‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 54 sur 70 · CHAPITRE Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm

Arrivée de la princesse en France. — Elle paraît momentanément à la cour. — Elle apaise un différend existant entre Maurice de Nassau et le prince de Condé. — Le gouvernement du roi est depuis longtemps en retard de s'acquitter d'engagements contractés envers la princesse. — La princesse, songeant à retourner prochainement en Hollande, se rend, de nouveau auprès du roi et de sa mère. — Le 1*' novembre 1620, elle est atteinte d'une grave [>]eurésie, au château de Fontainebleau. — Le 8, elle fait son testament. — Texte de cet acte. — Peu de jours après, Louise de Goligny rend le dernier soupir. — Regrets que cause sa mort. — Lettres de M«»« de Rohan, de ses filles, et de Ph . de Mornai . — La dépouille mortelle de la princesse est transportée à Delft et, à la suite de funérailles solennelles, inhumée dans la grande église de cette ville.

Louise de Coligny, à Tàge de soixante-cinq ans, ne reirouva plus, en France, qu'un cercle restreint de parents et d'amis, à raison des vides qu avait creusé la mort.

Aimer et se sentir aimée, était pour son cœur un double privilège. Aussi, plus que jamais Gdèle à ses affections, aspirait-elle à ne se séparer, que le moins possible de ce cercle d'élite, et à voir s'y joindre, pendant le séjour qu'elle comptait Faire dans la capitale, celles des personnes, chères à son cœur, qui pourraient, de la province ou de l'étranger, se rendre auprès d'elle. Quant à celles qui ne le pourraient pas, elle désirait que la faveur des circonstances lui permît d'aller les visiter. Du nombre de ces dernières personnes était Ph. de Mornai, qui, confiné alors malgré lui à Saumur, écrivait, de cette ville, à Dumaurier, le

9 juin 1620^: «Je me promets de voir Madame la princesse a d'Orange en ce lieu, si elle continue son dessein. Ce ne sera sans «discourir de beaucoup de choses passées, desquelles la mémoire «sera peut-être plus agréable que le sentiment des présentes. »

Mornai ajoutait, le 2 jdillet^ : ce J avais hier céans Madame de a la Trémoïlle, la douairière, qui alloit vers la royne, mère de «Sa Majesté. Elle ne m*a pas encore assuré du temps que « Madame sa belle-mère pourra passer icy. »

Bien avant l'arrivée de la duchesse de la Trémoïlle à la cour, la princesse d'Orange s'était fait un devoir d'y aller et y avait été parfaitement accueillie. Elle n'avait eu, en même temps, qu'à se louer de l'accueil qu'elle avait reçu de divers hauts personnages, et particulièrement de Puisieux.

Un grave différend existait, à cette époque, entre le prince de Condé et Maurice de Nassau, qui, pour y voir mettre un terme, eut recours à la haute intervention de la princesse, sa belle-mère. Grâce à cette intervention, le différend fut, en effet, aplani ^.

Quelque résolue qu'elle fût toujours à ne faire le bien que pour lui-même, Louise de Coligny n'en méritait pas moins de voir sa serviabilité reconnue par chacun comme elle devait l'être. Or, il advint trop souvent, à cet égard, que la justice à laquelle elle avait droit ne lui fut pas rendue. En voici un exemple, parmi tant d'autres qui pourraient être cités.

La princesse avait, non seulement sous le règne de Henri IV, mais encore sous celui de son successeur, rendu à la France des services signalés. Dès lors il s'agissait, en 1620, pour le chef de l'État et pour ses conseillers d'acquitter vis-à-vis d'une femme éminente, telle que Louise de Coligny, une dette de reconnais-

* Mém, et Co^^esp, de Mornaiy éd. in-4^, t. 4, p. 358.

* Mém, et Corresp, de Mornaiy éd. \n-A^, i 4, p. 370.

