‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 48 sur 70 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Douloureuses impressions de Louise de Coligny, à la mort de Henri IV. — Elle séjourne à Lierville et à Cbàteau-Regnard. — Vem'age de sa fille rËlectrice. — Elle assure le concours de Henri-Frédéric i la défense de Genève. — M»** de Rohan et ses fils se déclarent en faveur de cette ville. — Relations de Marie de Médicis avec la princesse d'Orange. — Séjour de celle-ci à Sedan. — Elle écrit au connétable. — Elle se rend à Paris , d'où elle revient à Lierville. — Sa correspondance avec M«« de la Trémoîlle. — Étant retournée à Paris, elle va à la cour et s'y entretient, au sujet de sou fils, avec Marie de Médicis. — Retour de la princesse à La Haye, en mai 1613. — Lettres d'elle à M"« de la TrémoÙle, aux États généraux, et à son neveu, le comte Guillaume.

A la mort de Henri IV, la douleur de Louise de Goligoy fut d^autant plus profoode, que Tattentalqui avait causé cette mort, était de même nature que ceux qui avaient brisé les jours de Tamiral de Coligny et de Guillaume de Nassau ; effroyable parité de crimes, qui ravivait^ dans le cœur de la princesse, les plus poignantes émotions.

Elle perdait, en la personne du roi, un ami d'enfance, un protecteur qui s était toujours montré bon pour elle et pour son fils, en Thonorant d'une confiance à laquelle elle avait constamment répondu par un dévouement affectueux et éclairé.

Elle s'affligeait, comme Française, à la triste pensée des maux qui menaçaient sa patrie, privée désormais du noble chef, dont la valeur et la sagesse l'avaient élevée si haut parmi les nations.

Le pouvoir suprême, subissant tout à coup une inévitable dépression, passait nominalement en des mains trop débiles pour

LOUISE DE COLIGN.Y. 481

l'exercer, de fait, à rencontre d'une tourbe d ambitieux qui n'aspiraient ((u'à Tétreindre violemment, pour le morceler et s'en disputer les lambeaux.

Louise de Coligny ne se faisait aucune illusion, à cet égard : Aussi, attachée, comme elle Tétait, à la veuve et aux enfants du roi, se demandait-elle, avec anxiété, en quoi et dans quelle mesure elle pourrait leur être utile par sa présence à leurs côtés. Or, elle ne tarda pas à voir frappés, d'avance, de stérilité les bons offices qu'elle eût voulu leur rendre. Les basses compétitions, les menées, les intrigues qui s'agitaient autour de Marie de Médicis et spéculaient sur sa faiblesse, démontrèrent à la princesse d'Orange, qu'en ce moment, au moins, il n'y avait plus place pour elle, à la cour, et qu'elle devait, en s'abstenant d'y paraître, sauvegarder son indépendance personnelle. Elle sentit, qu'en même temps, elle se réserverait, par la dignité d'une retraite volontaire, le moyen d'attendre que se présentât ultérieurement quelque occasion de prouver à la régente et à ses enfants, la permanence et l'efficacité de son dévouement à leurs véritables intérêts.

Elle alla donc occuper tour à tour, ses domaines de Lierville et de Château-Regoard, décidée à ne s'en absenter, ou que pour visiter ses filles, ou que pour satisfaire aux exigences de circonstances particulières qui l'appelleraient à faire quelque court séjour, soit dans la capitale, soit ailleurs.

Bientôt, d'Heidelberg, parvint à la princesse la douloureuse nouvelle du veuvage inopinément imposé à sa fille Louise-Julienne, dont les larmes, les touchants regrets, et la pieuse résignation l'émurent, au dernier point*. On se formera aisément une idée

• Voir, sur la mort de l'Électeur palatin Frédéric IV, une lettre de Momai à rÉlectrice, du 26 octobre 4610, et celle de rÉlectrice à Mornai, du 13 novembre suivant {Mém, et Corresp, de Momaiy éd. in-4», t. 3, p. 260, 265).

182 LOUISE DE COLIGNT.

du ministère de consolation et de relèvement, qu'en tendre mère, elle accomplit auprès de Tinrorlunée Électrice.

Au printemps de Tannée 161 J, de graves dangers menaçaient Genève et la cause de la religion évangélique, à laquelle ses habitants étaient fortement attachés. Il s'agissait de susciter des défenseurs contre les ennemis du dehors, à l'importante cité qui constituait l'un des principaux boulevards de la réforme. Anjorrant, envoyé, à cet effet, par les autorités genevoises en France, s'y adressa à Louise de Coligny. Voici en quels termes il rendit compte à ses commettants, d*un entretien qu'il eut avec elle, dans le courant du mois d'avril^ :

a Madame la princesse d'Orange m'a promis d'accompagner a vos lettres (de ses recommandations) envers Messieurs les Estats « (des Provinces-Unies) ; et elle m'a dit que j'écrivisse à Vos a Excellences qu'elle offrait le service de M. le comte Henri- (( Frédéric, son fils unique, et que, si vous le demandiez à Mes- (( sieurs les Estats et qu'ils vous l'octroyassent, il ne pourrait a mieux sacrifier sa vie, qu'à vostre conservation.»

