‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 46 sur 70 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Accord complet entre la princesse, Jeannin et de Russy. — Lettre de la princesse à M"»» de la Trémoïlle. — Entretien de Richardot avec la princesse. — Accueil fait au duc de Mantoue, dans les Provinces-Unies. — Correspondance de la princesse avec Bameveld et avec M°>« de la Trémoïlle. — Mésintelligence entre Bameveld et Maurice de Nassau. — Lettre du roi à Maurice. Salutaire effet qu'elle produit. — L'influence prépondérante de la princesse, secondant les efforts de Jeannin et de Russy, amène un rapprochement entre Maurice de Nassau et Barneveld. — La princesse informe Momai de la marche des négociations. — Premier pas fait vers une solution. — Jeannin écrit d'Anvers, à la princesse. — Les négociations touchent à leur terme. — Détails divers sur ce point. — Le traité d'une trêve à longues années est signé à Anvers , le 9 avril 1609. — Dispositions adoptées en faveur de la maison d'Orange-Nassau. — Henri lY se montre satisfait de la conclusion de la trêve. — Il écrit à la princesse d'Orange pour la remercier des services qu'elle lui a rendus, dans le cours des négociations relatives à la trêve.

L'accord entre la princesse d'Orange, Jeannin et de Russy était complet ; aussi Jeannin se fit-il un devoir de mander à Villeroi, le 5 juin 1608*: «Les lettres du roi et les vôtres, tant <rà Madame la princesse d'Orange, à M. de Russy, qu'à moi, a nous ont si bien instruits de l'intention de Sa Majesté, que nous a n'en .pouvons plus douter. Je tiens aussi que cette certitude a sera cause que nous n'aurons plus, tous ensemble, qu'une a même conduite. »

Jeannin, à qui le roi avait ordonné de se rendre en France, pour y conférer avec lui, avait naguères quitté La Haye, mais s était vu bientôt contraint par les gros temps d'y revenir. Il put

* Négociations du président Jeannin^ p. 382.

d36 LOUISE DE COLIGNT.

enfin en partir de nouveau, le 18 juin 1608, accomplir son voyage sans accident et se retrouver auprès du souverain qui Tavait appelé.

Il y a tout lieu de croire que Louise de Coligny lui avait, lors de son départ, confié quelques messages, tant pour M°^ de la Trémoïlle, que pour d*autres personnes de sa famille : aussi est-ce bien à cet ambassadeur et à quelques personnes de sa suite que la princesse semble faire allusion dans les premières lignes d'une lettre adressée, vers la fin de juin 1608, à sa fille Brabantine^. Cette lettre portait:

a Madame ma fille, de vous mander des afiaires générales par a de si dignes porteurs ce seroit crime; et mesme beaucoup de oc particulières par mon nepveu de Chaslillon, qui veut estre celuy «qui vous donnera ceste lettre, ce seroit superfluité, car il sçait « tout ce que je vous en pourrois mander, et vous le représentera a mieux que mes lettres, mesme de celles de nostre petite miicgnonne. Il a de quoy vous en entretenir longtemps, car c'est (c un de ses grands gouverneurs. Elle gouverne ses oncles tout <r paisiblement. Elle a esté l'honneur du bal qui s'est faict durant <( le séjour que les comtesses de Nassau et de Eulembourg ont esté a icy ; de quoy mon nepveu a pour vous entretenir pour le a moins une bonne soirée.

cil m'a priée de vous supplier, comme je fais, qu'il vous <E plaise de le favoriser un peu aux afiaires que vous avez ence semble. Vous sçavez que les gens de son âge ont souvent ccafiaire de finances. S'il vous plaist de l'accommoder de quelque «argent comptant, de quoy il aura nécessairement afiaire, à son «arrivée à Paris, vous l'obligerez extrêmement, et je prendrai a part, avec lui, à l'obligation qu'il vous aura. Et encores qu'il «ait bien besoin d'acquitter ses dettes, en ayant, et principale-

* Archives de M. le dm: de la Trémoïlle,

«jment celle de M. Bruneau, qui luy portent de grands intérêts, a si m'a-t-il promis qu'il attendra le reste avec plus de patience, a si vous raccommodez de quelque petite somme.

cil s'en va avec lui un capitaine qui est fort serviteur de ce M. de Bouillon et qui le luy a bien tesmoigoé durant ses a peines. Il m'a priée de vous escrire pour un fils de sa femme a qui est fort gentil garçon^ qu'il desireroit qui fûst nourry page (c d'un des vostres. Je luy ay dict que je croyois qu'eux et vous cen aviez le nombre que vous desiriez. Toutefois il a fort désiré ce que je vous en dise un mot. C'est à vous à luy répondre comme «il vous plaira. Je vous laisserai entretenir ces Messieurs, et «prierai Dieu, chère fille, vous donner délivrance de tous vos ce maux et à moy tousjours autant de part en vostre amitié que «je le désire.»

a Mandez-moy ce qui est des nouvelles que l'on dit de Ma* a dame la princesse et de Monsieur son fils, et si elle est allée à «Orange. Que je sçache aussy, s'il vous plaisl, si vous avez «accordé avec M. la Rochepot.»

Le ik août, Jeannin était de retour à La Haye.

