‹ Louise d'Esparbès, comtesse de PolastronChapitre 94 sur 126 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

Louis de Polastrox.

Le nom de Louis-Henry de Polastron ne rappelle aucun souvenir et ne se rapporte à aucun événement important. Sa courte existence s'est écoulée dans l'obscurité et l'effacement, et nous ne savons rien ni de son extérieur, ni de son caractère. Son portrait peint par Danloux, à Londres, en même temps que celui de sa mère, a disparu, et toutes les recherches que j'ai pu faire ne m'ont pas remis sur sa trace. Au physique comme au moral, il nous reste donc inconnu, et les contemporains sont muets sur cet enfant enlevé à la fleur de l'âge. Les renseignements obtenus à grand'peine, que je suis parvenu à réunir, se bornent donc à peu de chose; mais ils nous fixent tout au moins exactement sur les principales périodes de son existence et sur la date de sa mort, au sujet de laquelle les historiens n'étaient pas d'accord.

Anne-Louis-Henry de Polastron naquit à Paris, le 10 octobre 178."5, rue d'Anjou-Saint-Honoré, à

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l'hôtel Polignac, où sa mère était venue faire ses couches. Celle-ci, quoique mariée depuis cinq années, n'était âgée que de vingt et un ans. Les lettres de son grand-père, M. de Rougeot, nous ont appris combien sa grossesse fut pénible : « des maux de cœur et d'estomac » la tourmentaient sans relâche, et la santé délicate de la jeune femme faisait craindre à tous les siens qu'elle ne sortît pas victorieuse de cette douloureuse épreuve.

L'événement justifia leurs alarmes et l'accouchement fut si difficile, que pendant de longues heures on désespéra de sauver la mère et l'enfant. Pendant quatre jours et trois nuits, la pauvre Louise endura d'intolérables souffrances; enfin, après quatre heures d'une syncope dont la prolongation faisait craindre un fatal dénouement, elle mit au monde un fils qui, contre toute attente, parut être viable. Mais, durant ces couches si longues et si laborieuses, l'enfant avait éprouvé un léger accident, et il fallut, dès sa naissance, lui faire une opération pour extraire une grosseur qu'il portait à la tête.

La mère sembla se remettre de ce rude assaut, mais sa santé déjà délicate demeura altérée et l'obligea dès lors à d'incessantes précautions. Quant à son fils, il est vraisemblable de croire que les circonstances défavorables dans lesquelles il

était venu au monde^ et l'opération à la tète qu'il avait dû subir à sa naissance, furent une des causes principales qui abrégèrent ses jours. Son enfance, en tout cas, paraît avoir été débile.

Nous l'avons vu atteint en 1791, à Venise, au mois de juin^ d'une fièvre violente qui cause de grandes inquiétudes à son entourage et force M'"^ de Polastron, qui va rejoindre le comte d'Artois à Coblentz, à ajourner son voyage. Au bout de deux semaines, l'enfant est hors d'affaire, mais il se passe encore de longs jours avant qu'il ait repris des forces suffisantes pour entreprendre ce long voyage. A cette époque, il était âgé de sept ans et n'avait pas quitté sa mère depuis qu'au mois de juillet 1789, cette dernière s'était éloignée de Paris avec les Polignac, sur le conseil de la Reine, inquiète pour la sûreté de ses amis.

