‹ Louise de Coligny, princesse d'Orange (volume 2)Chapitre 7 sur 70 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Arrivée de Leicester dans les Provinces-Unies. Situation officielle qu'il y occupa. — Louise.de Goligny lui écrit. — Mémoire présenté à Leicester par les curateurs de la maison mortuaire du prince d*Orange. — Mort des quatre fils de d*Andelot et de René de Rohan. — Démarches de la princesse pour faire cesser la captivité d'Odet de Lanoue. — Le comte Jean perd sa femme; lettre de condoléance écrite par la princesse. — La princesse, dans une lettre à Leicester, déplore la mort prématurée de Sidney . — Autre lettre d'elle à Leicester, rappelé en Angleterre. — La princesse se rend en Frise pour assister au mariage de Tune de ses belles-filles, Anne, avec Guillaume, Louis de Nassau. — A son retour de la Frise, elle écrit aux Ét^ts de cette province. — Mort du prince de Gondé. — Le roi de Navarre et le roi de France concluent un traité d'union. — Lettre du roi de Navarre à Maurice de Nassau, en faveur de Louise de Coligny et de son fils. — Subside accordé enfin par les États-généraux des Provinces-Unies à la princesse. — Lettre d'elle à Guillaume, Louis et à Maurice de Nassau.

Leicester débarqua , le 19 décembre 1585, à Fiessingiie où il fut reçu par Maurice de Nassau et par Sidney, à la tête d'un ^orps de troupes et par divers fonctionnaires civils. Tous Tescorlèrent jusqu'à la demeure qui lui avait été préparée.

De Flessingue il se rendit à Middelbourg, à Dordrecht, à Rotterdam , à Delft , et à la Haye. Les banquets et les fêtes se succédèrent, en son honneur, dans ces diverses villes.

Quelle allait être la situation officielle de Leicester dans les Provinces-Unies, alors que la reine d'Angleterre en avait expressément refusé, non seulement la souveraineté, mais même le protectorat, et que cependant elle avait assigné au comte la mission, supérieure à celle de simple commandant des troupes anglaises envoyées avant son départ, ou venues à sâ suite, de remédier aux défauts dont était entachée, selon elle.

la constitution des provinces, et dopérer, au milieu d*elles des réformes financières et administratives? On se demandait avec raison à quel titre Leicester pourrait normalement exercer une action quelconque sur la condition des Provinces-Unies , s*il ne représentait, au nom de la reine, ni un pouvoir souverain , qu*elle déclinait, ni un protectorat qu*elle ne voulait pas assumer. Il fallait, de toute nécessité, dans l'intérêt des provinces, qu'une autorité nettement déterminée, fût conférée par elles au comte. Aussi, d'accord avec lui, le nommèrent-elles, le 2& janvier 1586, gouverneur général; qualité qui impliquait l'ensemble des attributions suprêmes d'un chef d'État.

La reine d'Angleterre, quelque mécontente qu'elle fût de cette solution, dans le premier moment, ne tarda pas à reconnaître qu'elle était, en réalité, le seul moyen régulier à l'aide duquel les Provinces-Unies pussent sortir de l'impasse dans laquelle elle les avait si impolitiquement placées, par l'étrange mission donnée à Leicester, laquelle était inconciliable avec le rejet soit d'un pouvoir souverain, soit d'un protectorat.

La princesse d'Orange et Maurice de Nassau avaient, avant que Leicester quittât l'Angleterre , reçu de la reine Elisabeth des lettres exprimant la faveur qu'elle leur portait, ainsi qu'à la maison du prince dont elle déplorait la perte. Arrivé en Zélande, le comte avait confirmé les sentiments bienveillants de sa souveraine à l'égard de la princesse et de ses enfants et y avait joint l'expression de ses propres intentions en leur faveur.

