‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 45 sur 70 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pourparlers de paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies. — Le roi de France envoie en Hollande des négociateurs, pour protéger les intérêts de ces provinces. — Lettres de la princesse d'Orange à Scaliger, au fils de }\me de la TrémoîUe, aux fils du comte Jean de Nassau, sur la mort de leur père, et à M™« de la Tréinoïlle. — Henri IV écrit à la princesse d'Orange.

— Arrivée des né^'ociateurs français à La Haye. — Jeannîn, de Buzanval, de Russy. — Leur correspondance avec Henri IV et avec Villeroi. — Ils réclament la présence de la princesse d'Orange en Hollande et son concours. — Lettre de la princesse à M"» de la TrémoîUe. — Lettres diverses.

— Mort de Buzanval. — Détails relatifs au départ projeté de la princesse.

— Elle se décide à emmener avec elle la fille de M"» de la TrémoîUe. — Soins qu'elle prend de cet enfant. — Retour de la princesse en Hollande.

— Les négociateurs français se félicitent de son arrivée. — Opinion émise par Maurice de Nassau sur les affaires publiques. — Lettres de lui au roi, et du roi à Jeannin et à de Russy. — Lettres de la princesse à M">e de la TrémoîUe.

Eq triomphant de la coupable et longue résistance du duc de Bouillon, la princesse d'Orange n'avait pas seulement réussi à ramener au service du roi un sujet dont la fidélité serait désormais assurée, et à rendre un mari, un père au sentiment de la mission sacrée de protecteur de sa femme et de ses enfants; elle avait, de plus, contribué, par cela même, à détourner de la France le fléau d'une guerre, à vrai dire, intestine, et à épargner au roi, dans ses rapports avec les princes protestants, la rupture d'une alliance dont le maintien était nécessaire à la réalisation des plans de sa politique extérieure.

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A la base de ces plans se plaçait, comme devant en préparer le succès, la consolidation de l'indépendance des Provinces-Unies des Pays-Bas qui, ayant secoué le joug de Philippe II, luttaient avec une persévérante énergie, pour en demeurer à jamais délivrées. Un lien étroit, créé par la communauté d'intérêts de premier ordre et par la réciprocité de services rendus, attachait Henri IV à ces provinces : elles l'avaient secouru, aux jours de sa détresse, et, en retour, il les avait assistées, de ses troupes et de ses finances, dans la lutte engagée contre leur oppresseur. En traitant , à Vervins, avec l'Espagne, qui avait promis de se comporter, à l'avenir, en alliée, le roi de France s'était si peu détaché des Provinces-Unies, qu'il s'était expressément réservé le moyen de leur rembourser les sommes qu'elles lui avaient avancées. Il ne s'était engagé à rien autre qu'à demeurer neutre entre elles et leur ennemi, qui, aux termes du traité, cessait d'être le sien. Mais, tandis que Henri IV se renfermait loyalement dans les limites de la neutralité, il se vit autorisé à en sortir et à recouvrer sa liberté d'action en faveur des Provinces- Unies, le jour où, infidèle à ses propres engagemens, l'Espagne poussa Biron à la révolte et s'attacha à raviver, en France, la guerre civile. Fortes du royal appui, qu'à la suite de cette insigne perfidie, elles venaient de recouvrir, dans sa plénitude, ces provinces déployèrent un tel redoublement d'énergie dans leur résistance aux efforts de Tennemi, que celui-ci, désespérant du succès, crut devoir faire des propositions de paix.

Ces propositions, dit un contemporain des plus autorisés*, « furent fort volontiers écoutées, d'entrée, par ceux qui étoient « las de la guerre, attendu même qu'elles étaient si avantageuses, « en ce qu'on souffrait de traiter avec eux en qualité et comme

* Le président Jeannin. « Sommaire de la négociation faite avec Messieurs les États généraux et des Provinces-Unies des Pays-Bas. »

d les tenant pour Etats et pays libres; ce qui leur senablait être « Tefiet entier d'une victoire absolue. Sur lesquelles propositions «communiquées pour lors à peu de gens, à savoir à M. le prince a Maurice, à son cousin le comte Guillaume, au sieur de Bamaweld et à quelques autres, en petit nombre avec eux, puis en «rassemblée des provinces, résolution y fut prise d'entrer en «quelque conférence avec les députés des archiducs, et d'en adonner avis tant en France quen Angleterre; dont Sa Majesté (c (le roi de France) avisée, envoya vers eux, de sa part, le sieur «Jeannin, conseiller en son conseil d'État, et avec lui le sieur «Buzanval, ayant servi Sa Majesté dès longtemps èsdits pays; (c et pour lui succéder en la charge d'agent ordinaire, le sieur de a Russy, pour aider amplement à leur procurer le repos, ou bien 0 pour empêcher qu'ils ne fussent trompés , au cas que telles «ouvertures leur eussent été faites à dessein pour les diviser, «faire des pratiques parmi eux, et enfin les assujétir, au lieu de « les rendre libres , comme c'était l'opinion de ceux qui pen- «saient être les plus clairvoyans dans leur état; et y avait grande « apparence de le croire ainsi, d

Les négociateurs envoyés par le roi dans les Provinces-Unies quittèrent la France, en mai 1607. Ils y laissaient la princesse d'Orange, dont ils pressentaient que le concours ne tarderait pas à leur devenir nécessaire, pour l'accomplissement de leur mission, à raison de la légitime influence qu'elle avait acquise, en Hollande surtout, tant par sa parfaite connaissance des hommes et des choses, que par de judicieux conseils donnés, au sujet des affaires publiques.

Mais, avant de suivre le cours des négociations entamées alors avec l'Espagne , occupons-nous de la prolongation du séjour de Louise de Coligny en France, à dater des derniers jours qui précédèrent la réconciliation du duc de Bouillon avec le roi.

Et d'abord, au milieu des anxiétés qu'elle éprouvait encore, en ces mêmes jours, elle donna une nouvelle preuve de sa piété filiale, dont on saisit la trace dans sa correspondance avec Scaliger. ce Monsieur, lui écrivait-elle, de Paris, le 17 février 1606*, ce je me suis fort réjouie icy de Thonneur que j*ai reçue de vous, a en ce qu'il vous a pieu honorer la mémoire de feu Monsieur aTamiral, mon père, de ce que vous m'avez donné pour faire fic mettre sur sa sépulture. Gela a esté fort approuvé et loué des ce personnages doctes auxquels je l'ai faict voir, et principalece ment par M. le président de Thou et M. Servin. Ledict sieur a Servin m'a permis de vous en envoyer un autre qu'il a faict, ce où il a observé toutes vos mesmes conceptions, disant ne pouce voir ni ne devoir rien changer en ce qui procède d'un esprit et ce d'un jugement tel que le vostre, auquel il dit céder en toutes a façons ; mais cependant il m'a priée de vous faire voir quelce ques mots qu'il dit avoir seulement changés, pour s'accomoa der à la prudence de ce siècle ; vous les verrez donc, s'il vous « plaist, et m'en manderez vostre ad vis, et vous supplieray m'en « escrire une lettre que je luy puisse monstrer.

et Je remets toutes les nouvelles à M. de Buzenval, qui, mieux ce que moy, vous pourra représenter ce qui se passe, qui est, ce pour ceste heure, un sujet si triste et si lamentable pour tous «les gens de bien, et particulièrement pour moy, que certes, ce Monsieur, la plume me tombe de la main, en le voulant conti- .ce nuer. Je finirai donc par un qui m'est plus agréable, qui est ce vous asseurant que j'honore vostre mérite, pardessus toutes ce celles qui ont le bonheur de le cognoistre, et que je fais a beaucoup de gloire de me dire aymée de vous. r>

Le 27 avril, la princesse manda à Scaliger 2 : ce L'indisposition

* Du Bouchet, Hist. de la maison de Colignyy p. 568.

