‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 11 sur 70 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Louise de Coligny, tout en ménageant la situation de son (ils dans les Provinces-Unies, s'attache à lui en préparer une en France. — Lettres d'elle et de son fils au connétable. — Henri de Rohan aspire à obtenir la main de Brabantine. — Mariage de Catherine Belgia avec le comte de Hanau. — Lettres de la duchesse de Bouillon et d'Emilie Antwerpienne à Brabantine. — Le duc de Bouillon propose à Brabantine Claude de la TrémoîUe pour époux. — 11 écrit au comte Jean. — Maurice de Nassau écrit au duc de Bouillon et à Brabantine. — Lettres de Henri-Frédéric k Brabantine. — Le mariage de Brabantine avec Claude de la Trémoïlle est décidé. — Henri-Frédéric s'en étonne et plaint Henri de Rohan de n'avoir pas été agréé. — La princesse annonce au comte Jean son prochain départ, avec Brabantine et Henri-Frédéric, pour la France. — Elle débarque à Dieppe, d'où elle écrit au duc de la Trémoïlle, et arrive à Paris. — Lettres de Gilles de Bourren et de la princesse au duc de la Trémoïlle. — La duchesse de Bouillon à Sedan. — Lettres de la princesse à Bamevelt, et de Damanoir à Ph. de Mornai. — Sur la demande de la princesse, le roi pardonne à Claude de la Trémoïlle le tort qu'il a eu de n^avoir pas demandé son consentement au mariage projeté. — Départ de la princesse pour Châtellerault, où ce mariage doit être célébré.

Les deux séjours, qu'à des dates rapprochées Tune de Tautre, Louise de Coligoy venait de faire en France, avaient ravivé en elle bien des souvenirs et étreint son âme d'émotions, sous l'impression desquelles elle demeurait, depuis son retour en Hollande.

Ses pensées ne pouvaient se séparer, ni des membres de sa famille, ni- des amis qu'elle avait laissés dans sa patrie. En attendant qu'il lui fût donné, comme elle l'espérait, de les y revoir, elle aimait à se rapprocher d'eux par une correspondance, que nous savons avoir existé, mais dont, malheureusement, les principaux éléments ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

Il y a, sur ce point, particulièrement en ce qui concerne les années J595, 1596, 1597, une lacune des plus regrettables; car, quel intérêt n'eût-on pas éprouvé à connaître, par les lettres que la princesse écrivit ou qu'elle reçut, dans le cours de ces trois années, les communications qu'elle échangea, avant tout, avec la duchesse de Bouillon, puis avec Flandrine de Nassau, son frère Charles de Coligny, sa belle-sœur. M"** de Chastillon et ses enfants, sa cousine d'Andelot, ses cousins de Montmorency, et, en dehors de sa famille, avec de hautes personnalités, teHes, entre autres, que le roi et sa sœur, M. et M."^ de Mornai, M*"*^ de Rohan, M"^^ de Laval.

Une seconde lacune, également regrettable, est celle qu'on constate, quant aux années précitées, dans la correspondance entretenue par Louise de Coligny avec celles de ses belles-filles qui se trouvaient à Heidelberg, à Bureu, ou ailleurs, avec sa belle-sœur, la comtesse de Schwartzenbourg, et avec ceux des autres membres de la famille de Nassau qui résidaient loin |de La Haye.

Essayons du moins, à l'aide des rares documents qui s'appliquent aux années 1595, 1596, 1597, d'indiquer sur quels points se concentra, dans le cours de ces trois années, l'incessante et féconde activité de la princesse d'Orangé.

Et d'abord, reconnaissante envers Maurice et Guillaume de Nassau, Buzanval et Barnewelt, de la sollicitude dont ils avaient, en son absence, entouré Henri-Frédéric, et heureuse de voir se développer, dans le cœur de ce fils chéri, les sentiments qu'elle lui avait inculqués, elle redoubla, pour lui, de vigilance et de tendresse. A mesure qu'avançait son éducation, dont elle dirigeait jusqu'aux moindres détails, elle se préoccupait de plus en plus de son avenir. D'une part, elle inclinait fortement à lui frayer une voie qui le conduisit, un jour, au service de la France et du roi, dont le bienveillant intérêt lui était manifestement acquis ;

336 LOUISE DE COLIGNT.

de Fautre, elle sentait qu'elle ne pouvait d'avance, Taffranchir des devoirs publics, qu'à titre d'héritier d'uD grand nom, il aurait à remplir, au sein des Provinces-Unies.

Au premier rang de ces devoirs se plaçaient ceux de la carrière militaire, dans laquelle Maurice déclarait vouloir guider ses premiers pas. Aussi, tenant compte de l'ascendant, qu'en ce point, le frère aîné exerçait déjà sur son petit frère, Louise de Coligny avait-elle prudemment invité, comme on l'a vu, Maurice à faire investir Henri-Frédéric du commandement d'une compagnie que le décès du prince d'Espinoy laissait vacant. Du reste, alors, qu'à raison de son âge, le jeune titulaire demeurait à l'état de chef purement nominal de cette compagnie, la princesse, parlant d'elle, un jour, à Guillaume de Nassau, gouverneur de la province dans laquelle un officier allait la conduire, s'occupa beaucoup moins du commandement conféré à son fils, que du soin d'exprimer, une fois de plus, à son neveu ses sentiments de tante affectionnée. On en jugera par ce billet^:

€ Monsieur mon neveu , ayant trouvé ceste commodité du capia taine Bernard, qui m'a dit vous aller trouver avec la compagnie € de mon fils, je n'ai voulu laisser écouler une telle occasion a sans vous faire ce mot pour me ramentevoir en vos bonnes «grâces et vous assurer du désir que j'ai de demeurer, toute ce ma vie, vostre bonne parente, estant toujours remplie et ce accompagnée de la mesme bonne volonté et affection de lac quelle je vous ai tousjours prié de faire estât en moi. L'on nous ce fait entendre que vous faictes bientost un voyage en Allemagne : ce mais j'espère que nous vous verrons de pardeçà avant vostre « partement. Attendans que nous ayons ce bien de jouir de vostre ce présence, je vous prie me tenir du nombre de ceux qui vous « veulent plus de bien.D

* Archives de la maison d'Orange^Nassau, n9 2247.

Tout en ménageant la situation de son fils dans les Provinces- Uoies, Louise de Coligny s*attachait à lui en préparer une en France, ainsi qu'il est facile d'en juger, ne fut-ce que par deux lettres d'elle à son cousin, le connétable ^ et par une autre que, sous son inspiration, Henri-Frédéric adressa à ce haut dignitaire.

Dans la première de ces lettres, la princesse disait à Henri de Montmorency 2 : «J'ai prié M' de Chéronne de vous tesmoi- « gner que je vous nourris un petit serviteur et parent qui sera «tantost en âge d'aller rendre service au roy et à vous. C'est caujourd'huy le principal de mes souhaits, qu'il peust aller estre anourry en lieu où il s'en rendrait plus capable qu'il ne fera« «s'il continue à demeurer icy. M' de Chéronne a pris la payne, «pendant le séjour qu'il y a fait, de le faire monter à cheval, «et vous dira le profit qu'il y a faict, qui est tel, qu'en trois «ans, il n'en eust pas tant sçeu ; car nous n'avons icy personne «qui s'entende fort en cesle profession ; de façon que, s'il y eust eu (moyen d'arrester icy, pour quelque temps, ledit s"" de Chéronne, c je m'en fusse sentye infiniment heureuse, pour le profit que cela «eût aporté à mon fils. Si vous pouviés luy persuader de refayre «un second voyage, vous obligeriés infiniment mon fils et moy...

