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CHAPITRE IV

En 1576, Louise de Goligny revient en France, séjourne quelque temps au château de Ghâtiilon-sur-Loing, et va se fixer dans son domaine de Lierville, en Beauce. — Ses actives démarches pour obtenir la réhabilitation de la mémoire de son père. — De 1576 à 1580, elle vit dans la retraite. — En mai 1581, elle assiste au mariage de son frère François de Ghastillon. — Guillaume de Nassau, prince d'Orange, demande la main de Louise. — Coup-d'œil sur la vie publique et la vie privée de ce prince, — Nombreux enfants issus de ses différentes unions. — Émue de leur sort, Louise consent à devenir pour eux une seconde mère, et le 12 avril 1583, elle épouse Guillaume de Nassau. — Lettres diverses, écrites à ce sujet. — Le prince et la princesse d'Orange quittent Anvers, où ils se sont mariés, se rendent en Zélande, et de là en Hollande. — Leur demeure à Delft. — Naissance de leur fils Henri-Frédéric, le 29 janvier 1584. — Graves complications dans la marche des affaires publiques. — Dévouement du prince d'Orange. — Ses entretiens avec Maraix de Sainte- Aldegonde. — Dangers auxquels la haine des Espagnols expose le prince.

Louise de Coligny quitta Berne le 14 août 1576*, rentra en France, où le fidèle Legresle l'avait précédée, et arriva le 10 septembre au château de Châtillon-sur-Loing^. Elle ramenait avec elle son frère d'Andelot, qui ne tarda pas à se diriger vers le Languedoc pour s'y associer à la carrière de Ghastillon, son aîné. Tous deux y furent assez promptement rejoints par Charles, qu'au terme de sa captivité on avait remis, le 30 mai pré-

* Chronique bernoise de Haller et Musselin. — Histoire ecclésiastique de Bretagne^ par Philippe Lenoir, sieur de Crevain, p. 198.

* Une leUre de Legresle, insérée au n* 2 de V Appendice, contient d'intéressants détails sur le retour en France de Louise de Coligny et des personnes qui raccompagnaient.

cèdent, aux mains du baron de Meuillon, gouverneur de Marseille*.

Madame d'Andelot et ses enfants arrivèrent en France à peu près en même temps que Louise de Coligny. Tandis que Madame d*Andelot, selon toute probabilité, se retirait à Tanlay avec son jeune entourage, le comte de Laval, accompagné de Merlin, vint se fixer en Bretagne, au sein de ses domaines ^.

Après avoir séjourné quelque temps à Châtillon, Louise de Coligny alla se fixer à Lierville, en Beauce.

Ce domaine appartenait originairement à Téligny qui, par son contrat de mariage, l'avait affecté à la réalisation du douaire de sa femme, et qui lui en transmit la propriété à sa mort, advenue sans qu'il laissât d'enfants issus de son union avec elle. Les biens de Téligny avaient été séquestrés lors de la Saint-Barthélémy; mais le roi, ayant le plus grand intérêt à se ménager le concours de Lanoue, en présence du grave conflit engagé avec la ville de La Rochelle, lui avait accordé, à titre de faveur exceptionnelle, en ces jours de crise et de spoliation, la main-levée du séquestre ^ ; et le domaine de Lierville, ainsi libéré, avait été fidèlement conservé par Lanoue à la disposition de la veuve de Téligny, qu'il chérissait comme une sœur.

Louise de Coligny se résigna, en prenant possession du domaine de Lierville, à y mener une existence solitaire ; car les seuls parents et amis qui lui restaient encore se trouvaient pour la plupart disséminés sur divers points de la France. A ne par-

* Perussis, Hist. des guerres du comté Venaissiriy de Provence, de Languedoc, etc. ap. Aubaïs, pièc. fugit. t. le*", p. 188, 332.

* Ph. Lenoir, Hist. eccl. de Bretagne, loc. cit. p, 180, 198.

' D'Aubigné, Hist, univ. t. 2, liv. l^r, chap. 7. — Amyrant, Vie de Lanoue^ p. 71 : a Le roy accorda à de Lanoue une chose qu'il sçavait « bien qu'il avoil à cœur, à sçavoir la main levée des biens de son beauce frère Téligny, qu'il restitua par ce moyen à sa famille. »

1er que des principaux d'entre eux, en Languedoc étaient ses trois frères ; en Bourgogne, sa tante, Madame d'Andelot ; en Bretagne, Guy Paul de Laval ; dans TOuest, son beau-frère La- Doue; ailleurs, sa cousine, Mademoiselle de LavaU ses cousins, le prince de Condé et les Montmorency ; à Vitré, Merlin ; en Guienne, Catherine et Henri de Navarre.

L'un des premiers soins de Louise de Coligny, en arrivant à Lierville, fut d'y assurer au foyer domestique l'exercice du culte réformé. Par suite de l'une de ces généreuses concessions qui lui étaient familières, elle se voyait privée désormais du pieux concours de Merlin, que, d'accord avec elle, le comte de Laval venait d'attacher au service de son église domestique ^ ; elle accueillit alors, à titre de ministre de sa maison, un homme dévoué, Udde^, que recommandaient, à ses yeux, des liens d'intimité avec Merlin.

Un grand devoir s'imposait au cœur de la jeune femme, celui de sortir de sa retraite pour entreprendre des démarches tendant à obtenir, en exécution du traité de paix récemment conclu, la réhabilitation de la mémoire de son père ; mais, dès ses premiers pas dans la voie des réclamations, elle fut entravée par la force d'inertie qu'on lui opposa et, bientôt après, par la perturbation que jetèrent^ dans la double sphère des affaires publiques et des intérêts privés, les violations flagrantes du traité de 1576, commises par la cour et par ses agents, violations qui entraînèrent une nouvelle prise d'armes.

Un traité de d577, quoique moins favorable aux réformés que celui de 1576, ayant cependant amené la cessation des hostilités et fait naître l'espoir d'un peu de calme dans le régime intérieur

* Ph. Lenoir, Hist. eccUs, lac. cit. p. 198.

* Ph. Lenoir, ihid. p. 222, donne expressément à Udde le titre de ministre de madame de Telligny.

de la France, la fidèle fille de Tamiral, tant en son propre nom» qu au nom de ses frères , retenus au loin par les exigences de leur situation , s*empressa de renouveler ses démarches. Quelque énergie et quelque persévérance qu elle y apportât, elle eut la douleur de se voir évincée de ses demandes, sinon par le refus formel d'y faire droit, du moins par des ajournements indéfinis qui y équivalaient. Le gouvernement de Tépoque n*était, en eifet, que trop enclin à se jouer des engagements les plus solennels et à faire, d'une prétendue raison d*état, qu'il invoquait avec impudence, Tinstrument de ses scandaleux dénis de justice.

Louise de Coligny, dans sa grande infortune, dignement sup* portée, avait droit à la sympathie des gens de cœur : elle l'obtint à des degrés divers. Tout en demeurant infructueuses, ses démarches, inspirées par la piété filiale, l'avaient, dès leur début, rapprochée çà et là de plusieurs personnes en rapport avec la cour, chez lesquelles elle avait rencontré un bienveillant appui. Ce premier soulagement apporté à ses anxieuses préoccupations fut suivi d'un autre plus grand encore ; car, dans le cours journalier des événements au milieu desquels s'écoulait son existence, des preuves sérieuses et soutenues d'affection et de dévouement lui furent prodiguées par les quelques parents et amis auxquels les circonstances permirent de la visiter à Lierville, ou avec lesquels, au dehors, elle renoua, depuis son retour, d'intimes relations. Sa présence était chère à tous, comme la leur le lui était.