A la hauteur des généreux sentiments qui animaient ainsi Louise de Goligny, se placèrent, dans la circonstance dont il s'agit, ceux d'une autre mère chrétienne qui, comme elle, tenait à honneur de voir ses fils, de même que Henri-Frédéric, embrasser la défense de Genève. Cette autre mère, Madame de Rohan, écrivait aux magistrats genevois, le & mai ^ :

«Très redoutez seigneurs, encores que mes enfans ayent esté ((dédiez, dès leur naissance, à servir la cause que nous mainte- Qcnons tous, àlaquelle nous sça vous assez combien importe la a conservation de vostre ville, je n'eusse toutefois osé vous faire

* Dépêche d'Anjorrant, du mois d'avril 1611, aux syndics et au conseil de Genève {Archives de Genève^ portef. hist. n® 2424).

• Archives de Genève, portef. hist. n« 2449.

LOUISE DE COLIGNY. d83

«offre, par mes lettres, du peu de service que mon fils Soubize a vous dédia, lorsqu'il vous alla trouver, pour le peu de moyens <c qu'il avoit de le vous rendre tel qu'il eûst désiré, ne vous poun vant amener que sa personne , veu son eslongement et le peu ce de terme qui estoit donné à ceux qu'on advertissait pour vostre a service; mais ayant veu le favorable accueil qu^il vous a pieu «luy faire, et le gré que vous avez monstre luy en sçavoir, j'ay a pensé ne pouvoir sans ingratitude, manquer à vous en remer- «cier bien humblement et vous offrir en récompense, l'affection ade tout le reste de nostre maison, laquelle sera de plus en plus a redoublée par une telle gratification , pour le vous tesmoigner a par tous les services qui dépendront de nostre pouvoir; à quoy, a pour mon particulier, ne pouvant apporter que mes vœux et a mes prières, je les vous offre du meilleur de mon cœur ; vous € suppliant croire, très redoutez seigneurs, que, comme j'ay esté a nourrie en ceste inclination, dès ma plus tendre jeunesse, parle « père et la mère qui m'ont mise au monde, aussy y ay-je nourry âmes enfans, et désire apporter tousjours tout ce qui sera de a moien pour leur continuer ceste volonté, laquelle vous sera tousce jours plus certainement acquise, que d'aucuns amis qui vous en ce feront jamais offre ; et faites-en donc , je vous supplie , estât ce asseuré, et je prieray Dieu qu'il luy plaise conserver vostre ville a contre les entreprises de ses ennemis et les vostres, pour servir cède plus en plus à sa gloire, comme elle a fait jusques-icy , et ce qu'il vous veuille, très redoutez seigneurs, augmenter ses ce saintes faveurs et bénédictions, et vous conserver longuement et ce heureusement pour le bien de son église. — Vostre bien humble «et obéissante à vous faire service, Catherine de Parthenay.»

Quatre jours plus tard, Taîné des fils de Catherine de Parthenay, Henri de Rohan, manda aux syndics et au conseil de Genève^ :

* Lettre du 8 mai 1641 (Archives de Genève, portef. hist. n® 2249).

a Messieurs, voz affaires ne vous sont point si particulières, a que la plupart de la France n'y prenne part, et que de rintérét «particulier de vostre seule église toutes les âmes bien marquées an*en fassent leur compte général. Plusieurs vous ont desjà « tesmoigné leur zèle en ceste occasion ; mais sy de ce nombre aj*ay esté Tun des derniers, je ne céderai néanmoins à personne, a en ce qui est du devoir général et de Taffeclion qu'on doibt c avoir à la foy et à vostre bien ; à quoy je ne puis davantage a engager que tout ce qui peut dépendre de moy ; et liasse allé «joindre ma vie avec celle de mon frère, pour les offrir ensemble «à vostre conservation, n'eûst esté que j'ay crû vous pouvoir, «servir en ceste court, en ne me contentant pas seulement de « toucher par la vive voix les cœurs des gens de bien, mais en «écrivant à plusieurs, etc., etc.»

Un an s*était écoulé depuis la mort de Henri IV, qu'avait suivie de près la retraite de Louise de Goligny, lorsqu' intervint un fait qui prouva que la bienveillance de la veuve du monarque pour la princesse ne s'était ni retirée d'elle, ni même refroidie.

Apprenant qu'il entrait dans les convenances de là mère de Henri Frédéric, d'accord avec celui-ci, d'obtenir la ratification d'une convention conclue entr'eux, Marie de Médicis, saisit l'occasion de complaire à la princesse et de proclamer son dévouement à la royauté, en faisant signer par le jeune roi le brevet suivant, à la teneur duquel s'attache un réel intérêt^ :

« Aujourd'huy, 26 de mai 1611, le roy estant à Paris, desi- «rant bien et Tavorablement traiter Madame la princesse «d'Orange, en considération de ses services. Sa Majesté, de «l'advis de la reyne Régente, sa mère, luy a accordé et fait don «de la somme de dix mille livres de pension, chacun an, laquelle «elle avait cy-devant accordée au sieur comte Henry de Nassau,

* Archives de la maison d'Orange-Nassau^ n® 2262.

