M™e de PoU^nac s"était costumée en femme de chambre
■140 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
« reproche à se faire et qui ne pensent qu'à gémir (f des choses qui se passent journellement. Je « suis bien reconnaissante de la proposition que cf vous voulés bien me faire; croyés, mon cher « oncle, que j'aurais un grand plaisir à allé vous ft voir, mais plusieurs motifs que vous devinez. « m'enchaînent à suivre mes nouveaux parents. « Leurs projets est de passer l'hivert en Italie.
« Quoique mes parents soient à merveille pour « moy^ je vous avoue qu'il m'est impossible de ne « pas souffrir d'être à leur charge; je ne touche (f rien de mes revenus depuis que je suis ici, et « ma pausition est embarassante d'après ma ma- « nière de penser, surtout me trouvant avec des- « gens qui ne savent plus guère sur quoi compter. V Mon beau-père m'écrit et me fait un crime de ce- « qu'il appelle avoir cassé le col à mon mary et à Cf mon fils, en quittant le pays que j'habitois. Sa « manière de penser est moins noble que la vôtre ,•; « je compte le tranquiliser sur ces inquiétudes en « lui écrivant que je sçaurai me priver de ce « qu'il crain de perdre en me bornant à la pen- « cion la plus modique pour moi et mon fils, si « j'étois obligée de renoncer à ma place. Donnez- « moi des conseils, mon cher oncle, je les rece- « vrais avec reconnaissance. Pensez à un être qui « vous chérit bien tendrement et à qui vous êtes.
« bien nécessaire, ménagés votre santé, mon cher cf oncle, et donnez-moi souvent de vos nouvelles.
« D'ESPARBÈS, V"'^ DE PoLASTRON. »
Pendant que Louise d'Esparbès et sa famille sedirigeaient vers la Suisse, le comte d'Artois, de son côté, s'éloignait de Versailles; en hâte, il enfourchait un cheval et arrivait à Chantilly à franc étrier. De là il montait en poste, prenait la route du Nord et, parti de Versailles le 18 juillet au matin, il arrivait le même soir à Valenciennes, accompagné du prince dllénin, son capitaine des gardes, et de deux de ses gentilshommes, le marquis de Blignac et le baron de Gastellane. Il emmenait en outre avec lui son inséparable, le comte de Vaudreuil.
Le lendemain^ arrivaient les Condé et tous ceux qui, désignés trop sûrement aux fureurs populaires, avaient reçu du Roi et de la Reine un ordre de départ.
La comtesse de Balbi, la duchesse de Laval,. M'"^^ de Mesnard' et de Boiifflers, MM. de Laiizun,
1. Louise-Marie-Joséphine Nompar de Caumont-La Force, sœur de la comtesse de Balbi, née au château de la Force en 1771, morte à Paris en 1837. Elle avait épousé, en 1784, Marie-Antoine- Alexandre-Dieudonné, comte de Mosnard, capitaine eu survivance des gardes de Monsieur. Après avoir servi daus l'armée des princes et pris part à la guerre de Vendée, il fut arrêté à Paris et fusillé dans la plaine de Grenelle en 1707.
142 LES REINES DE l'ÉMIGRATIOX.
de Mortemart, de Duras, d'Harcoiirt, et bien d'autres encore qui se trouvent dans la ville, viennent faire leur cour au comte d'Artois, à rhôtel du Gouvernement, où il est descendue Le prince attend ses fils, les jeunes ducs d'Angoulême et de Berry, qui viennent directement du château de Beauregard, conduits par leur précepteur, le duc de Sérent-, pour le rejoindre par une autre route. Sitôt leur arrivée, il part avec l'escorte que lui donne Esterhazy, gouverneur de Yalenciennes, et passe la frontière à Quiévrain pour se rendre à Bruxelles.
C'est dans cette ville que réside, au nom de Joseph 11^ son frère, comme gouvernante des Pays- Bas, l'archiduchesse Marie-Christine, sœur de Marie-Antoinette, mariée au duc de Saxe^ Tous deux s'effraient à l'idée de laisser créer aux portes de la France un foyer de conspiration, et ils engagent le comte d'Artois à choisir une résidence plus éloignée des frontières. Celui-ci songe alors