Louise de Coligny lui apprit, qu'en son absence, l'un des négociateurs Espagnols, Richardot, était venu la voir et l'avait entretenue de l'une des principales questions qui s'agitaient alors. Jeannin en avisa aussitôt Yilleroi^, en ces termes : «J'ai « appris de la princesse d'Orange que le président Richardot lui «avait dit, sur le fait du commerce des Indes, encore que le roi «d'Espagne le refuse du tout aux Etats, qu'on nelaisseroit «d'avoir la paix, luy voulant faire connaître que Sa Majesté y «apportera son autorité et son avis, et que les Etats n'y oseraient «contredire. On en fera autant de la religion. Nous traitons «avec gens artificieux, et est besoin d'y prendre garde soigneuse-

' Lettre du 15 août 1608. Négociations du président Jeannin, p. 306.

(c meot, crainte que nous ne perdions nos amis, en essayant, par a la paix, d'acquérir 1 amitié de gens qui ne nous en sauront cpas grand gré.»

Sur ces entrefaites, vint dans les Provinces-Unies un prince qui répondit par la courtoisie de ses procédés aux égards que lui témoigna la princesse d*Orange, à raison des liens d*affection existant entre lui et le roi de France. Jeannin et de Russy rendirent compte à Henri I V de son séjour en Hollande, dans ce passage d*une dépêche du 16 septembre ^ :

«Nous avons été audevant de Monsieur le duc de Mantoue, a lorsqull passa près de ce lieu (La Haye) pour aller à Amsteradam. Il est venu depuis ici, ce que nous n*estimions pas lors, a où il a été logé, festoyé et recueilli par Messieurs les Etats, a visité et accompagné presque tousjours par M. le prince Maucc rice et M. le marquis Spinola pendant qu'il a été en ce lieu, a et^ durant tout le temps qu'il a été sur les terres de Messieurs aies Estats, par M. le comte Henri, aidait à faire cet ofiSce par <i Madame la princesse d'Orange. Il a été aussi salué, non seulece ment par nous, qui y étions obligés, pour l'honneur qu'il a a d'être si prochain allié de Votre Majesté, que par les députa «d'Angleterre. Il nous a fait cet honneur de nous rendre la a visite, et a vu aussi par deux fois Madame la princesse d'Orange. <c II est prince sage, des déportemens duquel chacun a été fort «satisfait, en ce pays. Il déclare souvent qu'il est très humble «serviteur de Votre Majesté, et qu'il va passer en France, pour « l'en assurer lui-même. Il nous a aussi exhorté d'aider à la paix, « et, si elle ne se peut faire, à la trêve.»

Les négociateurs français, convaincus, vers cette époque, de l'impossibilité d'amener l'Espagne à un traité de paix avec les Provinces-Unies, s'attachèrent à jeter du moins les bases d'une

^ Négociations du président Jeannin, p. 425.

trêve de plusieurs années, qui sauvegarderait les droits et les intérêts supérieurs de ces provinces.

Barneveld partageait leurs vues, à cet égard. Alors qu'il se trouvait loin de La Haye, ses ennemis personnels profitèrent de son absence pour tenter de le discréditer, aux yeux des populations, en le calomniant. Instruite de leurs menées et de leurs déclamations, la princesse d'Orange écrivit à Barneveld ^ : « Vostre préa sence est tellement nécessaire icy, pour ces troubles à quoy vous a sçavez qu'il est plus que temps de remédier, qu'il faut, comme a vostre vraye amie, que je vous dise que, si vous ne venez, on <c dira partout, comme desjà on commence à en faire courir le bruit, <L que vous ne desirez point que ces différends s'accomodent. Para donnez à l'affection que je vous porte, si je vous en parle avec a cette franchise, et me conservez vostre bienveillance, puisque je a suis et serai, toute ma vie, vostre bien affectionnée à vous faire «service.»

Si Barneveld ne pouvait douter de l'affection que lui portait la princesse, celle-ci, de son côté, savait pouvoir toujours compter sur l'attachement de cet homme recommandable , à la maison d'Orange-Nassau. Aussi, dans la lettre même par laquelle elle le pressait de revenir à La Haye, n'avait-elle pas hésité à lui dire : a J'ay esté priée par W^ la comtesse de Hanau, a ma belle-fille, de joindre ma prière à celle qu'elle vous fait a pour vous recommander une affaire particulière qui la regarde, «cen laquelle je l'assure bien que vous luy serez favorable, € comme vous Testes à tout ce qui touche la maison de Nassau, a et particulièrement aux enfans de feu Monseigneur mon mari; a Je n'userai donc point de beaucoup de paroles pour vous «représenter la justice de sa prétention, parceque vous la sçavez

* Lettre du 30 septembre 1608 (Corresp. de Louise de Colignyy publiée par M. Marlel, p. 245).

140 LOUISE DE COLIGNT.

ctrès-bieo, et que vostre mémoire en sera encore rafraischie c par la copie de la lettre qu*il plust à Messieurs les Estatsd généraux de luy donner, à son baptesme. Si vous estes icy, « elle croit bien qu'elle auroit plus promptement une bonne resa ponce de mesdits Seigneurs des Ëstats ; aussy me promets-je « que vous y serez assez à temps pour luy rendre de bons offices «envers mesdits seigneurs.»