^ Lettres de Dumaurier à de Puisieux, des 9 et 12 juin, et 6 juillet 1620 {Bibl. 7%at. mss. f. fr. vol. 15,958, r>'» 151, 152, 15i).

sance, d'une part, en Tentourant d'égards et de bons procédés auxquels elle avait droit, et, de Tautre, en accomplissant, au point de vue d'intérêts privés qu'elle était venue sauvegarder, en France, certains actes de justice sur lesquels des assurances positives l'avaient autorisée à compter. Or, s'il est constant que les égards et les bons procédés ne lui manquèrent pas, il l'est aussi, quant aux actes de justice formellement prouvé, qu'ils se firent indéfiniment attendre.

Rien de plus précis, sur ce double point, que les lignes suivantes, empruntées à la correspondance de Dumaurier avec de Puisieux :

«Madame la princesse d'Orange, écrivait Dumaurier, le a 9 juin 1620 S f^it un très grand récit de l'honneur qu'elle a « reçu de Sa Majesté, de la reyne, et de tous, en général, parliaculièremenl de vous, qui estes supplié très humblement par a moy de moyenner que ce bon accueil se termine, en effet, à a son contentement; ce que je crois importer au service de Sa " Majesté, qui est ma principale visée. »

A quatre mois de là, la princesse avait si peu sujet d'être satisfaite, que Dumaurier, s'adressant de nouveau, à de Puisieux lui disait^: a Madame la princesse d'Orange me mande «qu'elle repartira bientost pour s'en revenir par deçà, mais a se plaint de ce qu'on n'a rien fait pour elle de ce qui lui avait a esté promis. Je vous supplie très humblement que Sa Majesté « ne permette pas qu'elle reparte de France, sans lui effectuer (jcles assurances qui, tant de fois, lui ont esté données, vous ({protestant qu'il y va plus de son service, que je ne vous puis «dire. »

' BibL nal. mss. f. fr. vol. 15,958, (^ 151.

* Lettre du 4 octobre 1620 {BibL nat, mss. f. fr. vol. 15,958, f' 160).

Ful-il enGn donné satisfaction aux instances ainsi réitérées ? on ne sait; mais ce qui est certain, c'est que, ne répondant que par la dignité de ses procédés à Tindifférence dont elle était Tobjet, la princesse, avant de s'occuper des préparatifs du prochain retour en Hollande qu'elle projetait, dans l'automne de . 1620 , reparut à la cour, pour y donner à la reinemère et au roi une nouvelle preuve de l'attachement qu'elle leur portait.

Elle se trouvait au château de Fontainebleau, où ni la duchesse de Bouillon, ni la duchesse de la Trémoïlle n'avaient pu, paraît-il, l'accompagner, lorsque, tout à coup, le d**" novembre, loin de son fils, de ses filles, de ses petits-enfants, et des quelques amis qui lui restaient, elle tomba malade.

Une grave pleurésie, dont elle fut atteinte, ayant fait de rapides progrès, contre lesquels les médecins avaient en vain lutté, elle vit, en chrétienne soumise, approcher sa fin, et accueillit avec une touchante gratitude l'assistance spirituelle d'une pieuse femme, sa coreligionnaire, et d'Etienne de Courcelles, ministre de l'église réformée de Bois-le-Roi.

Le 8 du même mois, elle se décida à formuler dans un acte authentique ses dernières volontés. Ce jour était un dimanche : elle en avait consacré, sur son lit de soufl^rance, la majeure partie à se recueillir, devant Dieu, et à prier pour tous ceux qu'elle aimait, quand, dans la soirée, arrivèrent au château deux notaires qu'elle avait fait appeler, car leur ministère lui avait paru indispensable, alors qu'elle ne se sentait plus en état d'écrire et qu'il lui restait à peine la force de signer. La lucidité de son intelligence demeurait d'ailleurs complète; plus élevées et plus pures que jamais se manifestaient les aspirations de son noble cœur. Le temps pressait, et elle voulait, à l'approche de l'heure suprême, consigner, dans le testament qu'elle se disposait à dicter, d abord l'expression de sa foi, puis celle de sa

338 LOUISE DE COLIGNT.

sollicitude pour diverses personnes, dont elle désirait assurer, ou tout au moins alléger le sort. De là , dans Tacte ci-après reproduit, une longue série de dispositions, qui toutes témoignent de l'inépuisable bonté de la pieuse et charitable testatrice.