La princesse n'avait pu encore le voir, tenant à le remercier d'abord des gracieux cadeaux, qu'avant de s'embarquer, il lui avait fait parvenir, pour elle et pour Henri-Frédéric, elle lui écrivit de Middelbourg, le 9 janvier* :

* MM. Marchegay et Marlel, Corresp. de Louise de CoHgny, p. 28, 29.

« Monsieur, je n'ay point eu ce bonheur de voir Vostre ExceK a lance, depuis avoir reçeu les beaux portrails dont il vous a pieu «m'honorer, desquels ne pouvant faire à Vostre dite Excellence un «assez digne remerciement, je la supplierai de croire qu'ils seront «à jamais tenus de moi pour un des plus chers et précieux «trésors de mon cabinet, et que Vostre Excellence n'en eust «sçeu faire don à personne qui en fit plus d'estime que je le ferai «loule ma vie^ J'ay aussi, Monsieur, à vous remercier bien « humblement, pour mon fils, de la belle chaîne qu'il vous plut luy «envoyer par Monsieur de Sidney, à vostre partement. Je la lui «garderai avec la médaille du portrait de Sa Majesté dont il a plu «aussy à Vostre Excellence de lui faire présent, afin que , quand il «sera grand, il reconnoisse par là l'honneur que Vostre Excel- « lence luy a faict dès ses premiers ans ; qui luy sera , Monsieur, «une particulière obligation à Vostre service; volonté que «j'espère si bien graver dans sa petite âme, que, quand elle «sera capable de raison, je m'assure que ses effects rendront «tesmoignage et à Vostre Excellence et à tout ce qui luy appar- « lient, qu'il est vrai héritier de l'honneur, du respect et de «l'amitié que vous ont porté tous ceux dont il est issu.

« Je vous supplie ; Monsieur, que vostre absence de ce pays « ne me prive de l'honneur qu'il vous a pieu me promettre de «vostre bonne grâce et que, suivant l'assurance qu'il a plu à «Vostre Excellence me faire, j'aye ce bonheur, par son moyen «d'estre reconnu de Sa Majesté pour très humble servante, «qui est un des principaux honneurs dont je suis ambitieuse et «dont je ferai à jamais plus grande gloire.

«J'ai esté très aise. Monsieur, d'avoir entendu comme il a plu «à Dieu d'avoir heureusement favorisé vostre voyage. J'espère «aussi qu'il aura continué à Vostre Excellence la sainte intention «en laquelle elle estoit, à son partement, de procurer tout bien «à ces pauvres pays, nonobstant les raisons qui la pouvoient

492 LOUISE DE COLICNY.

a émouvoir au contraire. Ce sera eo cela , Monsieur, plus que «jamais que vous ferez recognoistre vostre vertu, qui en sera a louée de tous les gens de bien et de moi particulièrement a comme de celle qui sera à jamais

a Vostre bien humble et afTectionnée à vous faire service.

« A Middelbourg, ce 9 de Janvier. Louise de Coligny.»

«Monsieur, je vous supplie que, par vostre moyen je soye « favorisé des bonnes grâces de Madame vostre femme, à laquelle «je baise humblement les mains, et la supplie de croire que je «suis fort désireuse de luy faire service. b

Rien de plus légitime, assurément, que lempressement avec lequel la princesse d'Orange cherchait à prouver à la reine d'Angleterre et à Leicester combien leur protection lui était nécessaire dans les douloureuses circonstances qu'elle traversait; et pour frayer d'autant mieux la voie à l'exercice de cette protection, elle voulut que la reine et son représentant dans les Provinces-Unies fussent, sans retard, parfaitement éclairés, sur la position obérée de la mère et des enfants. Le but qu'elle se proposait à cet égard pouvait être aisément atteint, par la production de renseignements précis que fourniraient des personnages dignes de toute créance , agissant dans l'exercice d'attributions solennellement conférées.

Tels étaient les curateurs de la maison mortuaire du prince d'Orange.