Quelles que fussent les préoccupations que causaient à Louise de Coligny les affaires publiques , elle demeurait fidèle à ses habitudes de serviabilité vis-à-vis de tous ceux qui recouraient à sa bienveillante intervention en leur faveur. On en trouve la preuve dans ces lignes adressées à la duchesse de la TrémoïUe ^, peu de jours après celui où elle avait entretenu Barneveld de raffaire de la comtesse de Hanau :

«Madame ma fille, j'ai beaucoup de déplaisir de ce que ce «pauvre marchand s'en va avec si peu de contentement de la «justice de l'amirauté de ce païs. J'ay faict ce que j'ay pu pour «luy, tant pour vostre recommandation, que pour avoir inclina- « tion naturelle à aimer ceux de Laval et de Vitré, tirant mon «origine maternelle delà. Messieurs les ambassadeurs du roy, «qui sont icy, y ont employé toute leur faveur, mais tout « ensemble n'a de rien servi ; et voyant ses affaires tirer en une « telle longueur, et qu'il y eut apporté une notable dépense, eux « mesmes luy ont conseillé de ne demeurer pas davantage à ceste « poursuite. M'ayant donc dit qu'il s'en retournerait à Vitré et à «Laval, je luy ay donné ceste lettre, croyant qu'il vous trouve- «roit encore à l'un des deux, ou que, si vous n'y étiez plus, «il vous la ferait tenir.

« Je ne vous apprendrai encore rien de certain de nostre estât, «car nous sommes encores à prendre résolution si nous aurons

* Archives de M. le duc de la Trémoille.

« trêve ou non trêve. Voilà où nous en sommes, et ces irréso- <t lutions-la sont fort préjudiciables et au général et au partiaculier.))

Peu de jours après, la princesse parlant encore de la situation politique à sa fille Brabantine ^, ajoutait :

ce Nostre maladie, c'est-à-dire celle de Testât, continue tous- « jours icy, et est une maladie lente, de quoy on ne peut juger a quelle sera la fin. Vous avez sçeu comme la paix n'a pu se € faire. Depuis, on a mis en avant une longue trêve, que les a ambassadeurs de France et d'Angleterre sollicitent, de tout <c leur pouvoir. Les opinions sont bien mi-parties là dessus, en <c cest estât, car les uns la désirent, les autres point, sans des <r conditions que nostre ennemi ne veut pas accorder. Vos frères a sont de ces derniers, et là dessus c'est à qui fera son parti le a plus fort pour faire trouver ses raisons les meilleures. Pour moy, «je ne suis pas capable d'en juger; c'est pourquoy mon esprit a en demeure en de grandes agitations, bien que je demeure <c tousjours jointe à l'opinion de mes plus proches, comme la a raison et mon debvoir m'y obligent ; mais vous croyez bien que «cce n'est pas sans de grandes traverses d'esprit, ne pouvant a m'imaginer que sera enfin de tout cecy. Dieu veuille y pource voir par sa providence ! »

On conçoit quelles étaient les anxiétés de Louise de Goligny, quand on voit par la correspondance des négociateurs français avec leur souverain et avec Villeroi, l'opiniâtreté que mettait Maurice de Nassau à repousser toute idée de trêve, et à n'en concéder, au pis aller, l'admission, que sous des conditions inacceptables par l'Espagne. La princesse envisageait, en outre, avec une douleur mêlée d'effroi, les sentiments hostiles auxquels

* Lettre du 19 octobre 1608 {Archives de M. le duc de la TrémoUle).

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Maurice se laissait entraîner, à Tégard de Bameyeld^, et que Jeannin, pour sa propre part^ déplorait, dans ce passage d*ane dépêche à Yilleroi: «La haine du prince s'accrott, tous les jours, «contre le s"* de Bamevelt, et n*y a moyen de larnoindrir, sinon «que celui-ci quitte le dessein de la trêve, pour se joindre au <c sien. Chacun espère de son côté, et se promet que la province cde Hollande embrassera son avis, duquel tout dépendra.»

En un état de choses si critique, il était temps queTinfluence prépondérante de Henri IV se fit sentir dans les Provinces- Unies, et spécialement, que la manifestation précise de sa volonté, accompagnée de sages et fermes conseils, amenât Maurice à se désister de toute opposition à une trêve, dont la conclusion, dignement ménagée, détournerait de sa patrie les maux qui la menaçaient.

Ce fut alors que le roi de France adressa à Maurice, le 23 octobre 1608, une lettre ' qui résumait avec une parfaite clarté la situation politique du moment, et qui, empreinte delà double autorité d'une expérience consommée et d'une raison supérieure, traçait la voie à suivre pour atteindre le but vers lequel, seul, devaient tendre les efforts communs.

L'effet produit par la lettre royale du 23 octobre fut immédiat, car, dès le 5 novembre suivant, Jeannin adressa à Villeroi *

' On lit dans les mémoires de Louis Aubery Dumaurier (p. 182) : cil n'y eut jamais une âme plus belle, ni qui aimât tant la justice, que «cette princesse (Louise de Coligny); car, pendant les grands demeslez «de M»" le prince Maurice, son beau-flls, avec M»" de Bamevelt, elle prit «toujours le parti de ce dernier, parce qu'elle le trouvait le plus juste. > — (P. 189) : <M™«la princesse soutint tousjours de tout son crédit et de « toute sa puissance la cause de ce grand homme (Barneveld) qu'on oppri- «mait si injustement. )>

• Négociations du président Jeannin, p. 444. Lettre du l®' octobre 1608. ' Voir, à V Appendice y n® 8, le texte complet de cette lettre.

* Négociations du président Jeannin, p. 495.

l'importante communicatioD que voici: <(Les lettres du roi à « Monsieur le prince Maurice et aux Etats ont beaucoup servi. <t Le premier connaît que les menaces de son désespoir et de «diviser cet état ont été très mal reçues, et n'a toutefois sujet «d'en être offensé. Et quant aux autres, ils sont confirmés en «l'opinion, que je leur ai toujours donnée, de la bonne inten- « tion de Sa Majesté à procurer leur repos, que le plus grand « nombre reçoit avec autant de contentement et d'actions de «grâces que les autres montrent d'en avoir de dépit.»

