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2. Cette version est regardée comme invraisemblable par M™e de Greling, uée de SaiutEscupéry.
aveux de la mélancolique Louise, et nous aurions surpris ses premiers scrupules peu à peu vaincus par l'amour. Ce qui est hors de doute, à défaut de la légende du mariage, c'est le profond attachement du comte d'Artois. Après dix ans écoulés, le souvenir de cette amie si tendrement aimée était demeuré vivant comme au premier jour. Lorsque, à la restauration de 1814, il reçut en audience la sœur cadette de M™^ de Polastron, la baronne de Malaret, dont la ressemblance avec elle était restée frappante, son émotion fut si violente qu'il faillit se trouver mal.
Rien ne devait plus désormais avoir raison de sa constance; du jour où il eût vu disparaître celle qu'il avait aimée d'un amour si passionné et si exclusif, c'en fut fini pour lui des aventures galantes et des passe-temps amoureux. La raison d'Etat elle-même fut impuissante à le décider à manquer à ses promesses, en contractant une nouvelle alliance. Il avait refusé la main d'une princesse royale, il refusa également, en 1808, la fille du marquis de Buckingham, dont la beauté éclatante avait pourtant fait sur lui une grande impression. Le rapport de police^ qui signale la
1. Archives nationales. Bullethis de police ^Fiv ldû2, janviermai 1808.
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rencontre du prince avec la jeune iille, à une chasse, raconte que les Buckingham, jaloux de l'éclat que leurs alliances à des maisons souveraines jetaient sur les Howard et les Sommerset, mirent tout en œuvre pour faire réussir leur ambitieux projet. Tout demeura inutile, et après avoir attendu cinq années, la fille du marquis de Buckingham épousa James Everard, dixième lord Arundall of Wardour.
Plus tard, en 1820, de nouvelles tentatives, non moins vives, furent faites auprès du comte d'Artois; on n'avait plus l'espérance de voir cesser la stérilité de la duchesse d'Angoulême, le duc de Berry venait d'être assassiné et l'on pouvait craindre que la duchesse de Berry ne pût parvenir à mener à bien sa grossesse. On fit valoir auprès du prince la nécessité d'assurer par un nouveau mariage la descendance des Bourbons. Ces graves considérations ne suffirent pas à le convaincre, il refusa de s'unir à une jeune princesse, d'une beauté accomplie et d'un extérieur plein de noblesse ; il voulut rester fidèle à celle dont le grand portrait ornait toujours son salon, à cette tendre Louise, qui n'avait jamais rien demandé que son affection exclusive, et jamais ambitionné qu'une seule chose, la continuité de son amour.
La constance avec laquelle il tint son serment a
paru si extraordinaire à quelques-uns qu'on n"a pas craint de dénaturer sa piété si sincère et d'élever à ce sujet les suppositions les plus invraisemblables. On a été jusqu'à prétendre qu'il s'était fait recevoir de l'ordre de Saint-Ignace de Loyola et que, chaque jour, secrètement, aux Tuileries, il célébrait la messe. C'est une fable absurde ajoutée à tant d'autres qu'il serait superflu de démentir, et les contemporains se sont chargés d'en faire bonne justice'.
Il n'existe à Sommerset House, qui possède la copie de tous les actes de ce genre, aucune trace d'un testament de M™*^ de Polastron, et la raison en est simple : elle n'eut aucune disposition à prendre, ni pour son fils, ni pour ses amis, car elle ne possédait plus rien ! Elle avait tout donné au comte d'Artois, son cœur et sa vie, et avait abandonné ce qu'elle possédait de biens pour la cause royale qu'il avait à défendre. Sa générosité ne voulut jamais consentir à accepter la compensation la plus légère ; sa délicatesse aurait soufTert de la plus minime récompense, et la moindre
1. Voir les Mémoires du lieutenant général vicomte de Reiset et ceux du comte de >'euilly. a Charles X n'était pas jésuite «, a écrit ce dernier, « et même j'en pourrais citer des exemples, il avait assez peu de goût pour eux. Lahaire dont on l'aifublait était tout uniment un gilet de flanelle de Reims; il en a changé devant moi un jour de chasse. » {Souvenirs, page 394.)
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libéralité venant de son prince lui eût semblé déflorer la pureté de son amour. Cet absolu désintéressement, qui ajoute encore à son charme, nous la rend, s'il est possible, encore plus sympathique et attachante ; il dore délicieusement son souvenir du tendre éclat d'une affection sans calcul, exempte de toute ambition. « Elle était la tendresse vivante », a dit Lamartine, qui Ta su si bien peindre, et son existence tout entière fut consacrée à l'objet de son amour.