«son flis, dont il s'est volontairement départi au profit de ladite a dame, pour en estre doresnavant payée par les Trésoriers de «son espargne, chacun en Tannée de son exercice^, outre et a pardessus la somme de six mille livres tournois, aussy de « pension à elle cy-devant accordée sur le petit estât ; voulant, à a ceste fin, qu'elle soit employée es eslatz qui seront doresnavant a faite de ses pensionnaires, pour ladite somme de dix mille «livres, en vertu du présent brevet, qu'elle a signé de sa main «et fait contresigner à moy, son conseiller d'estat, secrétaire de «ses commandemens et finances. — Louis. — de Loménie.»

A trpis jours de là, la duchesse de Bouillon adressait ^ à Louise de Coligny ces lignes, dans lesquelles elle lui exprimait la joie qu'elle éprouverait à la recevoir à Sedan :

« J'ay bien appris certainement la guérison de monsieur mon « mary ; mais son eslongnement, en un temps oii sa présence «m'est si nécessayre, m'est un desplaisir si sensible, que j'en «suis toute troublée, et sy mal, que je ne me puis donner Thon-

* Le premier reçu délivré par la princesse d'Orange, depuis la concession du brevet ci-dessus reproduit, est du 20 juin 4611. Il est ainsi libellé : «Nous, Loyse de Colligny, princesse douairière d'Orange, confessons «avoir reçu comptant, de M. de Beaumarchais, conseiller du roy en son «conseil d'état et trésorier de son épargne, la somme de dix mille livres « à nous ordonnée par sa majesté , pour la pension qu'il plaist à sadite «majesté nous donner, durant la présente année 1611 , de laquelle nous « nous tenons contente et bien payée, et acquittons ledit sieur de Beau- «'marchais, trésorier de Tespargne susdite et tous autres. En tesmoing « de quoy nous avons signé la présente de nostre propre main et icelle «fait contresigner parnostre secrétaire, le 20® de juing mil six cent onze. « — Loyse de Colligny, princesse douairière d'Orange. — Par madite «dame Tassin» {Bïbl. nat. mss. CoUect. de pièces originales, vol. 814, dossier 18,338, pièce no 93).

* Lettre du 29 mai 1611, avec cette suscription : «A Madame ma belle- «mère. Madame la princesse d'Orange» {Archives de M, le duc de la Trémoille).

a oeur de vous entretenir davantage. Je vous ay mandé, bonne a princesse, comme j*avois gouverné madame de Rohan, et la «promesse que j'en avois, qu*à son retour, elle feroit plus «de séjour icy. Celle qu'il vous plaist me faire d'estre à nos cbaplesmes m'apporte un grand contentement: je ne puis pas a recevoir un honneur plus cher. — Vostre très humble servante a et très-obéissante &lle. — Adieu, bonne princesse, d

La princesse d'Orange vint, ainsi qu'elle lavait promis, à Sedan , dans le courant de Tété, et y fit preuve, comme mère et comme aïeule, d'une sollicitude que la duchesse de Bouillon mentionne, dans ce passage d'une lettre à sa sœur Brabaotine^:

a Je vous escris sy à la haste, que je n'ai point le loisir de vous adiré de belles paroles, car il ne me faut quitter que le moins «je pourray ceste bonne grand' maman, quy part demain. Vous a sçaurés par elle comme elle laisse en bonne santé tout le méanage. Elle m'a fait voir plus souvent mon petit garçon, que je «n'eusse fait. Il amende fort. Dieu mercy, et gagne fort mon « cœur. La nourrice nous a donné quelque alarme, de n'avoir «assez de lait, et un jour surtout que Ton me fit la mesme « harangue que vous ouïtes, estant icy, qui me fit parler à elle, «à part; mais je trouve que l'on m'avoit dit la vérité. II mange « sa boulye comme un petit homme ; enfin il veut vivre. Dieu « me le conserve, par sa grâce et pour servir à sa gloire* ! ! »

Ainsi débuta dans la vie, sous la double égide d'une tendre

" Archives de M. le dxic de la TrémoïUe.

' Le 14 novembre 1611 , la duchesse de Bouillon mandait à sa sœur Brabantine : « Mon petit garçon se porte fort bien, Son visage luy fait beau- «coup d'honneur, car il Ta plus gros, à proportion, que non le corps, qui «est tousjours menu. Il a de bonnes petites jambes; il a aussy le teint «fort paré, sans aucune élevure; mais je le trouve un peu pâle, endor- « mant. Quand il a esté remué , c'est un bel enfant, car il a pris de la «couleur» {Archives de M. le duc de la TrémoïUe),

mère et d'une aïeule dont la touchante bonté égalait la foi , le petit enfant qui, un jour, devint l'illustre maréchal de Turenne. Félicitons-nous de pouvoir ici, grâces à ces deux nobles femmes, saluer, dès le berceau, l'un des plus grands hommes qu'ait possédés la France.