Le i3 novembre, Jeannin ajoutait^: «Les propos du prince « Maurice sont plus modérés, m'ayant dit, comme il a fait plu- « sieurs fois à Madame la princesse d'Orange et à M. de Russy, « que, ne pouvant empêcher cette trêve par ses raisons et persua- «sions, il les laissera faire sans y consentir, en son particulier, « afin que chacun sache, à l'avenir, qu'il n'a point participé à «ce conseil. Connaissant aussi quelle est sa vertu et son juge- « ment, j'ajoute plus de foi à ce qu'il dit qu'à ce que les autres «présument et publient de son intention.»

Le même jour, Jeannin adressait à Sully et à la Boderie deux dépêches^ importantes.

Il disait au premier de ces personnages : « Je ne serai point «trompé, au jugement que j'ait fait de Monsieur le prince « Maurice, qui continuera bien ses poursuites pour empêcher cette « trêve, jusques au bout, mais acquiescera enfin à l'avis commun ; « à quoy la lettre du roi a beaucoup servi pour le disposer; joint « qu'il est sage et homme de bien, pouf ne se jeter en un dessein «sujet à blâme et du tout ruineux, comme seroit celui-là.»

Il disait au second : «Les provinces, fors la Zélande acceptent ccladi te trêve, aux conditions par nous présentées, et espérons

' Négociations du président Jeannin, p. 499. • Ibid. p. 5(H.

<c encore que cette province se joindra à l'avis commun, et que a ledit sieur prince aussi, n*ayant pu faire suivre son avis par le <K plus grand nombre des provinces, se conformera à ce qu*il voit « bien ne pouvoir empêcher, encore qu'il le voulût tenter, avec le <c hasard de sa ruine. Les lettres que le roi lui a écrites, notre «conduite envers lui, et ce que Madame la princesse d'Orange a a apporté du sien, ont beaucoup servi pour le rendre plus enclin «à se laisser aller au cours du torrent. Et, à la vérité, quoiqu'il a se soit quelquefois imaginé de pouvoir persuader à ses peuples a de préférer la guerre à la trêve, il a bien connu enfin que leur a inclination au repos étoit trop grande pour les changer. >

Louise de Coligny, qui, d'accord avec les négociateurs français, n'avait rien négligé pour amener une réconciliation entre Maurice et Barneveld, eut la satisfaction d'y réussir. Jeannin a rendu, en cette circoostance, à ses persévérants efforts, couronnés de succès, un hommage que renferme une lettre de lui à Villeroi*, du 20 novembre 1608. On y rencontre ce passage significatif: a Monsieur le prince Maurice est fort adouci et «changé. Les lettres du roi et le respect qu'il lui porte oot a beaucoup servi, avec l'état qu'il voit aux affaires, aussi que urien n'a été omis de ce qui pouvait dépendre de mon industrie (cpour le gagner; à quoi Madame la princesse d'Orange et ce M. Maidrée ont beaucoup aidé; joint que son naturel n*a ((jamais été de se porter à des conseils précipités et sujets à ((blâme. — Nous avons aussi réconcilié le s*^ Barneveld avec ((lui, ce que je liens être sans fiction, d'une part et d'autre. Je ((ferai en sorte, s'il m'est possible, qu'ils soient encore mieux, (ic avant que je sorte d'ici, afin qu'on se puisse servir de tous les ((deux ensemble pour la conservation du pays et intérêt parli- ((culier de Sa Majesté.»

' Négociations du président Jeannin, p. 508.

LOUISE DE GOLIGNY. 145

Cinq semaines plus tard, Jeannin confirmait, en ces termes, à Yiileroi*, le sérieux de la réconciliation: «Monsieur le prince <t Maurice est radouci, et les Etats se disposent à le contenter, «par la conduite même du sieur Barneveld. Je vois que les «aigreurs et soupçons diminuent, et je me confirme aussi, de plus «en plus, en Topinion que j'ai du sieur Barneveld, à savoir qu'il « a très bonne intention, en ce qui est du bien de son pays, et « qu'il est aussi très bien affectionné, en tout ce qui touche le «service et contentement du roi.»

Une dépêche de Jeannin et de Russy au roi, du 15 janvier 1609^, signale en ces quelques paroles caractéristiques l'attitude de Maurice et de BarDeveld : « Monsieur le prince Maurice nous « aide et fait à présent tout ce que nous lui conseillons. Le sieur « Barneveld a fait aussi tout devoir pour vaincre les empêchemens «qui se sont rencontrés en la province de Hollande, touchant «Tacte requis par ceux de Zélande.»

Les intentions les plus pures et les actions les plus nobles ne sont pas toujours à l'abri de l'atteinte de la calomnie. Louise de Coligny eut à faire l'expérience de cette triste vérité, au moment même où elle rendait, en Hollande, des services que Jeannin et Russy étaient, mieux que tous autres, en position de proclamer; et son chagrin fut d'autant plus vif que ce fut au roi lui-même que s'adressèrent ses détracteurs.

Une lettre de Jeannin à Villeroi, du 28 janvier 1609 porte, sur ce point ^ :

« Madame la princesse d'Orange a eu quelques avis de la cour, « que le roi avait mal parlé d'elle, sur le sujet du sieur Barne- « veld, et comme si elle ne suivait pas entièrement les intentions

* Négociations du président Jeannin, p. 546. « Ihid. p. 562.

' Ihid. p. 583.