Quelles que fussent, du reste, indépendamment de sa famille et de ses amis, les personnes, de conditions parfois très diverses, avec lesquelles elle se trouvât en contact, elle se conciliait sans effort l'estime et le respect de tous.

Nulle femme n'était, plus qu elle, restée française par le cœur et par l'ensemble des hautes qualités qui la distinguaient.

Brantôme, qui s'hoDorait d'avoir été l'ami de Téligny*, el qiii, en cette qualité, ne pouvait manquer de s'intéresser au sort de sa veuve, nous fait connaître, en un style singulièrement accentué, l'impression qu'elle produisit sur lui ^ :

«Cas étrange, dit il! en ce pays de Suisse , barbare et rude, « Madame de Téligny prit telle grâce et telle habitude vertueuse «et si agréable, qu'estant en France de retour, elle se rendit <r admirable par ses vertus et belles et bonnes grâces, et donna (au monde occasion de s'esbahir et de dire , pour l'amour d'elle, «(que 1^ pays durs, agrestes et barbares rendent bien quelques f fois les dames aussi accomplies et gentilles , que les autres «pays doux, courtois et bons; non que je veuille dire que le «pays de Basle soit tel , car il produit force personnes et choses «bonnes, mais non pas les femmes si advenantes, coinctes et « agréables , comme les autres pays; mais on dira bien aussi «que Madame de Téligny avait pris sa première habitude en «France: et coustumièrement retient-on les premières et plus «jeunes impressions. ])

Laissons à Brantôme la reponsabilité du parallèle qu'il établit ici; et, sans abdiquer, en quoi que ce soit, nos sympathies profondément françaises , accordons nos respects et notre gratitude à qui y a droit, dans le passé ; en d'autres termes, ratta* cbons-nous pleinement à l'hommage que Louise de Coligny et ses frères rendirent, ainsi que nous l'avons précédemment dit, aux sentiments généreux des Suisses du seizième siècle en ces mots: «C'est une chose admirable et vraiment miraculeuse, comme «nous, pauvres étrangers , fûmes reçus parmi cette nation qui

' « M. de Téligny fut tué, au massacre de la Saint-Barthélémy, comme « d'autres gens de bien, dont ce fut grand dommage. Quant à moy, je le « regrette comme mon frère ; aussi l'étions-nous d'alliance et confédéra- «tion> (Brantôme, éd. L. Lai., t. 2, p. 421).

» Brantôme, éd. L. LaL, t. 6, p. 203, 204.

92 LOUISE DE COLIGNV.

«est estimée fort rustique et grossière. Ces gens nous plaigDaieot ccplus que nous-mesmes; et eussiez dit que proprenieot nous a étions là pour exciter tout le monde à lamenter notre misérable a condition.» Reconnaissons ainsi , avec les enfants de Tamiraly qu'il n'y a ni rusticité, ni grossièreté, là où débordent des cœurs les vraies compassions pour des infortunés.

De i576 à 1580, Louise de Goligny mena une vie très retirée^ sur laquelle Thisloire nous fournit à peine quelques renseignements.

L'année 1580 ne se termina pas, pour elle, sans une profonde douleur, celle de voir enlevé à son affection l'un de ses trois frères, d'Andelot.

Le roi de Navarre, qui avait apprécié les solides qualités et le mérite de ce jeune héritier d'un grand nom , ne put mieux s'associer à l'affliction et aux regrets de Louise et de Chastiilon, qu'en parlant de leur frère avec 1 émotion d'un cœur vivement atteint lui-même par le fait poignant d'une mort prématurée qui, pour tous, était un sujet de deuil. S'adressant à Chastiilon et, par cela même, à Louise, il écrivit* : a Je vous puis assurer que «j'ai porté un extrême regret en la mort do feu Monsieur ad'Andelot, vostre frère, et tel, que je ne pouvois perdre, en ce «temps, aulcun de mes parens et amys de qui la perte me fust «guères plus grande. Je le regrette pour le mérite qui estoit en a luy et la belle espérance qu'il donnoit pour sa vertu et valeur. «Et la perte mienne est pour l'affection et fidélité que j'estois «assuré qu'il avoit en ce qui me louchoit, et l'envie qu'il avoit «de me le faire paroistre, en quelque belle occasion. Mais, «puisque nous ne pouvons deffaire ce que Dieu a ordonné, je «vous prie estre l'héritier de cette affection et fidélité qu'il me «portoil, la conjoignant à celle que vous m'avez, comme de

* Recueil des lettres missives de Henri /V, t. l^"", p. 333.

f mesme je vous donne ramitié que je luy avois, et la conjoins ta celle que je vous porte, qui est telle que vous ne sçauriez a désirer meilleure du plus affectionné et asseuré anay que vous «aurés jamais.))

Ces lignes, à la fois si simples et si touchantes, demeureront dans rhistoire comme un titre d'honneur, non seulement pour les fils et la fille de Goligny, mais aussi pour le prince qui les traça, telles que son cœur les lui inspirait.

Les Nimois devaient beaucoup à Chastillon : ils se montrèrent touchés de sa douleur et de celle de sa famille, en assurant, dans Tenceinte de leur ville, une honorable sépulture au frère, au parent dont lui et elle pleuraient la mort.

Cependant le temps s'écoulait, et, privé de son frère, Chastillon sentait Tisolement lui peser de plus en plus ; l'incessante activité de son existence était loin de répondre aux intimes besoins de son cœur ; il désirait ardemment se créer un foyer ; mais où trouver la compagne qui viendrait animer de sa présence ce foyer et y apporter le bonheur? Élevé par une mère telle que Charlotte de Laval, au souvenir vénéré de laquelle il alliait celui de ses tantes, Madeleine de Mailly, Claude de Rieux, et de ses cousines, Éléonore et Charlotte de Roye, il aspirait à découvrir et à se concilier pour toujours le cœur d*une jeune fille en laquelle se refléteraient, au moins en partie, la piété et les vertus de ces femmes éminentes, dont l'affection avait entouré son enfance. Possédant en sa sœur. Madame de Téligny, une amie qui, elle aussi, était, à ses yeux, Tun des plus touchants modèles de rintimité conjugale, il lui confia ses secrètes aspirations. Cette sympathique confidente, dont le tact égalait la tendresse et le dévouement, déploya, une fois de plus, ces précieuses qualités dans ses conseils et dans ses recherches unies à celles de son frère. Il fallait à celui-ci une compagne à la fois aimante et énergique, dont, avant tout, les convictions religieuses fussent

identiques aux sleones, et qui, puisant sa Torce dans la fermeté de ces naémes convictions, s'associât sans réserve à sa vie senaée d'agitations, de périls et desacriCces. Cette compagne, GbastiiloQ eut le bonheur de la trouver en la personne de Marguerite d'Ailly, fille aînée de feu Charles d'Ailly, seigneur de Péquigny, vidame d'Amiens, et de Françoise de Warty, dame d'honneur de la reine de Navarre*.

Les conventions civiles précédant le mariage de François de Chaslillon avec Marguerite d'Ailly furent arrêtées et signées, au château de Warty, le 18 mai J581, en présence et avec l'assistance, pour François, de Madame de Téligny^, et, pour Marguerite, de sa mère, de son frère, Philibert-Emmanuel d'Ailly, de Madeleine de Suze, douairière de Warty et Sénarpont, et de Philippe de Warty, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.

La célébration du mariage suivit de près la signature de ces conventions.

