Arcliives du département de l'Aube
iSÙ LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
pourrait colorer la présence au château de M'"" de Polaslron, dont la situation de dame d'honneur de Marie- Antoinette ne lui donne à Coblentz aucune situation officielle.
Le comte de Provence a pu en user autrement avec M™® de Balbi; elle est dame d'atours de la comtesse de Provence^ il lui a donc été facile de l'installer sous le même toit, à Schonbornlust. Mais cet éloignement obligatoire n'arrête pas le comte d'Artois; c'est lui qui chaque jour se rendra près de son amie, toutes ses soirées se passeront régulièrement auprès d'elle, et plus tard il ne parviendra plus à rompre avec cette douce habitude.
La liaison, du reste, n'est plus ignorée de personne. « La belle comtesse », nous dit un contemporain, « avait su former autour d'elle une société « aimable où les plaisirs aidaient à faire oublier « la patrie. »
C'est là, en effet, que viennent se grouper tous les débris de ce qui fut autrefois la société Polignac et en même temps tous les amis et les familiers du comte d'Artois. Car, en dépit de la bonne entente qui paraît régner entre les deux frères, tous deux professent sur l'attitude à tenir des opinions opposées; et les deux princes ont leurs partisans et leurs détracteurs. Malgré l'effacement volontaire du comte d'Artois depuis l'arrivée de
son frère, les bouillantes déclarations qu'il a faites naguère sont plus goûtées par beaucoup que la sage circonspection du comte de Provence, dont on méconnaît la prudence. De fâcheux dissentiments, de dangereuses rivalités s'établissent; autour du comte d'Artois, on voit s'agiter Galonné', l'ancien ministre, le vicomte de Mirabeau, frère du grand orateur-, et Mgr de Conzié, l'évêque -d'Arras, philosophe aimable, « affranchi de préju- ^és^ », qui, après avoir été jadis l'un des habitués du salon de M'"'' Du Deffant, est maintenant l'un des conseillers les plus écoutés du prince.
Mais l'ami le plus cher et celui qui a sur lui le plus d'empire, c'est le comte de Yaudreuil, qui ne va pas tarder à arriver à son tour à Coblentz et que nous avons vu déjà, dans sa correspondance,
1. Charles-Alexandre de Calouue, né eu 1734, mort on 180:2; contrôleur général des finances de Louis XVI, de 1"83 à 1787. Depuis sa disgrâce, qui l'avait fait exiler en Lorraine, il était passé en Angleterre et était venu rejoindre les princes à Coblentz, où il était rentré en faveur. S'il est permis de l'accuser de légèreté et d'imprudence, on doit rendre justice toutefois à son désintéressement, car il avait mis au service de la cause royale la totalité de sa fortune et de celle de sa femme.
2. Boniface Riquet, vicomte de Mirabeau, né en 1734; député de la sénéchaussée de Limoges aux Etats généraux, célèbre également par son embonpoint et par sa bravoure. 11 commandait Je régiment des hussards de la iMort, qu'il avait levé à ses frais, •et qui portait au shako une tête de mort soutenue de deux os en «roix. Sa grosseur prodigieuse lui avait fait donner le nom de « Mirabeau-Tonneau ». 11 mourut à Fribourg-en-Brisgau en 170i.