Coimnuuicaliou de M. Gustave Bord
<( pry, de Lage et de Polastron. C'était presque « toute la compagnie de la galerie de bois qui « arrivait à Ihotel du Sauvagel Le duc de Police gnac accompagnait ces dames : on juge de leur « surprise en apprenant la présence de Xecker. « La duchesse de Polignac lui délégua M. de Sice gneville, neveu du maréchal de Beauvau, qui ce se trouvait à Bàle, pour lui dire combien elle (.< désirait le voir. M. Necker se rendit à Tinvitac( tion : il ignorait tout des derniers événements, « la prise de la Bastille et même son rappel î »
Les députés de Béziers se montrent un peu émus de cette entrevue, mais ils ajoutent :
« M"^ la duchesse de Polignac, si peu connue et si calomniée, aime trop son repos, est trop paresseuse, trop apathique enfin, pour se livrer aux mouvements dune grande intrigue. C'est chez la comtesse Diane, sa belle-sœur, qui a tout l'esprit et la méchanceté de sa famille, que se tenaient les comités oii les chefs du parti de la noblesse ourdissaient leurs trames. M""" de Polignac les recevait bien chez elle, mais il n'était jamais question de leurs projets en sa présence... Vouloir faire croire cela aux esprits prévenus, aux Parisiens, que le seul nom de Polignac met en fureur, ce serait peine perdue.
138 LES REINES DE l'ÉMIGRATIOX.
G La duchesse^ qui n'est coupable que d'avoir été R trop en faveur auprès de la Souveraine, n'aurait cf pas moins été hachée en mille morceaux si elle c( fût tombée entre les mains des cannibales de la « capitale. »
Les députés de Béziers citent alors ce nouvel incident de voyage, qui justifie trop leur assertion :
(( Elle doit avoir eu cette peur à Sens. Sa voici ture est arrêtée, on l'examine, on demande « quelles sont les nouvelles de Paris; les femmes « pâlissent, se troublent. La présence d'esprit de « l'abbé de Balivière les sauve. — Bonnes nou- <( velles, s'écrie-t-il; M. Necker est rappelé, les <i ministres et l'armée sont renvoyés, toute cette « canaille des Polignac est en fuite! On applau- « dit, on fait répéter l'abbé, on suit la voilure c( plus d'une demi-lieue, et le pauvre abbé est ce forcé de redoubler ses imprécations contre la ce famille qu'il conduit. Enfin on les laisse. Le « peuple, en revenant, trouve une lettre qu'un u domestique a laissé tomber sans doute; elle est « à l'adresse de l'intendant de M'"' de Polignac! <i II voit qu'il a été joué, qu'on lui a enlevé sa « proie; il veut courir après la voiture, mais elle Cf avait plus d'une demi-heure d'avance, il ne c( peut la rejoindre. »
La petite troupe de fugitifs ne devait pas avoir •d'autres alertes', et quelques semaines plus tard elle était installée à Berne, d'où M°° de Polastron •donnait de ses nouvelles au comte d'Esparbès. Cette lettre est curieuse à plus d'un titre, car elle traduit les sentiments dont étaient animés ceux qui avaient fait partie de cette première émigration.
« Berne, le l^'' septembre 1789.
« J'ai reçu votre lettre, mon cher oncle^ il y a <( bien longtemps que je n'en avais reçue. La mac( nière dont vous me parlez sur toutes choses me •« fait bien plaisir. La Reine a bien voulu m'accor- (f der un congé illimité, comme elle en a donné « déjà à plusieurs personnes que leurs affaires c( ont forcé à passer des années en province; elle- « même a pensé qu'il fallait que je suivisse mes <( parents. Ma position eût été embarrassante de <c rester sans eux dans le pays que nous habitions; « dans un temps plus propice^ peut-être pourrons- <c nous y être encore heureux. Mais ce moment me -G paraît plus éloigné que jamais.
« J'espère, mon cher oncle, que l'on ne se por- <( tera pas à des extrémités aussi fâcheuses que <c celles que vous envisagés, et qu'enfin on lais- <( sera tranquil les honnêtes gens qui n'ont aucun