* Françoise de Warty était très aimée de Marguerite de France, duchesse de Savoie, qui, lors de la mort de Charles d'Ailly, avait écrit au chancelier de THospital : « Si ainsy est que M. de Picquigny soit mort, je « vous prie aider à la pauvre madame de Picquigny : vous sçavez combien « chèrement je l'aime d {Bihî. nat, mss. collect. Dupuy, vol. 24, f» 37). — La vive affection de la duchesse avait été une égide pour son amie, à l'époque de la Saint-Barthélémy. En effet, le 26 août 1572, Charles IX avait écrit au duc de Longueville : «Mon cousin, pour ce que la dame «de Picquigny et ses enfants m'ont esté tousjours recommandez de « madame de Savoye, ma tante, je leur veux conserver tout ce qui leur « appartient. Je vous prie de prendre garde qu'il ne soit touché à son « chasteau de Picquigny, et qu'il n'y entre autres soldats ou garde que «celle que y mettra le sieur de Mailly, leur parent ; et vous ferez chose «qui me sera bien agréable» (Biblioth. de Tlnslitut de France, fonds Godefroy, vol. 256).

* Dans le contrat de mariage du 18 mai 1581, Louise de Goligny est qualifiée dame de Lierville^ en Beauce.

Le séjour de Chastillon en Picardie né fut pas de longue durée. Les affaires du Languedoc réclamaient sa présence ; il retourna dans celte province.

Au départ de son frère et de sa belle-sœur, Madame de Téligny revint à Lierville, devenu, depuis qu'elle s'y était fixée, UD centre duquel rayonnaient, comme émanations naturelles de son cœur, la bonté et la charité. Plus occupée des autres que d'elle-même, elle continuait à y supporter avec dignité le poids d'un douloureux veuvage, lorsqu'une circonstance imprévue rappela à sortir de cet état de solitude, à la prolongation indéfinie duquel elle se croyait vouée.

Sa main fut demandée par un prince que l'amiral de Coligny avait personnellement connu et toujours tenu en haute estime. Ce prince était l'illustre fondateur de la république des Provinces - Unies des Pays-Bas, Guillaume de Nassau*.

Il formait sa demande dans des circonstances empreintes de gravité, au double point de vue de sa carrière politique, et de sa situation comme chef de famille.

D'une part, en effet, le temps B'était plus où les provinces unies le saluaient du nom de père ; car, quelque digne qu'il fût toujours de ce nom, de vils détracteurs, cherchant à détacher de lui les populations, l'accusaient de sacrifier ces provinces à la France et de pactiser avec un traître, le duc d'Anjou , tenu , ainsi que ses troupes , à distance d'Anvers depuis les excès commis dans cette ville en janvier 1583. Trompé par le duc et légitime censeur de son odieuse agres-

' Nous avons esquissé le tableau de la carrière noblement parcourue par ce prince jusqu'en 1582, en écrivant la vie de sa digne compagne, Chariotte de Bourbon, qu'il perdit, le 5 mai de cette même année (Voy. la publication intitulée : Charlotte de Bourbon^ princesse d'Orange^ 1 vol. in-S, Paris 1888).

96 LOUISE DE GOLIGNY.

sion^, promptemeot suivie d'uDe répression énergique » Guillaume de Nassau s*élait empressé d obvier à un retour offensif de la part de cet adversaire et à une guerre qu'à son instigation la France eût pu susciter. Il avait réussi , dans ses patriotiques efforts sur ce point, en déterminant les Etats généraux à conclure avec le duc un accommodement provisoire, aux termes duquel celui-ci s engageait à la restitution immédiate de plusieurs villes abusivement occupées par ses troupes ; et bientôt s étaient ouvertes des négociations devant frayer la voie à un traité définitif qui assurerait aux Provinces-Unies le maintien de leurs libertés et de leurs privilèges.

Alors que le prince demeurait ainsi fidèle à son glorieux passé, les détracteurs et les ingrats, fermant les yeux à 1 évidence, persistaient dans leurs déclarations et leurs coupables menées pour le discréditer vis-à-vis de populations trop aisément crédules et les soulever contre lui.

En même temps les Espagnols continuaient contre les Provinces-Unies des hostilités auxquelles Guillaume devait faire faée et provoquaient à la consommation de nouveaux attentats contre sa personne la troupe de sicaires qu'ils stipendiaient.

Gomment, à la simple constatation de ces faits, ne pas reconnaître les difficultés et les périls de la vie publique du prince?

D'une autre part, la plus douloureuse des dispensations lavait récemment atteint au foyer domestique : Charlotte de Bourbon

* Voir sur celte agression : !<> Brève, déclaration faite (le 25 janvier 1583) par les bourgmaistres, échevins et conseil de la ville d'Anvers sur ce qui est advenu en la dite ville, le 17 janvier 1583 (ap. Lepetit, chron. de Hollande et Zélande, t. 2, p. 4 58 à 462); 2** lettre des mêmes à la reine d'Angleterre, du 4 février 1583 {BihL nat. mss. V»^ Colbert, vol. 450, fo 123); 3o lettre de Despruneaux à Belièvre, du 26 janvier 1583 (BibL nat. mss. f. fr. vol. 3287, f>9 1 à 4); 4o lettre de Guillaume de Nassau au duc d'Anjou du 27 janvier 1583 (BibL nat. mss. V*^ Colbert, vol. 450, [o HQ^ et fonds Brienne, vol. 198, fo 55).

n'existait plus. Non seulement il souiTrait de Tisolement dans lequel le laissait la perte de cette fidèle compagne, mais il souffrait aussi de voir les six enfants qu'elle lui avait donnés privés, par la mort de leur mère, d'un précieux appui, à Tabsence duquel, dans leur bas âge, il se sentait incapable de suppléer persoDDellement.

En cet état de choses complexe, auquel il était assurément difficile que la sollicitude et la clairvoyance d'autrui assignassent d'avance un terme, Guillaume de Nassau crut, après quelques mois de. veuvage, qu'un bonheur prématurément brisé par la mort pourrait renaître pour lui et s'étendre à ses enfants. De là sa démarche auprès de la noble fille de l'amiral de France.

Soumettant en toute simplicité à Louise de Coligny l'ensemble de sa vie publique et les plus essentiels détails de sa vie privée, les labeurs, les aspérités, les dangers de l'une, les devoirs de Tautre, surtout vis-à-vis de nombreux enfants désormais privés de la tendresse d'une mère, le prince, dans l'exposition de ses loyales aspirations, qu'accompagnait la promesse d'un inébranlable dévouement, rendit un juste hommage à l'élévation des sentiments de la jeune femme, à ses vertus, à l'attrait exercé par ses rares qualités, et déclara placer en elle, au double titre de chrétienne et de Française de haute origine, une confiance sans réserve.

Tel se montrant Guillaume, quel sort était réservé à sa demande ?

Il est des cœurs profondément aimants qui, lorsque s'est rompue pour eux la plus intime des unions, se concentrent indéfiniment dans la sainteté de leur deuil et y entretiennent, sans partage, le culte des pieux souvenirs, en s'altachant à la suprême espérance d'un revoir éternel. Rien de plus touchant que la permanence de cette consécration d'un cœur à un autre, que cette fidélité d'une afiection plus forte que la mort !

Ce noble sentiment était, on n'en saurait douter, celui que, depuis onze ans, Louise de Coligny nourrissait dans son veuvage, quand lui Tut proposée une seconde union.