Arrivée de Sedan à Paris, Louise de Coligny, qu'assistait l'ambassadeur d'Angleterre, présenta au baptême un enfant, dans l'église réformée, le 7 août *.

Vers cette époque, la princesse d'Orange, toujours pleine d'égards pour le connétable, apprit que forcé de sévir contre le le duc de Guise, il avait obtenu de celui-ci la réparation d'une faute commise. Elle écrivit aussitôt à son noble parent 2:

ce Monsieur, autant que j'avois reçu de desplaisir du juste «sujet que vous aviez de vous plaindre de M. .de Guize, autant «je me rejouys maintenant de la satisfaction qu'il vous en a ce faicte , et que vous en soyez demeuré content ; vous remercc cions très-humblement. Monsieur, de l'avis qu'il vous a pieu «m'en donner par ce gentilhomme ; et me ferés beaucoup d'hon- «neur de croyre que vous n'avez servante ny parente quy soit « plus sensible que moy à tout ce qui vous touchera. Et sçay ce bien que j'ay des beaux-fils et particulièrement un fils qui ce auront tousjours aussy les mesmes ressentimens pour vostre ce service; de façon, Monsieur, que, quand vous aurés affaire de «vos serviteurs, je suys certaine que ceux-là seront tousjours

' Au f» 18 du registre des baptêmes, pour l'année 4611, «en l'élise «réformée de Paris recueillie par permission du roy, à Charenton- « Saint- Maurice, lèz Paris», se lit la mention suivante : «Thomas, fils de «David Bargnette, tailleur d'habits, et d'Elisabeth Poly, né le 3 août, fut «présenté au baptême, le 7, par messire Thomas Edmond, ambassadeur «pour le roy d'Angleterre, et dame Louyse de Colligny, princesse douai- «rière d'Orange.»

* Lettre d'août 1611. Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3832, f^ 109.

«des premiers à vous rendre preuve de leur affection, et vous a pouvez cstre asseuré que je les animerai à ce devoir, comme «je suis obligée, et par l'honneur que j'ay de vous eslre [Nrocbe, «et par celuy que vous m'avés tousjours rendu 'de vostre bien- « veillance. »

Habituée à saisir chaque occasion qui s'offrait à elle de venir en aide à quelque infortune, la princesse terminait sa lettre par ces simples paroles: «Monsieur, la pauvre madamoyselle de «Senneterre s'assure tousjours, pour consolations, en toutes ses « afllictions, que vous ne Tabandonnerés point. Je vous en sup- « plie très humblement. »

Louise de Coligny se trouvait depuis plusieurs années à Lierville, lorsqu'elle se décida à partir pour la capitale, où M"** de Rohan lui donnait rendez-vous. Arrivée, le 19 juillet 1612, à Paris, elle écrivit,* le 20 juillet, à sa fille Brabantine*:

« Me voici de retour à Paris, d'hier au soir seulement, n'ayant «vu personne aujourd'huy, pour n'avoir pu voir la royne, pour «eslre trop lasse, et n'ayant averty aucune de mes amies de «ma venue. Je suis venue en une fort grande diligence, et ayant «laissé infinies petites affaires en ma maison où ma présence «esloit du tout nécessaire, pour ne manquer point au jour que « M°** de Rohan m'avait asseuré par ses lettres qu'elle seroit icy ; « mais, à ce que j'apprends, elle n'y sera encores de deux jours. «Je croy qu'elle vous aura vue à Saumur et M™" de Bouillon «aussy, et que vous aurez résolu ensemble du voyage de Sedan, « Mais je viens d'apprendre une nouvelle qui me met en peine : «c'est que Ion m'a dit que la contagion y est recommencée. «Ce seroit bien pour mettre M"^de Bouillon en nouvelle peine. « Je luy viens d'escrire, tout à ceste heure, pour la supplier de « me mander de ses nouvelles. Je suis trop nouvelle venue pour

* Archives de M. le duc de la Trèmoille,

ce VOUS OD mander icy. J*ay bien appris par mon nepveu Chastila Ion de celles de Saumur. Il est bieo glorieux de la bague qu'il <c a gagnée de M"® de la Trémoïlle, et dit qu'il n'a jamais rien « vu de si joly que vostre cadet; et môy je dis que je n'ay point <c de désir plus affectionné que celuy de vous faire service. En oc cesle volonté, je vous baise les mains en toute humilité, et, <c par vostre permission, à toute la petite troupe. y>