La seconde lettre portait^: «Ce seroit manquer à ce que je «vous doy et au désir extrême que j'ay de me maintenir en « l'honneur de vos bonnes grâces, sy, par une sy bonne occasion «que par le voyage de M* de Buzanval, je faillois à vous rameu-

• «Le roi avoit fait connestable de France Henri de MontmoFency <(Damville), gouverneur de Languedoc, plutost pour le retirer de là, où «il prenoist trop d'autorité, que pour s'en servir près de luy» {Mém. et Corresp. de Momay^ éd. de 1824, t. 7, p. 199). — L'excès d'autorité dont il est ainsi parlé avait valu à Damville, de la part de ses contemporains, le surnom de roi du Languedoc.

* Bm. nat. mss. f. fr. vol. 3260, f» 51. ' Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3832, £^93.

c tevoir vostre très humble parente et servante, et vous suplyer c la recogDoistre tousjours pour telle. De vous mander nouvelles «de ce qui se passe icy seroit une erreur à moy, puisque M. de a Buzanval est porteur de ceste lettre. Seulement je vous suplie- « ray luy donner créance, en l'assurance qu'il m'a promis vous a donner de mon immuable affection à vostre service, et de la «nourriture que je vous fays d'un petit parent et serviteur que «je désire bien rendre capable de vous faire, un jour, autant «de services, comme je luy en imprègne de voulontés dans « rame. Groyés que c'est un de mes plus affectionnés souhaits, «etc., etc.»

P. 5. «Nous sommes icy dépourvus d'honnestes hommes « propres à apprendre les beaux exercices à la jeunesse, en tr'aulres «de bons hommes de cheval. Dernièrement que le roy avoit en- «voyé icy M. de Ghéronne, il prist la peine d'en donner de sy «bons commencements à mon fils, que chacun juge que, sy nous «le pouvions avoir, quelque temps, icy, cela luy profiterait «extrêmement. Je vous suplye, donc obliger tant vostre cousin, «que le roy veuille, par vostre moyen, donner congé à mondit «s** de Chéronne'de venir faire quelque séjour icy.j>

Quant à Henri-Frédéric, il s'adressait à Henri de Montmorency, en ces termes * : « Monsieur, je sens bien que je vous «suys fort obligé, car Madame ma mère m'a témoigné que ((VOUS me faictes cest honneur, de me vouloir beaucoup de bien. «Si j'en suis, dès ceste heure, aussy digne, comme je souhaite «de vous en pouvoir faire, un jour, reconnaissance par quelques « bons services, l'âge n'auroit à accroistre en moy rien de ce « qui vous y est acquis, comme j'espère qu'il se fera Dieu aidant. « Il me tarde infiniment, que je sois plus grand, et que j'aille « voir la France ; ce que je désire particulièrement pour vous

* Bihl. nat. mss. f. fr. vol. 3582, P 86.

« prouver par effect et de plus près, avec quelle dévotion je veux «demeurer, toute ma vie, Monsieur, vostre très humble cousin « et serviteur. »

Brabantine, qui avait, sur le petit frère, l'avantage de connaître la France, le fortifiait dans son désir de voir ce pays dont elle lui vantait les charmes. Elle désirait vivement, pour sa part, y revenir : mais, quelles heureuses circonstances pourraient l'y ramener? Elle l'ignorait, et la princesse l'ignorait également. Toutefois la connaissance que Louise de Coligny avait des hommes et des choses, alliée à une rare perspicacité démêlant, d*habitude, ce qui pouvait se dégager des circonstances au milieu desquelles elle et ses enfants se trouvaient placés, lui faisait pressentir, pour Brabantine, dans un avenir plus ou moins prochain, quelque heureux établissement en France. Peut-être le devraitelle à une union avec Henri de Rohan, qui, on l'a vu, aspirait à obtenir sa main, mais dont la recherche, parfaitement honorable en elle-même, n'était encore ni repoussée, ni accueillie.

Que Louise de Coligny fût portée en faveur de ce jeune seigneur, digne fils d'une femme distinguée avec laquelle elle était liée, c'est ce qu'il est permis d'inférer de ces lignes, qu'en mars 1595 il avait reçues d'elle * : « Je crains d'estre privée de l'heur de «vous témoigner, de vive voix, combien j'honore vostre mérite cet combien je désire de bâtir une amitié particulière avec vous, a tant pour moi, que pour mon beau-fils et mon fils. Je vous «rends grâces infinies de ce qu'il vous plaist, par vos lettres, « m'assurer qu'en cela vous secondez mon intention ; et je vous c jure que j'emploierai tout le crédit que j'ai sur l'un et le com- « mandement que j'ai sur l'autre, pour faire qu'ils s'unissent à « vous d'un bien étroit lien. ...y> ,

Que pensait, de son côté, Brabantine? Il est probable qu'en

^ Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

4596, elle ne repoussait pas les hommages de Henri de Roban, car M°* de Laval» qui portait un vif intérêt à la démarche de celui-ci et cherchait à en assurer le succès, écrivait, le 20 mars, à la charmante jeune fille, en des termes prouvant qu'elle la croyait sensible à cette démarche. En effet, que lui disait-elle, moins encore dans la partie finale d'une lettre pleine de protestations d'amitié, que dans un postscriptum délicatement significatif? Le voici* :

ce par l'assurance de vostre bon naturel, j'espère la cod-

a tinuation de vostre amitié, dont je me fie fort, puisque sy libéra- <t lement il vous a pieu m'en promettre, et que la distance des a lieux, la diversité des objets ne me raviront point tel bienfait, ce Je vous en requiers de toutes mes affections, madamoiselle, «et de me favoriser de vos nouvelles; vous asseurant qu'elles ne a peuvent jamais estre meilleures que je les désire. Obligés-moy ce tant, s'il vous plaist, de me mander quand vous serés de retour «à Paris, et quel séjour vous y pensés faire, afin que j'envoie a vers madame vostre belle-mère et vers vous; car, de madame «vostre sœur, elle ne sera pas de la partie, pour ce voïage. Elle « vous rendra ce mesme office, de vous amener, un de ces jours, « en vostre ménage, comme vous la laissés au sien, où je prie oc Dieu la bénir, et vous donner autant de bonheur que vous en oc souhaite, madamoiselle, vostre très humble et très obéissante à « vous faire service,

ce Anne Dallègre,

a P. S. — Madamoiselle, le mérite de M. de Rohan est tel, nque cela ne l'offensera points que mon fils vous assure qu'il est «vostre très humble serviteur, permétés luy de se certifier tel, «et l'obligés tant, s'il vous plaist, le tenir aux bonnes grâces de « monsieur votre petit frère, qu'il honore de tout son cœur. »

* Archives de M. le duc de la TrémoUle.

LOUISE DE COLiaNt. 341

Tandis que la question du mariage de Brabantine avec Henri de Roban restait en suspens, l'union de Catherine Belgia avec le comte de Hanau se célébrait, à Lewarden, en septembre 1596^.

Le duc de Bouillon, appelé au loin par des devoirs politiques et militaires à remplir, avait dû se séparer de la duchesse, et la laisser à Sedan, dans un état avancé de grossesse. Peu de temps après, elle y avait donné le jour à une fille.