• Ep. fr. liv. 16, p. 5.

ce en laquelle je suis à présent me liceDciera, s*il vous plaisi, de afiiire ce mol de ma main, pour vous dire rébahissement que ccj*ay de voir par vos dernières que vous ne me faictes aucune a mention de la réception de Tépitaphe que je vous ay envoyé aescript de la main de M. Servin. Gela me faict croyre que le cpacquet est perdu et cause que je vous en renvoie une copie, cavec celuy que me donnâtes avant mon partement, afin de avoir le changement que ledict sieur Servin y a fait. Il le désire (tainsy et m*a dit ne vouloir entreprendre sur ce qui vient d*uD a tel personnage que vous. Je vous suplye donc m*en escripre a vostre advis, que je suivrai, et après me le renvoyer, à la preccmière occasion. Madame d'Angoulême a vu vostre lettre, dont «elle a esté fort aise. Je vous envoie aussi un pacquet que m'a «donné M. de Dolet (c. de Harlay), lequel j'ay fort entretenu

oc de vostre affaire contre le sieur D Il m'a dict que, si vous

<c faictes ce dont il vous escript , que sans doute il se trouvera « moïen de vous faire payer. Souvenez-vous en donc, je vous ce suplye, et faictes estât qu'en cela et en toute autre chose où «j'aurai le moïen de vous rendre service, je m'y employerai « d'aussy bon cœur, que je me recommande affectueusement à «vos bonnes grâces. Je prie Dieu, Monsieur, vous avoir en f sa saincte garde.

« Vostre très affectionnée amie à vous faire service. »

«P. S. Madame de la Trémoïlle, ma fille, vous présente ses «humbles et affectionnées recommandations.»

Si ces derniers mots portent à croire que M°*® de la Trémoïlle se trouvait, en ce moment, à Paris, auprès de la princesse, rien n'établit d'ailleurs que M"® de Bouillon s'y trouvât aussi. Quel que fût au surplus, tandis que le duc son mari devait fréquenter la cour, le lieu dans lequel elle résidait avec ses enfans, depuis la conclusion de l'affaire de Sedan, il est certain qu'elle jouissait

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du bonheur d'échanger librement de fréquentes communications avec Louise de Coligny, délivrée 'enBn des anxiétés que lui avait causées la longue infortune d'une fille chérie.

Dans Télé de 1606, la princesse d'Orange quitta la capitale, pour aller passer quelque temps dans sa propriété de Lierville. Ce fut de là qu'elle écrivit à l'aîné des enfants de sa fille Brabantine, tandis que celle-ci était à Spa, une lettre qui montre avec quelle sollicitude la grand'mère s'occupait de son petit-fils, ainsi que du frère et de la sœur avec lesquels il restait à Thouars, en l'absence de la duchesse.

(( Mon beau petit-fils, lui disait-elle^, cependant que j'estois « à Paris, j'avois le contentement d'ouïr souvent de vos nonce velles, par le moïen de Madame de la TrémoïUe, ma fille. <ï Lorsqu'elle en est partie pour aller boire des eaux de Spa, je (c suis partie aussy, pour m'en venir en Beausse, en ma maison a si séquestrée du monde, que je n'en ouïs point parler, qu'au « prix que j'en envoyé apprendre des nouvelles ; et désirant avoir c( des voslres et de vostre frère et sœur , je vous dépesche ce a laquais pour vous prier m'en faire part, et de celles que vous ce avez eues de Madame de la Trémoïlle, et quand elle vous parle a de son retour. Pour moy, je ne ferai plus guères de séjour ce icy ; et partout où je serai jamais, ce sera toujours avec résocclution de vous faire service de tout ce qui sera en ma puisa sance, et à mon autre petit-fils et fille ; mais, comme à l'aîné, « je vous parle pour tous trois et vous embrasse tous trois en a imagination, vous priant de m'aimer comme estant vostre très a affectionnée mère, à vous faire service. »

En quittant sa solitude de Lierville, la princesse revint à Paris, reprendre une existence dont l'activité extérieure correspondait

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

à l'intensité de Taffection qu'elle avait vouée à sa famille, à ses amis, et dont se ressentaient, en première ligne, ses enfants et petits-enfants.

Les relations suivies qu'elle enti*etenait avec les Provinces- Unies la tenaient au courant des événements qui s'y accomplissaient, et surtout de la part qu'y prenait son (ils, Henri-Frédéric, son Leau-fils, Maurice, son neveu, le comte Guillaume, et des hommes tels que Buzenval, Barneveld , qu'elle honorait de son amitié.

Dans l'automne de 1605, elle perdit son beau -frère, le comte Jean. Informée d'une mort qui privait ainsi la famille de Nassau de l'un de ses membres les plus distingués, elle écrivit aussitôt, de Fontainebleau, aux (ils du comte * : a Messieurs mes neveux, a estant en ce lieu où je suis venue faire un tour, pour quelques a affaires que j'ay près du roy, à mon très grand regret j'ay appris a la mort de feu Monsieur mon frère, vostre père, dont j'ay eu a beaucoup d'affliction. Mais, puisqu'il a pieu à Dieu le prendre, a après avoir reçeu un si bel âge, et vous ayant laissé tant <x d'honneur, vous devez vous conformer à la volonté de Dieu, et « en le louant et remerciant des grâces qu'il luy a faictes durant <( sa vie, le supplyer aussy vous laisser, avec l'hérédité de ses (c biens, celle de ses vertus, comme je ne doubte point qu'il ne a fasse. Je l'en supplie, de toutes mes alfections, et qu'il vous « donne , Messieurs mes neveux , en santé, heureuse et longue « vie. J>

Un mois plus tard, la princesse recevait la visite de Buzenval, venant de Hollande, qui lui apportait l'heureuse nouvelle de la prochaine arrivée de Henri Frédéric dans la capitale. Alors qu'elle se livrait à l'espoir, bientôt déçu par la force des circons-

* Lettre du 18 novembre 1606 {Archives de la maison d'Orange- Nassau).

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tances, de posséder, de nouveau , son fils auprès d*elle, la duchesse de là Trémoïlle reçut d'elle une lettre, portant :

«Chère fille ^; vous pouvez croire que j'ay reçue un extrême «contentement de vous sçavoir heureusement arrivée chez vous, « et que vous y avez trouvé toute vostre petite famille en bonne a santé.

«Je vousay mandé noslre retour en cesle ville (Paris). A ce ceste heure, je vous manderai comme Monsieur vostre frère et « Madame sa femme ^ en partirent vendredi, après disner.

«Madame la princesse (de Condé), Monsieur le prince (son « fils). M"** de Fontaine et moy, l'accompagnâmes jusqu'au pont « de Charenton. Ce fut des pleurs incroyables que ceux de Mon- « sieur le prince et de Madame sa sœur; j'entends qu'elle fut «malade, à la couchée. Jay bonne opinion qu'elle n'est pas preste « de revenir à Paris.

