AVANT-PROPOS
Les années se sont écoulées, plus d'un siècle a passé, et l'éloignement m'y autorisant, j'ai tenté de violer ce mystère.
Bien que nulle preuve ne soit venue justifier le rôle néfaste qu'on a voulu lui attribuer. M"'" de Polastron n'en appartient pas moins à l'Histoire par les événements mêmes auxquels elle a été mêlée presque inconsciemment. Pendant les longues années d'exil, elle a régné sans partage, non seulement sur le cœur du comte d'Artois, mais aussi sur toute la petite Cour qui n'a cessé d'entourer fidèlement le prince en Italie, en Angleterre ou en Allemagne. Elle a été une des reines de l'Emigration, et cette souveraineté, elle l'a partagée à Coblentz avec M™' de Balbi, l'altière fille des Caumont-La Force, qui exerce un empire absolu sur le comte de Provence. Dans ce palais de Schonbornlust qui abrite un instant l'espoir de la monarchie, elles connaissent toutes deux la plus haute faveur ; mais si leurs fortunes sont égales un moment, elles ne servent qu'à accentuer davantage les différences essentielles de leurs goûts, de leurs caractères et de leurs aspirations.
A aucun moment, ces deux femmes dissemblables au moral comme au physique ne seront