Six semaines environ s'étaient écoulées depuis le départ du duc, lorsque la princesse d'Orange apprit son arrivée en Zélande, qu'elle annonça, le 23 septembre, à son neveu le comte Guillaume ^, en ces quelques mots : a M. de Bouillon, a «un extrême désir de vous voir; partant, je crois que le plus « tost que vous vous pourrés préparer pour venir de pardeça « sera le mieux, d

Durant un assez long séjour à La Haye, le duc de Bouillon avait soutenu de fréquents et intimes rapports, tant avec la princesse qu'avec Brabantine, lorsque celle-ci reçut de la duchesse sa sœur ces lignes' empreintes de tant de sentiment et de naturel :

«Chère sœur, je suis si mauvaise mère que je veux acquérir «vostre haine à ceste petite nièce, en vous assurant qu'elle est «cause que vous avés esté si long temps sans avoir de mes «lettres, j'en ai reçu trois où il faut que je face responce par «ceste-cy; mesmes j'en dois bien conter quatre, voulant rendre «ce bon ofice à ma petite, que de vous remercier, de sa part, « de l'obligacion qu'elle vous a que, dès son berceau , vous luy « tesmoygnés, bien qu'elle ne le mérite pas encores, qu'elle sera « vostre nièce la mieux aymée. Je ne me suis pas trompée de me

* Lettre du comte Guillaume Louis de Nassau au comte Jean^ du 15 septembre 4596 (Grœn van Prinslerer, Corresp. 2« série, 1. 1^*", p. 374). ' Archives de la maison d'Orange-Nassau, n® 2247). ' Archives de Af. le duc de la TrémoUle, Lettre du 4 novembre 1596.

342 LOUISE DE COLIGNT.

€ ravoir promis, ma belle-sœur. Certes aussy vous luy devés «cela, pour Tamour de moy, qui parfaitement vous ayme; mais ccje dis mille fois plus que quant j'estois si heureuse de vous «avoir près de moy. Aussy m'y conviés-vous trop; car me «semble que, lisant vos lettres, je recognois que, de toute vostre «affection, ces paroles sont escrites pour m*asseurer que je suis «continuellement en vos pensées, ainsi estes-vous, je vous «jure, aux miennes.

« Ce cher mari, dans ses lettres, ne me mande point son

« retour. Vous dites que c'est de peur de me tromper : certes il a « raison de ne le vouloir ; mais il faut que vous sachiés de com- «bien c'est quand il partit d'icy. Je le devois revoir dans six «semaines. Hélas! elles ont déjà duré plus de troys mois, et ne «sçay encores combien elles dureront. Sy ceste-cy le trouve en- « cores auprès de vous, je dire rage contre vous. Je vous avois « priée que, tous les matins, vous luy disiés le bon jour, de ma « part : qu'il se souvienne de ce qu'il m'avoit promis ; mais vous «ne me mandés point ce que vous en avés faict. Âh ! chère sœur, « que vous me le déviés désirer, au mesme temps qu'il arriva à «la Haye! Certes, j'ay faict des couches aussi tristes qu'il s'en «fît jamais, éloignée de tout ce que j'aymois le mieux au monde! « Bon Dieu, que cela est cruel ! Vous m'avez plainte, je m'en «assure; aussy je méritois que l'on eust de la compassion de « moy. Certes mes regrets sont encores tant en ma mémoyre, «qu'il a fallu que je vous en ennuyé. Mais il faut y mestre fin, «pour vous assurer que je suis extrêmement ayse de la façon «que vous vives avec ce cher mary. Vous lui avés bien faict « plaisir, car il désiroit bien ceste liberté, comme celuy qui vous «ayme autant qu'une propre sœur, vous n'en doutés pas, je «m'en asseure, puisqu'il vous a parlé fort de moy, et comme « nous vivons, je croy que vous dires avecq moy que je suis «l'heureuse des heureuses. Je vous souhaite la possession d'un

«m^me bonheur, quand vous changerés vostre condicion. Sy «se pouvoit davantage, je vous le desirerois. »

«Je suis étonnée comme Thumeur de ce cher mary et celle de <r ma sœur d'Orange ^ s'accordent si bien. Elle m'escrit une si «honneste lettre, àquoyje luy répons. J'ay tant à escrire, que «je ne pourray vous dire la moitié de ce que j'eusse faict, si cela « n'eust esté ; mesme je ne puis prendre le loisir de lire vos vieilles «lettres pour répondre à ce que vous désiriés de sçavoir. Ce «laquais est envoyé en toute diligence à Monsieur mon mary, y «ayant fort long temps que je n'y ay dépesché. Je ne puis croire «que vous Taiez encore en vos cartiers, quand mesme il y auroit « demeuré plus d'un mois. Le vent est bon ; croiez que je suis «bien aux escoutes.

«J'escris à Monsieur mon frère ^ qui, de sa grâce, m'a escrit ; «c'est sy rarement, que j'en reste aussi comme estonnée. Je «désire bien sçavoir ce que l'on aura faict pour ma sœur Gathe- «rine, j'entends les demandes de Madame ma tante' pour ses «habillements. Mandez-le moy. • . . Vous ne me déviés point «remercier du petit étuy : Ce cher mary vous l'a donné, et non «pas moy; je ne sçay pourquoi il vous l'a nié. Vous ne me «parlez nullement de la comtesse Hohenlohe, ma sœur : je croy « qu'elle n'aura pas été à La Haye^ pour le temps que vous avés «en Monsieur mon mary.

< Il faut que je vous dye que je n'ay point faict l'accouchée. «Je n ay veu personne d'estranger, durant ce temps, non pas «même Madame deCoucy ; la contagion l'en a empeschée. Je «u'ay point augmenté mon mal, pour vouloir fayre la jolye; les «pleurs m'ont tenu compagnie, et non pas la joye. Je ne sors

* Emilie première, issue du mariage de Guillaume^ prince d'Orange, avec Anne de Saxe.

* Maurice de Nassau.

' La comtesse de Schwartzenbourg.

«point encore de ma chanabre, bien que je me porte tort, ayant «esté fort bien pansée de M. Louys, le médecin. Ce n'a pas été € sans user de beaucoup de recettes ; mais je m'en suys fort bien «trouvée. Je n'ay pas encores reçeu nos cofres ; mais j'ay nou- « velle qu'ils sont à Paris.

« Adieu, mon cœur, ayme bien ta petite nièce, mais non pas « pour ce que Ton vous a dict qu'elle est belle, car elle ne Test «point: c'est une petite servante que je vous offre, jusqu'à ce «qu'elle vous l'assure elle-mesme. Belle sœur, que jamais je ne « sorte de ta mémoyre ! Je t'ayme mieux que moy-mesme, en « vérité ! »

Combien n'y a-t-il pas lieu de regretter ici la perte de tant d'autres lettres de la duchesse de Bouillon à ses sœurs, à la princesse sa belle-mère, et de lettres de celle-ci aux unes et aux autres ! Que d'intéressants épanchements elles devaient toutes contenir ! On eût aimé surtout à entendre, dans les tendres effusions de son cœur, Louise de Coligny, alors qu'elle se plaisait à inaugurer, par des témoignages de bonté, son rôle d'aïeule à l'égard des enfants de ses deux filles, Louise-Julienne et Elisabeth. Â défaut de ses paroles, nous pouvons du moins connattre quelques-uns de ses actes, dans l'exercice de ses nouvelles attributions maternelles. Il en est deux, par exemple, que nous signale la plus jeune de ses filles. Emilie-Antverpiana, continuant à résider auprès de sa sœur TElectrice palatine, écrivait de Heydelberg, le 1^ novembre 1596, à Brabantine * :

«Ma chère sœur, le retour de M. Tondorf m'a esté fort «agréable, pour avoir entendu par luy bien amplement de vos «nouvelles. Il m'a fait accroistre infiniment l'envie que j'ay de « vous voir. Il m'a dit que vous estes devenue si grande, si belle, «qu'il ne vous a presque point reconnue. J'ay aussy esté bien

* Archives de Af. le duc de la Trémoîlle,

«ayse, chère sœur, de ce que je vois que vous n'avés point oublié «vostre pauvre sœur Amélie, qui ne sçaurait esprimer Taïuitié « qu'elle vous porte. Je vous remercye aussy des bonnes ofres que a me faictes, et ne double pas de vos bonnes volontés, lesquelles a nie faictes bien paroistre. Vous m'envoiez un manchon que, je « vous prie croire, chère sœur, tiendray infiniment cher, princia paiement venant d'une personne que je chéris et honore tant.

a Madame^ m'a aussy faict cest honneur de m'envoier de si «beaux pendans d'oreilles, que j'aime extrêmement. Elle a aussi «envoie de si jolies petites fleurs aux deux petites princesses 2, «qu'on diroit que l'aînée sçait qu'elles viennent de si bonne a main; car elle les aime tant que, quant on luy donne, elle est «jalouse quand on l'y touche, et elle ne veut par les rendre. Elle «trotte si joliment, que c'est un plaisir de la voir. Elles se portent « toutes deux fort bien. Plût à Dieu, chère sœur, que nous pussions «estre bientost ensemble. Assurez-vous, chère sœur, que rien «ne pourra diminuer l'affection que je vous porte et que portera «jusqu'au tombeau vostre humble et obéissante sœur, à vous «faire service.»

