Forneron, Histoire des Emigrés, tome II
2. Le nom est orthographié d'uuc façon ioexacte. 11 s'agit ici de Jean-Henri Lavigne-Delville, qui l'iit attaciié au prince en 1787 et le suivit dans toutes les étapes de l'émigration. Son fils, Jean-Charles Lavigne-Delville, né à llalberstadt en 1797, devint à dix-huit ans secrétaire intime du duc de Berry et lieutenant de dragons en 1815. Après la mort du prince, il continua ses premières fonctions auprès du duc do Bordeaux et de la duchesse de l'arme, près de laquelle il dcaicura jusqu'en 18.57.
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devenu roi, devait être assez durable pour lui permettre de parvenir au plus haut sommet des honneurs : l'archevêché de Reims, le titre de duc et pair et le chapeau de cardinal'.
La, fermeté de son caractère et l'intransigeance de ses opinions s'étaient manifestées dès le début de sa carrière, lorsqu'il avait refusé avec éclat et avec tous ses collègues de Saint-Sulpice de prêter serment à la Constitution civile du clergé.
Emigré en Angleterre et devenu confesseur du comte d'Artois après la mort de M'"^ de Polastron, il ne se séparera plus de lui, et le caractère malléable et indécis du comte d'Artois se laissera dominer d'une façon presque complète par cet esprit autoritaire et inflexible. Royaliste intransigeant, il ne cessera d'entretenir Charles X dans les idées les moins favorables à la Charte, et bien
1. Nommé coafesseur du comte d'Artois à lamort de Tévêque d'Arras en 1803, évèque d'Amyclée le 8 aiars 181G et évoque de Chartres le 8 août 1817. Ce l'ut seulement le 8 novembre 1818 qu'il prit possession de sou diocèse, après avoir habilement triomphé de l'opposition dirigée contre le nouveau Concordat. Pair (le Franco le 31 octobre lSi'2, il remplace, le 10 mars 1824, Mgr de Coucy au siège de Reims. C'est lui qui officie à la cérémonie du sacre et public à cette occasion un mandement demeuré célèbre. Le 18 mars 1826, il est nommé cardinal par Léon XII, et la même année, duc et commandeur du Saint-Esprit.
Après avoir suivi Charles X à LuUwort, llolyrood, Prague et Goritz, il rentra en France en 1839 et mourut le l""" décembre à Cémenos en Provence, son pays natal. Bon corps fut ramené à Reims, où den.x grands vicaires avaient continué en son nom il ailmiriistri'i' le tliiicèse.
qu'absent de Paris au moment de la signature des ordonnances, il encourra une large part de responsabilité de cette déplorable mesure. II convient de reconnaître du reste que si son inlluence fut regrettable, il eut du moins les qualités de ses défauts et resta rigoureusement fidèle au prince auquel il devait tout; il refusa de se rallier au gouvernement de Louis-Philippe et suivit Charles X en exil.
Tel est l'homme qui venait d'être appelé auprès de M™" de Polastron. Admis d'abord à partager les entretiens et les pieuses lectures de M'"° de Gontaut et de sa cousine, il prend peu à peu, sur cette dernière, une influence qui grandit avec les progrès de la maladie; peu à peu, il parvient à gagner sa confiance, et il obtient enfin que sa pénitente lui ouvre son cœur et revienne à Dieu d'une façon définitive. Quelques jours plus tard, la conversion de la jeune femme va être complète, et M. de Latil va avoir acquis assez d'autorité pour parler en maître.
Depuis le milieu de février^ la pauvre Louise gardait la chambre et souvent même ne quittait plus son lit. Le comte d'Artois, installé à son chevet, ne se séparait plus de sa bien-aimée malade ; il sentait que ses jours désormais étaient comptés, et il ne voulait pas perdre une seule minute de
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ceux qui lui restaient à vivre. L'abbé estima que cette situation ne pouvait durer, et il crut devoir exiger de sa pénitente un sacrifice qui rachetât quelque peu son passé et les faiblesses dont elle avait donne l'exemple : il lui demanda de ne plus voir Monsieur. Rien ne pouvait coûter davantage à la pauvre malade, mais pourtant elle ne se révolta pas contre la cruauté d'une telle séparation; son âme était troublée par les remords et par les scrupules, et, avec sa douceur habituelle, elle se résigna à obéir, mettant, comme seule condition, de revoir son ami à l'heure de la mort. Elle voulait, disait-elle, obtenir de lui une grâce qu'elle confia à Tabbé, et celui-ci ne put lui refuser celle entrevue dernière.