Indépendamment de ces dispositions, deux choses, dans cet acte, sont à remarquer, savoir : i* le désir exprimé par la princesse, que sa dépouille mortelle soit déposée, en Hollande, auprès de celle du prince, son mari; ^ la con6ance dont elle investit son fils et son frère, Charles de Coligny, quant à l'exécution de ses dernières volontés.

La confiance qu'elle a en son fils est naturelle.

Celle qu'elle acx^rde à son frère est d'autant plus frappante, quand on la considère de près, qu'elle se produit comme une révélation des fruits salutaires que portent, dans un cœur chrétien, un esprit de support, un dévouement et une puissance de relèvement, inspirés par Tamour fraternel.

Nous avons précédemment fait connaître ce que, dans sa jeunesse, Charles de Coligny avait été pour sa sœur ; comment il l'avait navrée, en 1590, par sa coupable défection ; avec quelle ardeur elle avait travaillé à son relèvement moral, appelé sur lui la clémence du roi, et obtenu sa réintégration dans les rangs de l'armée. On le voit: en 1620, un douloureux passé s'était, en quelque sorte, effacé pour Louise de Coligny. Heureuse d'avoir reconquis le seul frère qui, depuis l'année 1592, lui restât, et qui, sans elle, eût été peut-être à jamais flétri et perdu, elle voulut, le 8 novembre i620, consommer par un insigne témoignage d'estime et d'affectueuse confiance l'œuvre de salut et de régénération, dans les phases ardues de laquelle, son amour fraternel l'avait constamment soutenue.

Voici le texte complet du testament de la princesse* :

ccPardevant de Linceau et Estienne Morion, notaires-royaux «et gardes-notes héréditaires en la prévosté et Châttellenye «royale de Samoye et Foatainebleau, fût présente, en sa perce sonne, très haute et très puissante princesse Louyse de Golligny, «princesse d'Orange, dame de Chasteau-Regnard et autres lieux, «vefve de feu très hault et très puissant seigneur, Guillaume de «Nassau, prince d'Orange, comte de Nassau, et estant de «présent en ce lieu de Fontainebleau, logée au chasleau dudit «Fontainebleau, gisant au lict, malade, saine toutefoys de son «esprit et entendement; considérant qu'il n'y a rien plus certain «que la mort, ni moins incertain que le jour et heure d'icelle, «ne voulant mourir sans tester, a faict, nommé, dicté et ordonné «son testament et ordonnance de dernière volonté, selon et en « la forme et manière qui ensuit :

« Premièrement a recommandé son âme à Dieu, le créateur, «et à Jésus-Christ, son fils; a tousjours vécu selon Dieu, en la «religion réformée, en laquelle elle veut vivre et mourir.

« Item a ladicte dame donné et légué à Diogènes Chaumillard, «son maislre d*hostel, la somme de trois mil livres tournois, à « une fois paiée*

« llem a donné et légué à Gédeon de Vaufin, son escuyer, la « somme de trois mil livres tournois, aussy à une fois paiée.

a Item a donné et légué à Vaughélize, son argentier, la somme «de deux mil livres tournois, à une fois paiée.

« Item a donné et légué à Jacob Danyu, son valet de chambre «ordinaire, la somme de dix-huit cents livres tournois, et ce,

* Ce texte est celui d'une expédition de l'acte authentique du 8 novembre 1620, déposé aux Archives de la maison d'Or ange- Nassau, no 2145.