L'intimité dans laquelle vivaient, les unes à l'égard des autres, les filles de Louise de Coligny, et l'amour que chacune d'elles lui portait constituaient, pour la princesse, la plus douce récompense des soins qu'elle avait donnés à leur éducation. Formées par elle à son image, elles avançaient dans la vie, sous son égide, avec la pleine confiance que, quoi que leur réservât l'avenir qui s'ouvrait devant elles, jamais l'affection, ni les conseils de leur mère bien-aimée ne leur manqueraient.

En dehors même du cercle de la famille, la princesse ne cessait d'agir, par la puissance de l'exemple, sur les personnes de con-

• Les filles de l'Électrice.

346 LOUISE DE GOLIGNT.

ditions diverses, avec lesquelles elle se trouvait en rapport ; se montrant toujours empressée à rendre quelque service, à alléger quelque épreuve, à venir en aide à quelque infortune^; sainte habitude, à laquelle elle demeura fidèle toute sa vie.

Le retour de Louise de Coligny à La Haye datait déjà d*un certain temps dont la duchesse de Bouillon, pour sa part, mesurait la durée* Quelque heureuse qu'elle fut, dans son intérieur, elle n*en souffrait pas moins de s'y sentir privée de la présence de sa mère et de Brabantine. Quoi de plus formel, sur ce point,

que ces quelques lignes ^ envoyées à celle-ci ! a puisque

((VOUS gouvernez cesle bonne mère, ne lui parlez d'autre chose «que de venir en France. C'est sans moquerie que l'on m'a dit a qu'elle fait plus que vous aimer, et qu'elle vous croit. Chère ccsœur, croyez que je désire, mais passionnément de vous voir.»

Peut-être, au moment même où la duchesse exprimait cet ardent désir à sa sœur, le duc de Bouillon pensait-il déjà à un moyen fort simple selon lui, de rapprocher, pour toujours Brabantine d'Elisabeth. Quoi qu'il en soit, voici en quels termes, entrant en matière, sans préambule, il soumit tout à coup, le 20 juillet 1597, à Brahantine l'appréciation du moyen qu'il avait, jusqu'alors, tenu en réserve* :

«Mademoiselle, j'ay esté paresseux à vous escrire, et non à «vous servir, et en ce de quoy je pense vous tesmoigner quelle « a esté tousjours mon affection de vous servir. C'est un mari qui «se présente, des meilleures maisons, et en ex traction et en biens, «de France, qui est M. de la Trémouille^. Soudain que je luy

* Voir, sur ce point, à Y Appendice, n« 16 diverses lettres de la province.

• Lettre du 5 février 1597. Archives de M. le duc de la TrémotUe.

• Archives de M, le duc de la TrémoUle,

* «La Trémouille étoit jeune, brave, ferme, hardi, franc, généreux, « puissant dans le Poitou et traînant après lui une grande suite de noblesse» (E. Benoit, Histoire de Védit de Nantes, t. l**", p. 121).

tpourroy dire qne vous n'estes point liée ailleurs, vous aurez cTambassade pour prendre temps et lieu de vous voir. Certes il «faut que vous le veniez chercher, ne pouvant ni le temps, ni « sa personne faire le voyage vers vous : s'il le pouvoit, il le feroit. «Vostre sœur, quoique preste d'accoucher, se trouvera à vostre « descente. Madame, nostre chère belle-mère, ne voudra vous «laisser courre la fortune de ce duel, sans vous y assister. Vous «estes la dernière: elle contiuuera à s'acquérir une immortelle < obligation sur nous tous.

«Vous aurez bientost des nouvelles de vostre sœur. Dieu sait « quelle joie quand vous vous reverrez !

«Aimez-nous et vous assurez de mon service.»

Quelque bonnes que pussent être les intentions du duc de Bouillon, il n'est pas moins vrai, qu'en homme par trop enclin aux négociations expéditives en matière matrimoniale, il adressait d'un ton singulièrement dégagé et pressant, à sa belle-sœur, une grave communication, qui nécessitait de la part de Brabantine et de celle de sa famille, les plus mûres réflexions.

Nous ne pouvons admettre que le duc n'ait pas, en même temps, écrit à Louise de Coligny, arbitre suprême du sort de la jeune fille , et que le style de la missive que la princesse dut recevoir de lui, n'ait pas, en une certaine mesure, servi de correctif à l'étrange allure du langage tenu dans la lettre adressée, le 20 juillet, à Brabantine.

Plus mesuré dans ses expressions, vis-à-vis de l'oncle que vis-à-vis de la nièce, le duc disait le 21 juillet au comte Jean de Nassau* : « Monsieur, s'offrant une occasion de marier madamoi- « selle de Nassau avec M. de la Trémouille, il a désiré estre assuré «de ses parens si ceste recherche leur serait agréable ; et m'ayant «prié de leur en escrire, avant que s'y engager, je l'ay voulu satis-

* Archives de la maison (TOrange-Nassau, n» 2209.

c faire, vous faisant cclle-cy, pour vous supplier comme Tua de flc ceux à qui cest bouoeur doit estre déféré, de m'en vouloir mauder flcvostre volonté. C'est un parly avantageux, tant pour la qualité «de la personne, de sa vertu, que de sa maison. Je recherche, «en toutes occasions, ce que je pense pour honorer et avancer « ceux qui sont de la maison de Nassau, cuydant le devoir, par cThonneur de Talliance que j'y ai prise.»

Maurice de Nassau reçut aussi du duc de Bouillon une lettre, dont nous ignorons la teneur ; nous ne connaissons que la réponse de Maurice^, portant à la dale du 2!2 août: «puisqu'il vous dc plaist sçavoir mon avis, touchant Taliance qui se présente pour « ma sœur Brabantine, il me semble qu elle sera fort advantageuse «pour elle et pour toute nostre maison ; et, puisque je sçay que «Madame la princesse, ma belle-mère, vous en escrira plus «amplement et vous fera entendre Tinclination de ma sœur, je «me remettray à ce qu'elle vous en mandera. d

Ce môme jour, Maurice écrivit à Brabantine ^ : «Ma sœur, je «vois que, depuis que je vous ai laissée, nostre trink, trink est «changé en himenée. Il me semble que c'est une himénée que «vcfus ne devez refuser en aucune façon. Je vous le conseille, «comme celuy qui vous aime plus que personne de ce monde, «encore que je sente bien que cela vous ravira de ce païs ; qui « me sera un très grand regret. J'écris à Monsieur et Madame «de Bouillon que, pour moy, je le trouve très bon, mais que a Madame leur mandera plus particulièrement vostœ volonté.»

Alors que rien, quant à l'union proposée, n'était encore décidé, Henri-Frédéric venait de faire ses premières armes au siège de Berck^, et il en informait, le 20 août, sa sœur par

* Archives de M, le duc de la TrémoiUe.

