Bibliothèque du comte Allard du ChoUet
liore guère ; la petite colonie continue à vivre à l'écart, derrière les vieilles murailles d'Holyrood, se mêlant peu au mouvement mondain dans lequel l'aristocratie écossaise s'efforce de les entraîner.
(( Les nobles écossais», écrit Yaudreuil, «sont « pleins de politesse, de prévenance et d'urbanité, « et les fêtes, bals et concerts ne nous manque- <( raient pas; mais il vaut mieux être en retraite, « ainsi que notre auguste prince nous en donne « l'exemple. »
Parfois cependant, en souvenir des jours heureux d'autrefois, M'"*^ de Polastron, aidée de ses amis, essaie de faire oublier à son prince les tristesses du présent et les préoccupations de l'avenir, en lui procurant d'innocentes distractions. C'est Yaudreuil qui, revenu à Edimbourg, nous fait le récit d'une de ces modestes fêtes, le 30 août 1798^:
« Hier, nous avons donné à Monsieur une pe- « tite récréation sans qu'il s'en doutât, car il n'y « aurait pas consenti par excès de prudence et de « circonspection. Il a donc monté dans la cham- « bre de son fils qui, la veille, avait été un peu « malade. 11 y a trouvé un théâtre formé avec
1. Leitre du comte de Yaudreuil à sa cousino. la marquise de Yaudreuil,
<( des paravents et les rideaux des croisées, éclairé « avec les bougies qui servent ordinairement au (( billard. L'orchestre était composé de Pauline, « toute seule, jouant du piano-forte; les valets de « pied, femmes de chambre et servantes compo- <( saient les spectateurs. De là on a joué, et très « bien, la petite comédie du Sourd et le proverbe « du Veiit^ en vérité fort bien, fort gaiement. Mon- « sieur a beaucoup ri, et cela lui arrive si rare- « ment que c'était pour nous tous une véritable « jouissance de lui voir un moment de distraction « à ses peines. Ma femme jouait, à cause de sa « rondeur actuelle, le rôle de W^" le Gros, maî- « tresse d'auberge à Avignon. Elle a pris à mer- « veille l'accent provençal et a joué avec beaucoup « de naturel et de gaîté. Elle était costumée parce faitement, avec un tablier vert, un bonnet à la « provençale. Le vicomte a fort bien joué le rôle du « niais, de M. Danières, et M. de Maillé, fort bien « aussi, le rôle du Sourd; ce sont les deux princi- « paux rôles, le reste est un remplissage. M. le duc « de Berry jouait le rôle d'un riche bourgeois de « Dolihan, et il était costumé aussi bien qu'on « peut l'être; c'est être assurément bien déguisé : « riche et bourgeois. Le tout a été parfait et j'en « paierai les frais pour une guinée. Assurément, « voilà ce qu'on peut appeler un innocent plaisir.
250 LES REINES DE l'ÉMIGRATION.
(( Peut-être les méchants y donneront-ils le nom « pompeux de fête ; qu'y faire? Cela me rappelle « Fimportance qu'on voulait mettre à Cendrillon, « jouée sans aucun frais par des enfants. Ce ressou- « venir pour nous seuls, je vous prie. Si on vous « parle de tout cela, vous voilà bien instruite^ et « vous saurez ce qu'il y a à répondre^ car je vous (( ai mandé l'exacte vérité. »
Le comte d'Artois était encore établi à Edimbourg au printemps de 1799, lorsque se décida le mariage du duc d'Angoulèmc avec Madame Royale, échappée aux mains sanguinaires de la Convention, grâce à un échange proposé par l'empereur d'Autriche. Il écrivait le 23 mars 1799, au comte de la Chapelle :
(( La reprise des hostilités m'empêche de me (( rendre à Mittau pour assister au mariage de « mon fils. Ce n'est pas le premier sacrifice que « je fais à mon devoir et ce ne sera pas lo « dernier ^ »
Enfin, au milieu de l'été de 1799, les gens de loi habiles et intègres qui s'occupaient de la situation pécuniaire du comte d'Artois parvinrent eniln à