340 LOUISE DE COLIGNT.

a pour subvenir à luy acbepter un office; ladicle somme à une « fois paiée.

tf hem a donné et légué à Jacques Lucas, dict Lacousture, a valet de garde-robbe de ladicte dame, la somme de cinquante a livres tournois, à une fois paiée.

nllem a donné et légué à Jacques Chambellan, son cuisinier « la somme de trois cents livres tournois, aussy à une fois paiée.

c Item a donné et légué à Estienne Grémy, ayde de cuisine, a la somme de cinquante livres tournois, à une fois paiée.

a Item a donné et légué au sommelier qui est venu avec ladite a dame testatrice en ce lieu de Fontainebleau, la somme de cent a livres tournois à une fois paiée. Ledit sommelier se nomme.... a (le nom est laissé en blanc).

ultem a ladicte dame donné et légué à ses deux pages, à a chacun la somme de soixante livres tournois, priant ladicte tf dame Monsieur le prince Henri, son 61s, de vouloir prendre à a son service lesdicts deux pages.

il Item a donné et légué à Jehan Berlin, son carrossier, la a somme de soixante livres tournois, en une fois paiée.

a Item a donné au valet audit cocher la somme de trente livres, a aussy à une fois paiée.

a/Zem ladicte dame a donné et légué à ses deux laquais la c( somme de cinquante livres tournois, à chacun, et à une fois <i paiée.

ikltem a donné et légué à madame de Chalandre la somme a de six cents livres tournois, à une fois paiée.

alterna donné et légué à Madamoiselle de Vaudremille la a somme de quinze cents livres tournois à une fois paiée.

a Item a donné et légué à Madamoyselle Doos la somme de a quinze cents livres tournois à une fois paiée.

a Item a donné et légué à Madamoiselle de Briquemaut la a somme de six mil livres tournois à une fois paiée, à condition

«qu^elle rendra et remettra à Monsieur le prince Henry Tassignaation que ladite dame luy avait donnée à prendre sur M. le <{ baron de Prie.

(c hem a donné et légué à Madamoyselle Angélye la somme de «soixante livres tournois à une fois paiée, pour Tayder à la «conduire à retourner en son pays.

dltem a donné et légué à Marie Hamou, sa femme de a chambre, la somme de cent livres tournois, à une fois paiée.

a Hem a donné et légué à Peronne, femme de chambre des adamoyselles la somme de cinq mil quatre cents livres tournois «à une fois paiée, pour ayder à luy subvenir à vivre, le reste «qu'il plaira à Dieu la laisser en ce monde, en considération du « long service qu'elle a rendu à ladicte dame.

« Ladicte dame prye ledict seigneur princo Henry, son fils, «de faire nourrir et entretenir la petite Angélique de Portugal, «jusqu'à ce qu'elle soit mariée, et, lors de son mariage, elle « veut et ordonne luy estre donné par ledit sieur son fils la «somme de quinze cents livres, et en une fois paiée.

a hem a donné et légué aux deux Guerniers, petites filles de « la nourrice de madicte dame^ la somme de cent cinquante « livres tournois, à chacune, à une fois paiée, laquelle somme «ladicte dame veult estre mise èz mains du sieur Ghamaillard, «son maistre d'hostel, pour subvenir à leurs nécessitez.

a hem a donné et légué à Charlotte Mousche, vefve Davou, la « somme de deux cents livres tournois à une fois paiée.

a hem a donné et légué à Louyse Mousche pareille somme de « deux cents livres tournois, aussy à une fois paiée.

« hem a donné et légué à Tassin, secrétaire du roy, employé «au service de madicte dame pour ses affaires, la somme de « trois cents livres tournois, a une fois paiée, et prie madicte « dame mondict sieur le prince Henry son fils, de vouloir conti- « nuer d'employer ledict Tassin pour son service.

ce Item a ladicte dame donné et légué à Téglise réformée de a Bois-le-Roy la somme de cinquante livres tournois, à une fois « paiée, pour estre ladicte somme, distribuée, ordonnée et autre mosnée aux pauvres nécessiteux par les anciens et pasteurs de (( ladicte église.

