N° IV
Lettre du comte Ernest Casimir au comte Jean de Nassau^
datée de la Haye, 3 juin 1603.
(Grœn van Prinsterer, Corresp. 2« série, t. 2, p. i94.)
«Monsieur mon frère, Monseigneur le comte Henry de «Nassau, avec M. de Bréderode, M. de Barneveld et le trésorier
« Valek» de Zélande, ont esté envoyez en ambassade vers le roy « d'Angleterre, passés quelques quatre semaines, pour le congra- <K luler et traicter avec le roy des affaires de Testât et de ces a provinces; mais nous n*avons encores eu aucunes nouvelles adieux, sinon que M. le comte Henry, à son entrée en la ville « de Londres, ait esté tellement de tout le peuple pressé, qui y
« accoururent et vindrent pour le voir, qu*il n*a pu bouger de
«en longtemps. Il s*apprestoit pour aller audevant du roy, a estant accompagné de mon neveu le comte Hans Emst. x>
Lettre du comte Guillaume Louis au comte Frédéric Henri de Nassau, datée de la Haye, 6 juin 1603.
(Grœn van Prinslerer. Corresp. 2« série, t. 2, p. 197.)
a Monsieur mon cousin, depuis mon arrivée, ay cherché toutes «les occasions de faire trouver bon à Monsieur vostre frère «vostre retour pardeçà, devant qu'on aille en campagne; à aquoy je l'ay trouvé si enclin, qu'il n'a esté besoin de reamonstrances ne prières, s'ennuyant fort de vostre absence; a mais il se trouve vaincu par beaucoup de pregnantes raisons a louchant cest estât, vostre maison et personne, de n'oser ce demander vostre retour, sans que Messieurs vos adjoints en a ambassade l'approuvassent; de sorte qu'il sera nécessaire que, ce de vostre costé, sondiez lesdits seigneurs, si la disposition «des affaires le peut permettre, et que les mouviez, qu'à a vostre instance, ils se déclarent de leur ad vis et volonté; ce a que toutefois je ne vous conseille de faire, sinon quand serez «bien asseuré que Testât des affaires est tel qu'avec fondement «pouviez parler auxdicts seigneurs, vos adjoints, principalement «quand il n'y a autre apparence qu'on se mettra en campagne, «mais que la généralité demeure résolue de ne rien disposer
a devant le retour de ceste ambassade, et la conjoinlure et impor- « tance des affaires requièrent nécessairement vostre présence, «à vostre très grande réputation et accroissement aux choses <c d*estat ; si bien qu'avez desjà acquis d'expérience au faict des oc armes. Et si, d'adventure Tennemi voulait entreprendre quela que cBose sur nous et que serions contraints de nous mettre «en campagne, combien je crois que l'ennemi s'en gardera
oc bien Monseigneur vostre frère m'a promis de parler
« inrailliblement à Messieurs les Estats pour vous mander, ne adoubtant qu'avés prou de temps de nous joindre, entre tant «que l'armée s'assemblera; à quoy je vous assure que je tiendrai «tellement la main, que par les effects, j'espère, trouverez que «je désire de vous complaire, en tout ce qui vous sera « agréable. y>
Lettre du comte Ernest Casimir au comte Guillaume Louis de Nassau, datée de la Haye, en juin 1603.
(Grœn van Prinslerer, Corresp. 2« série, t, i, p. 199 à 203.)
