Celui de M^e de Polastron
3. Alexandre Kucharsky, né à Varsovie en 1741, ancien page du roi Stanislas de Pologne, vint à Paris travailler sous la direction de Vanloo et de Vieu, et ne tarda pas à devenir célèbre.
Malgré mon désir de retrouver le portrait qu'il avait fait ds Mme de Polastron, mes recherches sont demeurées infructueuses. M. Fournier-Sarlovèze a publié, dans la Revue de l'Art du 10 décembre 1905, un portrait de M™« de Polastron qu'il a retrouvé
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<c fus ravie, je croyais qu'il ne serait fini que cf dans un mois ; il est encore, bien mieux que la « dernière fois que je l'ai vu. Sous prétexte qu'il « n'y travaillerait pas de plusieurs jours, elle « n'avait pas voulu que j'y retournasse, afin de « m'en donner la surprise; c'est elle absolument, « il est aussi ressemblant que le mien. Je jette « les yeux sur la cheminée, je vois une pendule « d'albâtre charmante : \'é)ius qui apprend à lire « à r Amour; c'était M""^ de Guiche qui l'avait « mise là; et des deux côtés, les jolis tlambeaux! (( Tout de suite, j'ai deviné. Ah! j'ai dit : c'est « maman ! Et Louise m'a avoué que vous les lui « aviez remis avant votre départi Revenue dans « ma chambre, j'ai vu une table à thé couverte « de porcelaines charmantes, le thé préparé...
à Autun. chez la vicomtesse de Fontenay. Mais c'est à tort, à mon sens, qu'il l'attribue à Kucharsky et qu'il suppose que c'est celui dont parle M""^ de Lage. M™^ de Polaslron, à cette époque, était une jeune femme de vingt-cinq ans, dans tout l'éclat de la fraîcheur et de la beauté; or, h; pastel d'Autun nous montre au contraire une femme approchant de la quarantaine, déjà éprouvée par les vicissitudes de la vie, et qui porte sur son visage amaigri les marques delà maladie qui doit l'emporter. Ce portrait, à mou sens, doit être attribué à Danloux, dont il rappelle absoluu)eut la manière; il dut être exécuté à Londres par le célèbre i)eintre, qui uous le racoute dans ses Mémoires inédits, peu d'années avant la mort de M^^ de Polastron, au moment oîi il peiguit le portrait de sou tîls.
Cette manière de voir est également celle du baron Portails, qui consacre en ce moment une longue étude à Dauloux et dont l'opinion fait autorité en matière artistique.
<f c'était M""' de Poulpry; plus loin, deux rosiers « dans deux caisses d'albâtre : c'était M"^ de Bru- (( noy; plus loin encore, deux vases : c'était ^I""^ de « Deux-Ponts*. Et tout cela entremêlé d'une quan- « tité de lleurs prodigieuse, arrangées avec un (( goût parfait : c'était Louise. Elles étaient là <( depuis cinq heures à tout arranger. M""" de « Guiche est venue dîner à Paris pour cela; elles « retournent ce matin ensemble à Versailles. En « parcourant tout, examinant tout, je repassai « dans mon cabinet. C'est le seul endroit où il 0 n'y eût pas de pots de fleurs ; il semblait qu'on « eût voulu laisser cette simplicité au portrait « de M"'*' de Polastron, à la pendule et aux flam- « beaux de ma mère. 11 n'était éclairé que par « les trois bougies de la petite lampe du milieu (f que vous avez trouvée de si bon goût, mais il « l'était assez. »
Une délicate surprise y attendait M"^ de Lage. Elle la raconte excellemment. Ecoutons-la :
« J'ai aperçu dessus mon bureau une seule rose « dans un bocal de cristal uni, fait comme un très
1. Adélaïde-Rogère-Martine, princesse de Deux-Poiits, sœur d'Adliémar de Polastron et demi-sœur de la duchesse de Polignac.