Ses parents, ses amis la convièrent à Taccepter, en cherchant à la convaincre qu'elle pouvait, sans déroger à la dignité d'un sentiment qu'ils respectaient, se reprendre à la vie sous une forme nouvelle et goûter un sérieux bonheur dans l'accomplissement d'une mission de bonté et de dévouement au foyer d'un prince qui trouverait en elle un appui pour lui-même et une tendre protection pour ses enfants.

Louise de Coligny, avant de prendre un parti qui devait décider de son avenir, se sonda devant Dieu dans le recueillement de la foi. Vint un jour où elle acquit la conviction que, sans laisser le voile de l'oubli s'étendre sur un passé d'intime affection qui lui était cher, elle pourrait dignement, aux côtés de Guillaume de Nassau, partager le fardeau et les vicissitudes de sa carrière d'homme d'État, raviver son foyer domestique, entourer ses enfants de toute la sollicitude, de tous les soins que leur situation réclamait, et enGn, dans sa fidélité aux traditions paternelles, contribuer, par l'influence de ses conseils et de ses procédés, à resserrer les liens qui unissaient les réformés français à ceux des Provinces-Unies et la France elle-même à ces provinces.

Alors elle accepta avec une confiante sérénité d'âme le rôle de compagne d'un homme érainent et la douce hérédité d'une tendresse maternelle que son cœur aimant et dévoué l'autorisait à recueillir.

La vie entière de Louise de Coligny prouva ultérieurement <|ue, seule, elle était digne de remplacer, comme princesse d'Orange, la pieuse, l'aimable et l'excellente Charlotte de Bourbon.

Il y eut entre les grandes âmes de ces deux femmes d'élite

une identité de sentiments, d*idées et d'actions qui les rattacha iolimement Tune à l'autre et qui dès lors commande une parité absolue dans le respect et Tadmiration dûs à leur mémoire.

Grâce à elles, Guillaume de Nassau eut Tinsigne privilège de jouir d'une félicité conjugale éminemment exceptionnelle.

De cet hommage transitoirement rendu à deux princesses qui demeurent indissolublement unies l'une h l'autre dans l'histoire, revenons à l'exposé des faits.

Le roi de France, qui avait intérêt à ménager les Provinces- Unies et Guillaume de Nassau, donna son assentiment à l'union de ce prince avec la fille de l'amiral *.

Cette union ne pouvait se conclure en France, car la gravité des circonstances que traversaient alors les Provinces-Unies ne permettait pas a Guillaume de s'absenler de sa patrie. Il voulut du moins qu'en quittant la sienne, sa fiancée, sur le voyage de laquelle il concentrait sa sollicitude, ne se rendit à Anvers, par la voie de mer, que sous la vigilante protection d'un haut personnage dont il mettait à sa disposition l'expérience nautique et le zèle éprouvé.

Retenu en Languedoc par d'impérieux devoirs, François de Chaslillon, qui eût été heureux , dans cette solennelle conjoncture, d'assister de sa présence et de son affection Louise de Coligny, comme elle-même l'avait assisté, en sœur aimante, lors de son union avec Marguerite d'Ailly 2, dut se résigner à la laisser quitter sans lui le sol de la France.

' De Thou, nist^ univ.y t. 6, p. 285.

* L'iiitimité existant entre le frère et la sœur avait vivement frappé le ministre Jean de Léry qui^ s'adressant à Louise de Coligny, dans la dédicace de la quatrième édition de son ouvrage sur le Brésil (1 vol. în-42, ann. 1600) lui disait : <r la dernière fois que j'eus Thonneur de vous voir €à Chastillon, peu après les noces de monsieur le comte de Coligny, «vostre très-bon frère, luy, vous oyant discourir^ vous parla selon, « Vamilié vraiment fraternelle qui estait entre vous. »

Le 17 mars 1583, vingt jours enviroo avant que Louise de Goligny atteignit la côle de Zélande, Guillaume de Nassau, qui désirait se porter à sa rencontre, sollicita à cet effet, des Étatsgénéraux, lautorisation , parfaitement conciliable à ses yeux, avec Taccomplissement de ses devoirs publics , de quitter momentanément sa résidence d'Anvers; mais il essuya, de la part de ces états, un refus basé sur lallégation d'un motif tout au moins erroné.

Voici en quels termes un recueil officiel* rend compte de la démarche du prince et de Tétrange refus qui la suivit :

«Le sieur Van der Aaj maître de la maison de Sa Grâce «princière, et le secrétaire Berlichem, comparaissant devant a rassemblée, lont informée que Sa Grâce, avait conclu alliance «matrimoniale avec la GUe de Tamiral de France, et qu'elle «souhaitait se rendre à Middelbourg, pour y complimenter sa

«fiancée; demandant sur cela l'approbation des Etats. — Sur « quoi il est résolu de prier Sa Grâce princière, en considération cdes affaires importantes du moment de vouloir bien rester ta Anvers, où les noces pourront se célébrer. — Pour trans- « mettre cette résolution au prince, ont été députés vers lui « /e prince de Chimay, le baron de Mérode, et les sieurs c Schoonhoven, Comveghen , Meganck , Westreenem , Fayae rt , a Durenvoorde, Nyevelt, Paulin Marck, Reggersborch et Kam- ^minga.y>

Arrivée à Flessingue, le 8 avril 2, Louise de Coligny y fut accueillie avec un tel empressement par plusieurs de ses compatriotes résidant dans cette ville, que, voulant jouir de

* Recueil des Résolutions des Étals-généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas. Séance du 17 mars 1583 {Archives générales du royamne de Hollande).

' Meteeren, Hist. des Pays-Bas, trad. in-fol., p. 227. — Lapise, Ilist. de la principauté d'Orange^ p. 537.

sa présence, le plus longtemps possible , ils raccompagnèrent jusqu'à Anvers; touchante démonstration de sympathie à laquelle elle répondit avec la grâce et la bonté qui lui étaient familières.

On conçoit aisément de quels affectueux égards, à son arrivée, elle fut entourée par le prince d'Orange.

Quant à l'accueil , qu'en dehors de lui , de sa famille et de quelques amis, elle reçut à Anvers, il fut singulièrement froid. Ed effet, tandis que la population de cette grande cité, égarée par des fauteurs de haine et de désordre, s'abstenait de toute manifestation favorable à son égard, et laissait percer la défiance que lui inspirait sa qualité de Française, les Étatsgénéraux, de leur côté, se bornaient à lui adresser quelques compliments exigés par les plus simples convenances ofiicielles*.

Le 12 avril , eut lieu, à Anvers, dans la demeure du prince, la rédaction des conventions civiles précédant le mariage 2, en présence du bourguemestre , d'un échevin et du greffier de la ville, du comte de Laval , du seigneur de Gormont, du seigneur de Vaufin, de la comtesse de Schwartzenburg et de Madame de Lanoue *.

* € Résolu d'aller complimenter madame la princesse d'Orange et de c la congratuler de la part des États » (Recueil des Résolutions précitées, ihid. Séance du 12 avril 1583).

* Le texte de ces conventions existe aux archives de la maison d'Orange-Nassau, n^ 2129. — Voy. aussi Dubouchet, p. 582, 583.

* Beau-frère de Téligny, Lanoue, alors prisonnier des Espagnols dans les Pays-Bas, conservait une telle amitié pour Louise de Coligny, qu'il tint à lui en donner un nouveau témoignage, en se faisant représenter à la solennité du 12 avril 1583 par sa femme, qui, elle aussi, était douée d'un généreux cœur et avait voué à la fille de l'amiral de France une vive affection. M"»« de Lanoue donna à son mari, tant que dura sa longue et affreuse captivité, des preuves du plus grand dévouement.