« Nos ambassadeurs ne sont encores de retour d'Angle-
« terre, mais ont desjà passé longtemps en audience. J'espère «qu'ils effectueront quelque chose de bon, pour le moins, le roy «d'Angleterre monstre bonne mine et s'est offert beaucoup. Je « vous avois mandé par cy-devant que mon nepveu comte Hans «Ernst estoit allé accompagner M. le comte Henry en Angle- « terre. On m'a dict que, quand M. le comte Henry s'offrit avec « mon dict nepveu pour saluer le roy, le roy fust esté quasi «trompé, et alla trois ou quatre pas devant mon dict nepveu, « pensant que luy fust le comte Henry ; mais Hans Ernst estoit «si bien appris, qu'il recula tousjours, jusqu'à ce que M. le «comte Henry de Nassau s'advançast et luy baisait les mains;
a et après mondicl nepveu aussy. Regardez si Hans Ernst n'a ff pas bonne mine et s'il ne peut tenir sa gravité, puisqu'on le a prenoit pour l'ambassadeur de ces provinces? Le comte Otto
((de Solms et M. P sont aussy arrivés en Angleterre; et
(( mon nepveu le comte Adolphe y est aussy venu de France
(( La princesse de Portugal est accouchée depuis six jours d'une «jeune fille. Mon frère Guillaume et moy l'avons esté hier voir €à Delft; elle se porte assez bien. Sa paix n'est encores faicte a avec Son Excellence, mais j'espère, qu'avec le temps on pourra a raccommoder, par le moyen de Madame la princesse d'Orange, « mon frère le comte Guillaume, et autres, i
Lettre de la duchesse de Bouillon à sa sœur' Brabantine^ datée
de Saumur^ au début d'août t603-
{Archives de M, le duc de la Trénwille.)
a Chère sœur, serait inutilement que j'entreprendrais de vous adiré le regret que j ay de vous avoir laissée, n'estant en mon (( pouvoir de vous en exprimer une des moindres parties. Vous ((n'en doublez point aussy, je m'asseure, ma bonne sœur. Dieu (( nous suscitera, s'il luy plaist, un moien de nous rapprocher; «je l'en supplye, de tout mon cœur.
(( Pour obéir à vostre cher Monsieur et à vous, je vous rendrai acompte de ce quy m'a esté dict icy. La veille que j'ay faicte «jusqu'à minuit m'excusera, s'il vous plaist, de ce que je « n'escris qu'à vous, à quy je crains moins de faire un coq-àa râne.
a Je commencerai par l'heure de mon arrivée icy, qui a esté a sur les sept heures du soir, et, à huict, l'on s'est mis à table, a d'où l'on ne s'est point levé, que l'on ne m'ait menée à ma a chambre.
(c Les discours ont esté presque tous particulier de TafTaire de a mon Monsieur^ et les conseils presque tous semblables à ceulx «que m'a donné le vostre. L'on n'y a pas mêlé les affaires c( publiques, bien que j'y aye tasché. L'on conseille bien d'enccvoyer au synode, afin de rendre les églises bien informées de a l'innocence de Monsieur mon mari, sans manireste toutefois, «si ce n'est que Ton ait annoncé toute sorte de rigueurs. Lors ails l'approuvent et le sujet qu'ils ne prendront savoir pour a répondre à l'ajournement personnel qui luy sera donné, en a faisant voir les justes raisons que l'on a de n'y obéir pas, ils
((trouvent fort à propos sa demeure à Sedan En me parlant
«de luy il. ne m'a dit rien de plus particulier, sinon qu'il ((estoit résolu en de fort bonnes choses, et en bon chemin.
ail m'a dit l'utilité qu'il croit que l'on retirera du synode a national.
(( Il m'a confirmé qu'il croit inutile toute sorte de suppli-
((Calions vers le roy, pour son regard; mais il croit qu'elles se «font d'ailleurs avec fruit, estant le vray moyen d'assurer ceux ((qui les font faire de l'innocence de celuy pour lequel ils (( s'emploient.
(( Je ne sçay pas quel chemin je prendrai, ni la journée
((de demain. M. Duplessis m'a promis d'y travailler sur le ((matin. Si sçay-je bien que j'ay desjà ouy sonner une heure, et ((que je me lèverai de grand matin. Je souhaite le temps aussy «favorable qu'aujourdhuy. Mon petit train se porte bien. Maon (rm'a parlé vingt fois de petit papa, de grand maman^ du petit «mari. J'ai bien du contentement qu'elle soit tant à vostre gré. « Je ne manquerai pas à vous mander de mes nouvelles soigneuse- «ment; faites-en de mesme, mon cœur, je te supplie, sans t'en «incommoder toutefois, car je t'aime mieux que moy-mêsme, « ma bonne sœur, et sçay que je dois plus à Monsieur vostre « mari qu'à personne du monde, après le mien. Je luy en rendrai
a service, au péril de mille vies, sy j'en avais autant, car nulle «autre n*est, en comparaison de moy, sa servante. Mon cœur, «assurez-l'en bien, et m'excusez de ce que je ne luy ay pas « rendu tant de très honorables remercimens à quoy m'obligeait «tant d'honneur qu'il m^a faict. Adieu, mon cœur; il est temps «de dire bonsoir. Que je trouverai étrange, ceste nuit, de «n'ouïr plus la voix de mon petit fils, que j'embrasse, et ma «chère nièce! j'aime tout cela comme mien, et vous, plus que «moy; mais, si vous m'aimez, gardez-vous bien, et bannissez « les tristesses, le plus que vous pourrez : je sçay le mal qu'elles « font. »
N* vr.