Ces curateurs, en vertu d'instructions en date du 15 janvier 1586*, dont ils étaient porteurs, se mirent à l'œuvre et présentèrent, le 18 du même mois, à Leicester, un aperçu de l'actif et du passif de la succession du prince 2.

* Voir à V Appendice, n" 7, le texte de ces instructions.

* Voir à V Appendice, n" 8, le texte de cet aperçu.

Quelques jours plus tard , ils adressèrent au comte un mémoire dans lequel ils lui dépeignaient Tétat de gène et de privations auquel la princesse et ses enfants étaient réduits.

Voici les principaux passages de ce mémoire ^ :

« Comme lesdits curateurs, tant par diverses lettres

a qu'il a pieu à sa majesté, de sa singulière grâce, escripre à madame «la princesse douayrière d'Orange et aussi à Monseigneur le «comte Maurice de Nassau, que par ce que , depuis la venue de «Vostre Excellence en ces pays, il a pieu à icelle déclarer, tant «à ladite dame princesse, qu'au seigneur comte susdit, ont bien «clairement connu la faveur et grande bénignité qu'il a pieu à sa «majesté, faire suivre, de tout temps par tant de bons effects. ... ;

« Et comme à l'occasion des grands frais et excessifs

«despens que feu Monseigneur le prince a esté contraint de «supporter pour la défense et maintenement d'une si juste cause, «sa maison s'est, après son déplorable trespas, trouvée et se « trouve journellement , de plus en plus, en fort grande peine, « aïant Monseigneur le prince, de son vivant, à l'effect que dessus, «employé non seulement fort grandes sommes d'argent comptant, « avec tous les meubles , bagues et joyaux que le Seigneur Dieu « luy avoit concédez aultant largement qu'à aultre seigneur de «sa qualité, aXant vescu de son temps , mais pardessus ce, son «crédit et celuy de ses frères et aultres parents, oultre la grande «perte des biens faicte par ledict seigneur prince fort iniquement «et contre tout droict et équité saisis et occupés, passé long- «temps, par le roy d'Espaigne et ceux de son party, lesdicts «curateurs ne peuvent délaisser de représenter très humblement «à Vostre Excellence, qu'à l'occasion de ce que dessus, ladite ndame princesse, et les sieurs et damoyselles, enfants délaissez « par Monseigneur le prince jusques à douze en nombre , de

* Archh*es de la maison d' Orange-Nassau, n*^ 2154.

i94 LOUISE DE COLIGNY.

« quatre divers mariages , demeurent non seulement sans moyens asiïffisans pour les entretenir selon leur qualité et le lieu dont ce ils sont issus, mais se trouvent aussi chargez d'un grand a nombre de dettes montans à bien grosses sommes de deniers <rque feu Monseigneur le prince, pardessus l'emploi de tout le «sien, comme dict est, a esté contraint de contracter, tant à «cause des expéditions de guerre par luy faictes, qu'aultres ccdespens infinis par luy supportez pour le bien et advancement «des affaires de ces païs, ainsi que, par Testât sur ce dressé et, «desjà passé quelques mois, présenté à Messeigneurs du Conseil « provincial de ces païs et conté de Hollande , il s'est trouvé et a vérifié , comme Yostre Excellence sera aussy très humblement i( priée de voir par le sommaire dudit estât que, pour éviter «prolixité des écrits, lesdils curateurs luy présentent, joincte- « ment cestes; par lequel estât et ce qu'est ici représenté à Vosire « Excellence elle trouvera pardessus la cognoissance qu'elle a «des actions droictes et sincères de feu Monseigneur le prince, «qu'ayant toujours postposé son particulier pour entendre au «général, il n'a jamais rien eu à cœur que l'avancement du «règne de Christ, fils du Dieu vivant, la délivrance de ces « povres pays , des misères , tyrannie, oppression et servitude «extrême de leurs] ennemis, et les remettre en leur ancienne «splendeur et liberté, ayant cela toujours avec tout extrême «soing, labeur, diligence et vigilance poursuivi jusqu'à sa mort, «par laquelle il a faict cognoistre à toute la postérité la sincârité «et intégrité de ses intentions, n'ayant esté au pouvoir des «ennemis de Dieu, des siens et de ceulxdeceste patrie de se «prévaloir de luy, ny par flatteries , allèchemens ou promesses, «ny par la fureur de leurs armes, mais ont enfin, suyvant la «coustume de tous tyrans, eu leur recours à ung meurtre qu'ils «ont perpétré en sa personne, le plus cruel, inhumain et barbare «qui soit oncques esté ouï.»