«M. de Buzenval arriva hier soir, qui m'assure que vostre «cadet luy dit, en partant, qu'il seroit icy aussitost que luy ; de « façon que je l'attends, au premier vent, si autre chose n'arrive «qui le retienne; car je ne serai point assurée qu'il vienne, «qu'il n'ait passé la mer: je vous en avertiray, soudain qu'il «sera icy.

«Vous sçavez que M. le mareschal deFervacques est en ceste «ville. Je ne l'ay point veu, mais on m'a dit que M'"® de Fer- «vacques y doibt venir quand elle sçaura que vous devez vous « y rendre, et qu'elle est toute disposée à accorder, si vous voulez « y entendre.

« Je vous ay desjà mandé la résponse que me fit le roy sur «l'affaire de vostre fille, qui se rapporte à celle que vous fit la

* Archives de M. le diic de la TrémoïUe,

* Philippe*Guillaume , prince d'Orange, et Éléonore de Bourbon- C;^udé.

114 LOUISE DE coli<;ny.

a roine ; de façon que c'est à vous à faire vos preuves, comme font a les chevaliers du Saiot-Esprit ; car si cela a esté, on ne vous le a peut refuser saos vous faire tort. Avisez donc toutes les preuves a que vous en pourrés faire paroistre, et, nous en avertissant, (cnous en ferons bien nostre pro6t. Vous estes aimée et honorée <cen ceste cour, et ne debvez point doubter que, faisant paa roistre que ce que vous demandez a esté, que vous n'y soyez « favorisée.

(c Je ne vous ay point encore envoyé de ceste étoffe pour faire a une robe parceque Ton n'en trouve point à si bon marché que « Ta eue la comtesse de Château- Vilain. Jeudi on m'en doibt c( encore faire apporter, de façon que j'espère, qu après ces festes, «qui sera à ceste heure-là, nous barguignerons tant que, si nous (cne l'avons à si bon marché, il ne s'en faudra guères. Vous aurez ((aussi des gants pour nostre petit mignon.

((Je vous prie, ma fille, de dire au s"* Chauveau que je désire « sçavoir quelle responce a faicte celuy à qui il a donné la décla- « ration de ma terre.

(c J'ay la cervelle si troublée du propos que me vient de tenir (c M. de B. . . . sur les affaires de vostre bon pays, que je n'en ((dormirai, de la nuit, et faut que je finisse, en vous baisant les (c mains.»

Ces dernières lignes se réfèrent aux événements qui, dans la lutte soutenue par les Provinces-Unies contre l'Espagne, précédèrent de peu de temps les pourparlers de paix entamés par celle-ci.

Tandis que l'horizon politique semblait commencer, de la sorte, à s'éclaircir quelque peu , un heureux événement se produisit, en France, au sein de la famille royale : la reine donna le jour à un fils, dont la naissance fut l'objet d'affectueuses félicitations adressées, de Paris, par la princesse d'Orange au roi,

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qui y répondit, avec son aménité habituelle, par ces lignes datées de Fontainebleau ^ :

a Ma cousine^ je n'attendais rien moins de TafTection particucc Hère que vous me portés et au bien de ma couronne, que les <r témoignages que vous m'en avez rendus par vostre lettre du 13 de amay,etceque m'a dit, de vostre part, le s^'deChastillon, sur la a naissance de mon fils, le duc d'Orléans. Mais comme, en cela, «je recognois l'intérêt que vous voulez avoir à mes bons succès, oc je désire aussi que vous fassiés estât de la continuation de ma a bonne volonté, en toutes occasions, et de l'espérance que j'ay oc que, mondit fils estant nourri en la même aiTection, il pourra, a un jour, succédant à ceste même inclination, vous en tesmoi- «gner tous bons effets, quand Dieu lui en aura donné les « moyens, comme je l'en prie, et qu'il vous ait, ma cousine, en ce sa sainte et digne garde. y>

Occupons-nous maintenant des négociations qui s'ouvrirent sur la question de paix soulevée par l'Espagne, et du rôle qu'y remplirent les ambassadeurs français, investis, à juste titre, de la haute confiance de leur souverain. A peine est-il nécessaire de dire que nous devons, loin d'entrer dans le détail de ces laborieuses et longues négociations, nous borner à signaler les points spéciaux, à l'égard desquels fut réclamée et se manifesta l'efficace intervention de Louise de Coligny.

Arrivés à La Haye, le 24 mai 1607, les négociateurs français se mirent aussitôt en rapport, non seulement avec les États généraux, mais encore et surtout avec deux hommes influents, Maurice de Nassau et Barneveld, qui représentaient, l'un, les partisans d'une continuation de la guerre, l'autre, les partisans d'une paix à conclure sur de solides bases.

* Lettre du 8 juin 1607 {Recueil des lettres missives de Henri 7:F, t. 7, p. 274).

Dès le 29 mai, JeaDnio, Buzanval et de Russy, rassurés sur les inleDtioDS paci6ques de Baraeveld, mais inquiets de Tardeur belliqueuse de Maurice, écriveot au roi ^ :

«Ce qui est de plus dangereux en cet état, est la division, a reconnaissant bien que le prince Maurice est du tout porté k la tf guerre, et qu*il recherchera d*attirer, de son côté, tout ce qu'il « pourra, ne jugeant pas toutefois, si quelque grand secours en « retient ceux qui veulent la paix, que son parti soit le plus fort: a et c'est à quoy nous nous employons, en lui représentant qu'on apeni trouver dans la paix des avantages et de la grandeur pour «sa maison, et pour lui-même en particulier, plus assurés de « beaucoup, si on est contraint d'y entrer, que dans la guerre (c trop périlleuse, et presque avec certitude de mauvais succès, « s'il la fallait faire avec partie de l'Etat, l'autre s'unissant avec (d'ennemi. Et au contraire, l'Etat, déclaré libre par la paix a et conditions bonnes et qui aient de la sûreté, il pourroit «encore espérer quelque chose de plus avec le temps, appuyé «de l'autorité et des moyens de Vostre Majesté, qui prendra « toujours plus de Bance en son amitié, qu'en celle d'un peuple « léger et muable. Que Vostre Majesté a bien la même opinion « que lui, que la guerre aurait plus de sûreté pour leur état, «jugeant qu'il est besoin d'y insister autant qu'on pourra, «pourvu qu'on ne vienne jusqu'à la division. Il est sage, fort « considéré et semble aussi assez courageux pour oser entre- « prendre, si l'occasion s'en présenterait ; mais nous reconnais- « sons qu'il s'accomodera à vostre volonté, y voyant de la sûreté « pour lui et quelque espoir de s'accroître, et d'être en état qu'il «en dépende absolument, comme il a fait du passé, de la légè- « reté et ingratitude des peuples qui se lassent et dégoûtent « aisément de ceux qui les ont bien servis. »

* Négocialions du président Jeannin, éd. du Panthéon littéraire. Paris, in-8«, 1838, p. 35.