Advis des Mesdames les princesse d'Orange et ducl\esse de la Tremoille à Monsieur de Bouillon y à luy envoyé au mois de mars de l'année 1606.
(Aubery Dumaurier, par Ouvré. Pièce justifie. ^ n« 2.)
(( Vous n'ignorez pas l'exéculion faite à Lymoges redoudit
« tellement sur vous, qu'elle ne soit comme le premier acte d'une « tragédie, delaquelle on vous fera jouer le principal personnage; «ceux qui y ont esté justiciez, et vous mesme ayant recogneu « les avoir induicts à ce qui les a conduicts à ce point. La con- « fusion oii vous estes entré, la demande par vous faicte d'une «grâce n'ayant retardé, ains pluslost accéléré l'effect de telle «exécution, à laquelle depuis encore on adjouste celle qui avoil « esté différée, sçavoir le rasement de leurs maisons.
« Il est donc trop palpable que l'amas de tels matériaux ne se «fait que pour en bastir vostre ruine; ce qui vous est conslam- «ment exposé et qui doibt esclore au premier jour n'est pas « moindre que de faire tomber sur vous une ignominieuse con- « damnation, où ne sera pas seulement comprise la confiscation
ce de vos biens, le rasement de vos maisons, la dégradation et la «privation de vos dignitez, mais le diffame sur vostre postérité.
«Contre cela vous ne pourriez faire rempart que de vos a propres moyens, de support des églises de France, du secours c( de vos alliés, et, tout au pis, d'un recours à la protection de a l'Espagne.
(( Pour vos forces et moyens, on sait ce qui en est, soit par c( Testât de vostre place, soit par la qualité et quantité de ceux «avec lesquels vous la pouvez défendre. On n'ignore pas aussi a que vous estant leur nouveau seigneur, eux, par conséquent «vos nouveaux subjects, devrez, en telle nécessité, d'autant «moins espérer d'eux, qu'ils exposent à perdition leurs facultés «et personnes, pour conserver la vostre contre un tel assaillant, «et pour une cause qui en leur estant incognue, n'aydera pas «à renforcer leurs courages et à empescher, pour vous, la perte «de leurs vies.
« Quant aux églises , si vostre désastre avait ce bonheur, qu'en «vostre cause particulière la générale fûst intéressée, du moins « y aurait à espérer, quelque jour, pour vous la mesme honorable «ressource qu'ont trouvée d'autres grands personnages acca- «blés, en hayne d'un party, par les violences et jugemens « des temps rigoureux. Mais les églises ne peuvent recognoistre « ny alléguer aucun intérêt qui les touche, pour, en tel faict, «ny maintenant, ny à l'avenir, faire leur cause de la vostre. «C'est pourquoy il ne vous faut point repaistre de vagues «espérances, de ce costé-là, aucontraire^ argumenter que, si, « lors mesme qu'il leur restait quelque opinion de vostre inno- «cence, elles n'ont crû devoir troubler leur repos en entre- « prenant d'intercéder pour le vostre, combien moins le feront- « elles maintenant, que vous-mesme avès recours à la demande « d'une abolition, et pour entreprises qui ne pouvaient sinon « interrompre la tranquillité dont elles jouissent.