Immédiatement après il fut procédé, en la chapelle du chasleau d'Anvers*, à la célébration du mariage^.

Si, k cette occasion, se firent entendre des décharges d'artillerie et une sonnerie de cloches^, il n'y eut du reste ni réjouissances publiques, ni fêtes proprement dites.

Dans le cercle des relations personnelles du prince , tout se borna à un banquet auquel les membres des États-généraux furent invités^.

L'attitude, à la fois simple et digne, qu'avec un tact parfait la nouvelle princesse d'Orange prit immédiatement, au foyer dont elle allait être l'honneur, fut celle d'une femme chrétienne, pénétrée de la sainteté d'une double mission à remplir vis-à-vis de son mari et de ses nombreux enfants privés de l'affection maternelle.

Son activité vigilante, son extrême bonté, sa sympathie expansive, le charme de son langa.^e, lui gagnèrent rapidement les cœurs. Celui du prince fut vivement touché de la sollicitude avec laquelle elle se préoccupa de ce qui concernait le véritable bien de ses enfants, tant de ceux qui étaient alors loin de lui, que de ceux qui vivaient sous son toit.

' F. Lepelit, Chron, de Hollande et Zélande^ t. 2, p. 471.

* « Le soir du 42 avril furent célébrées les noces de son Excellence » {Résolution précitée des États-généraux. Séance du 12 avril 1583). — Le jeune Maurice de Nassau écrivit, le 18 avril 1583, au comte Jean, son oncle : « vous aurés sçeu comme monsieur mon père s'en est marié « avec madame de Téligny, le 12 de ce moys. Dieu leur veuille octroyer (( sa bénédiction » (Gr. V. p^ corresp., l'"*' série, t. 8, p. 189).

^ «12 Aprilis, post meridiem, Orangius et Ludovica Collignisca, data « invicem fîde, nuptias celebravere, sonantibus campanis, exoneratisque « tormentis. Tametsi etiam multis ha}c nova affinitas Orangii cum Gallis € displiceret, tamen hoc honoris ei ad hue datum fuit » (Dierexsens, Antwerpia Christo nascens et crescens. Antwerp. 1760, in-12).

* Mention accompagnant la Résolution des États-généraux du 12 avril

L enumération des uns et des autres doit trouver ici sa place, l"* L'aîné de tous était Philippe Guillaume^ né le 19 décembre

2* Après lui venait Marie, née le 7 février 1556.

Ces deux enfants étaient issus de Tunion du prince avec Anne d'Ëgmont.

De son mariage avec Anne de Saxe provenaient :

3' Maurice, né le 14 septembre 1567.

4* Anne.

5<> Emilie première.

Les six filles que Charlotte de Bourbon avait données au prince étaient :

6** Louise-Julienne, née le 31 mars 1576 ; 7*» Elisabeth, née le 26 mars 1577 ; 8^ Catherine Belgia , née le 31 juillet 1578 ; 9^ Flandrine, née le .18 août 1579 ;

10*> Charlotte Brabantine, née le 17 septembre 1580 ;

11** Emilie seconde, dite Antverpiana, née le 9 décembre

Voici la situation de ces divers enfants, en 1583.

Philippe-Guillaume, violemment enlevé des Pays-Bas par les Espagnols, restait, depuis plusieurs années, en état de captivité, eotre leurs mains*.

Maurice étudiait à l'Université de Leyde^.

Marie, Anne et Emilie première ne quittaient momentanément la demeure paternelle 5 que pour résider, soit auprès du comte

' On connaît deux des lettres qu'il écrivit pendant sa captivité. Voy. Grœn van Prinsterer, Correspondance de la maison d*Orange-Nassau, première série t. 5, p. 369 et t. 6, p. 102, 103.

* Voir sur ce point les lettres de Guillaume de Nassau au sénat académique de Leyde, de J. Fontanus et de Maurice au comte Jean de Nassau. (Gr. V. pf« corresp.^ l^J^série, t. 8, p. 127 et 189).

Jean de Nassau, leur oncie, soit auprès de leur tante, la comtesse de Schwartzenburg, cette digne sœur de Guillaume de Nassau, de laquelle on a dit : a que ce cher Trère Taimait uniquement^.

Quant aux six filles laissées par Charloite de Bourbon, une seule, Flandrine, sousTempire de circonstances que nous avons Tait connailre ailleurs^, restait confiée en France, à la garde de Madeleine de Longwic, abbesse du Paraclet, cousine et intime amie de la princesse.

Les cinq autres petites sœurs, Louise-Julienne; Elisabeth, Catherine-Belgia , Charlotle-Brabantine et Emilie Anlverpiana se trouvaient à Anvers, où leur seconde mère les entourait des plus tendres soins.

Recueillons, à cet égard, l'intéressant témoignage de Tainée d'entre elles.

Louise-Julienne, charmante enfant, non moins aiTectueuse qu'intelligente, alors âgée de sept ans^, avait pour parrain le duc de Montpensier, son aïeul maternel, qui après la mort de Charlotte de Bourbon, exprima le désir que sa filleule vint passer quelquctemps auprès de lui. Guillaume de Nassau avait déféré à

* A. Dumaurier, Mém. pour servir à Vhist, de Hollandey p. 46.

* Voir notre publication intitulée : Charlotte de Bourbon^ princesse d'Orange^ 4 vol. in-8«. Paris 1888, p. 200 à 205.

* Dès l'âge de cinq ans, elle méritait que la duchess^i de Montpensier lui écrivît : c Ma petite fille, par les récitz qui m'ont esté faietz de vous, « et combien vous estes jolye, saige et accompagnée de perfections, en « vostre petit âge, je me suis bien aperçue que c'est pour l'envie que a vous avez de faire cognoistre que vous êtes vraiment l'aisnée de mes « aullres petites filles, vos sœurs, et que vous seriez marire qu'elles «eussent rien gaigné sur vous en ce qui est de vertu et digne de vous; « ce qui me donne occasion d'augmenter particulièrement en vostre en- « droict la singulière affection et amytiée que je porte à vous et à vos « sœurs etc. etc. » (Lettre du 15 juillet 1581. Archives de M. le duc de la Trémoïlle).

LOUISE DE COLIGNY. d05

ce désir , ainsi que le prouve sa correspondance avec son beaupère*. L'aïeul étant décédé, Louise-Julienne avait été, de même que ses sœurs, l'objet des bienveillantes prévenances de son oncle maternel, François de Bourbon. Lorsque Guillaume de Nassau se fut remarié, elle tint, en nièce qui se savait aimée de son oncle, à rassurer celui-ci sur ce qu'était pour elle et pour ses sœurs la jeune belle- mère sous la protection de laquelle elles étaient toutes placées désormais. Or, il avait suffi de trois semaines, à Louise de Coligny, pour s'attacher si étroitement le groupe enfantin , qu'elle appelait avec tant de grâce, son petit peuple^ que Louise-Julienne eut à cœur d'écrire, dès le Ix mai 1583, à François de Bourbon 2 :

«Monseigneur, l'aiTection que j'ay de me maintenir en la part «qu'il vous a pieu me faire cest honneur de m'assurer que j'ay «en vos bonnes grâces, me fera toujours chercher le moyen de «m'y ramentevoir; et pour ce que Monsieur de Vaufin m'a «dit qu'il vous pourra voir, je l'ay prié vous donner ceste et « vous dire des nouvelles de Monsieur mon père et de Madame^ « qui nous faict cest honneur de nous aymer bien toutes et prend

« beaucoup de soins de nous Nous vous baisons très

«humblement les mains, toutes mes sœurs et moi, priant Dieu, «vous donner Monseigneur, en très-bonne santé, très-heureuse «et très-longue vie. — D'Envers, ce h may. — Vostre très- « humble et très-obéissante nièce , à vous servir, I^yse , Julienne « de Nassau et d'Orange. y>

Connaissant les liens d'amitié qui unissaient Guillaume de Nassau au comte Jean, seul frère qui lui restât, Louise de Coligny saisit le premier moyen qui s'offrit à elle d'entrer en

* Lettres de Guillaume de Nassau à Louis II de Bourbon, duc de Monipensier^ des 27 juillet et 5 septembre i582 {BibL nat, mss. f. fr. vol. 3344, f» 43, et vol. 3406, f»» 48), reproduites à V Appendice, n« 3.

