‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 74 sur 126 · Ministre d'Angleterre à Suinl-Pélersljoui · texte numérisé non relu

Ministre d'Angleterre à Suinl-Pélersljoui

2. La duchesse de Coigny, née d'Andlau, veuve en premières noces du couito de Ciiàloiis.

« heureuse d'être la première à la lui apprendre. « Cependant, vous lui aurez certainement écrit « tout de suite, et je me consolerai que ma lettre « ne soit pas la première qui lui dise ce qu'elle apte prendra avec tant de plaisir. Vous serez certai- « nement bien aise de savoir que la flotte espace gnole qui marchait contre le Portugal vient <( d'être complètement battue par les Anglais. Le « reste de cette flotte et celle des Hollandais nous « menacent à présent. Comme on est bien prête venu, je n'ai pas d'inquiétude à cet égard. Mais « la suspension des paiements de la Banque m'en « donne un peu dans ce pays-ci, d'après l'efTet « que cela a produit.

« Mon Dieu, qu'il serait temps que l'on veuille (( bien en croire ceux qui ont prévu depuis si « longtemps que tout ce qui paraissait d'abord « personnel à eux est cependant la cause du monde « entier.

« Voilà l'Italie totalement abandonnée aux France çais. Le Pape est parti pour Naples; qui nous ee aurait dit, quand nous l'avons vu, qu'un jour ee il serait^ comme nous, forcé d'abandonner son ee pays? Je finis bien vite toutes mes réflexions <e politiques : le sujet est trop triste et je ne veux <e que me réjouir de ce qui vous intéresse.

ee Adieu. Pensez quelquefois que vous devez un

246 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.

« peu d'amitié à tous les anciens sentiments que « mon cœur vous a voués pour la vie. »

Et la lettre se terminait par un post-scriptum du comte d'Artois. Les deux amoureux^ on le voit, vivent dans une union absolue et complète, et comme on a pu le remarquer dans sa lettre à Vaudreuil, le comte d'Artois écrit « nous » lorsqu'il parle de lui et de sa tendre compagne ; quoiqu'ils n'habitent pas sous le même toit pour sauvegarder encore un peu les apparences, ils mettent en commun leurs joies et leurs peines, et partagent alternativement les mêmes espoirs et les mêmes inquiétudes. En toute circonstance, le prince prend conseil de la bonne Louise, certain de ne recueillir jamais de sa bouche que des avis profitables et salutaires, et la lettre^ d'un charme si délicat, écrite par M""' de Polastron à la comtesse Diane nous prouve que les élans du cœur ne nuisent aucunement chez elle à l'exposé très net de ses vues, qui dénotent une perspicacité très grande et nous montrent avec quel soin averti elle suit, malgré son effacement volontaire, le mouvement politique général. M'"" de Pompadour n'eût pu mieux penser ni mieux dire.

Ce serait se tromper étrangement, du reste,, que de considérer Louise comme une femme

superficielle, d'une intelligence médiocre et d'un esprit dépourvu de toute culture ; c'est parla lecture qu'elle chasse la monotonie de ces longues et brumeuses journées, et les livres qu'elle affectionne témoignent d'un choix judicieux. Je possède deux petits volumes qui lui ont appartenu ; ils font partie d'une volumineuse collection intitulée : Bibliothèque des Bames^ que possédait M™^ de Polastron et qui contenait les œuvres les plus remarquables des classiques anciens et modernes, alors à la mode. L'un de ces volumes est ÏAmadis des Gaules, et l'autre la Collection des poètes dramatiques grecs. Tous deux portent, imprimé à la première page: «Bibliothèque de M'"" de Polastron », chacun des souscripteurs ayant la faculté de faire figurer leur nom en tète du volume; sur les plats sont frappés en or, réunies dans un élégant cartouche, les armoiries des d'Esparbès accolées aux armes des Polastron*, sous une couronne ducale, et si l'on en juge par les nombreux volumes disséminés dans des collections particulières-, sa bibliothèque personnelle était nombreuse. Les mois s'écoulent et la situation générale ne s'amé-

1. Les d'Esparbès portent d'argent à la fasce de gueules accompagnée de trois merlettes de sable. — Les Polastron portent d'argent au lion de sable.

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