ccEtsçachant les curateurs susdits combieu ce lamentable accident, par UQ acte si détestable survenu à ceste ancienne et «noble maison a, dès le commencement, esmeu la majesté de ala royne à compassion et pitié très grande, voyant tant de d petits enfans, non seulement privez d'un si vertueux et bon npère» mais aussy réduits à tant de difficultez et perplexitez, «cognoissant aussy la bonne volonté et entière affection et désir «de vostre Excellence, pour raisons ci-devant répétées, de se- « courir et ayder ceste désolée maison, en ce grand besoin ; c'est ((cause, Monseigneur, que tant plus librement lesdicts curateurs a se sont advancez et ont prins la hardiesse de s'adresser à «vostre Excellence très illustre, pour luy représenter ce que «dessus, non pas pour renouveler les ennuis et douleurs que «vostre Excellence a reçeu et porte d'un si triste accident, mais «pour la supplier très humblement que, suivant le bon et grand «crédit qu'elle a vers sa majesté, pour madame la princesse «d'Orange, monseigneur le comte Maurice et ses frères et sœurs, «afin que sa majesté usant de sa bonté et bénignité naturelle, « il lui plaise faire cet honneur à ladite dame , audit seigneur «comte et à sesdits frères et sœurs, de prendre leurs personnes «et affaires en sa royale protection, et les aider, soustenir et «assister de ses royales faveurs et autorité, suyvant mesme la erequeste très-humble que les députés de messieurs les États «généraux, ayant esté en Angleterre, parleurs articles présentez «à sa majesté, ont fait à icelle, et aussi à ce que ledit seigneur «comte a depuis remonstré et supplié à sa majesté et à votre «Excellence, par monsieur l'ambassadeur Davidson, et ce, par «telles voyes et moyens que« pour le soulaigement et bien de «ladite dame princesse, enfans susdits, et leur maison, sa ma* « jeslé et vostre Excellence trouveront plus expédient et conve- « nable. . . .

« Et comme la bonne et ferme amitié ayant par cy-devant esté

«entre vostre Excellence et feu Monseigneur le prince, et lace quelle il a pieu à vostre Excellence, de sa bénigne grâce, ((continuer vers sadite vefve et enfans sera d'autant plus a confirmée, s'il plaist à votre Excellence leur tendre la bonne a main, à Teffetgue dessus, se peult icelle aussi asseurer que, (( veuillans ladite dame princesse et ledit seigneur comte rapporce ter toutes leurs actions à servir vostre Excellence et dépendre (( entièrement de luy, ilz ne désireront rien plus, en ce monde, «que de recevoir Thonneur de ses nobles commandemens tetc, etc.»