Le même jour, 29 mai, JeanniD mande à Villepoi^ : « Le plus ce grand nombre désire la paix. M. de Barneveld, qui a grande a autorité et créance dans les Etats, et particulièrement dans la <sc province de Hollande qui seule fait presque la moitié des Proayinces-Unies, aumoins contribue autant que toutes les autres, a embrasse ce conseil avec affection et le juge nécessaire en Tétat ce auquel ils sont réduits,: non, à mon avis, par corruption, mais a par prudence et comme estimant qulls ne peuvent mieux a faire pourvu que les deux rois y interviennent.»

Les négociateurs français entretiennent avec Henri IV et avec Villeroi une active correspondance, au cours de laquelle celui-ci leur annonce, le 17 juin 2, que la princesse d'Orange songe à retourner dans les Provinces-Unies: «La mère du comte Henri, oc dit-il, parle de passer bientôt en Hollande, appelée, ainsi qu'elle ce a mandé au roi, du prince Maurice et de son fils. Nous esti- (c mons qu'elle favorisera, partout où elle sera, le service du roi.»

Cette communication est accueillie avec une satisfaction qu'exprime ce passage d'une dépêche du 27 juin adressé à Villeroi ^ : « Quant à ce que vous mandez du voyage de Madame la prince cesse d'Orange en ce pays, il sera fort à propos, et au plutôt, «pour l'autorité et créance qu'elle doit avoir près de son beau-fils, «dumoins pour la confiance et prévauté qu'il prendra avec elle, « pour lui communiquer ses intentions, et nous les découvrir après, « afin qu'y apportions, ce qui sera requis pour son contentement «et le service de Sa Majesté; car il est si retenu avec nous, « qu'on ne le peut apprivoiser. Nous savons aussi qu'elle est « pleine d'affection envers le roi et entièrement française ; ainsi que « sa venue et son séjour en ce lieu ne pourra être que fort utile. »

' Négociations du président Jeannin, p. 39. » Ibid. p. 67.

' Ihid. p. 81.

as LOUISE DE COLIGNY.

Le 8 juillet, Yilleroi écrit à Jeannia et à de Buzaoval ^ : « Le «roi a prié Madame la priocesse d^Oraoge d*avaQcer son voyage; « à quoy elle se prépare taot qu'elle peut. »

Jeanoio répond, le 17 juillet ^ : < Le plutôt que Madame la princesse d'Orange pourra venir, sera le meilleur. »

Le 19 juillet, Jeannin, de Buzanval et de Russy terminent une dépêche expédiée au roi ^ par ces mots : < G*est maintenant qu'il «faut traiter avec le prince Maurice et le contenter, afin que <c tout demeure bien uni ; à quoi Madame la princesse d'Orange ce nous fait faute, et sa venue prompte serait bien à propos. »

En même temps, Jeannin, s*adressant seul à Yilleroi^, lui dit : ce On reconnaît maintenant les passions de ceux qui veulent a la paix ou la craignent. Le prince Maurice montre d'en être ce en appréhension ; néanmoins il s'est fort bien conduit en la c réponse qui a été faite. Il est besoin de pourvoir tôt à son ce contentement; à quoy Madame la princesse d'Orange nous ceseroit fort nécessaire. Il seroit même à propos qu'il plût au roi aie gratifier de quelque bon état et pension, chacun an; car, ce puisqu'on juge nécessaire pour le bien des affaires et le service ce de Sa Majesté, comme il est, en effet, de le fortifier en cet état «et y accroître son autorité et celle de sa maison, aussi est-il, ce en conséquence, de l'obliger, afin que son affection, acquise ce et conservée par l'intérêt, le rende, en l'état où il aura pouce voir, plus eDclio et dévotieux envers Sa Majesté, les siens et <( son royaume. Et ceci me semble d'autant plus nécessaire, qu'on ce dit sourdement l'archiduc avoir intention de faire toutes sortes «d'efforts et offres pour le gagner Envoyez au plus tôt

* Négociations du président Jeannin, p. 90.

* Ibid. p. 97.

' Ibid. p. 101.

* Ibid. p. 102.

« Madame la priocesse d'Orange, si vous desirez que sa venue a soit utile. »

A quelques jours de là, le projet de retour en Hollande est si bien arrêté dans l'esprit de la princesse, qu'elle en entretient la duchesse de la Trémoïlle. Il est convenu que celle-ci lui confiera sa fille ; et il s'agit d'envoyer l'enfant à sa grand'mère, qui l'attend à Paris, pour, de là se rendre avec elle au port d'embarquement. Voilà ce qui ressort de la lettre suivante de Louise de Coligny à la duchesse ^ :

«Ma chère fille, j'estois en peine pour n'avoir point appris de «vos nouvelles depuis vostre parlement, lorsque j'ay reçue ui vostre lettre qui m'asseure que vous estes seulement harassée a du chemin et que vous trouvez (à Laval) force affaires ; de c quoy je ne doubte nullement »

c Je n'ai pu me défendre du voyage de Monceaux, car vous <c sçavez que le roy ne veut jamais dire adieu que le plus tard oc qu'il peut. J'irai donc, sur la fin de ceste semaine, prendre a congé de leurs majestés, et puis je n'ay plus rien qu'à attendre « noslre petite mignonne, et, soudain qu'elle sera icy, je parti- »roi, s'il plaît à Dieu; me semblant que ce sera plus de coma modité de l'envoyer icy qu'à Calais, parcequ'il m'est impossible c de dire précisément le jour que j'y serai ; et, qu'elle attendît «là, ce seroit mal à propos; aussi que peut-estre n'a-t-elle pas «toutes ses petites commodités, et l'on l'accommoderoit icy «c de ce qu'il luy faudroit et que vous ordonneriez. Elle ne verra ce point la cour, car j'en auroi pris congé quand elle viendra. «Tout le monde veut me faire peur de luy faire passer la mer, cen ce petit âge : mais j'espère, avec l'aide de Dieu, que cela « ne luy fera point de mal.

« Lettre du 29 juillet 1607 {Archives de M. le duc de la Trémoïlle).

120 LOUISE DE COLICNY.

a Hier nous eûmes nouvelles que le roy d'Espagne a envoyé c la ratiBcaiion de ce que Tarcbiduc a traité avec messieurs les a Ëstats ^. Nous attendons, à ceste heure, de sçavoir comment <x messieurs les Estais l'auront reçue et ce que cela produira. a Dans trois ou quatre jours nous en aurons des nouvelles dont «je ne faudrai de vous avertir.

ce M""* de Landau n est point encore mariée, mais elle le

«sera dans peu de jours, car hier les articles furent signés. C'est «Monsieur le prince et les autres parens qui font ce mariage, « par le commandement du roy. Vous pouvez penser ce que dit « la pauvre mère. Encore que je soie bien proche, si ne signe- « rai-je point au contrat, car je suis toute pour la mère. Dieu «garde celles qui ont des filles de pareille affliction, et vous «donne, chère fille, toutes sortes de prospérités.

« Je suis très aise qu'il y en ait encore à Laval qui se sou- « viennent de moy. Je vous asseure que je m'y aimois bien et «que j'y ay bien passé mon temps, et à Vitré aussy. Dieu vous «y maintienne en santé! chère fille, aimez tousjours vostre «maman aussi parfaitement qu'elle vous aime. Je baise mille «fois vos mains.))

Une semaine ne s est pas encore écoulée depuis l'envoi de cette lettre, que Villeroi écrit, le 4 août, h Jeannin seul ^ : « Ma- « dame la princesse d'Orange continue à faire dire au roi qu'elle « partira bientôt ; toutefois elle est encore à Paris, et Sa Majesté «a commandé à M. de Sully, qui est parti d'ici devant hier, de «la presser. Elle voulait avancer ici la fortune du prince Henri'

* Une trêve de huit mois.