La princesse d'Orange ne fit, cette fois qu'un court séjour à Paris et revint à Lierville. Le 25 octobre, elle écrivit à M°*® de la Trémoïlle ^ :

ce Madame, ma chère fille, j'attendois le retour d'un des miens, a qui estoit allé à Paris pour sçavoir si vous y estiez et envoyer ccsçavoir comment vous vous portez des eaux de Spa, lorsque <c vostre laquais m'a rendu vos agréables lettres, estant extrê- « moment aise d'y apprendre vostre estât et celuy de vostre «petit peuple, particulièrement de M"° de la Trémoïlle. Jay <c lousjours crû que ces eaux luy feroient du bien, car, lorsqu'elle «en prit sur le lieu, elles lui profitèrent beaucoup. J'aurois «un merveilleux regret de ne vous pouvoir voir devant vostre «partement, sans ce que vous me mandez, que vous n'avés que « six semaines pour vostre voyage. Ce sera donc à ce retour-là, «que nous nous verrons, s'il plaisl à Dieu, car je fais estât de « partir, après cette Toussaint, avec beaucoup de regret de ne « voir point planter mes arbres ; mais j'ay icy M*"* de Ricey, qui « me veut emmener par force.

«Je me suis trouvée fort mal, depuis trois semaines, d'un mal « qui n'est pas honneste ; mais, à ceste heure, je me porte fort « bien, et ne m'en reste qu'un peu de foiblesse. Durant ce fâcheux «mal, je reçus vos lettres, avec celles quem'envoyés de Madame

* Archives de M. le duc de la Trémoïlle,

«rÉIectrice et de cesfe pauvre nouvelle veuve*, auxquelles j'ay « Taict réponse, mais non à vous, parceque j'attendais tousjours <c vostre retour à Paris; Madame de Rohan, qui m'a faict Thonec neur de passer icy, m*ayant asseurée que vous deviez arriver «deux jours après son partement de Paris; et depuis dix jours «j'ay icy M"* de Ricey qui m'en dit autant. Vous avés rai- (cson de dire que n'avés point eu de mes lettres, car je ne vous <c ai escript qu'une foys, depuis que vous estes à Sedan* Il y a avoit dans un mesme paquet des lettres pour vous et pour a Madame de Bouillon, et le tout adressé à M'"^ de Ricey; ce a qu'elle n'a point reçeu, tant le messager a esté sûr !

a Je suis estonnée de ce que vous ne me parlez point du maariage de M. l'Electeur ^ M. d'Aerssen me mande qu'il est «arrivé, le 9 de ce mois, à la Haye, et qu'il n'ydevoit séjourner «que peu de jours; que le mariage se doibt faire à Noël. — «Puisque vostre frère a l'honneur de l'accompagner, je <a^y, «quand je serai à Paris, que j'en apprendrai des nouvelles. On « m'a dit que vous estes priée d'aller quérir ceste belle prin- « cesse, pour l'accompagner à son ménage: ce sera un fort «beau et honorable voyage, et que je m'asseurequi vous rap- « portera du contentement ; mais au moins en devriés-vous man- « der quelque chose à votre pauvre maman , afin qu'elle s'en «réjouisse avec vous. Mais, puisque l'on vous verra dans six «semaines, il faut remettre tout discours à ce temps-là. Cepen- « dant, chère fille, je prie Dieu qu'il vous donne heureux voyage «et beau temps pour le faire; mais je suis marrie que je ne «verrai point mon fils M. de la Tremoïlle, car ce laquais m'a dit « que vous le laisserez en Poitou, et que le petit est demeuré à «Sedan; mais j'espère que vous ramènerez M"® de la TrémoïUe.

* Catherine Belgie, comtesse de Hanau, dont le mari était mort le 9 août 1612.

• Frédéric V, qui épousa une fille de Jacques !««", roi d'Angleterre.

« Si j'eusse esté à Paris, je vous eusse priée de me la laisser, pour «Texempter de cesle petite corvée. J'attends, tous les jours, le ((marquis de Mirabeau; sans cela, j'eusse pu partir plus tost a pour vous trouver encores à Paris; mais, à ceste heure, il n'y « a point de moyen.

«Encores faut- il que je vous prie de m'esclaircir d'une chose «dont je vous priois par mes autres lettres: c'est qu'il y a bien «(deux mois, que M. de Bouillon me fit mander que j'avois este «refusée, au conseil, d'un don que la royne m'avoit faict. Moi, «qui n'avois demandé, ni eu aucun don de Sa Majesté, fus fort « étonnée ; et depuis, me faisant acquérir que c'estoit, on me «dit que c'estoit vous *, et que cependant on croyoit que ce fust «moy. Je vous supplie, éclaircissez-moy ceste énigme, car, «depuis, j'en ay tousjours esté et suis encore en peine ; et ne