Leicester ayant demandé aux curateurs de la maison mortuaire du prince de lui indiquer les moyens propres, selon eux, à libérer celte maison des charges dont elle était grevée, et à assurer à la princesse et à ses enfants les ressources qu'exigeait un entretien conforme à leur rang, ces curateurs s'empressèrent de présenter, en février 1586, au comte un mémoire* dans lequel, avec non moins de clarté que de fermeté, ils requéraient l'intervention de la reine d'Angleterre et celle de son représentant dans les Provinces-Unies à l'effet :

1* De faire ratifier tout ce qui avait été ordonné et accompli par feu le prince d'Orange, en vertu du pouvoir dont les États, soit généraux, soit provinciaux l'avaient investi ;

2^ De faire exonérer par les provinces des Pays-Bas, en exécution de la pacification de Gand, la maison mortuaire du prince et toute la maison de Nassau, des lourdes charges résultant des grandes levées faites pour la défense des intérêts soutenus par le prince ;

3^ De favoriser, soit par voie d'échange de prisonnier, soit par toute autre voie, la libération du comte de Buren, fils aîné du prince défunt, et sa sortie d'Espagne;

* Voir à VAppendicey n^^ 9, le texte de ce mémoire.

4** D'aider, vis-à-vis du roi de France, la maison de Nassau à retenir la souveraineté de la principauté d'Orange ;

5^ D*aider également, vis-à-vis du môme monarque et des cantons suisses, les comtes Maurice et Henri- Frédéric à rentrer en possession des biens, sis en Bourgogne, qui leur appartiennent;

&" D'agir auprès des Étals pour qu'en attendant le jour auquel les enfants du prince obtiendront la restitution des biens dont l'Espagne a spolié leur père, on leur attribue, jusqu'à due concurrence^ des biens ecclésiastiques ou autres, dès à présent confisqués.

«Mais, est-il ajouté dans le mémoire, comme notoirement sealon qu'on entend, lesdites confiscations présentes ne pouront <(à}ui valoir les pertes susdites, qui sont d'environ GLX florins a par an, et ne seront aussi suffisantes à l'entretenement de «Madame la princesse et enfansdefeu Monseigneur^ le prince, «qu'il plaise à sa majesté, pour ceste cause, tenir la bonne «main et tant faire que, par la faveur et intercession de sadite «majesté, les Etats généraux, à présent en union, en consi- «dération des grands dommaiges et pertes souffertes et faites «par feu Monseigneur le prince en ses biens, comme dict «est, accordent et donnent à Madame la princesse et aux «seigneurs et damoyselles, enfans délaissez par son Ëxcel- «lence, telle et si raisonnable somme de deniers par an, comme «pour leur entrelenement, selon leur qualité et le lieu dont «ils sont issus, se trouvera appartenir, pour en jouir dès main- « tenant, jusqu'à ce que, par autres voyes et moyens, lesquelz «par son Excellence et États généraux susdits pourraient «cy-après estre advisez, ladite dame princesse et enfans pour- «ront condignement estre récompensez des notables ser* «vices, grandes pertes et dommaiges de feu Monseigneur le c prince. »

T Les curateurs iosisteot ensuite sur la nécessité, pour les états des provinces, de déclarer les biens patrimoniaux du prince, dévolus à ses héritiers, exempts, à toujours, de taxes, impositions et contributions ;

8® de décider qu'un titre d'engagement, quant à certains biens sis en Brabant, est, à raison de sacrifices Taits par le prince dans un intérêt public, converti en un titre d'achat perpétuel.

Il est demandé ensuite par les curateurs :

9^ que la reine invite les États de Hollande à attribuer à la maison de Nassau le droit de haute justice sur certains biens qui lui appartiennent, dans cette province ;

iO"" qu'on les invite également à consolider, entre les mains de la maison de Nassau, la possession de la ville de Gertruydenberg, à titre d'achat perpétuel ;

il® que la reine engage les États généraux à faire jouir les enfants du prince de la terre et du comté de Lingen, à titre de propriétaires*

I^es curateurs disent, en terminant leur mémoire :

d Mais comme, par tous ces moyens avant dits, ladite maison a mortuaire ne sera secourue sitost que la nécessité le requiert, (( pour lui conserver sa dignité, attendu la très grande presse «que font plusieurs créditeurs commençant, de tous coslés, à a procéder par voye de justice, arrêts et autres rigueurs, pour aausquels obvier et donner aucun contentement raisonnable (rauxdits créditeurs, ladite maison a très nécessairement affaire, a pour le moins, de cent mille florins de Brabant, desquels les a curateurs supplient, en toute humilité, Son Excellence Mon- « seigneur le Comte de Leycester faire secourir ladite maison par «tels moyens que icelle sçaura mieux penser et adviser, que «lesdits curateurs sçauraient icy proposer.»