« de Sa Majesté. Elle s'en est plaint à moi, de façon que je «c craignois qu elle me tint pour auteur d'avoir écrit quelque chose 4( contre elle; mais elle m'a bien assuré du contraire, et de nen a avoir aucun soupçon, prié même de vous représenter la vérité de <i sa conduite, qui est telle, depuis qu'elle a écrit au roi, que j'ai a toute occasion de m'en louer et de vous assurer qu'on ne peut <i rien désirer de mieux que ce qu'elle fait, et qu'à présent nous « conférons de toutes choses avec le prince Maurice, et en sa «présence, étant tous ensemble réduits à un même avis. y>

On verra bientôt que Benri IV, regrettant le jugement erroné qu'il avait porté sur la princesse d'Orange, proclama hautement dans sa correspondance avec elle, l'étendue des services qu'elle lui avait rendus, durant tout le cours des négociations suivies par Jeannin, de Buzanval et de Russy.

Ces négociations semblèrent enfin, en février 1609, approcher de leur terme. La trêve de quelques mois, originairement consentie afin qu'elles pussent avoir lieu, allait expirer; il fallait dès lors arriver au plus tôt à une solution vers laquelle tendaient les eflbrts soutenus de Jeannin et de son collègue. Tous deux partirent pour Anvers, où devaient se rencontrer avec eux les négociateurs espagnols.

I-a princesse d'Orange s'empressa d'informer de cette circonstance Ph. de Mornai, par lettre du 12 février 1609, dans laquelle elle lui disait ^ :

a Monsieur, tant de témoignages passés me rendent pour <c assurée de ce que vostre lettre me dit que vous participez à «tout ce qui nous arrive pardeçà, soit pour le général, soit pour «le particulier d'une maison que, de tout temps, vous aimez et « qui vous hondte aussi de toutes ses affections : je vous dirai donc « que je crois que c'est à ce coup, que nous sommes à la veille

* Mcm, et Corresp. de Mornai, éd. de d824, t. 10, p. 285.

ce de voir quelle issue prendra ce traité, Messieurs les Estats (rayant, après grandes difficultés, enfin accordé la trêve de dix cans, selon les conditions que les rois de France et d'Angleterre «leur ont proposées et conseillées.

<( Les ambassadeurs sont allés à Anvers, là où se doibvent «trouver ceux des archiducs , pour voir s'ils ont pouvoir sufficcsant, de la part du roi d'Espagne, de l'accorder, en son nom. c S'ils l'ont, les députés de Messieurs les Estais s'y achemineront «pour conclure lesdits traités. Sinon, je crois que nous rentrearons à la guerre, lesdits Seigneurs Estats ayant passé un acte «solennel, par où ils promettent tous ensemble de ne traiter sous « autres conditions, et ne voulant point que la trêve soit pro- « longée plus que ce mois. Nous sommes donc, à ceste heure, « attendant ce que manderont lesdits ambassadeurs. De force «endroits on m'écrit que le roi d'Espagne n'accordera jamais « lesdits articles. Nous verrons dans quinze jours ce qui en sera ; car « Messieurs les ambassadeurs sont bien résolus à les faire parler «clair, et à ne se laisser plus abuser aux nouvelles d'Espagne.

«Ayant eu assez de temps pour sçavoir l'intention de leur «roy, ils y ont encore dépesché un jacobin, leur confesseur, il « y a plus de deux mois, duquel ils attendent le retour; mais je «croy qu'il sera aussy long en son voyage, qu'a esté le cordelier, « et beaucoup croyent qu'il n'apportera pas davantage, car ils ne «demandent que de prolonger la trêve présente; mais on s'est «bien résolu de ne se laisser plus amuser.

« Il y a Monsieur, beaucoup d'autres choses à dire làdessus^ «mais cela requerroit la vive voix. On verra, à la fin, que M. le « prince Maurice, mon beau-fils, a vu plus clair, en toutes ces «affaires ici, que nul autre. Cependant il s'accommode aux « volontés des rois et des Estats, pour n'apporter point de divi- «sion en un pays dont la liberté a esté si chèrement acquise par « Monsieur son père, et conservée par lui et les siens.

148 LOUISE DE COLKiNY.

et Voilà, Monsieur, tout ce que ma plume vous peut dire sur ace sujet. Faites-moy ThoDueur de me conserver voslre bien veila lance et de croire que personne au monde ne peut davantage a honorer vostre mérite, etc., etc.»

Le jour même où, dans sa haute impartialité, Louise de Coligny portait ainsi, devant Mornai, un jugement favorable sur Maurice de Nassau, celui-ci, qui se trouvait encore à La Haye avec sa belle-mère, conBait à la duchesse de la Trémoîlle divers renseignements de nature à Tintéresser ^. a Je ne doute pas, lui a disait-il, que vous estes en peine pour sçavoir Tissue denostre a traité de trêve. Je ne vous puis encore rien mander d'asseuré a par ce porteur, sinon que les ambassadeurs des roys de France « et d'Angleterre sont partis d'icy, il y a cinq jours, vers Anvers a avec la dernière résolution des Ëstats de ces provinces, et sur a quels points ils veulent la trêve, et, si le roi d'Espaigne et les c archiducs ne veulent accorder lesdicts poincls, ou qu'ils prennent (n nouveau délay d'envoyer en Espaigne, qu'ils doibvent rompre a le traité. Les advis viennent de tous costez que le roy d'Ësapaigne ne veut en aucune façon accorder les articles que nous «désirons. Toutesfois, jusqu'à ce que nous ayons des nouvelles cdes ambassadeurs, il n'y a rien de certain. — Nous sommes (ïicy avec la mesme incertitude pour le faict de nostre par- (ctage, car Monsieur le prince d'Orange, mon frère, à cause (Kde ses prétentions, veut faire la portion des autres si petite, «que l'on n'en a sçeu tomber d'accord jusques icy. Cependant, «qu'on y est encore empesché, je ne faudray pas, par tous « moyens , de favoriser vos affaires et celles de mes autres «sœurs, tant qu'il me sera possible. — On nous donne espé- < rance que vous viendrés , pour la saison , aux eaux de «Spa. Si cela est, j'espère que nous vous verrons ; ce que je

* Archives de M, le duc de la Trémoîlle.

a désire infiDÎmeoty comme celuy qui vous ayme le plus en ce ce monde.))