* S'il s'agissait, en effet, d'un refus opposé par le conseil à M™» de la Trémoïlle, quel acte était atteint par ce refus? c'est ce qu'il est impossible de préciser. Ce qu'on sait du moins, c'est qu'une décision royale, rendue le 31 mai 1612, en faveur de M"»« de la Trémoïlle, portait : «Aujourd'huy, dernier mai, l'an 1612, le roy estante Fontainebleau, < désirant gratiffîer et favorablement traiter Madame de la Trémoïlle, € duchesse de Thouars, Sa Majesté, par l'advis de la royne régente, sa «mère, luy a accordé et fait don de la somme de douze mille livres, si «tant s'en trouve à prendre sur les deniers revenans bons à sadite «majesté, des paiemens aux gens de guerre et pensionnaires qu'elle en- «tretient, par chacun an, en Hollande, dont une année est escheue le «premier jour du présent moy s; lequel don de ladite somme ou de ce « qui pourra revenir de bon desdits payemens, par chacun an, sadite «majesté a accordé et accorde à ladite dame, pendant le temps que «lesdits gens de guerre et pensionnaires seront entretenuz, selon les «estatz qui en ont esté ou seront expédiez; m'ayant recommandé luy «expédier toutes lettres nécessaires, en vertu du présent brevet, que «sadite majesté a voulu signer de sa main et estre contresigné de «moy, son conseiller, secrétaire d'estat et de ses commandements et «ûnances. — Louis. — de Loménie:» (Archives de M. le duc de la Trémoïlle),

«faut que laisser vos lettres, s*il vousplaist, à M* d'Aersseos. «Je vous baise bien humblement les oiaiDS.»

Cédaut aux instances de M"* de Ricey, Louise de Coligoy, quitta Lierville et vint résider chez cette amie, dont la demeure était située dans la circonscription de la paroisse S-André-des- Arts. La fut dressé, le 3 février 1613, Tacte authentique d'une vente faite par la princesse à Sébastien de Bruneau, écuyer, sieur de la Martinière ^.

Un peu plus tard intervint entre elle et la maréchale de Fervaques une négociation d'un autre genre, savoir : un emprunt de trois mille livres ^.

La double circonstance, de la vente et de l'emprunt dont il s'agit tend à prouver la limitation des ressources pécuniaires de la princesse, pour faire face aux dépenses que lui imposait sa situation personnelle, quels que fussent d'ailleurs l'ordre et l'économie qu'elle apportât dans la tenue de sa maison.

Le moment du départ pour la Hollande approchait. Avant de quitter la France, Louise de Coligny donna une nouvelle preuve de son attachement à l'église réformée de Paris, en y présentant au baptême deux enfants, avec le concours, quant à l'un, de M.Desmarets, et, quant à l'autre, de M. deChastillon^.

En allant prendre congé de Marie de Médicis, la princesse d'Orange, qui déjà, dans plus d'un entretien, avait abordé, devant elle, la question du mariage, projeté, de Henri-Frédéric et d'Anne de Rohan, revint sur cette intéressante question, avec la délicate insistance que lui inspirait son cœur de mère ; mais

* Cet acte est déposé aux Archives de la maison d'Orange-NassaUy sous le u9 2263.

• Acte souscrit, à Paris, le 19 avril 1613 {Archives de la maison d* Orange-Nassau, n® 2247 «).

' Registre des baptêmes de Véglise réformée de Paris, omiée 1613, f^s 21 et 37.

quelque bien disposée que fût, d'habitude, envers elle son interlocutrice, elle eût, cette Tois, le regret de constater, que la régente, cédant à des préjugés qu'avaient fait naître, dans son esprit, certains ennemis des maisons d'Orange-Nassau et de Rohan, n'était nullement favorable à l'union projetée.

Ce fut donc sous le coup d'une douloureuse impression, que la princesse se sépara de la régente, mais sans éprouver d'ailleurs le moindre sentiment d'amertume à son égard, tant était grande, chez la digne Qlle de Coligny et de Charlotte de Laval, la générosité de caractère qu'elle tenait d'eux. Il y eut plus : dans le cours de ses relations ultérieures, avec la veuve et les enfants de Henri IV, la princesse d'Orange ne cessa de déployer un dévouement touchant.

Peut-être, à l'issue du dernier entrelien qui vient d'être mentionné, ni elle,ni M°*® de Rohan ne perdirent-elles pas encore toute espérance de voir, un jour, la régente, se désister d'une opposition, que rien ne justifiait, à l'accomplissement de leur vœu le plus cher. Voici, en effet, la communication que leur ami commun, Ph. de Mornai, reçut d'Âerssens, à une époque assez rapprochée de l'entrevue, qu'avant son départ, Louise de Coligny eut avec la régente*: «Quanta M. le prince Henri ce Frédéric, je sais véritablement qu'il n'est embarqué nulle part ; « mais je ne vois rien d'assez fort pour gagner sur la royne ((d'agréer l'alliance de Mademoiselle Anne de Rohan, car vous « sçavés combien Sa Majesté s'y est opposée, et lors encore que (c Madame la princesse d'Orange eut l'honneur de prendre congé «d'elle. Toutefois, je fais estât de me rendre, dans quinze jours (c ou trois semaines, en Hollande, et ferai ce qui me sera possible « pour tenir les volontés en haleine, attendant que Madame de

* Lettre du 31 mai 1613. Mém. et Corresp. de Mornai , éd. de 1824, t. 12, p. 246.

