‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 39 sur 126 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Les premiers Départs.

Deux ou trois années s'écoulèrent, douces et joyeuses, sans doute, pour les deux amants absorbés tout entiers par leur mutuelle tendresse ; les événements avaient marché^ les mauvais temps s'étaient rapprochés, mais, dans ce bouleversement terrible du vieux monde, rien n'avait pu atteindre leur amour en troublant leur quiétude.

Au milieu de cette Cour raffinée et galante, oîi toutes les femmes voulaient plaire, oii tous les hommes voulaient aimer, on regardait avec indulgence cette liaison ennoblie par une affection si sincère et une si constante fidélité; mais la Révolution s'approchait, la calomnie coulait à pleins bords contre la Reine et la haine grandissait contre tous ceux qui l'approchaient ou qui jouissaient de ses faveurs.

La duchesse de Polignac, entre toutes, était particulièrement visée, et les jalousies qu'elle excitait <levenaient de plus en plus furieuses et mena-

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çantes. Toute sa famille partageait cette réprobation, on lui reprochait les générosités de la Reine^ sa puissance et sa fortune toujours grandissantes. En vain M""* de Polignac, pour désarmer l'opinion, s'était démise de ses fonctions de gouvernante des Enfants de France à la mort du premier Dauphin; ce sacrifice n'avait pas apaisé l'opposition de plus en plus violente avec laquelle il fallait maintenant se résigner à compter. La Reine fut la première à comprendre le danger qui menaçait son amie et la conjura de quitter la France.

La comtesse Diane de Polignac nous a laissé le récit de cette dernière entrevue, qui eut lieu le 16 juillet 1789, deux jours après la prise de la Bastille.

La Reine dit à la duchesse, en versant un torrent de larmes :

(( Le Roi va demain à Paris, si on lui demandait... Je crains tout... au nom de notre amitié, partez. C'est bien plus à moi qu'on en veut qu'à vous-même, ne soyez pas la victime de votre amitié*. »

Le Roi entra dans cet instant et la Reine lui dit :

« Venez, Monsieur, m'aider à persuader à ces honnêtes gens, à ces fidèles amis, qu'ils doivent

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