• Négociations du président Jeannin, p. 415.

^ Ph. de Mornai communiquait alors à Dumaurier cette réflexion : «Le voyage de Madame la princesse d'Orange est preuve certaine que « Monsieur son beau-fils cherche l'esquif, et elle y veut trouver place à

«par des moyeDS qu'elle a proposés, qui n'ont été agréés du « roi, dont elle n'est trop contente. Vous ne lui ferez, s'il vous « plaist, paroître, ni à autre, que vous en ayez connaissance, car, « si elle arrive pardelà, je me promets qu'elle ne laissera de «bien faire et suivre vos conseils.»

Le jour même où Villeroi parle ainsi à Jeannin, Mornai mande, de Saumur, à M""® de la Trémoïlle^ : «Je communique « à M. de Bourron tout ce que j'avois de nouvelles, mesme des « Païs-Bas, qui le vous fera mieux entendre. Vous y verrez que « les affaires n'y sont pas précipitez à la paix, comme l'on s'en « doutait, mais à pas plus lent et plus considéré. Gela est cause «aussi que Madame la princesse ne haste pas tant son voïage.»

Le lendemain, 5 août, Villeroi mande à Jeannin ce qui suit^ : « La princesse d'Orange n'a rien apporté au roi, de la part du «prince Maurice, qui mérite d'être mis en considération. Nous « écrirons par elle audit prince, suivant votre conseil, et me « semble que Sa Majesté desireroit que ledit prince Maurice se « découvrit à elle plus conBdemment et familièrement qu'il n'a «fait jusqu'à présent, afin de pouvoir mieux le favoriser; mais «j'attribue sa froideur à son naturel plus qu'à autre chose.»

Dans une lettre du 10 août ^, les négociateurs s'expriment nettement, vis-à-vis du roi sur l'attitude du prince Maurice : «Il montre, disent-ils, si évidemment de vouloir rejeter toutes « les ouvertures de paix, quoique lui répétions, tous les jours, «qu'il doit apporter plus d'artifice en sa conduite, qu'il en a

«son fils; ce qui, je pense, lui sera aisé, car on leur donnerait à tous «possibilité d'échouer, poumi que ce soit à leur rivage > (Lettre du 14 juillet 1607. Mém, et Corresp. de Mornai, éd. in-4o, t. 3, p. 179, 180).

* Lettre du 4 août 1607 (Archives de M. le duc de la Trémoîlle).

• Négociations du président Jeannin, p. 116. » Ibid. p. 117.

amoios de crédit et de pouvoir envers ses peuple, lesquels (K reçoivent bien de bonne part, quand on leur dit qu*il ne faut «point faire de paix, si elle n'est bonne et sûre» maison les a met au désespoir quand on leur veut faire croire qu'ils ne a peuvent jamais trouver sûreté que dans les armes. Il est besoin (c de le retenir comme allant trop avant à la guerre, encore qu'il «se fonde sur d'assez bonnes raisons, s'il était maitre de la a bourse d'autrui, et avait assez de créance parmi ces peuples «pour les persuader à suivre son opinion. >>

Le 5 septembre, Yilleroi informe Jeannin ^ que « la belle-mère a du prince Maurice fait en sorte de s'acheminer bien tôt par delà, « pour conseiller ses amis, et principalement le comte Henri, «duquel elle montre être en grande peine.))

Dans une seconde lettre, du même jour 2^ Villeroi ajoute : « La « princesse d'Orange montre toujours d*étre mal édi6ée du sieur « Aersens, et veut que nous croyions qu'il continue à faire de maua vais offices au roi. Elle verra bientôt le prince Maurice et promet « de bien servir Sa Majesté auprès de vous, qui savez bien user.»

Un douloureux événement se produit alors: de Buzanval meurt ; et, circonstance touchante, qui témoigne des délicates prévenances de Louise de Coligny pour Tbomme respectable et distingué qu'elle a toujours traité en ami, c'est dans la demeure même de cette princesse, à La Haye, que s'écoulent les derniers jours de Tambassadeur français et, qu'à l'issue de ses funérailles, se réunissent, pour lui rendre un suprême hommage, le prince Maurice, le comte Henri Frédéric, ainsi que divers personnages notables ^.

* Négociations du président Jeannin, p. 447.

« Ihid, p. 147.

' Lettre de Jeannin et de Russy au roi, du 24 septembre 1607. (Nég. du président Jeannin, p. 152). — On lit dans une autre lettre de Jeannin et de Russy au roi {Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,955, f> 50; : t Sire, il a

Cependant la future petite compagne de voyage de la princesse est déjà, depuis quelque temps, à Paris. Le 23 septembre, l'aïeule parle d'elle à la duchesse de la TrémoïUe, en ces termes ^ :

a Chère fille à moi, je vous mandais dans une grande lettre « (qui parait-il, n'est pas parvenue à sa destination) tout le pro- «grès de la petite cour que j'avois fait faire à nostre petite a mignonne, qui fut fort heureux et tel que vous l'eussiez pu (i souhaiter. De vous en redire, à ceste heure, toutes les particula- « ritez, il m'est impossible, car, depuis quatre ou cinq jours, il «m'est tombé une si grande défluxion sur le visage, avec une (c fièvre qui m'a laissée hier ; mais j'en suis encore si débile, et ce le visage si enflé, que je n'ose ni ne puis guères me baisser, de ce sorte qu'à peine vous fais-je ces mauvaises lignes, qui vous a tesmoigneront que vostre petite se porte fort bien. Nous avons a quelquefois des querelles pour de petites opiniâtretés, et de son «peu d'arrêt, et a fallu que j'aye fait user de main-mise à ce Briquemault ^ : mais elle promet bien qu'elle sera doresnavant « si sage, qu'il n'y faudra plus retourner. Ne luy en mandez ce rien, s'il vous plaist; mais seulement recommandez-lui l'obéis- « sance, et que vous avez commandé à Briquemault de la fouetter, «toutes les fois qu'elle ne fera pas ce qu'on luy dit. Je luy fais « apprendre à danser, pour luy faire, un petit, la grâce. Encore «que j'aye peu à demeurer icy, tousjours cela luy servira.

«Voilà M. de Beaumarchais revenu de ma maison de Lier- « ville, de fasson que je pense que nous passerons nostre contrat «dans peu de jours, et incontinent après je ferai estât de partir,

«plû à Dieu disposer de M. de Buzanval^ le dernier jour du mois passé. € La mort en fut si soudaine, qu'elle ne fut prévue de personne. Votre c Majesté a perdu en lui un bon serviteur, dont nous avons grand regret cet déplaisir.»

* Archives de M, le duc de la Trémoîlle,

* Demoiselle d'honneur de la princesse d'Orange.