En même temps, il adressa la même demande au comte d'Artois.
« M. de Latil », dit M"'" de Gontaut, « crut né- (( cessaire de parler à Monsieur à cœur ouvert de sa « position envers M'"" de Polaslron et du scandale « dont il avait été la cause. » Il ne lui demandait pas une réparation publique, mais il lui lit sentir qu'il était convenable qu'il s'éloignât pour le moment que l'on ne pouvait que trop prévoir. Monsieur comprit la gravité de la situation présente, son cœur en était déchiré, et consentit à supporter ce que M. de Latil trouverait convenable de
lui imposer. Le prince se résigna à partir et à attendre l'appel que M. de Latil lui avait promis. Depuis quelques jours, Monsieur avait perdu tout espoir.
« La cruelle maladie suit son cours », écrivaitil à son frère ; « on cherche à en ralentir les terce ribles progrès, mais je ne puis ni ne dois me « faire aucune illusion, et mon malheur n'est que « trop certain. Croyez qu'il n'y a que moi qui « puisse apprécier tout ce que je suis destiné à <( perdre. » Et dans une autre lettre, il ajoutait : « Son état est toujours le même, elle est peut-être « un peu plus calme, mais il ne m'est pas permis « de me flatter en rien »
« Songez à moi », lui répondait Louis XYIII, « comme à un cœur à vous, qui sent, qui partage « toutes vos peines, qui voudrait les adoucir. (( J'ose à peine vous donner des commissions, '< mais si vous parlez quelquefois de moi, dites à « la malade que je l'aimais, mais qu'à présent, je « l'admire, je la respecte »
Le prince est encore auprès de son amie lorsque lui parvient cette lettre empreinte de sentiments si délicats, qui le touche et l'émeut d'une façon profonde; et en transmettant au Roi l'expression attendrie de la mourante, il lui dépeint
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sa résignation admirable, sa confiance dans la miséricorde divine et le calme et la paix intérieurs que les influences religieuses ont fait entrer dans son âme.
Chaque courrier apporte au comte d'Artois de nouvelles marques de sympathie et de tendresse de la part de son frère ' :
« Votre amie a pris le meilleur des remèdes « pour tout le monde, mais surtout pour une âme « comme la sienne. Puisse-t-elle en ressentir les « mêmes effets au physique et au moral. Et vous, (( mon ami, malgré la peine que je ressens pour « vous, jugez du bien que ce que vous me dites de « vous-même a fait à ce cœur qui vous aime si « tendrement! Je ne puis me flatter que le dou- (i loureux événement n'arrive pas, il me reste donc « à espérer, et avec raison, au moins selon mes « faibles lumières, qu'il n'y aura pas d'obstacles « aux consolations que je voudrais vous donner « et recevoir de vous. C'en est une pour moi de « penser que ma commission ait pu être faite. Oh ! « mon ami, que je vous aime et que je vous « plains! »
L'attente du douloureux événement est la préoc-
\. Ernest Daudet, Louis XVI II et le comte d'Artois.
cupation constante de Louis XVIÏI : chaque matin, son premier soin est de s'enquérir s'il est parvenu des nouvelles de Londres, ce S'il y avait eu « des nouvelles de Londres », répond M. de Bonnay, « j'aurais eu l'honneur de les porter moi- « même au Roi. » Et ce dernier ajoute en marge : « Sain desapointed. » — « Cette poste appor- « tera-t-elle quelque chose », écrit-il encore deux jours plus tard, « et devons-nous le désirer^? »