Il u

a Rohan fera jouer tous les ressorts ; et sçais bien que madame « la princesse d*Orange ne désire rien tant, sous le ciel.i»

Si, finalement, sous Fempire de circonstances qu'il nous est impossible de préciser, la princesse ne put voir ses ardents désirs satisfaits, rien du moins n*altéra jamais Taffection profonde qu'elle portait à Anne de Rohan; et celle-ci, de son côté, ne cessa de l'honorer et de l'aimer. La permanence d'une tendresse réciproque, survivant dans sa plénitude, à la perte imméritée des plus douces espérances, est un fait capital qui rend inséparables, l'un de l'autre, dans l'histoire les noms, si attachants en eux-mêmes de Louise de Goligny et d'Anne de Rohan*

Arrivée à la Haye, le 5 mai 1613, Louise de Goligny donna sur son voyage les détails suivants à sa fille Brabanline. ^

a Je m'asseure que vous serez bien aise de sçavoir comme « Dieu m'a heureusement conduite en tout mon voyage, et suis a arrivée à la bonne Haye, que bien connaissez, dimanche dernier, a 5 de ce mois, ayant esté douze jours en chemin. J'en séjournai t un à Yerneuil, comme vous aura pu dire Mademoiselle de La cTrémoïlIe, ayant grand regret que je ne le pouvois mener plus « avant. Je séjournai en outre à Bruxelles, et ne bougeai du «logis de M. le prince d'Orange, là où l'ambassadeur de France, ce M°* la princesse d'Orange, la princesse de Ligne, et force a autres dames me firent l'honneur de venir audevant de moy. ^Soudain que je fus arrivée, le marquis de Spinola me vint «trouver. Le lendemain, l'ambassadeur d'Espagne et toutes les «dames qui sont à Bruxelles me firent le mesme honneur. « L'infante pensa estre tuée, à l'instant que j'arrivai, par un qui atiroit un papegay, duquel l'arquebuse creva, dont un éclat « la blessa fort à la joue.

c( J'ay laissé M. le prince d'Orange, avec la goutte, à Bruxelles,

* Archives de M. le duc de la TrémoUle.

m mais faisant estât que, s'il pouvoit, il viendroit icy, à la récep- « tion de ces prince et princesse^, qui arrivèrent k Flessingue, ccjeudi, au soir. Messieurs les Estats me viennent d'envoyer «une lettre que leur écrit M. le prince Maurice, par laquelle il a les en avertit, et que M. l'Electeur pourroit bien estre icy ccaujourd'huy ; mais la princesse se reposera, deux ou trois jours, ce en Zélande.

«Je suis sy empeschée à préparer mon logis, pour recevoir « cesle grande compagnie, que voilà tout ce que je vous puis dire ; a et vous supplie de me mander des nouvelles de nostre belle et «bonne royne, et sy elle est bien guérie de son rhume. J'ay bien « envie de sçavoir des vostres, et en quels termes vous estes de « vos procès. »

Les États généraux des Provinces-Unies ayant chargé des délégués d'aller féliciter Louise de Goligny de son heureux retour à La Haye, voici en quels termes un recueil officiel rend compte de l'accueil qui fut fait à ces délégués par la princesse 2:

«Les sieurs Joachinni, Tyrenbach et Douin font rapport à «l'assemblée de l'exécution de leur commission pour compli- «menter la princesse douairière d'Orange, à l'occasion de son «retour de France; laquelle leur a exprimé ses remerciements «et offert ses services; et les a informés, qu'au moment où elle « prit congé de la royne, elle fut invitée par Sa Majesté à assurer «les Etats généraux de son affection pour ces pays, affection «qui ne leur manquera jamais.»

Si la princesse fut sensible à la démarche accomplie vis-à-vis d'elle par la délégation des États généraux, elle se montra sur-

' L'Électeur palatin et la princesse Elisabeth d'Angleterre. * Recueil des Résolutions des États généraux des Provinces-Unies, à la date du 7 mai 1613 (Archives générales du royaume de Hollande),

loul, à quelque temps de là, vivement touchée de Tempressement avec lequel les Etats d*Utrecht venaient de répondre à un appel qu*elle leur avait adressé en faveur de deux orphelines sur lesquelles s'étendait, comme s*était antérieurement étendue sur leur mère, son affectueuse protection. Il s'agissait des demoiselles d'Âverly qui, ainsi que leur mère, avaient chacune, occupé naguères, dans la maison de la princesse, un poste de confiance auprès de ses filles et d'elle-même, et qui s'étaient fidèlement acquittées de leur mission. Remerciant aies députez «de la noblesse aux Etats du pays d'Utrecht» de la faveur qu'ils avaient accordée à ses protégées, Louise de Coligny disait^ :

a Messieurs, pour laffection que j^ay tousjours portée à feue a M"* d'Averly et à ses filles, je me suis resjouie quand j'ay sçeu <( rhonneur que vous aviez fait à deux d'icelles de les pourvoir oc en deux divers cloistres de la ville d'Utrecht, mesme l'une or en qualité d'abbesse, dont j'ay bien voulu vous remercier par a la présente et vous supplier de leur vouloir continuer vostre «bonne volonté, en leur conservant les droits, franchises et « prérogatives qui ont accoustumé d'accompagner la dignité et (( le bénéfice dont il vous a pieu les honorer. Je ne m'amuserai, (( Messieurs, à vous en représenter les particularités, remettant le « tout à vostre discrétion et prudence et à ce qu'elles pourront a vous en remonslrer, es occasions. Je ne doute pas aussy que «la charité ne vous y convie, en tant qu'elles sont orphelines; «mais si, avec la considération des services que leur mère et «elles ont faits à mes filles et à moy, cesle mienne recommanda- « tion vient à estre de tel poids en vostre endroict, que vous «ayez agréable de les favoriser, pour l'amour de moy, je vous