(iltem a ladite dame donné et légué à l'église réformée de aChastillon-sur-Loing la somme de cent livres tournois à une a fois paiée, pour estre icelle somme aulmonée et distribuée par (( les anciens et pasteurs de ladite église aux pauvres nécessiteux (( qu^its jugeront.

dliem donne et lègue pareillement à Téglise réformée de aChasteau-Regnard pareille somme de cent livres tournois, à a une fois paiée, pour estre employée, distribuée et aulmosnée « comme est déclaré en l'article précèdent.

a Ladite dame veut et entend que la donation par elle faite « ci-dessus à Charlotte Vau6n, en faveur du mariage, escriple et «signée de sa propre main, de la somme de six mil livres (( tournois ait lieu et soit exécutée de point en point, selon sa (( forme et teneur, pryant ladicte dame Monsieur le prince Henri, « son 61s, icelle avoir pour agréable, et Texéculer.

a Et du surplus de son testament s'en est ladicte dame suba mise et rapportée à la volonté et discrétion dudict sieur ((prince Henry, son fils, et de hault et puissant seigneur messire ((Charles de Coligny, chevalier des ordres du roy, seigneur ad*Andelot, d'Inteville, marquis de Coligny et de Saint-Bry, (( lieutenant-général pour Sa Majesté en Champaigne, ledit sieur a d'Andelot à ce présent, qui a volontairement accepté ladite

(( charge.

a Yeult ladicte dame que tous les meubles qu'elle a à présent a en la ville de Paris soient portez au lieu de Chasteau-Regnard, ((pour être d'iceux, ensemble de ceux qui sont audict lieu de (( Chasteau-Regnard, faict inventaire, pour estre conservez par

aledict sieur prince Henry, son fils, comme aussy a ladite dame dc délaissé et délaisse toutes ses bagues, pierreries et vaisselle d'aragent, qu'elle a à présent en France, audict sieur prince Henry, ce son fils, à condition que ledit sieur prince donnera à mondit ce sieur d'Andelot, son oncle, une bague couverte de pierreries, à a laquelle est empreint le pourtraict de feue Madame la duchesse a de Bar, et une paire de bracelets d'or, émaillez de noir, et € enrichit de diamants, à Madame d'Andelot, sa femme.

ce De plus a ladite dame donné et légué à M. Ëstienne de aCourcelles, ministre de l'église réformée de Bois-le-Roy, la ce somme de soixante quinze livres tournois, à une fois paiée.

(c/tem a ladite dame donné et légué à Henry Bordelot, son «portier, la somme décent livres tournois, une fois paiée.

a Item a ladite dame donné et légué aux médecins qui l'ont (c assistée pendant sa maladie, nommez Monsieur Séguyn et a Monsieur Charles, a chacun la somme de trois cents livres (( tournois, à une fois paiée.

a Hem a donné à Loys Loré, apothicaire, qui l'a aussi assistée, (cla somme de deux cents livres tournois à une fois paiée.

c Déclare la dicte dame qu'elle veult, quand il plaira à Dieu «séparer son âme de son corps, son dict corps estre 'porté en c Hollande, près celuy de feu Monseigneur le prince d'Orange, a son mari.

«Tous lesquels legs cydessus faicts par madicte dame elle veult «et entend estre paiez, oustre les loiers, services et gages qui «sont deubz à ses serviteurs domestiques ci-dessus nommez.

«Lequel présent testament, après avoir esté par ladicte dame «ainsy dicté, nommé et ordonné, luy a esté par l'un desdicls «notaires, l'austre présent, leu et releu, déclarant qu'elle a «iceluy aggréable et veut avoir lieu; a révoqué et révoque «tous autres testamens qu'elle pourrait avoir fait auparavant «cestuy.