Jeannin» toujours pleins d'égards pour Louise de Goligny rinforma, par dépêche du 27 février ^, d'un premier résultat favorable qui venait d'être obtenu. Il lui manda d'Anvers :

(cMadame» lorsque nous pensions tout être rompu, et que «nous nous préparions pour partir demain, afin de nous en (c retourner à La Haye sans prolonger la trêve, ni mander à Mes- « sieurs les Estats de venir à Berg-op-Zoom, nous avons enfin a eu, après beaucoup de difficultés et disputes, une réponse par a écrit des députés des archiducs, qui est si bonne, qu'à notre ce avis, lesdits Sieurs les Estats en recevront contentement. C'est ce pourquoi nous les prions de se vouloir incontinent acheminer a à Berg-op-Zoom, afin qu'on puisse voir la fin de cette affaire, a qui sera meilleure, conclue tôt, que difi*érée pour quelque cause «que ce soit: à quoi on eût volontiers tendu, du côté d'Espagne, a si nous ne leur eussions fait connaître la nécessité àlaquelle ils a sont réduits, qui est d'achever le traité, ou de s'assurer de la « rupture. — Nous conférerons dès demain de ce qui touche à cela maison de Monsieur le prince Maurice, et n'omettrons chose a qui dépende de nous pour faire qu'ils en puissent tous recevoir a du contentement; comme aussi c'est notre intention, étant «arrivés à Berg-op-Zoom, de procurer, envers Messieurs les c Estats, qu'il soit pourvu par eux à l'intérêt de mondit sieur le a prince, avant même qu'ils prennent aucune résolution sur les a affaires générales : à quoi j'espère apporter tant de soin et d'af- « fection, et en tout ce que je pourrai jamais pour son service ce et contentement, qu'il aura occasion de me tenir pour son très ce humble serviteur. Je sais bien qu'il eût mieux aimé la contia nuation de la guerre que celte trêve ; mais l'inclination des

Négociations du président Jeannin, p. 612.

c peuples étant si avant au repos, et les deux rois si peu aflTecc tionnés à favoriser la reprise des armes, s*ils n*y sont contraints « par nécessité et à Taute de pouvoir obtenir des conditions rai- « sonnables pour la trêve, ce conseil est le plus assuré pour sa a maison, et le plus honorable pour lui, puisque le bonheur de ses <c armes et de sa conduite a été cause de faire obtenir aux Etats <cdes conditions si avantageuses. — Tespère que nous aurons a rhonneur de le voir à Berg-op-Zoom, et que vous. Madame, a vous serez aussi de la partie ; vous me trouverez toujours autant oc disposé à vous rendre très humblement service, que je suis desi- «reux de demeurer perpétuellement, Madame, votre etc., etc.»

Les eflbrts et les procédés de Jeannin en faveur de la maison d'Orange-Nassau, à mesure qu'on approchait de la conclusion d'un traité, se caractérisèrent, de plus en plus, comme inspirés par un sentiment de justice et par un respect des hautes convenances, qui ne pouvaient manquer de lui concilier l'estime générale. Quoi de plus positif à cet égard que ces lignes inscrites dans une dépêche au roi, du 8 mars 1609 ^ : a ce à quoi il est «plus besoin et raisonnable aussi de pourvoir, esta l'intérêt de «la maison de Nassau, et particulièrement de M. Ie[»rince Mau- (c rice, qui recevra grand dommage par cette trêve. Or, il seroit a du tout injuste que son mérite fût récompensé par cette ingraa titude, et que le public et les particuliers dans les Etats, rece- (ïvant du soulagement et du proGt par cette trêve, lui seul et (( ceux de sa maison avec lui en souffrissent du mal ; et c'est en «ceci où nous aurons à travailler le plus, et sans quoi nous préce voyons toutes sortes d'inconvénients : mais nous estimons que ce ceux qui conduisent les affaires se laisseront vaincre à nos ce raisons et aux prières qui leur en seront faites de la part de «Votre Majesté et du roi d'Angleterre.»

* Négociations du président Jeannin, p. 620.

Jeannia (lisait ensuite, au sujet de la réunion qui devait avoir lieu à Berg-op-Zoom ; « Tous les députés de l'assenablée générale (cdes Etats partent aujourd'hui noéme de La Haye, pour se «rendre, le dix ou onzième à Berg-op-Zoom, et nous partirons a le lendemain pour les aller trouver et faire tout ce qu'il nous a sera possible pour achever cette affaire selon le désir de Votre a Majesté. Le conseil d'état y doit être aussi, et pareillement c Madame la princesse d'Orange, Monsieur le prince Maurice, «Monsieur le comte Henri et M. le comte Guillaume.»

