‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 38 sur 126 · Dussieux, Histoire du Château de Versailles · texte numérisé non relu

Dussieux, Histoire du Château de Versailles

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sée par son mari, qui se montra, au contraire, pendant plusieurs mois, sinon plusieurs années, fort empressé auprès d'elle. Quant à sa présentation à la Cour, elle eut lieu beaucoup plus tard que nous le raconte l'auteur en question, alors que des rapports d'aimable camaraderie étaient déjà établis entre elle et le comte d'Artois.

A quel moment commença la liaison proprement dite? Il est bien difficile de le déterminer d'une façon précise.

Uniquement flattée au début de se voir l'objet envié des attentions d'un prince séduisant entre tous, « la bonne Louise » dut être touchée, par la suite, de la persistance de ce sentiment; la tendresse de son cœur ne put être insensible à la constance de cette inconstant qui^ durant plusieurs années, l'avait entourée de soins et d'attentions de toutes sortes. Vertueuse et indulgente, incapable de soupçonner le mal, elle se laissa bercer par cette cour discrète et respectueuse qui se continua pendant de longs mois; ce Don Juan sceptique, ha bitué à brusquer les dénouements, éprouvait auprès de cette femme modeste et timide une sorte de respect instinctif, qu'il avouait avec franchise et dont il s'étonnait naïvement. « Vous m'imposez, Madame, lui disait-il avec un sourire, et je ne me sens plus le même lorsque je suis auprès de vous. »

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La Cour n'avait pas été sans remarquer le changement qui s'était opéré chez le comte d'Artois, dont les amours avaient si longtemps défrayé la chronique. Le prince se rangeait; les scandales et les éclats de naguère avaient fait place à une vie tranquille et presque exemplaire; à son existence déréglée avait succédé une régularité d'habitudes qui le ramenait chaque soir, d'une manière presque invariable, chez la duchesse de Polignac.

La Reine, qui s'était flattée peut-être d'abord que les conseils de sagesse qu'elle prodiguait à son frère eussent porté leurs fruits, n'avait pas tardé à découvrir la cause de cette conversion inespérée. « Prenez garde, Louise », dit-elle avec un sourire à sa jeune protégée, en faisant allusion aux galantes entreprises de Louis XIV auprès des filles d'honneur de la Reine, lorsqu'il escaladait les toitures de Versailles pour aller rejoindre M"*^ de la Mothe- Houdancourt, « les grilles de la duchesse de Navailles ne sont plus là ! »

Sans doute, il était trop tard déjà pour avertir l'imprudente, dont le cœur peu à peu s'était laissé surprendre. Heureuse et touchée du triomphant ascendant qu'elle exerçait sur le comte d'Artois, Louise était devenue plus confiante par l'habitude de voir son prince toujours et sans cesse ; son cœur peu à peu s'était laissé prendre et elle n'avait pas

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songé à lutter contre l'irrésistible penchant qui l'entraînait d'une façon inconsciente. C'est presque malgré elle qu'elle avait fini par céder comme les autres à ce perpétuel vainqueur. Mais le comte d'Artois ne l'avait pas trompée lorsqu'il lui avait juré que les plus doux moments de sa vie étaient ceux qu'il passait auprès d'elle, et cette passion brûlante devait être réellement son unique et dernier amour!

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