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

' Commelyn, Histoire de la vie et actes mémorahles de Frédéric- Henry de Nassau. Amsterdam 1656, in-fol., 1" partie, p. 3. — cLe

ce billet^ : ce je suis fort aise qu'il faille que je mette la main «à la plume pour vous escrire ces bonnes nouvelles, que la ville «de Berck a esté prise par composition hier, après disné, après «que Ton leust battue trois ou quatre heures. Je fus tousjours «avec mon frère pour l'aider à parlementer, là où je fis si bien «mon devoir, qu'à la fin ils se sont accordez et se sont rendus. «Je crois que nous allons diner à la ville, où nous boirons à «vostre santé en disant: trink^ trink, etc., etc. ]o

Continuant ses débuts, dans les rangs xie l'armée commandée par son frère, Henri-Frédéric, remerciait un mois plus tard, sa sœur, d'une écharpe qu'elle lui avait envoyée. Son style respirait Tardeur martiale d'un débutant de treize ans^ : «Je ne sçay «comment vous remercier de ceste belle escbarpe que m'avés «envoyée. Si j'en ay de plus belles, je n'en ay pas que j'ayme «tant. Quand je retourneray, je la raporleray toute gastée du «sang des Espagnols. Si nous eussions pris la ville de force, je « vous eusse envoie force butin. Peut-estre que si nous prenons «encores des villes, je vous en aporteray. Tous mes cousins «vous baisent les mains, et moy aussy, et vous prie d'aymer tous- « jours vostre bien humble frère et serviteur.»

Claude de La Trémoïlle, se livrant enfin à des démarches personnelles^ expédia en Hollande diverses lettres dont nous ignorons le contenu ^. Leur envoi est attesté par la lettre sui-

1 1er août 4597, Maurice de Nassau partit de La Haye^ suivi du jeune f prince Henri-Frédéric , son frère , qui commença de faire son premier «coup dressai, en Fexpédiiion, n'étant alors encore âgé que de treize cansi (Lapise, Eisi. des princes et de la principauté d'' Orange y p. 651).

* Archives de M, le duc de la Trémoïlle,

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

* Il écrivit aussi à TÉlectrice palatine, à Heydelberg. On connaît la réponse que celle-ci lui fit le 18 octobre 1597 {Archives de M. le duc de la TrémciUe).

vante, que, le 29 août, il fit parvenir au comte Jean-(e-V7euj? ^, à Dillembourg :

«Monsieur, j*escris en Hollande, sur le sujet de Falliance que «je désire faire avec vostre maison, en espousant, s*il plaist à a Dieu, madamoiselle de Nassau, vostre nièce. Le désir que j*en «ay me fait adresser ainsy à vous, sçachant le crédit que vous a y avez, pour y implorer vostre faveur. Je suis marry, Monsieur, «que je ne vous ay donné connaissance de moy par quelque bon «service précédent ; mgiis l'affection et fidélité que j*y voue, pour «Tadvenir, me donne la hardiesse d'espérer de vostre courtoisie «ce que je vous demande, à sçavoir, vostre consentement, à «Teffect de ce mien désir, m*asseurant qu'il sera conforme à celuy «que j'attends de Madame la princesse d'Orange, à qui j'ay «l'honneur d'appartenir^, et de Monsieur le prince Maurice de « Nassau. Je prie Dieu qu'il luy plaise de bénir le tout à sa gloire «et au contentement de tous ceux qui participent à ceste union.»

L'union fut, à la satisfaction générale, décidée en septembre.

Sans aller jusqu'à la désapprouver, Henri-Frédéric, tout petit frère qu'il était, eut du moins la franchise d'exprimer combien il regrettait la précipitation avec laquelle avait été évincé un prétendant dont l'insuccès le peinait. Allant droit au but, il écrivit, le 20 septembre ^, à Brabantine : « Madame, car vous la «serés bienlost, je m'estonne fort que vous avés abandonné le «pauvre Monsieur de Rohan, pour en prendre un autre qui ne « vous a pas fait tant de service que luy. Je m'asseure que, s'il «le sçavoit il prendroit incontinent querelle avec luy et le défie- «roit au combat. J'ay esté tout estonné d'entendre ce change- « ment : Je ne m'y attendais nullement. Je ne me sçau rais pas «imaginer comme cela s'est faictsitost.»

* Archives de la maison d'Oraiige-Nassau, n» 2209.

' Il était son cousin.

' Archives de M. le dt^c de la Trémoille.

Rien n'établit que Henri de Rohan se soit, un seul instant, départi, dans une circonstance si pénible pour lui, de la dignité d'attitude qui lui était familière. Sa mère et lui, soutenus par les sages conseils de Mornai, se continrent dans une réserve dont d'imprudents amis eussent voulu les faire sortir, ce Madame de c Rohan, mandait Mornai à sa femme ^, est conseillée de se jeter «à la traverse pour son fils, et en a voulu avoir mon avis: je «l'en ai desmenée.}»

Quand vint l'automne, la princesse d'Orange se prépara à conduire en France la jeune fiancée, afin de tout y disposer pour la célébration de son mariage.

Une lettre de cette maternelle protectrice à son beau-frère, le comte Jean, en date du 27 octobre, précisait lebutduvoyagequ'elle se décidait à entreprendre pour accomplir son affectueuse mission ^ :

« Monsieur mon frère, disait-elle, vous avez déjà entendu par «les lettres de M. de Bouillon la résolution de M. de la Tré- « mouille^ en la recherche de ma fille. M"® de Nassau. Depuis il «a envoyé icy un gentilhomme pour la demander à Monsieur le « prince, mon beau-fils, à Messieurs les Estats et à moy, Le parti «a esté trouvé si advantageux pour elle et si honorable pour toute «cesle mayson, que nous avons estimé que ce seroit chose que « vous. Monsieur mon frère, et tous ceulx auxquels elle a l'honneur «d'appartenir, trouveriez bon et l'approuveriez. C'est pourquoy «nous avons faict response à M. de la Trémouille, lequel, pour «plusieurs bons respects, ne peut, à ceste heure, abandonner la «France et mesme le pays de Poitou, où est le principal de son «bien et où ceulx de la religion sont principalement établis; «nous luy avons dit et mandé que, dans peu de temps, je ferais « un voyage en France et meynerois ma fille, pour là, avec l'aide

* Mém. et Corresp. de Momaiy éd. de 1824, t. 7, p. 381.

• Archives de la maison d'Orange-NassaUy n® 2209.

«de Dieu, soleDoiser le mariage. A cesle heure donc, MoQsieur «mon frère, Messieurs les Eslals et Monsieur le prince, mou « beau-Qls, trouvant bon que, devant que i'byver s*ayance davancc tage, je fasse mon voyage , et estant venue jusqu'en ce lieu (c(Usdenzal) pour dire adieu à Monsieur mon beau-Qls, j*ay prié a M. le comte Guillaume mon neveu, de vous faire tenir ceste a lettre, pour vous avertir de nostre voyage ; m*asseurant. Monde sieur mon frère, que vous laurez agréable, puisque je Tentrea prends pour le bien de ceste mayson. Monsieur mon beau-fils «trouve bon, comme j'espère que feront aussy Messieurs les «Estais, que je meyne mon fils, vostre petit neveu ; espérant « que ce voyage ne peut que luy servir pour le rendre tousjours «plus capable de faire service à cest estatet à tous ceulx auxquels « il a rhonneur d'appartenir, et à vous particulièrement, Monsieur «mon frère, vous suppliant le vouloir tousjours tenir en vostre «bonne grâce et moy aussy. 9

Tandis que tout, dans les Provinces-Unies, concourait à favoriser l'union de Brabantine avec le duc de la Trémoïlle, de sérieuses entraves pouvaient, en France, y être apportées par une autorité suprême que le duc avait méconnue. Son devoir, dès le premier moment, était de subordonner à l'obtention préalable de l'assentiment du roi toute démarche, en vue d'un mariage à conclure: et ce devoir, traditionnellement imposé par la dépendance du sujet à l'égard du souverain, il Tavait ouvertement violé. A la gravité de l'offense se mesura bientôt le mécontentement de Henri IV. Dans l'espoir de l'apaiser, le duc adressa au roi un mémoire explicatif dont Bourron était porteur. Scbomberg, sincère ami de la Trémoïlle, n'hésita pas à lui signaler l'insuQisance de cette démarche. «II vous reste encore, lui déclara-t-il, «le 3 novembre^, à donner contentement au roy sur le faict du

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

«mariage, pour lequel vous avez envoyé M. de Bourron vers Sa « Majesté; et plains ce pauvre homme qui aura eu, et je m'asseure «que vous le croiez bien, une demie douzaine de rudes bour- (t rades sur œsubject. Et certes, pardonnez-moy, s'il vous plaist : «la forme de laquelle vous avez procédé en cest affaire offense «très justement Sa Majesté, et ne puis que je ne blasme ce con- «seil, sans considérer qui c'est qui vous le peut avoir donné. La «mesme chose se pouvoit faire avec le gré du roy, avec beaucoup «de dignité pour vous, par l'entremise de Sa Majesté.»