34i LOUISE DE COLIGNY.

«Ce fut faict audict chasteau de Fontainebleau, le dimanche, a bnictième jour de novembre, mil siK cent vingt, à onze heures a du soir; et a ladite dame testatrice signé avec ledict sieur a d* Andelot et lesdicts notaires, la minute des présentes demeurée a pardevers ledict Morion, Tun d*iceux notaires. t>

Cinq jours après celui où, à onze heures du soir, elle avait signé son testament, Louise de Coligny rendit le dernier soupir.

Sa Gn fut celle d*une véritable chrétienne. Ce seul mot dit tout; et il y a lieu de croire que lambassadeur Languerau en mesura sérieusement ta portée, quand il écrivit, le 13 novembre 1620 aux États généraux des Provinces-Unies*: «C'est avec «beaucoup de peine que je dois commencer la présente lettre « par. le triste avis de la mort de Madame la princesse d'Orange, «qui, étant, depuis douze jours, malade d'une pleurésie, avec « fièvre continuelle, à la cour de la royne mère, à Fontaine- « bleau, est, le treizième jour de ce mois-cy, décédée en bonne (( chrétienne. »

Dès la réception de cette lettre, les États généraux, dans leur séance du 19 novembre^ chargèrent un député de chacune des provinces de Gueldre, de Hollande et d'Over-Yszel de se rendre auprès du prince Henri Frédéric, pour l'assurer de la part que l'assemblée entière prenait à son deuil ^.

Que de larmes furent alors répandues, en France, par tous ceux qui aimaient Louise de Coligny!

Au premier rang des affligés se trouvèrent incontestablement ses filles. Si, malheureusement aucune des lettres qu'elles écrivirent, dans cette douloureuse circonstance n'est parvenue jusqu'à nous, nous n'en pouvons pas moins, jusqu'à un certain

* Recueil officiel des RésoltUio)is des Étals généraux des Provincefs- Unies, à la date du 19 novembre 1620 {Archives générales du royaume de Hollande),

■ Recueil officiel précité. Jbid.

LÛUISE DE COLIGNY. 345

point, nous rendre compte de ce qu'elles souffrirent, en perdant la mère qui leur avait constamment prodigué les trésors de sa tendresse et de son dévouement.

Seule, la correspondance de quelques-uns des amis que la princesse possédait nous donne une idée de l'étendue des regrets que causa sa mort.

«L'honneur et service, écrit Madame de Rohan^, que de ((longtemps j 'a vois voué à Madame la princesse d'Orange, et « l'étroite amitié qui avait toujours esté entre nous suffisent pour <ï me faire recevoir une extrême affliction de la perte que nous « avons faite d'elle. La vertu et la bonté d'une telle princesse, a qui se faisait aimer et honorer de ceux mesme qui ne luy a touchaient point, nous laissent, en la perdant, un regret digne

(cde son mérite Je suis si dépourvue de consolation pour

(( moy-mesme, qu'il serait malaisé que j'en pusse départir à per- (c sonne, estant plustost disposée à exhorter tous ceux qui ont ((Connu celle que nous regrettons, de n'en perdre jamais la ((Souvenance ni le regret, et que non pas d'essayer à leur dimi- (( nuer l'un ni l'autre. Je ne puis donc offrir que des larmes sur (( ce sujet. »

Que de larmas versées aussi par les filles de madame de Rohan !

Ici, c'est Anne, épanchant son cœur dans une pièce de vers intitulée: regrets^.

Là, c'est sa sœur Henriette, écrivant à la duchesse de la Trémoïlle^ : ((j'ai l'esprit si abattu de regret et d'étonnement, de

' Lettre du 4 décembre 1620 (Archives de M: le duc de la Tré-* moillé),

' On sait positivement que cette pièce a existé; mais la connaissance de son texte a jusqu'ici échappé à toutes les recherches.

^ Lettre du 4 décembre 1620 {Archives de M. le duc de la Tré^ moïlle).

