Mémoires de M^o Catnpan
nous quitter. » Le Roi, s'approchant du duc et de la ducliesse, les assura que ce conseil de la Reine était le seul à suivre, et il ajouta :
« Mon cruel destin me force d'éloigner de moi tous ceux que j'aime; je viens d'ordonner au comte d'Artois de partir, je vous donne le même ordre ; plaignez-moi, mais ne perdez pas un seul moment, emmenez votre famille; comptez sur moi dans tous les temps, et je vous conserve vos charges. »
A minuit, la duchesse recevait ce mot de la Reine :
« Adieu! la plus tendre des amies! Adieu! que « ce mot est affreux ! mais il est nécessaire ! Adieu ! « je n'ai que la force de vous embrasser. »
La même nuit, le duc, la duchesse et leur fille, accompagnés de la comtesse Diane, partaient en toute hâte, fuyant la fureur populaire. Ce ne fut pas quelques jours après seulement, comme le raconte M™" de Gontaut, que M""' de Polastron suivit cet exemple, et passa à son tour la frontière pour obéir aux ordres de Marie-Antoinette; ce fut à quelques heures de distance, emmenant avec elle son jeune fils, qu'elle quitta Versailles pour suivre ses parents, accompagnée de M"^* de Poulpry et de Lage, et de l'abbé de Balivière, ami de la famille Tolignac, que nous retrouverons dans l'émigration près de la comtesse de Litchneau. M. de Polas-
136 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
trou était à la tête de son régiment oi!i il pouvait se rendre utile au Roi et à la famille royale, et il n'avait pu songer à se mettre également en route. Une curieuse lettre inédite, écrite par les députés de Béziers à leurs commettants, le 30 juillet 1789, nous donne la relation du voyage, qui ne fut pas dépourvu d'incidents *. Devançant ses amis de quelques heures, l'abbé de Balivière était arrivé le 21 juillet à Bàle, où il avait voulu retenir toute Tauberere des T/ ois-Rois : .
« On lui dit que le principal appartement « était occupé; il cherche si les autres pourraient « lui convenir, désigne quelques chambres, et au (( moment où il allait reconnaître les autres, il « aperçoit un cortège s'avancer, demande ce que « c'est, et on lui dit que c'est une députation de « la ville à M. Necker. — Gomment! M. jXecker (( ici ! Vos appartements ne me conviennent pas! <( Et il s'en va^ laissant tout le monde stupéfait. Il « fut à l'hôtel du Sauvage où il trouva tout le « logement qu'il désirait. La compagnie arrive ; « elle était composée de M'"'' la duchesse de Poli- « gnac, de la duchesse de Guiche^ sa fille, de la " comtesse Diane, sa belle-sœur, de W-"-'' de Poul-