CHAPITRE XIII
Le Séjour a Loxdres.
Pendant la durée de son séjour en Ecosse, le comte d'Artois avait conservé les plus nobles espérances; il allait porter ces mêmes espoirs à Londres, devenu le centre des relations avec rOuest qui continuait sa magnifique résistance. Dans la capitale anglaise, les habitudes de Monsieur et de ses familiers resteront les mêmes qu'à Holyrood et il continuera à se réunir à eux chaque soir, dans le salon de M'"" de Polastron ; c'est chez elle que s'organise régulièrement la partie de whist habituelle, et c'est là que se donnent rendez-vous, non seulement l'émigration anglaise, mais encore tous les allants et venants appelés à Londres par les intérêts de la cause royale. Rien ne sera changé au train modeste de la maison du prince; il donnera seulement alors trois dîners par an, le 1^"' janvier, le jour de
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la Saint-Charles et le jour de la Saint-Louis. « Les « femmes qui se présentaient chez lui », nous dit encore M™^ de Gontaut, « se faisaient inscrire <( à la porte ; il répondait exactement par une <( carte de visite. »
Le comte d'Artois, qui avait séjourné en revenant d'Ecosse au château de Belvoir, d'après un renseignement fourni par lord Grauby, fils aîné du duc de Rutland^ se fixa à Londres, au n° 46 de Backer Street; ce quartier a en réalité peu changé depuis cette époque, et ce numéro 46 est porté par la même maison qu'au commencement du siècle dernier. C'est un assez bel hôtel, qui était entièrement loué par lui et qu'il ne partageait avec aucun locataire; un grand salon se trouvait au premier étage, et il comprenait en outre trois ou quatre chambres à coucher de maîtres. Il est occupé actuellement par une couturière française. Backer Street est maintenant une rue plutôt commerciale, mais il y a cent ans^ elle était habitée d'une façon beaucoup plus aristocratique, et le prince avait pour voisin dans la même rue le célèbre homme d'Etat William Pitt.
En consultant les registres de l'Impôt municipal de 1800, 1801, 1802, de la mairie de Sainle-Marie- Ic-Bonc, on voit que le loyer était de 110 livres sterling et que les impôts s'élevaient à 11) livres
LA COMTESSE DE POLASTRON. 2o5
o scliellings. Cette taxe était payée par un certain William Forbes, « fortenants » pour locataires. Ce même Forbes possédait plusieurs autres maisons dans Backer Street, et comme il n'est pas qualifié de « Monsieur » dans les actes, on peut supposer qu'il faisait métier de louer des appartements meublés. Dans les « Court Guides », qui étaient les Bottins mondains de Tépoque^ le comte d'Artois n'est pas mentionné parmi les habitants de la rue, et une lettre de l'homme d'affaires de lord Portman, à qui appartient Backer Street, ainsi que tout le quartier avoisinant, nous déclare qu'il n'a trouvé aucune trace du nom de ce « gentleman » comme ayant habité « sur ses propriétés^ ».
Mais aucun doute ne peut exister à cet égard et nous en avons la preuve dans les Mémoires du docteur Roze-, qui est parfaitement catégorique à ce sujet. La raison de cette omission s'explique d'elle-même : le prince devait désirer que sa demeure restât ignorée^ excepté de ses amis d'Angleterre et de son entourage immédiat. Il devait tenir essentiellement à être peu connu dans le quartier qu'il habitait, de façon à recevoir plus