Le 20 mars, Jeannin apprit à Villeroi^ le succès de ses démarches auprès des États généraux, en faveur du prince Maurice, du comte Henri Frédéric, et du comte Guillaume. «Les Etals, écrivait-il^ à la prière et recommandation de Sa «Majesté, àlaquelle les députés d'Angleterre se sont joints, ont « très bien traité M. le prince Maurice, car ils lui assurent tous « ses états et appointemens ordinaires et extraordinaires, lesquels «reviennent à quatrevingt mille livres, chacun an; et au lieu «des contributions et confiscations dont il jouissait, lui donnent «encore pareil revenu de quatrevingt mille livres, lui promettant, «outre ce, venant à se marier, vingt-cinq mille livres de revenu « pour lui et pour les siens, et, en cas qu'il décède sans enfans «légitimes, consentent que M. le comte Henri, son frère, et ses «enfans, après lui, soient substitués. J'espère encore qu'ils lui «donneront ce revenu de vingt-cinq mille livres, dès àprésent, «pour lui et pour les siens, avec la même substitution, comme «nous les en prions, et qu'ils feront mieux, lui se conduisant «comme il dit vouloir faire, et que je lui ai conseillé. Je travaille «de tout mon pouvoir pour les réunir tous, et particulièrement «pour rejoindre le sieur Bameveld, avec lui, lequel a beaucoup «aidé à lui procurer tout ce que dessus. M. le comte Henri a

* Négociations du président Jeannin, p. 607.

€ été bien traité aussi , car ils lui ont assuré et accru ses états «jusqu'à trente mille livres» chacun an. Ils ont aussi doublé aies états de M. le comte Guillaume, qui en tirera près de cin- (cquante mille livres, chacun an» et témoignée par toutes ces ccgratiBcations et reconnaissances, qu'ils veulent donner conten- (1 tement à leur maison pour la conserver et maintenir en bonne ce affection envers eux; ce qui me fait juger qu'ils n'ont pas «envie de retourner d'où ils sont sortis.»

Si la princesse d^Orange se montrait satisfaite des avantages accordés par les Etals généraux à son fils, à son beau-fils et à son neveu le comte Guillaume, elle n'en regrettait pas moins qu'aucune décision n'eût été prise sur une réclamation présentée dans l'intérêt de ses belles-filles : aussi, le 22 mars, fit-elle, à quelques heures d'intervalle seulement, suivre la dépêche de Jeannin, de ces lignes qu'elle expédiait, de Berg-op-Zoom, à la duchesse delaTrémoïlIe*:

a Madame ma fille, ce mesme gentilhomme qui vous donna si <rpeu de loisir de m'escrire, s'en va en une saison où j'ay la «cervelle si embarrassée, qu'il ne vous portera que peu de lignes a de moy. Vous apprendrez par lui les termes où il laisse les a affaires, qui sont bien fort proches de la conclusion de la trêve. « Nous avions donné un mémoire pour les affaires de ceste (i maison, où les rentes de vous et de vos sœurs estoient coraa prises ; mais il n'a esté parlé ni des unes ni des autres; et diton «qu'il ne nous faut rien attendre de ce costé-là. Avisez s'il ne «seroit pas à propos que vous fissiez que le roy en escrivit à ses « ambassadeurs pour vous en faire jouir, car d'icy il ne vous faut «rien attendre. d

On ignore à quel parti la duchesse de la Trémoïlle s'arrêta, sur ce point.

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle.

Yilleroi, par dépêche du 28 mars^ avisa Jeannin de ce qui suit : ce Le roi a été très aise de ce que vous avez obtenu pour ce M. le prince Maurice et les comtes Henri et Guillaume, et du « bon office que le sieur Barneveld y a contribué, comme de la ce bonne intelligence en laquelle vous Tavez remis avec le prince ce Maurice, de laquelle il juge que doit dépendre, dorénavant plus «que jamais, la prospérité de leur république; c'est pourquoy asadite Majesté désire que vous continuiez à faire votre possible cpour letreindre et affermir de plus eu plus. Sa Majesté a «témoigné au fils de M. de Barneveld qu'elle a toute confiance «en lui, et le vouloir chérir et gratifier comme ses mérites le ce requièrent, ainsi qu'elle lui a écrit par lui, et à vous aussi.»

Le traité d'une trêve à longues années fut enfin signé à Anvers, le 9 avril 1609 2,

Ses articles 13, i/t et 30 étaient ainsi conçus:

Art. 13. — «Ceux sur lesquels les biens ont été saisis et «confisqués, à l'occasion de la guerre, ou leurs héritiers et «ayant-cause, jouiront d'iceux biens, durant la trêve et en «prendront la possession, de leur autorité privée et en vertu du « présent traité, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à justice, « nonobstant toutes incorporations au fisc, engagemens, dons, « traités, accords et transactions pour exclure de partie desdits «biens ceux à qui ils doivent appartenir, à la charge néanmoins «qu'ils n'en pourront disposer, ni charger ou diminuer pendant «le temps de ladite jouissance, sinon qu*ils en aient obtenu la «permission des archiducs et Ëstats.)>

Art. 1/t. — «Ce qui aura aussi lieu au profit des héritiers «du feu sieur prince d'Orange, même pour les droits qu'ils ont

* Négociations du président Jeannin, p. 640.