«quoique M. de Bouillon me veuille fort retenir, jusqu'à ce que a Madame de Bouillon soit icy, qu*il dit qui sera au commencea ment du mois prochain, d

Sévère, quand il le faut, dans l'inlérêt même de sa petite-fille, Louise de Coligny se complaît d ailleurs à faire son éloge. La preuve en est dans ces lignes de M™" de Bouillon à M*** de la Trémoïlle ^ : a Madame ma belle-mère me mande tous les biens a du monde de M^ vostre fille, et dit que c*est le plus gentil a esprit et le plus joli petit bec qu'elle ait jamais vu, et de visage, <rque c'est la vraie petite Brabantine. Certes, mon cœur, il faut « bien recognoistre la grâce que Dieu vous faict de vous avoir a donné des enfants si parfaits. 2>

Dans une lettre postérieure, la duchesse de Bouillon, alors qu'elle se trouvait à la cour^, écrivait à sa sœur Brabantine: <i II faut vous dire comme j'ay gouverné, trois jours, Mademoia selle vostre fille : Madame ma belle-mère estoit chez Madame «de Risé. C'est le plus admirable petit bec que j'ay jamais veu. c( Je ne l'ay pas trouvé opiniastre, comme l'on me Tavoit dit, a mais bien sage; je vous le dis sans flatterie.»

Aux vives instances, faites originairement auprès de la princesse, pour qu'elle activât son départ^ succéda, à point nommé, par ménagement pour ses propres convenances, une autorisation, émanée du roi, de prolonger son séjour en France. C'est bien là ce qui ressort de ce passage d'une lettre de Villeroi à Jeannio, du 3 novembre 1607 * : « Sa Majesté dit, il y a quelque temps, «à Madame la princesse d'Orange, qui faisait contenance de ((vouloir avancer son allée pardelà, que vous aviez mandé que

* Lettre du 10 septembre 1607 {Archives de M, le duc de la Trémoïlle).

• Voir à V Appendice, n® 7, le texte complet de celte lettre, qui contient divers détails intéressants sur le séjour de la cour à Fontainebleau.

' Négociations du président Jeannin, p. 187.

a VOUS nous feriez savoir quand il serait temps quelle partit; cernais ce fut autant pour lui faire plaisir, voyant qu'elle n'était <c pas trop affectionnée à ce voyage, que pour autre occasion. «Sa Majesté ne m'en dit rien alors, comme elle fait maince tenant. y> «

Une autre lettre de Villeroi à Jeannin^ du 23 décembre*, se terminait par ces mots : <c La princesse d'Orange est encore icy « retenue, ce dit-elle, par le roi ; mais je crois qu'elle appré- (chende bien autant le passage de la mer, en cette saison.»

Le 16 février 1608, Villeroi annonça ^ comme prochain le départ de la princesse. «Je vous envoie, écrivait-il, la présente ce avec la voiture du dernier quartier de l'année passée, qui n'a <c pu être comptée ni prête plus tôt ; car vous savez que les paiece mens des derniers quartiers des deniers du roi ne se font à jour « préfix. J'estime que Madame la princesse d'Orange passera <c avec cette compagnie ; pour le moins a-t-elle pris congé de la <c cour, en cette intention, et a désiré porter ce secours à ses « amis. Sans la rigueur de l'hyver, elle fût partie plus tôt, ainsi «qu'elle vous dira. Elle va, résolue de se conduire pour le ser- « vice du roi et le bien de ceux q^i lui appartiennent, entièrement «par votre bon conseil et avis. Sa Majesté l'ayant aussi assurée «que vous procurerez et favoriserez, en son nom, l'avantage des «siens, autant qu'il vous sera possible et aurez pouvoir de le « faire. Aussi est-ce certainement l'intention de Sa Majesté, ainsi « qu'elle vous a souvent commandé et savez très bien. Mais nous « lui avons dit qu'il est besoin que le prince Maurice se débou- « tonne et confie en vous, c'est-à-dire, au roi, plus qu'il n'a « fait jusqu'à présent, en prenant et épousant franchement le «parti qui est jugé de tous plus utile et salutaire à la cause

' Négociations du président Jeannin^ p. 243. * Ihid. p. 280.

a commune; à quoy ladite dame a promis d'employer son crédit oc et ses conseils sincèrement. i>

Louise de Coligny, quoi qu'il lui en coûtât de se séparer de ses filles Elisabeth et Brabantine, de ses parents et de ses amis, ne tarda pas à quitter la France.

Jeannin et de Russy annoncèrent au roi son arrivée en Hollande, par dépêche du 7 mars 1608. et Madame la princesse « d'Orange, écrivirent-ils^, arriva en ce lieu, le dernier du mois a passé. Elle a esté visitée par tous les ambassadeurs qui sont oc icy, mesme par ceux des archiducs, comme aussi de la part « de Messieurs les Estats-généraux, et particulièrement par ceux a de Hollande. Elle s'y est fort bien conduite, et pouvons faire « ce jugement, dès aujourd'huy, que sa présence sera très utile « pour le service de Vostre Majesté, nous ayant déclaré qu'elle « avait charge de ne rien faire qu'avec nostre avis. »

Les négociateurs français attachaient, avec raison, un si grand prix à Tappui qu'allait leur prêter la princesse, que ce fut en sa présence qu'ils s'expliquèrent immédiatement avec Maurice de Nassau, sur l'une des graves questions du moment. Le 12 mars, en effet, ils mandèrent au roi ^ : <k il n'y a rien que nous ne fas- (csions, tous les jours, pour admonester et persuader aux Etats (( de se joindre ensemble en un même avis, et le jour d'hier en (c eûmes plusieurs propos avec le prince Maurice, en présence de ((la princesse d'Orange, lui alléguant des raisons de si grande ((efficace, qu'elles ne peuvent recevoir aucune réponse qui (( soit de mise, à l'endroit de ceux qui veulent juger de cette ((affaire sans passion.»

Il est digne de remarque que, dès son retour, la princesse avait exercée, au moins momentanément, sur l'esprit de Maurice

^ Négociations (]u président Jeannin^ p. 298. - Ihid. p. 302.

une salutaire iofluence, en le rassurant sur les intentions du roi à son égard, et en le portant à s'expliquer, en toute confiance, vis-à-yis de lui, sur les graves questions qui s'agitaient alors entre les négociateurs français et ceux de l'Espagne. Ainsi encouragé par sa belle-mère, Maurice s'était adressé, le 6 mars, à Henri IV, en ces termes ^ :

« Sire, j'ay veu par les lettres qu'il a pieu à Vostre Majesté « m'escrire, et par ce que Madame la princesse d'Orange m'a a dit, que Vostre Majesté me faict ceste faveur, de me tenir du c( nombre de ses plus affeclionnés serviteurs. Je suplie Vostre ce Majesté de continuer ceste bonne opinion de moy, car je puis a dire avec vérité que jamais il ne m'est entré en l'esprit de déflc pendre, ny moy, ny toutes mes actions, d'autre que des volontés a de Vostre Majesté ; et ceste résolution ne changera jamais en « moy, comme Vostre Majesté cognoistra, quand il vous plaira, « Sire, m'honorer de vos commandemens.