362 LOIÎISE DE COLIGNY.
a Pour le regard de vos alliez, leurs désunions et foibiesses a sont tellement cogneues, qu'avec tout subject ilz redoubteront « de prendre cause pour vous contre un tel adversaire, et pour (( telle occasion qui, leur paroissant moins plausible et juste, a quand bien leurs moyens sufliraient k vous assister, ils se ((laisseront plutost aller à la diminution d*ami(ié qui nait «ordinairement de la mauvaise fortune, et à se recognoistre «intéressés en Tinterct de celuy qui vous poursuivra, que «d'autoriser avec leurs moyens et forces un exemple qu'ils «appréhendaient estre imité contre eux par leurs propres « subjects.
« Reste la protection de TEspagnol, a laquelle encores que « vous puissiés vous commettre, ce qui est du tout imaginaire, « sans vous rendre pour jamais exécrable à tous les gens de bien «de r.une et de l'autre religion, principalement à ceux de la « vostre, quelle seureté luy pouvez-vous donner ny prendre de « luy, pour le garder de se méfier continuellement de vous, et « vous, par conséquent, de languir et enfin honteusement périr «entre ses mains? d'ailleurs quelle récompense pourrez-vous «espérer de luy, pour contre-peser les biens, dignitez et pen- «sions, que vous aurez pour jamais abandonnez en France, et «quelle autre asseurance pourra-t-il recevoir de vous, que de « vostre personne et de voslre place mesure, lesquelles ensemble «vous pourrez misérablement dire perdues, avec ce qui vous « reste de réputation, dès lors que, par une résolution désespérée, «vous aurez voulu vous prostituer à luy, qui ne vous amorcera «jamais que pour vous engloutir, et ne vous embrassera que «pour vous estouffer? Les exemples ne nous défaudront pas (cplus que les raisons, et nostre histoire nous en produiroit «d'assez récens, sous le règne de Louis Onzième, auquel fut «livré soù connétable par les plus capitaux ennemis de la cou- «ronne, entre lesquels ayant cuidé chercher la seureté de sa for-
« lune et de sa vie, il n'y trouva que radvancement de sa ruine « et de sa mort.
«Si pourtant vous prenez résolution de vous sauver ou de « périr avec vostre place, jugez à combien grand préjudice vous «tournera chaque petit accident, vous ressouvenant que les «succès de la guerre dépendent principalement de la réputation, «laquelle venant k décliner par l'injustice d'une cause, décline «quant et quant la vertu des soldats et se diminue la foy des «peuples; joinct qu'entre les accidens qui peuvent naistre, à « vostre désadvantage, ne sera pas des moindres celuy de la «retraite du petit prince palatin, de Madame vostre femme et de «Messieurs vos enfans; n'estant raisonnable de les exposer aux « incommodités et périls d'un siège.
« Posons encore que tout cela n'ébranle point le courage des « vostres, si faudra-t-il qu'ils soient autres que François, pour ne «craindre d'estre déclarez criminels et traictez comme tels, en « leurs personnes et biens, que peu voudront sacrifier par affection a qu'ils vous portent. Si ce sont gens qui n'ayent que perdre, «comme sont ceux appelés soldats de fortune, c'est non pour- « voir à son salut de s'appuyer sur la foy de tels gens.
« Avienne encore que vous puissiés vous garantir de toutes «ces craintes, sy ne pouvez-vous éviter la nécessité, ou de vous «engager vous mesmes à ceste défence, ou de vous en fiera «quelque autre. Si vous faictes le premier, vous vivrez privé de « toute espérance de secours, sans lequel les meilleures places «ne sont pas irréprochables, et ne serez en autre plus certaine « attente que de la dernière heure et du dernier morceau, par «conséquent aussi de la dernière désolation, ayant à subir abso- « lument la volonté d'un maistre victorieux.
