‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 29 sur 126 · Collection Charavay · texte numérisé non relu

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98 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.

Le 26 décembre, M. Rougeot écrivait encore :

« On veut mettre de l'ordre dans les affaires et « la dépense des jeunes gens, mais malheureuse- « ment il s'en faut bien qu'ils aient les mêmes « moyens que les Polignac ; ce nest pas la faute « de votre nièce s'ils sont endettés déjà de plus- « de 30,000 écus, on ne peut avoir plus d'ordre- « et plus d'économie; quant à moi, malheureuse- « ment, je ne suis pas en état ni en possession de « les aider comme je le voudrais, dans ce temps « de crise, de disette et de la plus excessive pé- « nurie d'argent. »

A ce moment, la situation pécuniaire du jeune ménage, qui, au début, s'annonçait comme devant être si brillante, semble en effet s'être fort amoindrie. La fortune, ou les revenus de M. Rougeot ont été diminués de plus de moitié par les réformes de M. Necker, en même temps que ses charges ont été augmentées, et Adhémar de Polastron voyant son beau-père, M. d'Esparbès de Lussan, engagé dans des procès ruineux, a eu la discrétion de ne pas réclamer le paiement de la dot de sa femme, dont il obtient à grand'peine l'intérêt. Nous verrons qu'au moment du baptême de son petit-fils, le grand-père ne fait pas myslère de son état de gêne; il en est de même pour sou

frère le comte d'Esparbès, dont les procès absorbent le plus clair du revenu, et la correspondance échangée entre lui et M. de Rougeot roule en grande partie sur la plus ou moins bonne tournure que prennent ses afîaires, les recommandations qu'il sollicite près des magistrats chargés de le juger et l'espoir qu'il fonde sur l'appui que peut lui prêter sa nièce, Louise de Polastron.

Le livre de dépenses et les comptes de M"° de Lage, déposés aux Archives nationales, laissent supposer qu'à maintes reprises elle aida son amie à équilibrer son budget en lui faisant desavances.

Souvent, c'est pour payer ces malheureusesdettes de jeu qu'elle se laisse parfois entraîner à contracter, espérant toujours triompher de son habituelle mauvaise chance, et qui provoquent chez la craintive Louise le plus vif désespoir.

Souvent aussi, c'est pour solder quelque mémoire de marchandes de modes ou de frivolités^ chez lesquelles les deux jeunes femmes se plaisent à commander les mêmes coiffures et les mêmes ajustements pour se parer de même sorte. Louise connaît depuis longtemps l'attachement de « sa chère Blimonette ))^ et c'est sans hésiter qu'elle

s'adresse à elle pour quelque emprunt qui, du reste, ne se prolonge guère ^

Ces petits soucis d'argent sont les seules préoccupations qui viennent troubler à cette époque la quiétude heureuse de Louise d'Esparbès ; elle coule des jours exquis dans cette Cour qui lui fait fête, et nul remords ne vient troubler son bonheur. Les réunions journalières avec le comte d'Artois, la familiarité inévitable résultant de cette intimité constante, la communauté des goûts et des plaisirs, toutes ces causes qui amèneront forcément Féclosion d'un sentiment tendre n'ont pas encore eu le temps d'agir sur Tàme honnête et droite de la nouvelle dame d'honneur. Elle vit avec son mari dans l'union la plus complète lorsqu'elle n'en est pas séparée par les nécessités du service militaire, et l'idée seule de son éloignement prolongé est sa plus vive appréhension et sa plus grande crainte.

1. « Fourni à M>"« la comtesse de Lage. par liarbier et Têtard, marchands à Paris, 28 mai 1786, sept aunes de paze blanche à pois d'argent pour M™* de Polnstron. 13 livres. »

« .M™« la comtesse de Lage, hôtel de Penthièvre, l" juin 1787, «u second bonnet pareil pour M™c do Polastrou, tour blanc, 24 livres. Reçue le montant ce 23 avrille 1789. Signé Laml's. » — Archives nationales, dossiers T 276 et 433.

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