<rJe sçay que M. le président Jeannin a journellement fait ce sçavoir à Vostre Majesté en quel estât est le traité auquel nous <i( sommes avec nos ennemis: toutefois je dirai à Vostre Majesté, dcavec ceste occasion, que le marquis Spinola, avec les autres a qui luy sont adjoints, ont accordé à Messieurs les Estats de ces ccpaïs le premier article qu'ils demandaient^ par lequel il est dit «que le roy d'Espagne et les archiducs quittent toutes les préten- « tions qu'ils ont sur ces provinces, et n'en porteront plus le titre, <r ni les armes.

a Après avoir accordé ledit article, le marquis avec ses adjoints a ont désiré que l'on print en mains l'article du traficq sur les a Indes, lequel je pense qu'ils s'imaginaient que l'on leur debvroit <c accorder aussi libéralement comme ils nous ont accordé le pre- « mier. Mais ces provinces, et principalement ceux de Hollande

• Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,952, f« 100.

a et ZélaDde, le prennent de tel prix, que je pense que mal aisé* a ment ils y entendront. Le marquis demande, de la part du roy ((d'Espagne, que les Ëslats promettent que les marchands et a mariniers de ce pais ne traGqueront plus, d'icy en avant, ni «aux Indes d'Orient ni de TOccident, et qu'ils se contenteront (cavec le traGcq d'Ëspaigne, ainsi qu'ils l'ont eu durant ces «guerres. S'il pourroit obtenir cet article, je crois qu'il l'estimeroil a plus que tous les Païs-Bas ; car il auroit de nouveau toutes les (cindes libres, qui luy sont si fort incommodes, pour les babi* (c tans de ces pais, et nous rendroit si faibles par la mer (qui est a Tunique force de ces provinces et par le moyen delaquelle nous «pouvons tenir le roi d'Ëspaigne un peu en bride), qu'il n'aurait « occasion de craindre jamais plus que nous luy ferions aucun mal. a Car étant certain qu'il ne sont rien sans le traficq, il les bannice rait, par traité, à jamais, du commerce des deux tiers du monde, «pour le moins, et ne nous resterait que celuy d'Espagne, «lequel il nous peut oster quand il luy plaist. Je laisse juger à « Yoslre Majesté combien ceci importe non seulement à cet esta t^ «mais à tous ceux qui ne désirent point la grandeur du roy «d'Espagne; car, ayant derechef les Indes libres, il y donnera si « bon ordre, que personne n'y mettra plus le pied, et se trouvera «en peu d'années, aussi puissant en argent, qu'il ait jamais esté. « Le marquis a persisté jusques ores, sans rien vouloir céder en «cet article, et, de nostre costé, s'est faictde mesme, tellement «que l'on est heure si bien de leur part que de la nostre, em- «pesché de mettre par escript les autres points que eux pré- « tendent et nous, et celui des Indes demeurera cependant en « suspens.

« Si Vostre Majesté juge, pour son service, que l'on continue, «au refus de cet article, j espère que les provinces qui ont «le traficq de la mer et qui sont les principales en cet estât, y « persisteront, estant un peu encouragées.

<c Voilà où nous en sommes présentement, touchant ce traité . ce avec i'ennemi. Si je puis servir, soit en cela ou en autre chose, a à Vostre Majesté, estant adverty de vos intentions, Sire, je «vous feray paroistre que je suis de Vostre Majesté le très humble a et très obéissant serviteur.»

Sachant, qu'en princesse toujours digne et judicieuse, non moins ferme que douce, Louise de Coligny n'était retournée en Hollande, que pour y remplir, dans l'intérêt de la France, aussi bien que dans celui des Provinces-Unies, un ministère d'apaisement et de conciliation, Henri IV écrivit, en toute assurance, le 19 mars^ à Jeannin et à de Russy : a Je suis très aise que ma oc cousine, la princesse d'Orange, soit arrivée pardelà en santé, et «si à propos, que sa présence y puisse être encore utile; car, je «suis assuré qu'elle y contribuera toujours, en ce qui dépendra «d'elle, avec toute l'affection, à mon contentement et service, «que je puis désirer et attendre d'elle. En quoi vous lui donnerez «aussi toute occasion de persévérer, en favorisant, de ma part, «le bien et avantage de mes cousins, ses beau-fils et fils, et de « toute leur maison, suivant les exprès commandemens que je « vous en ai faits. »

Dans le cœur de la noble femme, ainsi investie de la confiance du monarque français, et activement mêlée aux affaires d'État les plus ardues, dominait constamment un sentiment maternel dont on aime à saisir chaque manifestation ; car, mère, avant tout, Louise de Coligny ne se laissait jamais distraire par les obsessions politiques, quelque réitérées qu'elles fussent, du soin de veiller sur ses enfants et de les entourer de sa tendresse.

Heureuse d'avoir retrouvé, à La Haye, Henri Frédéric, justement considéré dans le développement de sa carrière, elle se

* Négociations du président Jeannin, p. 314.

reportait, par le cœur et par la pensée, vers ses filles, habitant la France ou TAUemagne, et se complaisait à leur faire sentir la permanence de son affection et de sa sollicitude.

A peine était-elle de retour, à La Haye, qu'elle écrivit à M"*® de la Trémoïlle * : a Je vous dirai que nostre petite se porte a bien, Dieu merci, d*aujourd*huy seulement, car, toute la se- « maine, elle s'est trouvée mal d'une fièbvreque je croy luyestre a procédée d'un changement d'air. Elle gouverne icy ses oncles «et ses cousins; et, quand elle se porte bien, elle est fort jolie.»

a Cependant que les affaires d'estat se traitent, je ne laisse pas a de parler des vostres, et espère que, dans quelques jours, il a s'en fera quelque bonne résolution ^. Monsieur l'Electeur a icy a un ambassadeur qui est fort honneste homme. Nous en parlons « souvent ensemble, et encore aujourd'huy il a diné avec moy, a et s'est trouvé que c'esloit le jour de la nativité de Monsieur d l'Electeur. Nous l'avons un peu solemniséen buvant à sa santé; (( à quoy vostre fille a un peu aidé, qui est la première fois, ce a dit-elle, qu'elle a vu boire de santé. Cet ambassadeur me disoit, a en dînant, qu'entre toutes les sœurs de Madame l'Electrice, « vous avez merveilleusement gagné le cœur de Monsieur l'Elec- (c teur. Mandez-moy de vos nouvelles, chère fille, et de celles de m vostre petit peuple, et comment vont vos affaires.

a Je ne vous puis dire de celles d'icy, car on ne sait encore «qu'en juger.

a Vos frères vivent tousjours à Taccoustumée. Vostre aisné « vient, presque tous les jours souper icy, mais il ne sçait luy- (( mesme juger de quoy se termineront les affaires. Dieu y mettra (( la main, s'il luy plaist ; et il en est bien besoin, car les hommes « n*y voient guères clair.

' Lettre du 15 mars 1608 (Archives de M. le duc de la TrémotUe). ^ Il s'agissait de la liquidation et du partage de la succession paternelle.

«Je n'escris point à M. de Bouillon, parceque je nelecroy «plus à Paris. J'appréhende de recevoir de vos lettres et de « demander des nouvelles, quand il vient quelqu'un de la cour, «tant j'ay peur d'en ouïr de mauvaises de ce pauvre prince* «que j'ay laissé au lit. Dieu luy envoyé, et à nous tous, ce qui « nous est nécessaire ! Je vous embrasse, chère fille, et vous «donne mille bonsoirs^ 2>

Le 2 avril, la princesse ajoute ^ : «Ma chère fille, lorsque j'ay «pu un peu reprendre mes esprits, j'ai dépesché vers ceste «pauvre princesse*, pour la visiter et pour apprendre de ses «nouvelles; mais le vent contraire n'a voulu permettre que ce « porteur soit parti plus tost qu'à ceste heure, il vous dira de toutes « nos nouvelles plus que je ne sçaurois dire, particulièrement de « vostre fille, car c'est un de ses grands gouverneurs ; de l'Estat « aussy tout ce qui s'en dit : en un mot, c'est ce que l'on ne sçait « encores si nous aurons paix ou guerre.

