Souveîiirs de la marquise de Lage, page cix
2. Nom qu'elle donnait familièrement au comte d'.4.rtois. -3. Nom qu'elle donnait au comte de Provence.
96 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
« ce sont des plaisanteries continuelles de mon « frère et des autres. »
A Spa, les rires et le jeu continuent :
« Ce qui nous plaît, c'est la rouge et la noire. « J'y ay gagné pendant quelque temps, ayant une « martingale merveilleuse, mais nous avons tout « reperdu... Quand nous allons le soir à la Re- « doute, aux heures oii y va la société, nous ne « jouons pas; nous ne regardons pas seulement '( la table, nous avons l'air que cela nous soit u étranger... C'est le matin ou à quatre heures que (( nous nous esquivons. Vous ne vous faites pas u une idée des figures que nous y trouvons; je <( suis persuadée qu'il y en a la moitié de juifs. « Les banquiers nous connaissent à présent, il& « nous font place. J'ai mis cent louis à part pour « jouer, et je prends l'engagement de ne pas jouer « un sol de plus que ces cent louis... Je puis en « gagner bien plus, et d'ailleurs, franchement, cela (( m'amuse. »
On sait, hélas! combien devait être courte cette période de l'amusement; mais, dès cette époque du règne de Louis XVI, cette passion du jeu était devenue une charge onéreuse pour ceux qui se voyaient contraints de se conformer à ces ruineux usages sans même y trouver de plaisir.
Dans une lettre au comte d'Esparbès, datée du 15 décembre 1782, M. Rougeot se désole de ces entraînements où sa petite-fille se trouvait poussée malgré elle :
« Il n'y a que le jeu de la Reine où elle est obli- •« gée de jouer qui la chagrine et la moleste, parce « que très peu, mais très peu riche, et moi ne « pouvant nécessairement pas l'aider, par la « diminution de plus de 50,000 livres de rente c( que j'ai perdues grâce au fameux »cker, la « pauvre petite perd toutes les fois, et à tous les « jeux, 4, o, 6, 10 louis par jour, ce qui la ruine « à la fin. Elle évite tant qu'elle peut de jouer, <( elle a des moitiés, mais elle n'en perd pas moins « beaucoup, relativement à la modestie de sa <( bourse et de sa fortune. »
Rarement, en effet, la fortune lui est favorable, et c'est un vrai triomphe lorsqu'elle arrive à conjurer le mauvais sort. En écrivant à M""" de Lage, le 28 juin 1783*^ elle lui annonce, comme un événement, que la veille, à Versailles, elle a gagné six louis au loto-Dauphin, en jouant avec M"* de Lamballe, « à laquelle elle n'a pas cessé de A^anter sa tendre amie- ».