* 11 juin 1613. Archives de la ville d'Amsterdam,

a assure que je participerai de beaucoup à l'obligation qu'elles «vous en auront.»

On sait quelle affectueuse confiance Louise de Coligny avait placée en son neveu , le comte Guillaume-Louis de Nassau, et combien celui-ci lui était attaché. Il venait de lui donner une nouvelle preuve de son dévouement, lorsqu'en réponse à deux lettres qu'il lui avait adressées, dès son retour à I^ Haye, elle exprima, dans les lignes suivantes, son- vif désir de le revoir et de s'entretenir avec lui * :

« Monsieur mon nepveu, ce m'est un extrême contentement «quand j'ay ce bonheur de recevoir de vos nouvelles, car vous « devés croyre que je vous ayme et honore de tout mon cœur ; « aussy, m'en donnez-vous, tous les jours, de nouvelles obliga- € tions, par le soing qu'il vous plaist prendre de mon fils et les a témoignages de bienveillance que continuellement vous dée monstres à luy et à moy.

ce Je vous diray que c'est la vérité, que mon fils et moy avions (( promis à Madame la princesse d'Angleterre, Électrice, de nous «trouver à ceste foyre de Francfort, qui est à cesle heure, pour f avoir l'honneur de l'y voir, et delà à Heidelberg; mais on me € fait tant de peur de la contagion que l'on dit estre fort grande «par tous les lieux où il me faudroit passer, que cela me fait «retarder mon voyage jusques au printemps, qu'il fera plus a beau voyager. Je suys après pour faire que mon fils recule «aussy le sien jusqu'à ce temps-là, et croy que son frère et moy « nous en viendrons à bout, quoyqu'il désire fort de le faire ; « mais nous avons des raisons pour désirer qu'il la retarde ; à «quoy vous nous aiderés bien à le persuader, lorsque vous «serés icy, ce qui me fait doublement désirer vostre venue. Je

* Lettre du 28 septembre 1613 {Archives de la maison d'Orange- NassaUy n» 2247).

198 LOUISE DE COLIGNT.

«VOUS suplie donc de ne retarder point vostre département, «à son occasion, car j*6spère que vous le trouvères icy, où il est « nécessaire, pour des raisons que je ne vous puis escrire, que «vous vous trou vies bientost* Je sçay que M. le prince Maurice, a mon beau-fils, vous y désire fort , et croy qu'il vous prye par «ses lettres de ne retarder point vostre voyage. Je ne puis venir «à bout de luy sur le subject que vous me mandés, quoique je «luy en aye parlé et fait parler souvent, depuis que je suis de «retour de France. Aussy, quand vous serés icy, il faudra «qu'ensemble nous fassions une si forte batterie, que nous le « fassions résoudre à ce qui est plus que raisonnable, car certes « il faut dire vray qu'il ne se gouverne pas bien en ce regard-là. «Je remets donc tout à vostre venue, que je prye Dieu qui soyt c bientost. x>

Si la princesse d'Orange se montrait toujours prête à accorder aux chétifs et aux petits de ce monde un bienveillant appui, ainsi qu'on vient de le voir, notamment, au sujet des filles de la dame d'Averly, elle savait aussi, dans les circonstances les plus diverses et parfois les plus ardues, venir en aide à des personnes d'une condition élevée, en usant, en leur faveur, du crédit dont elle jouissait, dans les hautes sphères de la société et des pouvoirs publics.

A cet égard, il importe de constater que Tannée 1613 fut pour la généreuse et bienveillante princesse le point de départ d'une protection signalée qu'elle étendit sur un représentant de la France dans les Provinces* Unies, et qu'elle lui continua avec une rare fidélité.

Ce représentant était Dumaurier, véritable type de cette supériorité morale et intellectuelle dont les protestants français ont généralement laissé la forte empreinte dans l'exercice des plus hautes fonctions publiques, en montrant que là, de même que

dans les diverses sphères de l'activité humaiDe, ils relevaient, avant tout, de Dieu et de leur conscience.

Il a déjà été parlé succinctement de Dumaurier, dans le cours du présent récit : le moment est venu d'esquisser la carrière parcourue par lui, jusqu'au jour où il fut appelé à servir la France, en qualité d'agent diplomatique, dans les Provinces- Unies, et à dater duquel la princesse d'Orange contribua puissamment à aplanir les obstacles qui, au début, entravaient l'exercice de ses fonctions.

Page 1