Comment s'écoula sa première enfance, c'est ce que nous ne saurions dire. — « Il tette fort bien », écrivait son grand-père le lendemain de sa naissance; mais sa lettre ne nous laisse pas de\'iner si M'"" de Polastron, cédant au sentimentalisme mis à la mode par J.-J. Rousseau, voulut elle-même allaiter son enfant. La fragilité de sa santé rend l'hypothèse invraisemblable^ et il est bien probable que le nouveau-né fut envoyé en nourrice à la campagne, comme c'était l'usage. Le petit gar-

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çon eut pour parrain son cousin, le maréchal d'Esparbès de Lussan, marquis d'Aubeterre, Tun des membres de la famille qui tenait le plus haut rang, et pour marraine la comtesse de Polastron. « Le maréchal eût préféré », dit M. de Lussan, grand-père du nouveau-né, « avoir pour commère « la duchesse de Polignac, mais il a fallu donner « à M™" de Polastron cette marque de déférence. » Il est bien certain, en tout cas, que ce ne furent ni Louis XYI^ ni Marie- Antoinette qui le tinrent sur les fonts de baptême. Là encore. M""" de Gontaut a eu une défaillance de mémoire.

La naissance d'un fils fut accueillie par toute la famille avec la joie la plus vive. A ce moment, les deux époux vivaient encore dans l'union la plus parfaite, et nous avons vu « le petit mari », comme l'appelle M. Rougeot, s'arrachant les cheveux de désespoir auprès du lit de sa femme, lorsqu'il la voit en danger. Pendant une période qui avait semblé bien longue à Adhémar de Polastron, les parents avaient cru prudent de retarder la consommation du mariage en séparant les jeunes époux, et ce n'est que lorsque la santé de sa petite-fille lui avait semblé suffisamment robuste que M. Rougeot avait consenti à les réunir. Les deux jeunes gens étaient donc presque encore dans leur lune de miel au moment de la naissance de leur fils, et il

est impossible d'avoir le moindre doute sur la paternité de M. de Polastron. Du reste, l'indifférence que témoigne le comte d'Artois à l'égard de cet enfant suffirait à prouver qu'aucun lien ne les unissait et qu'il n'avait môme jamais eu l'idée qu'il pouvait en être le père. Dans aucune de ses lettres, où il s'informe avec tant de sollicitude de la santé de sa mère, on ne voit son nom prononcé, et c'est à peine si, dans la nombreuse correspondance échangée avec le prince, de 1789 à 1804, Vaudreuil parle incidemment de lui à deux ou trois reprises. Enfin, lors de sa mort, en 1804, il ne fera, dans une lettre à son frère, qu'une brève allusion à cette douloureuse disparition.

Aucune donnée certaine, nous l'avons dit, ne nous permet de préciser à quelle époque les relations s'établirent entre le prince et M™" de Polastron, mais il est hors de doute qu'elles ne précédèrent pas la naissance et qu'elles ne commencèrent que beaucoup plus tardivement. Est-il besoin d'ajouter que ces relations demeurèrent stériles et que le comte d'Artois n'eut jamais ni fils, ni fille de M"^° de Polastron. Cette dernière n'eut jamais qu'un seul enfant, et il est probable que les accidents qu'elle avait éprouvés au moment de ses couches lui avaient, dès ce moment,, retiré tout espoir d'une nouvelle grossesse.

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C'est donc au rang des légendes qu'il faut ranger la tradition rapportée dernièrement dans Y Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux^, et qui prétend qu'une fille issue de Louise d'Esparbès et du futur Charles X était encore vivante en 1863, et qu'elle habitait rue de Provence, à Paris, sous le nom de M™" de Polastron. L'auteur de cette communication, le distingué M. Edmond Thiaudière, a été le premier à reconnaître qu'il n'avait aucune preuve de cette paternité fantaisiste, dont il n'était pas parvenu à éclaircir le mystère -.

II est probable que, durant l'émigration, le petit Louis suivit sa mère dans toutes ses douloureuses étapes à travers l'Europe; son père, retenu à son régiment par ses devoirs militaires, n'avait pas eu le loisir de s'en occuper, et la bonne Louise n'aurait pas consenti à s'en séparer. Elle avait l'àme trop sensible pour que son cœur fût fermé aux sentiments maternels, et nous avons vu que ses indispositions lui causaient les plus vives alarmes. Lorsque l'enfant eût grandi, elle songea à son instruction et se décida à le mettre au collège.

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