‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 21 sur 126 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les Pougxac.

La duchesse de Polignac, qui venait de faire la présentation officielle de sa belle-sœur à la Cour, appartenait par son mariage à une famille doat la fidélité à la monarchie s'était affirmée par maints témoignages du dévouement le plus absolu.

Hercule de Polignac fut un des premiers à prendre la croix à la voix de Pierre l'Hermite; Jean de Polignac se couvrit de gloire en Italie, aux côtés de Charles VIII, et Armand (( le Grand Justicier », ambassadeur de François I", reçut le Roi et toute sa Cour dans le château qui portait son nom, avec une si grande magnificence que sa fortune en resta diminuée de moitié. Plus tard, au xvii" siècle, Melchior de Polignac devint célèbre comme diplomate et comme écrivain. Envoyé en Hollande comme ambassadeur par Louis XIY, ce fut lui qui fut chargé de négocier le traité d'Utrecht. Il en fut récompensé, en 1713, par le chapeau de

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cardinal. C'était le grand-oncle du futur duc de Polignac.

Un grand nombre enfin des membres de cette illustre maison s'étaient distingués à l'armée et dans les hautes charges dont ils avaient été investis. Sans doute, les Polignac, qui avaient prodigué leurs biens et versé tant de fois leur sang pour le service du roi de France, avaient droit à quelques compensations qui vinssent, à juste titre, payer leurs sacrifices et récompenser leur dévouement; mais la découverte du livre rouge révélant qu'ils avaient obtenu, sous Louis XVI, près de 500,000 livres de traitements annuels souleva les violentes protestations de ceux qui trouvaient que de pareils dédommagements étaient hors de proportion avec leurs services. Les bontés de la Reine ne s'étaient pas bornées là; la duchesse de Guiche avait reçu à son mariage une dot de 800,000 livres' et, dans une autre occasion, M. de Polignac avait touché 400,000 livres pour arranger ses affaires.

C'est chez la comtesse d'Artois que la Reine rencontra M""" de Polignac, au moment où son amitié pour la princesse de Lamballe commençait à décroître, et, dès la première fois, elle éprouva

1. Modes et usaf/es au temps de Marie-Antoinette, par le conile de Rciset, 2 vol. in-4". Paris, Didot, 1885.

pour la jeune femme une sympathie qui devait devenir un attachement aussi réel que sincère. M"* Gabrielle de Polastron, mariée au comte Jules de Polignac, venait chaque année à la Cour, seulement durant quelques semaines, à l'époque où sa belle-sœur Diane y était appelée par son service. Cette dernière, en effet, était au nombre des dames pour accompagner M™'^ la comtesse d'Artois et, quoique non mariée, portait avec la croix honoraire d'un chapitre noble de Lorraine le titre de comtesse qui y était attaché'.

C'est une singulière figure que celle de cette femme, dépourvue de tous les avantages extérieurs que donne la beauté ou la fortune, et qui emploie, sans jamais se lasser, toute la force de son intelligence et de sa volonté à rehausser l'éclat de sa famille et à acquérir pour les siens une situation prépondérante. C'est une physionomie de second plan, mais dont l'efTacement volontaire a pour unique but de pousser chaque jour plus avant son frère et sa belle-sœur dans la faveur royale. Ce premier rôle, que sa laideur l'empêche de remplir, c'est à la comtesse Jules qu'elle entreprend de le faire jouer, travaillant sans cesse et toujours pour

1. Mémoires de la baronne d'Oberkirch, tome I"', chapitre xii, page 237.

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elle, occupée sans relâche à se créer des amis qu'attire la séduction de son esprit et à imposer silence aux jaloux en sachant se faire craindre. Elle est « l'âme de la famille, alors que la comtesse Jules en est le cœur ».

Si peu séduisante qu'elle soit au physique, la comtesse Diane aura pourtant son roman, et elle déploiera assez d'adresse et d'énergie pour faire accepter de tous une situation irrégulière fâcheusement compliquée par la naissance d'un fils*. Edmond de Villerot^, fruit de sa liaison avec le marquis d'Autichamp, demeurera ouvertement auprès d'elle d'une façon constante pendant toute l'émigration, élevé avec les enfants de son frère, et passera officiellement aux yeux du public pour un « jeune ami », sans que personne soit dupe de cette comédie mondaine que chacun feint d'accepter.

Le comte et la comtesse Jules de Polignac n'étaient pas riches au moment où ils s'étaient unis l'un à l'autre; c'est à peine s'ils possédaient à eux deux 6,000 à 7,000 livres de rente. Lorsque la Reine, attirée vers M""" de Polignac par une sympathie très vive^ lui exprima le désir de la voir

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