346 LOUISE DE COLIGNV.

ce la perte que nous avons Taite de Madame votre belle-mère^ que a je ne sçay par où je me dois prendre pour vous en parler ; car, (xde vous y donner de la consolation, j*en aurois bien besoin (c moy-mesme. Ce sera donc en la plaignant et joignant mes alarmes avec les vostres, vous asseurant que je les tire du proa Tond de mon cœur, pour ta pleurer. Son mérite et sa bonté am*y obligent; et, de plus, les gages d'amitié qu'elle nous a atousjours monstres. Dieu nous veuille tous consoler! »

Madame de Mornai n'existait plus : sa fidèle amie la princesse d'Orange avait pleuré sa mort; et, pleurant, à son tour, celle de la princesse, Ph. de Mornai, dans sa solitude, traça ces lignes, si expressives, en leur brièveté^: cNous avons perdu <c madame la princesse d'Orange, à Fontainebleau, dont j'ay a grand regret. C'estoit une âme sincère, indigne des souplesses, « ou plustost des fourberie de ce siècle, d

Un suprême hommage fut rendu, dans les Provinces-Unies, a la femme d'élite qui avait tant fait pour elles.

Conformément à la volonté que Louise de Coligny avait exprimée dans le testament du 8 novembre 1620, Henri Frédéric fit, en 1621, transporter de Fontainebleau à Delft la dépouille mortelle de sa mère; et, à l'issue de solennelles funérailles^, il la fit dé-

' Mém, et Corresp, de Mornai, éd. in-4<>, t. 4, p. 474.

^ On lit dans le recueil ofûciel des Résolutions des États généraux des Provinces -Unies : Séance du 10 mai 1621 : «le conseiller d'Immerer «communique à leurs seigneuries, de la part de Son Excellence le prince «Frédéric Henri Tordre du cortège funèbre de Madame la princesse «d'Orange et dit que Son Excellence ayant Tintenlion d'inviter en même < temps, les ambassadeurs ici présens, demande à savoir si leurs seigneu- « ries désirent marcher devant les ambassadeurs, ou derrière eux. — 11 « est résolu que leurs seigneuries s'en remettent sur ce point, à Tordre «que Son Excellence jugera convenable d'adopter. Elles se contenteront «au surplus de marcher derrière les ambassadeurs». — Séance du 21 mai 1621 : «Le conseiller d'Immerer, avec ses assistans^ invite, de la

LOUISE DE €OLIGNY. 347

posera côté de celle de Guillaume 1*% dans un caveau au-dessus duquel fut érigé, plus tard, à Textrémité du chœur de la principale église de Delft, un splendide mausolée^.

Confiant à Madame de Rohan la douleur que lui causait la mort de la princesse d*Orange, Philippe de Mornai faisait entendre ces paroles ^ : <r Je perds en elle une de mes meilleures ce amies, en laquelle je retrouvois la mémoire de l'homme de ce «siècle que j'avais le plus honoré ! »

Avoir rencontré dans la fille de Tillustre amiral la vivante image d'un père tel que lui : Quel plus bel éloge pouvait être fait de Louise de Coligny ?

Saluons, à notre tour, en cette noble image la femme excellente, qui avait adopté pour devise ces paroles : ad regnum tuum vent; et recueillons- nous dans l'intime conviction, que cette pieuse devise a désormais reçu, auprès de Dieu, son suprême accomplissement.

« part de Son Excellence, le prince Frédéric Henri , leurs seigneuries â (( vouloir bien assister, en corps, aux funérailles de Madame la princesse «d'Orange, sa mère, à Delft, lundi prochain, à une heure après midy. Il «(est résolu par leurs seigneuries qu'elles se rendront à cette invitation. »

* Un petit volume in-12, devenu aujourd'hui d'une extrême rareté, contient dans sa partie finale, la reproduction en gravure, du mausolée dont il s'agit, et la configuration, également en gravure, tant du caveau, que de chacun des cercueils qui y sont déposés. Voici le titre de ce volume : Aafbeeldingen van de heerhjke Graf-tomhe en va7i de oud en nieuwe grafkelder der princen van Orangie met aile de histen^ zoo als die in dai graf geplaant zyn, etc. etc, — Te Delft gedrukt by Caspar van Graawenhoon.