* BibL nat. mss. f. fr. vol. 3352, f^ 40.

106 LOUISE DE COLICNY.

relation directe avec ce frère, vivant alors, au loin, dans son domaine de Dillembourg, eu lui adressant la lettre suivante ^ :

« Monsieur, je vous suplye de m'excuser, sy je ne vous ay «encore escrit, depuis que j'ay eu cest honneur de vous estre aalyée; car je n'en ay point eu Toccasion commode jusques à «ceste heure, par le retour de vostre secrétayre, par lequel je (cn'ay voulu fayllir vous faire entendre que me sachant tant « honorée de Dieu que d*avoir mis au cœur de Monseigneur le «prince de me prendre pour sa compagne, j'ayrecognu n'estre «des moindres faveurs qu'il luy a pieu de me faire, de m'avoir «allyée de tant de seigneurs de grande qualité, et principalement «qui ont la crainte de Dieu, entre lesquels. Monsieur^ comme «vous tenez le premier rang, aussy je me tiens la première en « volonté de vous faire bien humble service , vous suplyant qu*en «ceste qualité j'aye cest honneur d'avoir part de vos bonnes «grâces, que je tiendrais infiniments chères, et que je m'essayeré « de conserver par tous les services que je penseré vous estre «agréables. En ceste volonté, craygnant de vous estre importune «de trop long discours, je vous bayseré très-humblement les « mains et prieray Dieu , Monsieur, vous donner très-heureuse «et très-longue vie. — D'Anvers, ce 12 de juillet. — Vostre «bien humble et obéissante sœur, à vous faire service, Louyse «de Coligny.»

Suivant, du fond de la France, les destinées de la nouvelle princesse d'Orange, le roi de Navarre écrivit à Guillaume^ :

«Mon cousin, j'ay été bien aise d'avoir entendu de vos « nouvelles par le sieur de Vaufin , nommément du bon accom-

* Archives de la maison d' Orange-Nassau, n» 2247». — Lettre du 12 juillet 1583.

* Rec, des lettres missives de Henri /F, t. 1^% p. 551. — Mém, et corresp. de Ph, de Mornay^ éd. de 1624, in-4<>, 1. 1*"", p. 183. Lettre du 29 juillet 1583.

«plissement de votre mariage , je prie Dieu qu'il le comble de aTheur et prospérité quç pouvez désirer, comme, par sa grâce, «il luy a pieu de s'y loing rassembler vos vertus eusemble. Je «m'assure aussy qu'il en tirera du fruit pour ses églises, et «mesmes que nous y aurons nostre part, pour la conjonction «qu'ont nos affaires avec les vostres, etc. etc.»

Tandis que, grâce surtout à la bienfaisante influence exercée par Louise de Coligny au sein de la famille, l'ordre, le calme et le bonheur régnaient dans la demeure du prince , tout , au dehors, n'était que désordre, hostilités et accumulation de malheurs publics.

Il ne suffisait pas aux Espagnols de s'être récemment rendus maîtres de plusieurs villes des Pays-Bas : ils convoitaient , en outre, la conquête d'Anvers. Pour la préparer, en travaillant à priver de son plus ferme défenseur cette grande cité, ils y avaient recruté des partisans dont les perfides menées devaient en rendre le séjour insupportable à Guillaume de Nassau ; aussi les calomnies et les violences déchaînées contre lui s'accroissaient-elles de jour en jour. Nous apprenons quel en fut le résultat, par un écrivain qui vit alors à l'œuvre les gens qualifiés par lui de «peuples mutins et changeans de la Flandre.» Il dit :^

«Quelles devaient estre les peines et les perplexités de ce «grand prince, qui n'avoit rien épargné pour leur délivrance, t de les revoir sur le penchant de leur perte ! estranges effets de «ces caprices du peuple, vraye beste à plusieurs testes, qui n'a «des yeux que pour les choses présentes, n'a mémoire de ses « fautes passées et ne prévoit rien dans l'advenir. Merveille ! «quand ceux qui se chargent de sa conduite y réussissent, et «quand il est advenu à quelqu'un de le contenter de tout point. « — Les Antwerpiens qui a voient tant espendu de larmes avec

• Lapise^ HîsL des princes et de la principauté d'Orange, p. 540.

« sac et ceDdres pour la guérisoD du prJDce, après sa blessure^, cr fureut-ils plus retenus envers luy, après le détrac des François? a et ceux qui savoient bien qu*on Tavoit enveloppé dans la «calamité publique comme celuy qui soutenoitia cause commune, a le deschargeaient du blasme de ses ennemis. Mais les espagooalises altisoient le feu pour exciter la haine du peuple contre aluy, et ils en vindrent si avant , que de le charger d'avoir a introduit grand nombre de François dans le chasteau d'Anvers, ((OÙ il était logé, qu'il faisoit travailler aux retranchemens a contre la ville. On marquoit par désignations en ceste grande a place des nouvelles rues pour y bastir des maisons: cela donna a couleur à la malice. L'alarme s'espend partout, chacun court a aux armes, et cest escervelé peuple en foule au chasteau où ((étoit le prince, pour en faire la visite. Ils le trouvent seul avec f ses domestiques. L'insolence pourtant desnoue leurs mâchoires « et leur fait vomir des propos injurieux et indiscrets contre la a face de cest auguste prince, lequel ils pressent avec injures de oc sortir, l'appelant introducteur des François. Rien ne fut capable a de les faire revenir de ceste frénésie, que la honte qu'ils «eurent de n'avoir rien trouvé. — Le prince pourtant s'en fâcha; « et de plus , quand il vit le magistrat par trop retenu à chastier a une telle insolence, pour quelque crainte qu'il avoitdu peuple, «cela hasta son départ, d'ailleurs attendu en Zeelande par les a Estats-généraux qui y étoient convoqués. Mais la faute de quel- «ques séditieux ne retrancha rien du soin qu'il a voit du bien «public; et, oubliant toutes ces injures, à la façon de ces grands «hommes, Ëpaminondas, Phocion, Gaton, Fabius, il laissa à « Anvers des instructions par escrit comme elle avoit à se régler, « et promeut à la charge de bourguemaistre, pour l'année lors «prochaine, Sainte-Aldegonde , son confident.»

* Il s'agit ici de Tattentat commis par Jauréguy sur la personne du prince.

Le 22 juillet* le prioce partit d'Anvers avec la princesse, qu'il De voulait pas laisser uq seul iostant de plus exposée à des invectives et à d'outrageantes grossièretés, telles que celles dont il venait d'être personnellement victime.

Bientôt elle et lui, ainsi que leurs enfants, arrivèrent en Zélande et s'établirent à Middelbourg, où les États-généraux devaient s'assembler.