Henri IV ne tarda pas à passer condamnation sur le procédé offensant de la TrémoïUe, ainsi que Mornai Tannonça, le 26 novembre, à Schomberg* en ces termes : « M. de la Trémouille est de «retour de Chatellerault à Thouars depuis deux jours. Le s*^ de « Bourron luy a apporté des lettres du roy aigres-douces, vrai- «ment de son style. Je vous en envoie la copie. Il m'écrit que Sa « Majesté a consenti à son mariage. Je pense qu'elle a très bien «faict. Jugez s'il ne seroit point à propos, quand Madame la «princesse passera à Dieppe, que le roy la prie de le voir. Si «je ne me trompe, il ne nuira point, car elle est sage et peut «adoucir beaucoup d'humeurs.»

Mornai appréciait ainsi avec une parfaite justesse l'efficacité que pouvait avoir, et qu'eut en effet, comme on le verra bientôt, dans cette conjoncture délicate, l'intervention de Louise de Coligny.

Cependant la princesse continuait ses préparatifs de départ.

Lorsque Henri-Frédéric, à l'issue de l'expédition dans laquelle il avait fait ses débuts, se retrouva sous le toit maternel, les États généraux l'autorisèrent à accompagner sa mère et sa sœur, et à rester absent du territoire des Provinces-Unies pendant une année.

* Mém. et Corresp. de Mornai, éd. de 1824, t. 7, p, 410.

ss

La joie du petit frère fut des plus vives. A peine en vit-on rexpressioQ modérée par la précision avec laquelle les États avaient fi\ë la durée de son séjour en pays étranger. Leur concession sur ce point était du reste assez large.

Quant à Maurice de Nassau, nulle possibilité d'absence. Retenu par d'impérieux devoirs sur le sol des Provinces-Unies, et dès lors privé de la satisfaction d'assister sa sœur, aux préliminaires et à la célébration du mariage, il avait, le 23 octobre 1597, délégué l'exercice de ses prérogatives de chef de famille, à sa belle-mère, dans des termes à la fidèle reproduction desquels s'attache un intérêt d'autant plus réel, qu'ils honorent à la fois et lui et la femme éminente, en qui se personnifiaient, au plus haut degré, la tendresse, la vigilance et le dévouement de la mère chrétienne *.

Voyant approcher le jour où Brabantine quitterait la Hollande, Maurice lui avait adressé cet adieu ^i a J'espérois d'estre si heu- (creux de vous voir, devant vostre partement; mais puisque ((M. de Bouillon haste tant vostre voïage, et que je m'éloigne a de vous, je crains que je serai contraint de vous dire adieu par dcce mot. Je vous prie donc, ma belle Brabantine, de m'aimer ce tousjours, comme vous avez faict; et encores que je soye loing <£0u près de vous, jamais vous ne sortirez de mon esprit, car «personne ne vous honorera jamais tant que vostre humble ce frère, etc., etc.»

Les États généraux annoncèrent au duc de la Trémoïlle le prochain départ de la princesse d'Orange et de ses enfants, en ces termes empreints d'une sérieuse sympathie*: «Monsieur, ce nous avons pris un singulier plaisir de ce qu'il vous a plu

* Voy. Appendice^ n® 17.

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle,

» Lettre du 20 décembre 1597. Archives de M, le duc de la Trémoïlle,

<cDous tesmoigner, par ie coatenu de vos lettres, la continuation «de vostre bonne affection envers cest estât, delaquelle vous € remercions bien fort, nous confiant qu'elle s accroistra de plus a en plus, journellement, à Toccasion mesme de vostre alliance «avec Madamoyselle de Nassau, que nous prions Dieu de faire «réussir, à sa gloire et à vostre conlentement. Et, à ceste fin, «comme ladicle damoyselle, heureusement en bonne santé, va, « avec Madame la princesse d'Orange, sa belle-mère, et Monsieur «le comte Henry, son frère, auprès de vous, croyés. Monsieur, «qu'apporterons tousjours de nostre part, tout ce qui pourra «servir à vous faire voir de mesmes combien nous agréons «ladicte alliance et desirons vous complaire.}»

Le 18 décembre, Henri-Frédéric prit officiellement congé des Etals généraux des Provinces-Unies*; et bientôt après eut lieu son départ.

Sa mère, Brabantine et lui, après une traversée difiicile, débarquèrent, en janvier 1598, à Dieppe, où les avait conduits une flotille mise à leur disposition par les États généraux.

De cette ville Louise de Coligny adressa au duc de la Trémoïlle la lettre suivante 2 :

« Monsieur, je crois que la plus agréable nouvelle que je vous «puisse mander, c'est que vostre fiancée a passé la mer, et que € j'espère la vous mener bientost ; mais il est besoin que nous

* « Le comte Henri-Frédéric de Nassau a comparu à rassemblée^ pour c prendre congé d'elle, à l'occasion de son voyage vers la France, avec < Madame la princesse d'Orange. i> (Rec. des Résolutions des États généraux des Provinces-Unies , séance du 18 décembre 1597, Archives générales du royaume de Hollande). — « Madame la princesse douairière «d'Orange s'en va maintenant en France avec le jeune prince Henri- € Frédéric, son fils, pour honorer les ammenances de Mademoiselle (Charlotte Brabantine, que nous avons vue promise au duc de la Tré- « moîUe. > (Lapise, Hist. de la principauté d'Orange, p. 657).

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

«sçachions de vos nouvelles auparavant pour sçavoir où il vous «cplaist que nous nous rendions. Cependant, nous irons passer à «Paris, où est M. de Montpensier, là où je le cajolerai si bien «que, s'il y a moyen, j'obtiendrai ce que le sieur Chauveau m'a ce dict que vous desirez ; et ai estimé qu'il serait à propos qu'il ce nous attendit à Paris, pour vous porter la résolution que j'en «pourrais tirer. J'avertis le roy par le s*^ Chauveau de nostre «arrivée. Et, parce que j'ay appris que Sa Majesté sera partie «de Paris, devant que nous y arrivions, et qu'elle m'a com- « mandée expressément par ses lettres, que j'allasse recevoir ses «commandements et luy mener mon fils, devant que passer «outre, je le supplie de me commander en quel lieu il lui plaist «que nous l'allions trouver. J'ay pensé qu'il seroit à propos, et «que mesme cela nous serviroit, que ce fût ledict Chauveau qui «luy portât ceste nouvelle. Enfin, croyez. Monsieur, que je (( n'oublieray rien de tout ce que je jugerai oslre pour vostre «service et pour l'avantage de vous et de ma fille. Et, en espé- «rance de vous voir bientost, voilà tout ce que vous aurez de « moy, pour ceste cause. »

A cette lettre étaient jointes ces quelques lignes, de la main de Brabantine :

«Monsieur, Madame ma belle-mère m'a faict l'honneur de « me permettre de vous faire ce mot, en sa lettre, pour vous «dire que nous sommes arrivés, après beaucoup de mal, en ceste «ville. L'espérance que j'ay, d'avoir bientost l'heur de vous voir «et de vous écrire bientost par M. Chaveau, fera que je ne vous «dirai autre chose, sinon que je suis. Monsieur, vostre bien «humble servante, à vous faire service.»

