Forueron, Histoire des Emigrés, tome I'"', page
que ses neveux se retrouvent comme chez eux dans sa ville électorale, et il leur offre l'hospitalité la plus large et la plus généreuse. M""' de Lage ne tarit pas en éloges sur son compte et sur les attentions de tout genre qu'il a pour tous les Français :
« Le bon, le parfait Electeur a fait défendre de c( timbrer les lettres chez lui pour ne pas compro- (f mettre ceux à qui les Français écrivent : on les c timbre à la dernière ville d'Allemagne ou à la « première de France. Ce bon, ce parfait Electeur « a supprimé un impôt pour diminuer le prix des « denrées et rendre la vie moins chère aux France çais, et au pont volant et à l'autre pont qui va V à Schonburnlust, il y a défense de prendre un ce sol de péage aux cocardes blanches. Voilà la ce conduite du frère de M""^ la Dauphine. Il reçoit ce ses neveux et toute la noblesse française comme « Louis XVI aurait pu le faire, et comme il rece- « vait les princes malheureux, à la différence des 0 moyens d'argent, d'armée et de territoire ; mais « ce qu'il fait l'épuisant davantage, cela n'en est « que plus noble'. »
De somptueux dîners et de brillantes réceptions
1, Lettre du 4 octobre 1791, à la comtesse d'Amblimout.
178 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
ont lieu chaque semaine au palais de la Résidence qu'habite l'Electeur, oîi M™® de Lage est conviée avec la séduisante amie du comte d'Artois. Elles y dînent le jour de la Saint-Louis :
« Ce jour-là, Monsieur avait obtenu de l'Elec- « teur de faire chanter le Do?nine Salvum; c'était « l'évêqued'Arras'qui officiait, la cathédrale était « prêtée aux Français, l'Electeur invité; tous les ft Français ont été prendre Monsieur au château « de Schonburnlust, à un quart de lieue de la « ville. Le moment du Doinine Salvum a été la 0 scène la plus touchante ; tout le monde pleurait, c( la noblesse a reconduit l'Electeur et les Princes « à la Résidence. »
Toute la Cour de Coblentz défile sous la plume alerte de W^" de Lage, et elle nous fait le portrait le plus piquant de la princesse Cunégonde, sœur de l'Electeur, « qui a une figure incroyable et dont la dame d'honneur porte un collier couleur de feu qui la fait ressembler à un perroquet gris ».
Malgré son nom ridicule, son physique qui prête à rire et son âge déjà avancé, la vieille princesse fait avec bonne grâce et bonté les honneurs
1. Marie-IIilaire de Gonzic, évoque d'Arras, né en 1732, mort en 1802; ami de Galonné et l'un des conseillers du comte d'Artois, sur lequel il exerçait une grande influence.
LA COMTESSE DE POLASTUON. d 79
de la Résidence avec son frère, qui l'aime tendrement et ne l'appelle jamais autrement par plaisanterie que « ma chère femme »K Sa correspondance avec Clément- Wenceslas montre qu'elle n'était pas sotte, et l'on en trouve la preuve dans les petits billets finement écrits et signés familièrement « Gucu » qu'elle adressait à son frère ^.
M™" de Lage est logée au couvent des « Filles Sainte-Marie », où l'on ne reçoit que des pensionnaires de toute distinction, car l'abbesse et la prieure sont des femmes de grand ton et du meilleur monde. M'°® de Polastron habite une maison indépendante, que le prince lui a louée, sur la route de Schonbornlust; il a ainsi ses coudées plus franches, et il lui est plus facile d'aller passer près d'elle de longues heures chaque soir.
La résidence de Schonbornlust est un immense palais séparé de la ville par des jardins ombreux, que l'Electeur a été heureux de mettre à la disposition de ses neveux. C'est là qu'habitent le comte de Provence ainsi que le comte d'Artois, mais celui-ci n'a point osé donner à sa bien-aimée Louise un logement au château. La comtesse d'Artois est auprès de son père à Turin, et nul prétexte ne