‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 58 sur 70 · V VII · texte numérisé non relu

V VII

Lettre de la ducliesse de Bouillon à la duchesse de la Trémoille.

9 novembre iôOl.

{Archives de M. le due de la Trémoille.)

a Chère Madame, je me réjouis bien Tort d'approcher de la a Saint-Martin, pour ce que c'est le terme, ce me semble, que «vous avez pris pour vous trouver à Paris il est vray que je c n'y suis plus, mon cœur, mais à Fontainebleau, depuis douze a jours : c'est bien du temps, et sans vous avoir escrit, je l'avoue, (( mais je me promettois d'avoir de vos lettres; c'est la cause de «ce retardement et aussy que je sçay que vous estes une bonne «sœur; que vous ne voulez pas qiie je m'incommode*

« Vous sçavez la vye qu'il faut faire icy, et espérant que ce « n'est pas pour longtemps, je m'y sens plus sujette; de façon «que je me couche bien tard. J'ai soupe à neuf et dix heures, «et par conséquent je dine à une et à deux.

« La royne se porte extrêmement bien. Elle me fait l'honneur «de me faire bonne chère; et hier au soir, que je me trouvais « seule avec Madame de Guercheville, je l'ouis parler assez libre- « ment, de quoy, je vous le diray. Quand j'arrivai icy, il n'y «avait de présente que Madame la princesse de Conty. A ceste « heure. Madame la princesse et Madame la comtesse de Sois- «sons y sont; ceste dernière, que depuis hier. Je l'ay veue en « sa chambre, ce matin, et, toute ceste après disnée, chez la « royne. Elle a fort parlé à moy et de vous, qu'elle aime bien a fort, ce dit-elle. Je l'ay trouvée un peu changée. Madame la

ce comtesse de Moret est icy, qui m'est venue voir en ma «chambre; je n'ay pas encore esté en la sienne, mais je croy € qu'il faut passer par là. Elle a icy son ûls depuis hier, que a chacun va voir; il faut faire ce trait de cour, par imitation et a non pas par plaisir. L'on vient de me venir quérir pour l'aller avoir chez la royne, mais j'ay fait dire que j'estois deshabillée. ocJ'ayme bien mieux vous entretenir, mon coe\ir, que d'y aller, ce Geste comtesse de Moret ne se fait guère aymer. Madame la a princesse luy veut grand mal. La royne a senty son enfant, il « y a cinq ou six jours. C'est une bonne princesse : Dieu nous la a conserve !

« Il faut vous parler de mes enfans et vous dire que je meurs «d'envie de voir Frédéric: l'on m'en mande des nouvelles. Il «commence à escrire; il va à la main. Pour celuy-là ce n'est «rien de nouveau; car, sans sa majadye, je me promettois bien «quy n'eust pas tant mis. Il faut vous dire comme j'ay gou- «verné trois jours Madamoyselle vostre fille. Madame ma belle- «mère estoit chez Madame de Rizé. C'est le plus admirable petit «bec que j'ay jamais veu. Je ne l'ay pas trouvée opiniastre, «comme l'on me l'avoit dict, mais bien sage; je vous le dis «sans flatterie. Je vous envoyé des lettres de la bonne princesse. «J'ay laissé mes filles à Paris; qui me donne bien envye d'y «retourner. Sy je vous y sçavais, je mourrois de desplaisir «d'estre icy, où leurs majestés se plaisent si fort, que l'on ne « parle pas d'en bouger. Je vous croy près de Messieurs vos « enfans, si vous n'estes delà par les chemins. Adieu chère Ma- «dame, mon cœur; Dieu vous veuille conduyre icy, en la santé «que vous desyre ta sœur et ta servante très fidèle. Bonsoir; «je suis toute à vous.

€ A Fontainebleau, ce 8 novembre 1607.

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