De Dieppe, la princesse et ses enfants se rendirent directement à Paris, où ils arrivèrent, le 26 janvier.

Le lendemain ils y reçurent la visite de Gilles de Bour-

ron, secrétaire de Claude de la TrémoïUe , qui aussitôt écrivit au duc*:

« Monseigoeur, hier au soir arriva icy Madame la priucesse «d'Orange, environ cinq heures. Elle fut au Louvre: Le roy lui € manda qu'elle allast voir Madame, où il fut la trouver; ce ne «fut sans parler de vous et de vostre mariage. Elle le supplia de «luy en dire sa volonté : il fit plainte de ne l'avoir sçeue que par «son moïen, et le peu de respect que vous luy avez porté, en «cela. Elle n'oublia pas de vous justifier par raisons aparentes, «et le pressa de luy donner son consentement; ce qu'il luy «accorda. — Elle retourna à son logis, dont elle n'a bougé, «tout ce jour, ayant toute la journée, esté empêchée à un «nombre infini de visites. J'ay parlé à elle, à son lever, pour «recevoir ses commandemens. Elle m'a dit estre résolue de ne «vous renvoier M. Chauveau, que d'icy à deux jours ; que plus «amplement elle s'instruira des choses qui se passent, qui sera «pour sçavoir le lieu où vous désirés qu'elle vous vienne trouver. «Elle a quelque opinion que vous envoirés vers elle, sans « attendre plus amplement de ses nouvelles, puisque vous avés «advis qu'elle estoit à Rouen. — Monsieur son fils est avec «elle. Il est aussi grand que M. de Chastillon. Quant à Mada- «moyselle vostre fiancée, elle se porte fort bien : Je prie Dieu «que ainsi soit de vous, Pardonnés-moi si je m'avantage, Mon- « seigneur, de vous dire que je croy que vous serés extrêmement «content de vostre bonne fortune; et vous puis dire avec vérité «que le portrait que Ton vous a envoie est fort eslongué de «représenter la beauté qui est en ceste princesse. — Madame la «princesse 2 fut audevant, jusques au-delà Saint-Denis; aujour- « d'huy elle a amené Monsieur (son fils) icy. . . — P. S. Mada-

* Lettre du 27 janvier 1598. Archives de M. le duc de la TrémoïUe.

• La princesse de Condé, sœur du duc de la Trémoïlle.

f moyselle vostre fiancée D*a que une gouvernante et une fille «de chambre; et n'a voulu prendre des filles que Ton luy a «voulu bailler ; le renaettant à vostre volonté.»

Écoutons maintenant Louise de Goligny parler au duc de la Trémoïlle de son arrivée à Paris * :

(c Monsieur, nous sommes non seulement en France, mais à « Paris, à la cour, et, qui plus est, aux festins. Hier le roy me « fit commander expressément qu'il voulait que je me trouvasse «chez Zamet, à souper. J'y allai donc avec Madame^ Au partir f delà, M. Le Grand pria toute la compagnie, et nous particuliè- « rement ; de façon que chacun juge que nous ne nous en pou- «vons défendre. J'en vois qui sont faschées de n'estre point « priées. Plût à Dieu que je leur pusse donner ma place ! Elles « seraient contentes, et moy aussy. Délivrez-nous bientost, Mon- « sieur, de ces peines ; autrement nous en mourrons, car nous ne «sommes pas accoustumées à ces veilleries, et principalement «après un si long et fascheux voyage ; mais il n'y a point moyen «de voir ni de parler au roy, à ceste heure, qu'en ces lieux-là. « — Hier au soir. Sa Majesté me commanda vous escrire que « non seulement elle approuvoit vostre mariage, et le trouvoit «bon, mais que mesmes il pourroit bien, si vous l'en priiez, s'y « trouver ; et que je vous mandasse qu'il désiroit de vous voir ; «et que, si je vous aimois, comme il sçavoit bien que je faisois, «que je le vous devois conseiller. Vous y aviserez, Monsieur, et « moi je vous diray que, soudain que nous sçaurons de vos nou- « velles, nous partirons ; mais mandez-nous par où et où vous « voulez que nous nous rendions. Pour moi, il me semble qu'il «sera bien à propos que ce soit à Saumur. Chacun approuve «que vostre mariage se fasse là. — Je n'ay point encore résolu-

* Lettre de la fin de janvier 1598. 'Archives de Af. le duc de la Trémoïlle.

<rtioQ de M. de MoDtpensier, sinon qu'en gros. Il m'asscure qu'il «veut faire beaucoup pour sa chère cousine. Je ne luy ay encores oc rien particularisé aussi, car il m'a priée que nous ne parlassions «point d'affaires, jusques après caresme — prenant, car on ne «parle icy que de festins et de ballets. — Madame la princesse, «vostre sœur, nous a faict trop d'honneur: elle a pris la peine «de Tenir audevant de nous jusques pardelà Saint-Denys; mais «nous sommes si étourdies de nostre voyage et avons esté tant «visitées de compagnies, qu'il n'y a point de moyen que nous « luy puissions rendre ce que nous luy devons. Ma fille Ta veu «seulement une fois, en son logis, mais moy, je n'ai encores «esté voir que Madame. — Encores un coup, envoyez-nous «bientost quérir, et croyez que je n'oublierez rien pour vostre «service; assurez-vous en comme d'un autre vous-mesmes. — «M. Chauveau vous tesmoignera que j'ai faict cesle lettre, à «plus de mille fois. Je remets le reste à luy. Monsieur, et suis «vostre cousine, vostre servante, et bientost vostre mère, s'il «plait à Dieu.»

Brabantine ayant fait part à Maurice de Nassau, des festins et des réceptions auxquels elle avait assisté avec la princesse, il lui répondit*:

« Ma sœur, vos lettres m'ont bien tesmoigné que les oubliances «n ont pas eu puissance sur vous, puisque vous avez pris la « peine de m'escrire parmi tant de festins, que vous m'avés sou- «haité près de vous, pour voir tant de beaux banquets. Si les «souhaits avaient puissance, j'y voudrois estre quand vous serez «en vos festins pour vous dire un peu des mots grabats. Je m'as- «seure, nonobstant vostre gravité, que je vous ferois rire. Je « vois, ma sœur, que vous m'asseurés tant que vous continuerés «tousjours dem'aimer: je n'en ai jamais doubté; mais j'espère «que vous vous tenez bien asseurée de mon amitié. Elle ne vous

* Lettre du 21 février 4598. Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

(( faudra jamais et vous sera toujours conservée aussi entière «qu'elle vous a esté, quand j'avois ce bien de vous voir.»

Il tardait extrêmement à Louise de Coligny de recevoir, de Sedan , des nouvelles qui confirmassent celle du complet rétablissement de la santé, naguères fortement ébranlée, de sa chère Elisabeth.