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« grand verre à patte, à moitié plein de l'eau la « plus claire, une de ces roses mousseuses si « rares, qui est à peine ouverte et d'une fraî- « cheur charmante ; elle était là modestement. »
De qui pouvait venir cette délicate offrande à la <( divinité » qui régnait en ce séjour? INI"*^ de Lage ne parvint pas à le savoir. Un peu revenue de tant d'enchantements, elle songea au souper, mais elle n'avait qu'un poulet. Soudain, son cuisinier Bemer annonça qu'elle était servie. « Allons souper, dit la princesse de Lamballe. — Mais, mon Dieu, Madame, il n'y a rien. — Allons toujours », dit-elle en souriant; puis s'adressant à la marquise de Lage : « J'ai pensé que mon enfant me permettrait d'apporter chez elle mon souper. J'avais d'abord eu l'idée de vous emmener tous chez moi après avoir tout vu; mais j'ai pensé qu'il valait mieux rester dans ce joli appartement. »
u Un souper parfait attendait. Tout le service <( était en porcelaine de Sèvres, blanc et or, de « formes nouvelles et élégantes, mais tout cela (( très simple; les plats, tout était pareil; il m'a « paru très joli. Quand tous ont été partis, -on m'a « dit que non seulement tout ce qui avait servi « était resté, mais qu'on avait rapporté plusieurs (( pièces qui complètent le service.
« J'ai écrit un mot à la Princesse avant de me « coucher.
« Après souper, nous nous sommes mis à jouer « au quinze.
« Ceux qui ne soupeut pas avaient pris du thé •<( sur ma jolie table. M""' de Brunoy avait eu le « soin d'avoir des acteurs pour le quinze de ■(( M"' de Lamballe; le gros Menou^ qui n'était là •<( que pour cela, ne prenait pas beaucoup de part « à tous nos enchantements de portrait, de fleurs ■« et d'albâtre: mais il a bien soupe. Le contrô- <( leur n'avait pas oublié le vin de Champagne «■ pour eux.
u J'allais oublier quelque chose de charmant, « et je serais bien ingrate », ajoute M""" de Lage.
Et avec la même verve et le même abandon, elle mous conte quelle a trouvé près de son canapé un rosier en arbre dont les branches entrelacées de lilas blanc forment un bouquet éclatant de fraîcheur, semblable à ceux dont elle se pare d'ordinaire; à la lige, placé là par une maiii inconnue, est attaché un petit carton sur lequel est •écrit : Portrait de la maîtresse de la maison. On ■cherche l'auteur de ce galant envoi : ce n'est pas M. de Lauzun, « quoique cela lui ressemble », et -ce n'est pas M. de Lévis, « quoique ce soit son
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genre ». Enfin, le mystère estéclairci; c'est un bon ami, le chevalier de Durfort, que M'"*" de Lagfr embrasse de tout son cœur, et qu'on proclame gaiement le roi de la fête !
]N'est-ce pas une société tout entière, avec ses plaisirs, ses joies et ses aimables passe-temps, que nous voyons défiler à travers ces quelques lignes écrites si prestement au courant de la plume^ avec ce tour élégant et ce léger badinage qui appartient à l'époque!
Insoucieux des événements qui se préparent^ oublieux des orages qui grondent à l'horizon, partout on joue avec fureur et on se ruine gaiement sans souci du lendemain. Dans tous les salons à la mode, les cartes et les dés sont en grand honneur; sitôt l'assemblée réunie, vite, on dresse les tables sur lesquelles l'or roule constamment pendant des nuits tout entières.
