La duchesse de Guiche, fille de M°>'= de Polignac
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214 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
d'Espagne, Las Casas', « de la douleur générale, « grands et petits, maîtres et domestiques. Vau- (( dreuil est le plus exalté, il faut le soigner », ajoutait-il; (( depuis la mort de son amie, il ne dort (( plus, il est défait et on le surprend souvent sanc< glolant devant son portrait. »
C'est un trait bien frappant des mœurs de l'époque, que de voir les condoléances que chacun adresse à Yaudreuil sur la mort de M""' de Poiignac. Nul ne pense à remarquer que la parenté lointaine qui les unissait est insuffisante pour expliquer leur intimité, et qu'on chercherait en vain quelque prétexte plausible pour justifier des manifestations aussi apparentes d'une inconsolable douleur! C'est entre son mari et sa fille que ce dernier exhale ses plaintes et pleure l'amie qui lui était si chère, et personne ne songe à s'en étonner. Bien au contraire, ni M""" de Guiche, ni le duc de Polignac n'occupent l'attention; toute la pitié, toute la sympathie sont pour Yaudreuil, ce modèle des amis et des soupirants, et c'est sur son sort que chacun s'attendrit. Lui seul semble malheureux, et Ini seul esl à plaindre, lanl lalla-
1. Don Simon de Las Casas, ne eu 1742, mort à Valdagno en 17'J.S; ministre l'iénifxttciiliaire d'Kspaj^UL' à lîerlin cl à Napics avant la Révolution, luiis aniltassaileur à Venise et culin à Londres l'n IT'.lj.
chement passionné qu'il a porté si fidèlement à son amie a légitimé aux yeux de ce monde indulgent, et peut-être du mari lui-même, cette liaison indécise qui a duré vingt ans !
Sur cette terre d'exil, malgré tant de malheurs et de catastrophes, ce monde frivole et charmant n'a rien changé à la morale indulgente qu'il a professée naguère si insoucieu sèment au milieu des fêtes, à Versailles et à Trianon. Embelli par l'amour vrai, sanctionné par une longue durée, un attachement de ce genre, quelque public qu'il puisse être, ne scandalise et n'indigne personne; aussi la constance de Vaudreuil fait l'admiration des hommes et l'envie, des femmes de son temps. Pour nous, si nous nous reportons à l'époque oii ces événements se succèdent, si nous considérons le milieu où ils se déroulent, nous ne nous étonnons plus de cette mentalité si différente de la nôtre. Trop d'habitudes ont changé, trop de conventions ont disparu et trop d'illusions se sont envolées, pour que ces mœurs d'un autre âge puissent soulever de notre part quelque indignation ou quelque dédain, et la société de leur temps est restée trop indulgente pour ces belles pécheresses, pour que nous puissions maintenant nous montrer trop sévères!