Au mois d'octobre précédent, la jeune duchesse était accouchée, avant terme, d'un fils, qui n'était pas né viable. Pendant trois semaines, une fièvre des plus intenses avait mis ses jours en danger *. Revenue à la santé, elle reprit avec la princesse une* correspondance qui délivra celle-ci de ses anxiétés. Cette correspondance est aujourd'hui perdue. Il en est de même d'une lettre que la duchesse écrivit à sa mère, dès qu'elle la sut arrivée dans la capitale. Un seul document nous fournit quelques données sur ce qui se passait, en janvier 1598, au château de Sedan ; c'est la lettre que voici, du duc de Bouillon à la princesse d'Orange ^:

ce Madame, c'est pour me réjouir de vous sçavoir arrivée à «Paris, et les ennuis de la mer surmontés, que je vous escris «ceste-cy, me plaignant de me connoistre de tout inutile à vous ce faire service, et que mes desii's trouvent autant d'obstacles à « estre commandé de vous, comme ils seroient surmontés par ce mon obéissance, sy vous me jugez estre propre à vous complaire. (c — Nous avons eu icy ceste grande Eleclrice, qui, chaque jour, «s'enquéroit si vous n'estiez point arrivée, et tout ainsi qu'elle

* (^Madame de Bouillon est accouchée, au septième mois, d'un fils € mort-né. Pense quelle affliction, après les précédentes ! > — «J'avais « hier icy un secrétaire de M. de Bouillon, exprès pour me dire de ses « nouvelles. Madame sa femme a été vingt-deux jours à l'extrémité, d'une « fièvre continue ; elle est hors ; mais il est fort en peine, pareequ'on luy « a celé la mort de son fils, et elle demande à le voir. » {Lettres de Mornai à sa femmey des 22 octobre et 5 novembre 1597. Mém. et Corresp,^ éd. de 1824, t. 7, p. 346, 381.)

* BihL nat, mss. Collect, Duput/y vol. 194, f> 64.

«se le promettoit, elle se nourrîssoit d'espérances de vous voir. «Quel coQtentement, que personues si éloigoées de lieux se a trouveroient sy aussy proches, comme elles le sont de sang et «d'obligation! Vostre fille vous mande son estât et celuy de la «petite troupe qui est céans. Nous y avons la tille aisnée de M. le «comte de Hanau, belle et très jolie, laquelle, et tout ce qui est « céans, n'a rien de plus afectionné, que vous faire service, et «moy pardessus tout, vous baisant un million de fois les mains, d

Louise de Goligny ayant reçu du roi un bienveillant accueil, qui s était étendu à ses enfants, elle en fit part à Barnevelt, en insistant sur l'intérêt spécial dont Henri-Frédéric avait été l'objet.

«Je ne vous puis représenter, disait-elle^, l'honneur et bonne «chère que mon fils a reçu de Sa Majesté, et combien le roy a «recongneu, parla permission que Messieurs les Estais luy ont «donnée de venir icy, un particulier tesmoignage de leur bonne « volonté et de la fiance qu'ils preignent en Sa Majesté, luy fiant «ce qu'il voit bien qu'ils tiennent si cher que mon fils. Aussy «Sa Majesté m'a-t-elle très expressément commandé de le luy «renvoyer, incontinent que sa sœur sera maryée, et que, puis- «que M. les Ëstats le luy ont envoyé, qu'il veult, le temps qu'il «demeurera en France, qu'il demeure auprès de Sa Majesté. Cela «me touche un peu do le vouloir mener en Bretagne ; toutefois «c'est avec promesse qu'il en aura soing comme de son fils, et «qu'il ne le laissera autrement estre en danger, et ne laissera «d'apprendre là de monter à cheval, parcequ'il aura ses écuyers «et ses chevaux auprès de luy. Une autre incommodité, c'est «qu'il mefault luy donner un équipage pour suyvrele roy, qui me « coûtera infiniment, et jesuispresqu'au boutde mes finances, estant «incroyable la despense qu'il m'a fallu faire à Paris, et qu'il me

• Lettre du 23 février 1598. Archives de la maison d' Orange-Nassau et Archives générales du royaume de Hollande, recueil intitulé : Brieven van Vorsten Regerings personen.

« fauU faire, en ce voyage, looget en la pire saison deTanDée ; voas « asseurant cependant que je ne fays despence que nécessaire ; «mais c*est une chose estrange comme tout est cher, etc., etc.»

Dumaurier avait vu la princesse, deux jours après celui de la visite que Gilles de Bourron avait faite, et il s'était bâté d'adresser à Momai cette communication ^ : a Madame la princesse d'Orange « est arrivée, qui m'a fort particulièrement enquis de vos nouvelles, cet nommément de l'assassinat qui a esté commis en vostre per- « sonne 2, duquel je vous jure qu'elle a ung sentiment incroyable, a Elle est icy attendant des nouvelles de Messieurs de Bouillon «et de La TrémoïUe, pour s'acbeminer incontinent pardelà avec c Mademoyselle d'Orange. Le roy, monseigneur de Montpensier a et elle sont d'advis qu'ils espousent à Saumur, pour plus de bien- « séance que si on menait Mademoyselle de Nassau à Tbouars, € avant estre mariée. Elle m'a donné charge de vous escrire «qu'elle se réjouit que ceste action se passe au lieu où vous « commandiés. i»

Mais l'action dont il s'agissait devait dé6nitivement se passer ailleurs qu'à Saumur, en d'autres termes, à Cbâtellerault, oii se tenait alors une assemblée notable des réformés.

Le duc de la Trémoïlle en faisait partie et attachait une extrême importance à ce que son mariage fut célébré dans la ville même où elle siégeait^.

' Lettre du 29 janvier 1598. Mém, et Corresp, de Mornaiy éd. de 1824, t. 7, p. 558.

• Il s'agit ici de l'odieux et lâche attentat commis, à Angers, le 28 octobre 1597, par Saint-Phal, sur la personne de Ph. de Mornai. L'indignation qu'il souleva fut générale. Il en fut de même de la sympathie qui éclata en faveur de la victime. L'émotion qu'en ressentit Louise de Coligny fut extrême. Cette princesse fut au premier rang des sérieux et fidèles amis qui, dans cette triste circonstance, eurent à cœur d'entourer Momai de leur chaleureuse sollicitude.

* Le duc avait placé sa demande en mariage sous le patronage de l'assemblée. — « L'assemblée transférée à Chastellerault fut plus belle

Gaspard de Schomberg le gourmaDda de son insistance à cet égards avec la légèreté de propos familière aux gens de cour en lui disant^: oc Je crois que Messieurs de rassemblée vous «veulent marier comme Tun de leurs pupilles, ainsi que Messieurs «de Venise marièrent madonna Bianca au grand duc, comme «fille de Saint-Marc.»

Inébranlable dans sa résolution, Claude de la Trémoïlle avait, pour qu'elle fût couronnée de succès, réclamé le concours , toujours si bienveillant, de Louise de Coligny; la princesse le lui avait accordé, auprès du roi, en renonçant, sur le point en question, à ses vues personnelles. Ayant, dans sa démarche, réussi au gré des désirs du duc, elle avait, avec ses enfants, pris la route de Cbâtellerault.

D'Orléans, où elle s'était momentanément arrêtée, elle expédia, le 23 février, à Barnevelt ces lignes ^ : «Il me fault aller à Chas- «tellerault faire nostre mariage. J'ay eu peine à l'obtenir du roy, «et M. de la Trémoïlle s'y est opiniastré. Enfin Sa Majesté me «l'a accordé; mais cela a fort attardé mon voïage.»

€ qu'elle n'avait jamais esté. Il s'y trouva un gentilhomme, un ministre, «UD homme d'affaires, de chaque province, et, outre cela, plusieurs de « la qualité requise par le règlement de S*«-Foy, pour y assister sans dé- « putadon. La Trémoïlle, qui avait déjà été le plus considérable dans les « précédentes assemblées, présida dans celle-ci et y soutint les intérêts «de la religion avec tant de zèle, que la défiance et la hayne que Ton «avait pour lui, à la cour, s'en accrurent de beaucoup. » (E. Benoît, Histoire de Védit de Nantes^ t. 1, p. 188.)

• Lettre du 3 novembre 1597. Archives de M, le duc de la Trémoïlle.

• Archives de la maison d' Orange-Nassau et Archives générales dti royaume de Hollande^ recueil intitulé Brieven van Vorsten Regerings personen.

Page 1