‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 46 sur 126 · Château royal situé près de Turin · texte numérisé non relu

Château royal situé près de Turin

LA COMTESSE DE POLASTHON. 1 i9

jM"' de Polastron, qui est devenue sa préoccupation constante, et s'inquiète outre mesure sitôt qu'elle est atteinte de la moindre indisposition.

C'est le fidèle Vaudreuil, l'ancien compagnon de plaisir, le convive obligé de tous les soupers et de toutes les fêtes, le boute-en-train de toutes les parties, l'organisateur de toutes les folies dantan, qui, resté à Berne, auprès d'elle et de sa famille, est •chargé de veiller sur sa précieuse personne et de donner sur tout ce qui la touche les détails les plus circonstanciés',

« M"^ de Polastron a été un peu incommodée », ■écrit-il le 16 septembre, « pour avoir pris mal à « propos une médecine ; elle a eu deux jours de (( fièvre, mais elle en est quitte et elle a pris au- « jourd'hui un doux remède qui lui a fait grand « bien. » Mais la séparation sera courte ; dès la miseptembre, à peine le prince s'est-il éloigné, que Louise, qui languit de son absence, forme déjà des projets de départ. Dans les premiers jours d'octobre, elle arrive à Turin avec les Polignac, qu'elle laissera repartir afin de rester quelques jours de plus dans cette ville, où tout l'attire et tout la retient. Pour expliquer la division de la petite cara- Tane, on invoquera comme prétexte la difficullé

1. Correspondance de Vaudreuil au comte d' Artois. 1. 1'^^, p. 9 et 10.

loO LES REINES DE l'ÉMIGRATION.

de se procurer des chevaux en nombre suffisant le Ions: de la route à suivre. De là, on se rendra à Venise.

(( Mais », écrit le sage Yaudreuil au comte d'Artois, qui songe déjà d'avance à venir y retrouver son amie, « il sera impossible que vous veniez^ <( nous y rejoindre après un si court espace passé « à la Cour de Turin avec votre femme et vos « enfants, cela serait tout à fait déplacé ! »

Le départ de M"^" de Polastron est du reste retardé par mille prétextes, c'est une lettre de la duchesse de Guiche qui l'annonce; la tendre Bichette ne peut se décider à quitter le prince. Elle demeure encore huit jours avec son amie la vicomtesse de Yaudreuil', puis part avec elle pour Rome, oii le comte d'Artois voudrait immédiatement la suivre; le comte de Yaudreuil s'eil'orce de l'en empêcher en lui faisant entendre la voix de la raison.

« Il est certain », lui écrit-il le 28 novembre-, « que vous ne pouvez être décemment et sûrement « qu'où vous êtes en attendant les événements; « qu'on ne pourra croire que, dans la position oîi

1. Victoire de Caraman, mariée à Jean-Louis, vicomte do Yaudreuil.

2. Correspondance de Yaudreuil au cot/tle d'Arlois, tome !'='■> page 38.

« VOUS êtes, les curiosités de Rome vous attirent, « que tout le monde verra, jugera le but de votre « voyage; que vous passerez pour léger, et qu'il « ne faut pas l'être et ne pas le paraître dans les « graves circonstances où vous vous trouvez ; que « vous compromettrez absolument celle que vous « aimez et avec elle tous vos amis...

« Voilà ce que j'ai dit à votre amie. Elle a com- « mencé par me traiter bien mal, je me suis « un peu fâché ; elle a fini par pleurer et moi « aussi; nous nous sommes embrassés comme c( frère et sœur, c'est en effet ainsi que je l'aime. « Enfin, elle a été de mon avis et s'est décidée au « sacrifice. Aurez-vous moins de force et de raison « qu'elle. Monseigneur? Il faut que l'amour soit « la récompense et le dédommagement des grandes « peines; mais il ne faut pas que quelques jours « de bonheur et de jouissance l'emportent sur les ft devoirs les plus importants. Voilà le langage de (( la franchise et de l'amitié. Je suis trop tendre « pour n'être pas disposé à condescendre aux faic( blesses de mes amis; mais je suis trop honnête '( pour les tromper et les égarer, quand je suis « frappé par d'aussi solides raisons. »

Ces sages conseils sont entendus; le prince se décide à rester auprès de sa femme, ses enfants

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et son beau-père, et il sent qu'il aurait partout ailleurs que près d'eux un maintien embarrassé et embarrassant. Sans doute, il en coûte à son cœur pour faire un tel sacrifice, mais il en comprend l'absolue nécessité et se résigne à se soumettre à l'impérieuse loi de l'honneur et du moment.

Cependant, M™' de Polastron n'en demeure pas moins inconsolable.

« Votre trop sensible amie », écrit Vaudreuil en décembre 1789, « est bien affligée; mais soyez c( sûr que votre traversée de l'Italie entière, que ce les dangers de votre séjour hors de Turin l'au- (( raient tellement tourmentée, qu'elle aurait mal « joui du bonheur de vous voir et que ses craintes ce auraient surpassé et empoisonné ses jouisc( sances. Le parti sage que vous prenez décon- « certera ses ennemis et ceux de la France'. »

M. de Vaudreuil n'entend pas cependant être impitoyable et il fait prévoir au prince qu'au printemps « on » se rapprochera de Turin, prenant pour prétexte « que Rome est très malsaine quand les chaleurs arrivent- ».

1. Correspondance de Vaudreuil au comte d'Artois, t. I^""^ p. 53.

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