' Lettre du 30 novembre 1620 {Mém. et Corresp. de Ph. de Mornai^ éd. in-4o, t. 4, p. 477, supp.).

APPENDICE

On ignore à quels faits s'appliquaient les griefs de la princesse d'Orange contre le comte Ernest. Le peu qu'on sait des relations de Henry Frédéric avec lui, en Tannée 1603, se réduit au contenu des deux lettres suivantes.

Lettre de Henri Frédéric de Nassm au comte Guillaume

de Nassau. 23 octobre 1600.

{Archives générales du royaume de Hollande.)

a A Monsieur mon cousin, Monsieur le comte Guillaume de

«Nassau,

«Monsieur mon cousin, je vous remercie bien humblement du «beau cheval que vous m'avés envoyé. Mon cousin le comte « Ernest est bien en colère de ce que j'ay prins cestuy-là et dict «qu'il vous tancera bien par la lettre qu'il vous en escrira. « Messieurs de Rohan ont esté icy, qui se louent fort de la bonne «chère que vous leur avés faicte. Ils ont dict à mon frère qu'ils «ont monté vos chevaux, et qu'ils sont extrêmement bons; « mais il n'en veut rien croire, qu'il ne les ayt vus luy mesmes. «Si vous ne venés cest hyver icy, j'espère que j'aurai l'honneur

a de vous voir, car je suplieray mon frère de me donner congé fi d'aller en Frise. En attendant, tenés moy tousjours en vos « bonnes grâces et croies que je seray, toute ma vie. Monsieur a mon cousin, vostre très humble cousin, à vous faire service.

«F. Henry de Nassau, (c à la Haie, ce 23 a octobre i 600. »

Le comte Ernest Casimir de Nassau au comte Guillaume

Louis de Nassau. 23 octobre iôOO.

{Archives générales du royaume de Hollande,)

(i A Monsieur mon frère, Monsieur le comte Guillaume, Louis

a de Nassau.

« Monsieur mon frère, vostre palefrenier avec les trois chevaux a est arrivé ici, à la Haye, samedi passé, qui estoit le 20 d'oca tobre, et ayant adressé ses lettres à Monseigneur le comte Henry «et à moy, avec le faict voir les chevaux, desquels Monsieur le «comte Henry a aussitosl choisy le meilleur et retenu pour luy « le cheval qui vient de M. Hornekens, qui, à la vérité, est très «noble cheval et luy plaist merveilleusement bien, comme aussy «à tous ceux qui le viennent de voir. J'ay doncques retenu les «autres deux pour moy, Tun du capitaine Zalouski, en «contr'échange de ma haquenée, et le grand jeune cheval que «vous m'avez donné; d'autant que M. le comte Henry ne la « voulu prendre, desquels vous baise bien humblement les mains, « ne doubtant nullement, avec le temps, en tirer bon service. Je «vous envoie icy Tlnfante, et si, en cas qu'en chemin elle n'a «malheur, m'assure qu'elle vous plaira bien. Il n'y a rien de « nouveau icy que je vous puisse mander. La (relation) de la

a bataille passée en Flandre, que Son ËxoeHence fait faire, n*est

«pas encore imprimée ; sans quoyjevous Ta urois envoyée

«Je suplieray rÉternél, Monsieur et bien-aimé frère, de ce vous continuer en sa saincte protection.

a Donné à la Haye, le 23 d'octobre, Tan 1600.

ce Vostre très humble et fidèle frère, à vous servir,

a Ernest, Casimir, comte de Nassau. »

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