. de Polastron soit allé faire un séjour auprès de son beau-frère et de ses neveux ?
Si toutefois il entreprit ce voyage, son absence ne fut pas de bien longue durée, car une dernière note de police nous éclaire sur ses faits et gestes au commencement de 1808. Ce rapport, daté du 4 avril, nous apprend que M. de Polastron vient de se marier avec une Hongroise habitant Carlsruhe et qu'il s'est rendu à Manheim, où S. A. I. la grande-duchesse Stéphanie lui fait une pension.
352 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
Il ajoute : « Or, M™*' de Polastron, maîtresse du (( comte d'Artois, est morte à Londres. M. dePolas- « tron sollicita, il y a environ un an, la permission (( de rentrer en France, et M. de Walsh écrivit en « sa faveur, en observant que S. A. I. la grande- <( duchesse désirait que sa demande fût accueillie. (( M. Massias assura que sa conduite était régu- « lière et qu'il était l'ennemi mortel des Bour- « bons, ne pouvant oublier l'injure que lui avait « faite le comte d'Artois. »
Cette appréciation, qui paraît émaner bien davantage de l'imagination de M. Massias, qu'avoir été formulée par M. de Polastron, parut probablement peu vraisemblable, car une note annexée au bulletin ajoute « qu'il n'a été donné aucune suite à cette demande ».
Ces bulletins contiennent cependant une part de vérité : M. de Polastron était bien rentré en France, mais c'était pour y accomplir une mission qui lui avait été confiée par les princes. Sa veuve l'affirme dans une pétition que nous la verrons adresser à M'"'' la duchesse d'Angoulème.
En outre, M. de Polastron avait épousé, en effet, le 29 février 1808, à l'église catholique de Carlsruhe, dans le grand-duché de Bade, Marie- Salomé-Louise Becker, de nationalité hongroise.
La mariée était fille d'un secrétaire de ciiancel-
LA COMTESSE DE POLASTROX. 3o3
lerie, mais elle devait avoir une situation modeste, si l'on en juge par le choix des témoins, qui furent le commissaire de police et le maître d'école. Ce mariage allait fixer les nouveaux époux à Bade pendant six années, et ce n'est que la restauration de 1814 qui allait les ramener à Paris.
Les détails nous manquent sur la vie menée par le comte de Polastron pendant ce laps de temps, aussi bien que sur les premiers mois de son séjour à Paris. Mais ce qui paraît certain, c'est que les années et Téloignement n'avaient pas affaibli son zèle ni sa fidélité pour la famille royale^ car lorsque viennent les Cent -Jours, il suit Louis XVIII à Gand. Là, il trouve la juste récompense de son dévouement : il est remis aussitôt en activité de service et promu maréchal de camp pour tenir rang du 1" janvier 1797 (ordonnance du 28 février 1815*).
Le brevet de maréchal de camp, délivré le 9 mai seulement, est signé : Louis, et contresigné par le ministre d'Etat de la Guerre, duc de Feltre. Il est daté de Gand :
« Désirant reconnaître », y est-il dit, « les bons « et loyaux services qui nous ont été rendus en « toute occasion par le comte de Polastron, et pre-