Communication du major Hall
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le voisinage. Le duc de Berry logeait au n° 39 de Saint-Georges Street; le marquis et la marquise de Polignac, 12, Welbeck Street; le baron de Roll, 51, Beaumonl Street, et un peu plus loin, le vicomte et la vicomtesse de Gontaut, 2,Chapell Street, puis encore le duc de Bourbon, 27, Achard Street.
Le Boyles Court Guide nous apprend encore que, en 1801, le baron de Montalembert vint habiter au nM9 de ïhayer Street, en face de M""^ de Polastron; puis, en 1802, c'est le comte Levis de la Tour du Pin qu'on trouve au n° 95, et le duc de Castries au n° 12,
Tout ce monde se réunit presque chaque soir chez M'"° de Polastron, oii le prince se rend après dîner, d'une façon régulière. C'est dans cette maison, petite et humide, que Louise va passer trois années, depuis la fin de 1799 jusqu'au printemps de 1803, époque oii l'altération de sa santé va la forcer à se retirer à la campagne, dans un endroit plus salubrc.
Depuis sa plus tendre jeunesse, sa santé avait toujours été délicate, et nous avons vu, à Versailles, son grand-père, M. Rougeot, nous peindre ses alarmes, chaque fois qu'elle est atteinte de la moindre indisposition. Plus tard, ce sera au tour du comte d'Artois, qui l'entoure des soins les plus tendres, de s'inquiéter outre mesure de tous les
légers malaises qui sont la conséquence naturelle de la faiblesse de sa constitution. Vapeurs, migraines, fluxions, fièvre, refroidissement, viennent trop souvent éprouver la jeune femme et troubler grandement son tendre compagnon. Dans sa correspondance, le souci de la santé de son amie se retrouve sans cesse sous sa plume^ et pourtant cette tendresse si attentive manquera singulièrement de prévoyance en lui faisant négliger les précautions les plus élémentaires indispensables à une nature aussi languissante que celle de M'"" de Polastron.
Il est vraisemblable, en outre, de croire, avec M""" de Gontaut, que chez la douce et bonne Louise le corps et Tâme étaient également atteints. Déjà débilitée physiquement par les brouillards de l'Ecosse, elle n'était pas moins déprimée au moral. Les cruelles inquiétudes, les chagrins successifs et les angoisses sans cesse renouvelées qu'elle avait eus à soufl"rir depuis dix ans l'avaient durement éprouvée, et la délicatesse de ses sentiments augmentait la souffrance secrète que lui faisait éprouver sa situation incorrecte auprès du comte d'Artois. Tandis qu'elle demeurait à ses côtés favorite presque ouvertement déclarée, la femme légitime du prince continuait à mener, à Turin, une vie obscure et effacée, et M. de Polastron, son
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propre époux, continuait à vivre loin d'elle, retenu en Allemagne par une vague mission militaire.
Les raisons du cœur sont toujours les plus fortes, a dit, à propos de Louise, le comte de Contades, faisant allusion à l'amour qui avait absorbé sa vie tout entière. Sa passion pour son prince, qui avait grandi lentement,, était trop violente pour n'avoir pas triomphé peu à peu de tous ses scrupules; elle n'avait pas hésité à tout lui sacrifier et à se donner tout entière, mais, après tant de sacrifices, elle demeurait l'âme troublée et presque repentante, partagée entre sa passion et ses remords, consciente pourtant de l'étendue de sa faiblesse, mais incapable de préférer ses devoirs à son immense amour. Comme ses souffrances physiques^ elle s'eflorçait de dissimuler les tourments de son âme inquiète, guidée en toute circonstance par cette exquise bonté qui la faisait s'oublier elle-même, préoccupée sans cesse d'épargner l'ombre d'un souci ou d'une inquiétude à ceux qu'elle aimait et dont elle voulait assurer le bonheur.
Ce fut à cette époque que M'"" Yigée-Lebrun peignit le portrait de M""' de Polastron'. C'est celui qui figure en tête de ce volume; il rappelle celui
\. M™« Lebrun avait également fait celui du jeune Polasti'on; je n'ai pu découvrir ce que ce portrait est devenu.
de la jeune femme au manchon, qui est au Louvre ', mais l'altération de la physionomie et son expression touchante et triste montrent combien, dès ce moment, la maladie avait déjà fait de ravages.
Douce et tendre pour son prince, affable et obligeante pour tous, elle s'attachait à faire de son salon un asile de repos et de quiétude où l'agrément de son esprit donnait de la vie à tout ce qui l'entourait; et, non contente d'adoucir le sort de ses amis et de sa famille, son grand cœur la poussait à s'employer au soulagement des misères qui atteignaient, nombreuses et imméritées, ses compagnons d'exil volontaire. Les lettres de la marquise de Lastic- à la marquise de Lage sont, à cet égard, des plus caractéristiques. Tombée dans une situation voisine de la misère, ayant avec elle son gendre et sa fille, M'"" de Saisseval, la marquise de Lastic écrivait à son amie :
« Vous savés qu'en partant de ce païs-cy, vous « m'avez mandé de m*adresseràM'"''de Polastron, « que vous l'aviez prévenue sur notre position; « je me suis décidée, forcée par la circonstance, « voyant ma fille manquer de tout, à m'adresser