<i Dès qu'il eut le pied en Zélande, le prince tascha d'induire «le pays de retenir à leur solde les troupes françaises comman- «cdéespar le maréchal de Biron; mais impossible luy fut de l'y «faire condescendre, tant ils étaient mal satisfaits des déporte- «raents des François 2. d

A Middelbourg et à Flessingue Guillaume déploya, dans son rôle de plus en plus ardu d'homme d'état, une sagacité et une énergie dont sa correspondance, notamment en août et septembre, fait foi ^.

La session des États-généraux étant terminée, il alla se fixer avec sa famille à Delft, oc comme au centre de la Hollande, pour «de là pourvoir à toutes les nécessités occurrentes, faire valoir «ses volontés, prévenir les practiques et destourner la suite de «tant de progrès ennemis. Il y travailla à tenir en bonne humeur «les volontés delà reyne d'Angleterre, et pourveut si bien à tout, «partout^ qu'il ne fit que trop cognoistre à ses ennemis que le «Pays-Bas ne seroit jamais en repos pour eux tant qu'il seroit «sans repos D^.

Aux plus graves événements de l'histoire se mêlent parfois de petits incidents qui, comme traits de mœurs, méritent d'être signalés. En voici un dont Louise de Coligny eut à pâtir, lors

* Lepetit^ Chronique de Hollande et Zélande, t. 2, p. 477. ' Lapise^ loc. cit., p. 540.

' Gr. V. pw corresp., 1« série, t. 6, p. 233, 238, 242, 244.

* Lapise^ loc, inl. p. 541. 542.

de soQ entrée en Hollande, par le Tait d'un étrange véhicule mis à sa disposition^ et que, faute de mieux, elle avait dû se résigner à accepter.

cElle a, rapporte Louis Aubery du Maurier*, conté naïvement «à mon père qu'elle fut surprise, arrivant dans cette province, «de la différente et rude manière de vivre de ce pays-là, à celle «de France; qu'au lieu qu'elle avait de coutume d'aller dans «un carrosse suspendu à la françoise, on la mit dans un de «ces chariots découverts de Hollande, conduit par un vour- « man^, où on la fit asseoir sur une belle planche ; et qu'allant «de Roterdam à Delft, qui n'en est qu'à deux lieues, elle se « sentit toute froissée et toute rompue. »

Ce mode de transport eut pu être funeste à la princesse, qui se trouvait alors dans un état de grossesse assez avancé. Heureusement il n'en résulta aucune conséquence fâcheuse ; elle se remit même promplement du malaise que lui avait causé sa mésaventure.

Le séjour de Delft fut bien différent, pour elle, de celui d'Anvers. Là du moins, dans une demeure qui existe encore et qu'on ne peut visiter sans émotion, à raison des souvenirs qui s'y rattachent*, elle rencontra, au sein d'une population paisible et étrangère à d'injustes préventions, les égards respectueux que commandait sa haute situation de compagne du prince ; et elle se concilia peu à peu l'intérêt et le bon vouloir, si ce n'est même l'affection des personnes de tout rang et de tout âge, sur lesquelles s'étendaient sa sollicitude et sa bonté.

En même temps elle put, dans le cercle de la famille, goûter

* Mémoires sur la Hollande, p. 182.

* Voermann, charretier, voituricr.

^ Guillaume de Nassau habitait, à Delft, l'ancien couvent de Sainte- Agathe, devenu le Prinsenhof,

le calme doQt elle avait besoin pour remplir efficacement les nombreux devoirs qui s^imposaient à son cœur.

Le 29 janvier 1584 fut un grand, un heureux jour pour elle et pour Guillaume de Nassau, puisqu'elle eut alors la joie de lui donner un fils.

Un écrivain hollandais^ a pris soin de dire, en mentionnant la naissance de cet enfant : a Sa mère fut une dame très considéarable et digne d'une éternelle mémoire, non seulement à cause «de ses admirables vertus, mais encore à raison de ce qu'elle a nous a donné un protecteur de la patrie, un défenseur de notre a liberté et un zélé observateur du service de Dieu. »

On verra, par la suite de notre récit, avec quelle supériorité de vues et de directions Louise de Coligny prépara son fils a iaccomph'ssement des obligations inhérentes au triple rôle qui vient d'être indiqué.

Ce fils allait bientôt avoir pour parrains les rois de Navarre et de Danemarck, desquels il tint les prénoms de Henri et de Frédéric.

Dès le lendemain de la naissance, les Etats-généraux se consliluant, vis-à-vis du prince, les interprètes des sentiments des Provinces-Unies, lui adressèrent des félicitations qui le touchèrent 2.

Le l^' février, Guillaume de Nassau écrivit au prince de Condé * :

«Je m'asseure tant de l'amitié qu'il vous plaist de me porter, «et pour l'honneur que ma femme reçoit de vous eslre parente,

* Commelyn, Uistoire de la vie et actes mémorables de Frédéric- Henri de Nassau, prince d'Orange (Amsterdam, in-fol., 1656, 1"* partie, p. 2.

' Résolution du 30 janvier 1585. Archives générales du royaume de Hollande, rec. des proc. verb. à cette date.

' Bibl. nat. mss. V» Colbert, vol. 29, fol. 742.

OC que vous me ferez cest honueur de vous rejouyr avec moy de ace qu'il a pieu à Dieu de nous donner ud fils duquel ma femme a est accouchée heureusement depuis trois jours en ça ; et se a portent 9 Dieu merci, la mère et Tenfant assez bien, veu le «temps. J'ay cest espoir que Dieu nous fera la grâce de le faire a si bien instruire, qu'un jour il aura moyen de vous faire trèsce humble service, j'ay pris ceste hardiesse, Monsieur, de vous a adverlir de ceste bénédiction que j'ay reçue de Dieu, en Tasseua rance que vous me ferez cest honneur de la prendre de bonne «part et de me continuer tousjours en vos bonnes grâces, a comme celuyqui désire vous demeurer humble et affectionné «serviteur.»

Puisant dans sa récente paternité un nouveau sujet de reconnaissance envers Dieu et de redoublement d'ardeur au service de son église et de la patrie, Guillaume de Nassau se fit un devoir, en face de l'état déplus en plus alarmant des affaires publiques, de faire parvenir au comte Jean la déclaration suivante ^ :

«Tant s'en faut que cela m'ait aulcunement intimidé, ou en «quelque façon altéré mon affection à l'advancement de la gloire «de Dieu et bien du pays, que je vous puis au contraire «asseurer de n'avoir nonobstant tant de traverses, rencontres «et désordres, délaissé, comme aussy je ne délaisse encoire « d'encouraiger tout le monde et de parler librement et ouverte- «ment de tout ce que, pour le maintencement de la religion «réformée 2, bien, liberté et conservation du pays, je trouve

* Lettre du 22 février 1584, datée de Delft (Gr. v, f^ corresp., 1«» série, t. 8, p. 318).

* Rappelons ici que Marnix de Sainle-Aldegonde, se plaignant de ceux qui s'étudiaient à traverser par leurs menées et à dénaturer par leurs calomnies les pieux et généreux desseins du prince, reçut un jour, de celui-ci cette belle réponse: «Sainte-Aldegonde, souffrons que Ton « marche sur nous, pourvu que nous puissions aider l'église de Dieu » (Gr. v. p"^*^ corresp., 1»^ série, supplément, p. 235).