«Mais je vous dirai que je me veux servir de ce temps icy «pour faire cest été, un voyage à Spa, car je suis si tourmentée « de ma rate, que je n'ai presque une heure de santé ; et je vois «de ceux qui y ont esté pour le mesme mal, qui en sont du tout «guéris. Or, il me semble que vous ne Testes pas si bien guérie, « qu'un voyage ne vous y fit encores beaucoup de bien ; et, outre « ce que je le desirerois passionnément, vos frères me prient de « vous en prier et de le vous conseiller, et vous promettent que, a si vous y venez, ils vous verront, si vous voulez prendre la « peine de faire deux petites journées, car il n'y a pas davantage « delà à Bréda ; et vostre cadet dit qu'il ira jusques tout auprès «de Spa, pour nous accompagner toutes deux. Prenez donc une

* Le duc de Montpensier.

• Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

' La duchesse de Montpensier venait de perdre son mari.

a bonne résolu lioD, ma chère fille; vos frères le désirent extrèmeament, et je m*asseure que cela sera très utile à vostre santé de <x faire encores une fois ce voyage. Vous m*en manderez, s'il ce vous plaist, par ce porteur vostre intention, et moy je remeta trai à luy k vous conter toutes nouvelles, et prierai Dieu vous a donner toutes sortes de prospérités. »

Le 9 avril ^, autre missive :

«Ma chère fille, je reçus hier vos lettres avec celles que «m'avez envoyées de M. de Bouillon, et le mémoire que vous a aviez fait consulter ensemble. Nous en avions déjà donné un <r paquet tout semblable à Messieurs les Estats, et croy qu'il sera «aisé d'obtenir tout cela ; mais d'autres avantages pour la mai- « son, je n'en espère pas, car vos frères estant résolus de ne servir «jamais le roi d'Espagne, il n'y a pas d'apparence qu'il leur «veuille faire du bien. Que s'ils le voulaient à la vérité, je croy «qu'il n'y a avantage que l'on ne leur fit; mais ny eux n'y sont « résolus ny moy je ne leur puis conseiller, estimant, et eux et « moy, qu'il vaut mieux avoir peu avec honneur, que beaucoup, «autrement.

«Les affaires tirèrent encores en grande longueur. Quant aux «partages, ils sont encore si éloignés, M. le prince d'Orange et «M. le prince Maurice, que je ne sçay ce qui en arrivera, et « crains bien qu'ils ne tombent en procès. Depuis que je suis icy; «je n'ay cessé de travailler si l'on pourroit faire quelque chose «pour vous et Mesdames vos sœurs, et les ambassadeurs de « Monsieur l'Electeur qui sont icy, sont tousjours après, par le « commandement de Madame l'Electrice. Enfin on leur a pro- « posé les moyens que l'on juge justes et raisonnables, que je «croy qu'ils ont envoyés à madite dame l'Electrice.

* Archives de M. le duc de la Trémoille.

a De penser que I*oa vous paye eu argent comptant, hélas! a ma fille, il n'y a pas de moyen, car il jf en a moins que jamais ce en vostre maison. Pour l'assignat de mon douaire, je jouis de oc Gertruydenborg, qui ne vaut que 5000 florins par an, encores a depuis peu, car auparavant il n'y en avait que /tOOO, et j'en <L dois avoir 8000 ; de façon que vostre cadet peut dire estre a bien éloigné d'avoir jamais eu un liard des biens de Monsieur «son père. Pour M. le prince Maurice, il dit, et je vous en en- <c verrai, un de ces jours, un mémoire, que ce dont il jouit, frais «faits, les charges ostées, ne luy revient qu'à 10,000 livres de < rente, qui n'est pas ce qui luy appartient de l'argent que Maa dame sa mère a apporté. Enfin c'est une compassion si estrange « des afiaires de ceste maison, que je n'y vois ny fonds ny rive ; (cet jusques à ce que ces deux frères se soient accordés, je ne a vois pas que les choses se puissent accommoder.

«Croyez que j'aurai soin de vos affaires comme des miennes ; «et certes, j'en ai davantage : fiez- vous là dessus.

« Au reste, ma fille, j'ay une prière à vous faire pour vostre nour- «rice, la fille de mon valet de chambre. Elle est arrestée prisontnière, depuis mon partement, et je crois que ce n'est que pour «28 escus. Son mari m'a dit que vous luy avez promis de faire « quelque chose pour elle. Je vous en suplye bien humblement ; «ce sera une œuvre charitable, et avec peu vous la pouvez « délivrer de grande peine. Je vous en suplye donc, et de me «conserver vostre bonne grâce pardessus toute chose.

«Vostre fille se porte fort bien. Je commence d'aujourd'huy à « luy faire venir un maître pour luy apprendre le flamand. Le Qc mesme maître luy continuera à faire escrire ; car, si elle n'a «quelqu'un qui s'entende à la faire escrire, elle oubliera tout.

« Je désire bien, et vos frères aussy, que vous vous résolviez à «venir aux eaux de Spa.

« On m'a dit que Madame la princesse s'en va à Orange, et

ce que MoDseigoeur son fils a fait demander en mariage Mademoia selle du Maine. Que je sçacbe s'il est vrai.

€ Les vents contraires ont empesché que plus tost je n'aye «pu envoyer visiter Madame de Montpensier. Faites-luy en mes «excuses» je vous supplye, et rassurez bien qu'elle n'a servante cqui, plus que moy, participe à sa très grande afSiction. La <K vérité est que je n'en puis essuyer mes larmes. >

Cette longue lettre fut» à un mois d'intervalle, suivie de celle-ci ^ :

c Chère fille» ce n'a pas esté mon nepveu de Cbastillon qui «vous aura porté» comme je pensois» ma dernière lettre. Il laisse c faire le voyage à M. de Béthune» qui vous dira plus de mes c nouvelles» que je ne vous en sçaurois escrire. Si les venls «l'eussent voulu favoriser» il y a déjà quelques jours qu'il fûst «en France avec M. le président Jeannin ; mais» après avoir esté « fort tourmentés par la mer» il leur a fallu revenir et laisser «aller» pour ceste heure» M. de Béthune.

« Nous avons reçeu, durant ce temps les heureuses nouvelles de « l'accouchement de la roine. Le roy m'a faict l'honneur de me « l'escrire» par la dépesche avec laquelle estoit la vostre» par où « vous m'en donniez advis. Ce vous a esté beaucoup d'heur de a vous y estre trouvée. La pauvre princesse que vous y accom- « pagniez n'y estoit pas avec autant de contentement que je l'y ay «veue autrefois. C'est un grand bien à Leurs Majestés et à la «France» d'avoir» à ceste heure» trois si beaux fleurons à la cou- « ronne. Mandez-moy sy Madame de Montpensier a passé outre à < Champigny, comme on me mande» et si elle a mené Mademoi- « selle sa fille. La vostre se porte fort bien^ Dieu merci» et moy» «toute à vostre service» remettant le reste à M. de Béthune.)^

* Lettre du 9 mai 1608 {Archives de M. le duc de la TrémoiUe).

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