On joue chez la Reine, chez la duchesse de Polignac, chez une Anglaise, M""" Swinturne, la comtesse Tyskiévitz et la duchesse de Luynes ; parmi les joueurs les plus obstinés, on cite la comtesse de Balbi et le gendre du ministre d'Etat Vaublanc : M. Poter. Les princesses elles-mêmes ne résistent pas à cet entraînement et en sont souvent les premières victimes. En novembre 1780, la comtesse de Provence doit à M. de Chalabre .jOO,000 écus
perdus au jeu. Deux ans auparavant, M. de Cliabrillan, petit-gendre de M. d'Aiguillon, s'endette au trente et quarante de 73,000 livres. A la même séance, M. de la Trémoïlle perd 136,000 livres, et le maître de maison chez qui s'est engagée cette partie formidable y laisse lui-même 48,000 livres. C'est le quatrième partenaire, le chevalier de France , qui gagne ces énormes sommes 1
M""" Du Deffand. qui signale ces faits à Horace Walpole, dans une lettre du 3 avril 1768, ignorait sans doute qu'en 17o8, M. Armand Dupin de Chenonceaux. qui venait d'épouser M'"" de Rochechouart, avait perdu en une nuit la somme de 700,000 livres. Ces parties aux enjeux démesurés finirent parfois de façon tragique : le jeune vicomte de Castellane perd jusqu'à 800,000 livres; il disparaît en annonçant qu'on ne le reverra plus, et il tient parole.
Le plus grave est que des scandales sont la suite de ces pertes et de ces gains fabuleux ; chez M""* de Montesson, on vole un billet de 1,000 écus au porteur, au banquier Noc ; aussitôt, le chevalier de Coigny vide ses poches et invite ses voisins à faire de même, mais son exemple n'est pas suivi.
Au jeu même de la Reine, le comte Dillon a son.
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portefeuille volé, tout rempli de billets de la Caisse d'escompte.
A Marly encore, on s'aperçoit que deux dés ^ont truqués, et une discussion s'élève entre le comte d'Artois et M. de Chalabre, dont l'honnêteté est incontestée, pour savoir si le dernier coup •devrait être tenu pour aussi bon que les autres qui ont été joués avec les mêmes dés.
C'est en vain que Louis XVI s'efforce d'endiguer cette passion ruineuse. Un soir que le comte d'Artois a perdu 3,000 livres : « Notre famille est •dans le malheur, s'écrie le souverain, j"ai perdu aussi un écu de six livres! » Et quelques jours plus tard, averti que les enjeux ne commencent à grossir que lorsqu'il s'est retiré, il rentre un soir après minuit, lorsque tout le monde le croyait •déjà couché, et trouve engagée une partie formidable. Aussitôt, il s'empare des tas d'or et de billets qui sont épars sur les tables et fait distribuer le tout aux pauvres, à titre de leçon.
Mais cette répression était impuissante contre la mode. Au voyage de Fontainebleau, en 1776, la Reine obtient qu'on jouera le pharaon « une fois », ot alin de ne pas désobéir à Sa Majesté, on joue trente-six heures de suite. La Reine perdit 500 louis. En une année, elle en avait perdu 7,556; <( les iouis glissaient entre les doigts roses... >>.
Même dans les jours de l'émigration, alors que l'horizon s'assombrit de plus en plus, on jouera. Ecoutons M°" de Lage raconter une excursion faite aux environs de Coblentz, en 1791 :
« Qu'est-ce que nous ferons, n'ayant pas envie <( de dormir? » demande-t-elle K Mais, soudain, une table de jeu est dressée :
(( Nous avons trouvé un quinze tout établi, un « des manteaux de ces messieurs sur la mauvaise « table d'auberge, et les cartes, fiches et flam- « beaux qu'on avait été chercher. Nous avons •« joué jusqu'à cinq heures du matin. Ils nous ont <c toutes trois ruinées, mais nous avons bien ri. »
On continuera à rire malgré la ruine :
« Au déjeuner champêtre qui suit le jeu, mon
« frère -, en passant derrière moi doucement, a
« enlevé mon peigne, et l'admiration pour mes
« cheveux a été telle que je suis devenue rouge et
« aussi embarrassée que si on m'avait ôté mon
« fichu. La pluie est venue avant que nous eus-
■<( sions nos voitures, et comme mon cousin^ n'a
;( fait monter que moi de femme dans sa voiture,