«Si, pour éviter ces inconvéniens, vous en commettez la «charge à quelqu'un, quel garant aurez- vous de sa loyauté et « capacité, quelle assurance qu'il se veuille perdre pour vous.
a Et quand il pourra et voudra tout cela, quelle cautioa qu'une a harquebuzade, qu^une canonnade, qu'une fièvre ne le tue? ce aqu'advenanty qui lui succédera au gouvernail de cette barque (K agitée de vents si forts et contraires, en une mer si courroucée? a Et, à la fin de tout cela, quelle chose plus certaine que le il naufrage?
a Arrivant ce comble de malheur, que Dieu destourne, quelle a se trouveroit puis après la condition d'une femme et de quatre a petits enfans, elle sans mari, eux sans père, pour leur pour- « voir, sans place pour les couvrir^ sans revenu pour les nourrir, ((réduits, en somme, à vivre de la pitié d'autrui? Ceux qui se «promettent beaucoup de la compagnie de leurs proches ne «savent pas combien soudainement leurs larmes sont taries, <i leurs libéralités épuisées, et combien peu de personnes ayment « longtemps ce qui leur est en charge.
a Pour bien délibérer là dessus, ne consultez point vostre «dépit, ny la mémoire de vostre condition précédente, et, s'il « vous est impossible de l'oublier du tout, aumoins ne vous en « souvenez pas trop. Ne regardez point aussi comme impugnables « ces grands bastions à l'entour de vous; séquestrez vos sens «delà, pour quelques heures, et ne pensez qu'à conjurer ceste « tempeste par tous les expédiens que l'amour, sinon de vous « mesme, du moins des vostres, vous pourra suggérer, ne jetant «pas, comme on dit, le manche après la cognée.
«Nous n'estimons pas que vous ignoriez la particulière « seureté que le roy veut de vous, qui est, en somme, de mettre «un gouverneur de la religion, son serviteur, dans Sedan; et « c'est à vous d'aviser, comme, en ce péril, nous croyons que «vous le devez faire, si vous envoyerez en faire l'offre à Sa « Majesté. Sur ce subject, faudroit escrfre de très humbles «lettres et les faire suivre de leurs effects; escrivant semblable- « ment k Messieurs de Sillery, de Villeroy, et de Rosny, par
a l'entremise desquels on obtiendra les seuretés qui vous sont « nécessaires. Après quoy, n'y a doubte, qu'en toute confiance « vous ne puissiez et deviez la voir. Que si vous pouvez prendre a encore vostre mire plus haut et vous résoudre, sans offrir <( Sedan, de venir trouver le roy, sur l'assurance qu'il vous a réitérerait de le pouvoir seurement, pour vous confesser vous «mesme à luy et recevoir sa grâce, en la forme qu'il vous la ccferoit, il faudroit que vous luy escrivissiez avoir ce dessein. a Nous ne pouvons douter que la ^parole de Sa Majesté, en ce «qui sera de vostre salut, ne demeure inviolable, et que le « tesmoignage de vous y estre totalement fié, joint aux satis- (K factions que vous mesme, en présence, luy sçaurez mieux adonner, luy tiendront lieu de toutes les cautions, qu'en vostre ce absence, il demande de vous.
ail n'y a pas longtemps que vous estiez autant eslongné de a luy demander grâce, que, à ceste heure, vous le pourriez eslre a de luy bailler Sedan, ou de le venir trouver vous mesme. N'ata tendez pas à faire l'un de ces deux comme vous avez faict acestuy-là, à contre-temps et à l'extrémité de penser d'en perdre a le fruict, en le faisant de mauvaise grâce et trop tard. Ne croyez a pas que vous et vostre place soyiez tellement considérables, a que l'on craigne de vous presser jusqu'à vous mettre en désesapoir; car on a tellement vu que toutes les branches où vous a aviez cuidé vous prendre se sont rompues entre vos mains, a et si bien pourveu de coupper toutes les autres ou vous eusasiez pu vous attacher, que désormais vous ne devez cercher any ne pouvez trouver salut, qu'en embrassant le gros de a l'œuvre. Et, quand bien vous seriez fort, encore devriez-vous ajustement redouter que le dire commun ne se vérifie, à vos a dépens : qu'un Seigneur, avec de la paille, peut briser son « vassal d'acier. Ayez peur que, pensant encore capituler avec a luy, il ne vous donne la mesme réponse que fit autrefois un
«grand capitaine à ceux de Messine qui ne demandèrent à il traicter, qu*après le voir armé contre eux : il n'est plus temps «d'articuler des conditions à ceux qui m'ont contraint de « reprendre mon espée. »