LOUISE DE COLIGNY. Id3

(T appartenir; et je puis, sans vantise, dire avec bonne conscience, (c devant Dieu et les hommes, m'estre tellement, en tous endroits, a acquitté en tout ce qui pouvoit concerner le bien de nos affaires, a que je m'asseure assez qu'elles ne seroient venuz aux termes «auxquels nous les voyons présentement réduictes, et n'aurions aaussy eu les pertes de tant de villes, plat pays et places fortes, a si Ton auroit voulu croire et se conformer à mes conseils.»

A un mois de là, le prince, s'adressant encore au comte Jean, ajoutait : *

<c Vous m'escrivez qu'il y en a de si présomptueux que de « toucher à ma conscience et à mon honneur, ce que je trouveroi «fort estrange, si je ne congnoissoi, de longue main, l'ingratialude qui est aux hommes et le désir effréné de mal parler. Car a qui est l'homme du monde si hardi que d'oser toucher à la a conscience d'autrui ? Et quant à mon honneur, puisqu'il faut a que je le défende, il me sera plus licite, parlant à mon frère, a de parler plus hardiment que si je parloi à un estranger de anostre maison. Y a-il quelcun qui se puisse glorifier (la gloire «toutefois en soit à Dieu) d'avoir plus travaillé, plus souffert, «plus perdu que moy, pour planter, advancer, maintenir les «églises, que je n'ay faict? s'il y en a de perdues, que Dieu «m'a voit faict la grâce de conserver, un temps, ont-elles pas «esté perdues pour avoir suivi ce conseil qui est trouvé si bon «par mes accusateurs, et aucontraire me peult-on monstrer « une seule ville perdue, de celles qui m'ont obéi? Mais aussi- « tost que l'ennemi a senti que mon conseil estoit creu , a-il pas « cerché son profict ailleurs ? Aiant par la grâce de Dieu advancé ttjusques-là, je ne sçay pas qui peult avoir, en ce monde ceste «puissance de toucher à ma conscience, laquelle, s'il plaist à « Dieu, se défendra bien. Et comme je vous ay toujours trouvé

* Lettre du 18 mars 1584, datée de Delft (Gr. v. p»"© corresp., i^^ série, t. 8, p. 346, 347, 348).

«pour bon frère, je vous prie de respondre pourmoyet faire a entendre à ceulx que vous trouverez convenir, que je les prie a de faire mieux que moy, et tant s'en fauldra , que je les aille c( accusant et mal parlant d'eux, qu*aucontraire , et de forces et a de moîens, je les servirai et maintiendrai leur honneur, à mon

« possible Je vous vouldroi prier de me venir veoir, princi-

» paiement afin d'avoir de vous, tant que cette guerre durera, a assistence de conseil et de toutes aultres choses que vous pour- (rriez apporter pour la défense d'une si bonne et si juste cause, (ren laquelle. Dieu m'en faisant la grâce, je suis délibéré de finir a mes jours et de n'appointer jamais avec l'Espagnol, sachant a que de tel.appointement dépendroit la ruine des églises de ce apaïset de plusieurs autres, une tyrannie générale sur tous les « subjecls de ce païs, et particulièrement la destruction de toute a nostre maison, laquelle, comme elle nous a esté mise en ma'ms «par nos anceslres, aussi je m'emploierai, tant qu'il sera en ma «puissance, pour la conserver à nostre postérité.»

Cependant les événements marchaient ; le prince se préoccupait du sort réservé à une ambassade que, d'accord avec les Étatsgénéraux, il avait envoyée en France, pour y invoquer l'appui du roi, en faveur des Provinces-Unies, dans leur lutte contre l'Espagne.

Ne pouvant conférer, à ce sujet , avec le comte Jean, Guillaume de Nassau tint à se concerter du moins avec Marnix de Sainte- Aldegonde, confident habituel de ses pensées et de ses sentiments. En conséquence, il le fit venir d'Anvers à Delft; réclamant ostensiblement sa présence dans cette dernière ville, pour y assister, comme intime ami, à une solennité de famille.

Cette solennité était celle du baptême de Henri-Frédéric. Elle eut lieu, le 12 juin. Les deux parrains de l'enfant y furent représentés, l'un, le roi de Danemarck, par son ambassadeur, l'autre, le roi de Navarre, par le comte Maurice de Nassau,

qu'assistaient des représentants de la Hollande, de la Zélande, d'Ulrechtet deDelft*.

Il fut constitué^ au profit de Henri-Frédéric, à l'occasion de son baptême, diverses rentes , dont l'une, de 1800 florins, par les États de Hollande j une autre de 600 florins, par les États de Zélande, une troisième de 600 florins par les Élats d'Utrecht, et une quatrième, de 400 florins par la ville de Delft^.

Marnix de Sainte- Aldegonde, parlant du séjour qu'il fit alors à Delft, a consigné dans l'un de ses écrits^ la mention suivante : a ËQ la dernière résolution que le prince print avec Messieurs «les Estats, d'envoier en France, pour demander secours au droy, il ne fut jamais à son aise, qu'il ne m'eût mandé d'Anvers «chez luy, soubs ombre d'assister au baptesme de son fils, et « m'eut fait ouverture de son cœur et de toutes ses intentions, «et par une conférence, bien ample et fort privée sur tous les «évèoemens que l'on pouvait attendre de ceste ambassade vers «le roy, il m'eut entièrement faict condescendre à ses résolutions; «ce que je feis après longues disputes, et aïant bien amplement «entendu de sa bouche le but de tous ses desseings n'estre autre «que la seule conservation des églises de Dieu et de ce pauvre «peuple qui s'estoit mis en sa protection.»

Ce fut son dévouement à la cause de ce pauvre peuple qui le porta, dès qu'il eut appris que le duc d'Anjou venait d'expirer,

' Rec. des Résolutions des États-généraux, à la date du 12 juin 1584 Archives générales du royaume de Hollande» — Le jour même du baptême il fut offert à une nombreuse assistance, par le prince et la princesse d'Orange, un grand banquet auquel prirent part les députez des Étals-généraux (Mention annexée à la résolution du 12 juin 1584. Ibid.).

* Les titres constitutifs de ces rentes sont datés des 31 mai, 5, 12 et 16 juin 1584. Ils existent dans les archives de la maison d'Orange- Xassau, sous les numéros 2489, 2490, 2491, 2492.

* Réponse apologétique à un libelle fameux (Gr. v. p»"© corresp., l'^ série, suppl. p. 235).

en France, à s'adresser, le â/i juin i58&, en ces termes k Henri III ^ : a Sire, comme Messieurs les Estais et moy avions (T ordonné toutes choses pour la négociation avec feu de très « haulle mémoire Monseigneur, frère de Vostre Majesté, que € desjà les députez estoient en chemin, nous avons reçeu les tristes a nouvelles du décès de Son Altèze, qui nous a apporté un très- ({grand desplaisir et tristesse, laquelle ne peut être diminuée a sinon par Tespèrance que nous avons conçue qu'il plaira à a Vostre Majesté n'oublier ces païs tant affligés par les ennemis «communs à vostre couronne, à nous, et à toute la cbrestienté; a ce que nous espérons obtenir de Vostre Majesté, selon sa bonté a et faveur accouslumée envers les affligés.))

Cette lettre est Tune des dernières que le généreux protecteur des Provinces-Unies ait écrites, dans sa sollicitude pour elles; car, à quelques jours de là, il succomba sous les coups d'un exécrable assassin dont l'Espagne avait armé le bras.

Ici s'impose à nous l'obligation d'aborder l'exposé des faits relatifs à la perpétration et à la consommation de cet horrible attentat.

* Bihl. nat. mss. f. fr. vol. 3290, fol. 1.

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