* Voir le texte complet de ce traité dans les négociations de Jeannin, p. 655 et suiv.

ces Salines du comté de Bourgogne, qui leur seront remises et c délaissées avec les bois qui en dépendent. Et quant au procès «de Cbastellelai intenté du vivant dudit sieur prince d'Orange, «en la cour de Malines, contre le procureur-général du roi «catholique, les archiducs promettent, de bonne foi, de leur y «fa'ure rendre justice, dans un an, sans autre longueur ni remise, «et en toute droiture et sincérité. ]>

Art. 30. — « Les seigneurs de la maison de Nassau ne pour- « ront être poursuivis ni inquiétés, durant ladite trêve, en leurs «personnes et biens, soit pour dettes contractées par le feu sieur «prince d'Orange depuis Tan 1567 jusqu'à son trépas, soit pour « les arrérages échus pendant le saisissement et annotation des « biens qui en étaient chargés.»

Le jour môme de la signature du traité de la trêve, les députés des Etats généraux des Provinces-Unies reconnurent par écrit avoir reçu des archiducs une promesse de trois cent mille florins payable aux héritiers du feu prince d'Orange*.

En ce qui concernait la princesse douairière d'Orange, Louise de Coligny, et les six filles issues du troisième mariage de Guillaume, Jeannin et ses collègues n'étaient pas restés inactifs : ils avaient obtenu en leur faveur certaines allocations, qu'une résolution des États généraux des Provinces-Unies, du 19 avril 1609 mentionnait en ces termes^ :

« Sur la proposition de Messieurs les ambassadeurs des rois « très chrétien, et de la grande Bretagne, en ce qui touche la «reconnaissance des grands services, ainsi que de la perte de «biens et de sang du feu prince d'Orange, les Etats ont accordé « une rente annuelle de six mille florins aut filles de feu Son «Excellence et de la dame Charlotte de Bourbon, et une pension

* Négociations du président Jeannin, p. 660.

* Archives générales du royaume de Hollande.

« annuelle de vingt mille florins à la princesse douairière d'Orange, <z au lieu de celle de quinze mille florins dont elle a joui jusqu'à « présent. D

Henri IV se déclara satisfait de la conclusion d'un traité, dont l'honneur revenait, avant tout, à Jeannin. «J'ai vu, écrivit-il, «le 25 avril*, à cet habile négociateur, et à de Russy, les «articles de la trêve que vous m'avez envoyés par le sieur de «Préaux. Je n'en suis moins content que ceux qui y ont le prin- < cipal intérêt. J 'espère aussi avoir belle part au bien qui en « résultera, et suis bien satisfait du bon devoir que vous y avez «contribué, ayant très-bien suivi et exécuté mes commandemens, « tant pour le général, que pour le particulier de la maison de « Nassau ; reconnaissant qu'ils ont tous occasion de s'en louer et « de savoir gré à ceux qui leur ont moyenne le repos et les avan- « tages que les uns et les autres en retirent, d

Viennent ensuite ces réflexions empreintes de tant de sagesse :

«Le point principal sera qu'ils en usent comme ils doivent, « c'est-à-dire, qu'ils entretiennent leur union avec plus de soin «que jamais; qu'ils soient jaloux de la conservation et aSermis- « sèment de l'autorité et liberté qu'ils ont acquises ; qu'ils pour- « voyent à la sûreté de leurs villes et places, et maintiennent « leurs forces de terre et de mer en bonne réputation, afin que « leur pays soit mieux gardé, qu'ils soient toujours craints, chéris «et respectés de leurs voisins. Pareillement ils doivent être dili- «gens de bien entretenir leurs alliés et vrais amis, comme de «faire provision, par prévoyance et prudence, de tous moyens « nécessaires, pour, en tout cas, éviter les accidens d'une sur- « prise ou rupture inopinée ou nécessaire, sans par trop se confier «et endormir en la fruition et jouissance des bénéfices et dou- «ceurs de ladite trêve, car c'est ce qui la rendra plus assurée, d

* Négociations du président Jeannin, p. 664.

De graves et nombreuses questions à résoudre, comme se rattachant à Texécution du traité de la trêve, retinrent, un certain temps encore, Jeannin dans les Provinces-Unies.

Avant de quitter ces provinces, Jeannin procéda, d*accord avec de Russy et les ambassadeurs d'Angleterre, sur la demande des fils du feu prince d*Orange, au règlement des parts afférentes à chacun de ceux-ci dans la succession paternelle.

Ce règlement eut lieu, à la Haye, le 27 juin 1609^ et mit heureusement un terme aux discussions, souvent amères, qui avaient existé entre le prince Maurice et son frère aîné.

Ce même acte assura les droits de Henri Frédéric de Nassau, qui , sur la recommandation expresse de sa mère, s'était sagement tenu en dehors de ces regrettables discussions.

A peine Jeannin, en se retrouvant, en France, auprès du roi, lui eût-il fait connaître, en détail, les nombreux services rendus à sa couronne et aux Provinces-Unies par Louise de Coligny, en qui il avait rencontré, pour Taccomplissement de sa mission, un concours eOicace, que Henri IV exprima sa sincère gratitude à la princesse en lui écrivant ^ :

cMa cousine, j*ai sçeu du sieur Jeannin avec quelle affection a vous Tavez secouru et assisté en Texècution des commandemens cque je luy ay faicts, estant pardelà; de quoy je n*ay voulu «différer davantage vous faire sça voir que je vous en sçay bon <rgré, et véritablement que je n'attendais de vous rien moins que « ce dernier témoignage de votre bonne volonté, veu ceux que a vous m'en avez rendu, en toutes occasions. Aussi debvez-vous (testre assurée que vous estes aymée de moi, à ceste proportion. i>

* Voir son texte dans le recueil intitulé : Négociations du président Jeannin.

- Bibl. nat, mss. f. fr. vol. 4837, f» 44.

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