Ce mémoire, rédigé par des hommes honorables et p«:^picaces est d'une haute importance : il révèle un pénible état de choses.

duquel se dégagent, d^une part, la générosité des sentiments de Guillaume de Nassau, qui avait tout sacrifié, au service de son Dieu et de sa patrie, et, d'autre part, la situation navrante d'une mère et d'enfants, réduits à une vie de privations voisine du dénuement. De là, pour la patrie qui devait tant au prince, révidente obligation d'arracher sa veuve et ses enfants aux aoxiétés d'une lamentable détresse.

Ici, nous ne saurions trop insister, à l'honneur de Louise de Coligny, toujours digne, sous le coup de l'épreuve, sur ce fait caractéristique, que les curateurs qui connaissaient son extrême délicatesse et suivaient ses inspirations, se gardèrent bien de demander pour elle et ses enfants, soit à la reine d'Angleterre, soit à Leicester, une assistance pécuniaire quelconque, et qu'ils se bornèrent à provoquer la simple mise en jeu de Tinfluence présumée que la souveraine et le comte pourraient exercer sur les États généraux ou provinciaux, quant à l'accomplissement des devoirs que les circonstances leur imposaient impérieusement à l'égard de la famille du prince.

Les curateurs avaient loyalement rempli le leur : qu'advint-il postérieurement à la remise de leur mémoire entre les mains de Leicester? rien n'indique à quelles démarches le comte, soit au nom de la reine, soit en son. propre nom , se livra vis-à-vis des États pour stimuler leurs déterminations en faveur de la princesse et de ses enfants. Si , comme cela est probable, il les stimula effectivement, ce fut en vain; car les États, soit généraux , soit provinciaux , quelque promesses qu'ils eussent antérieurement faites à François de Chastillon et au duc de Montmorency, demeurèrent longtemps encore dans une inexcusable incurie à l'égard de la veuve et des enfants du prince.

Aux soucis pécuniaires s'ajoutaient, pour la princesse, en l'année 1586 de réelles angoisses au sujet de quelques-uns de ses

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parents et de ses amis. Elle ignorait le sort des uns, et elle eut le chagria d^appreodre la mort des autres.

Inquiète d*étre depuis longtemps sans nouvelles de ses Trères François de Chastillon et dAndelot, que Ségur, pensait-elle, pouvait avoir vus récemment en Languedoc ou en Guienne, avant de partir en mission à Tétranger, elle lui écrivit, en août* : €je suys fort marrye que vostre voyage ne s'est advancé « pour passer par icy, comme je Tespèrois, suyvant ce que j'en aavois entendu par quelques-uns qui venoyent d*Angleterre. (( J*alendré de sçavoir de vos nouvelles par le retour du sieur de (( Villiers. Je vous supplie me vouloir faire part de celles du roy «de Navarre^ de madame sa sœur et de mes frères; et faytes (( estât, sy vous plaisl, que là oii j'aurai moyen de vous servir je « m'y employeré tousjours avec beaucoup d'affection. Etc., etc. ».

En traçant ces lignes, Louise de Coligny portait au cœur le deuil de quatre morts : ses cousins, les fils de d'Andelot venaient à une date voisine de celle de pâques, d'être tout à coup enlevés à son affection.

Un combat avait eu lieu, aux environs de Saintes entre un autre cousin de Louise, le prince de Condé, et Thiercelin, chef ennemi. Les fils de d'Andelot, volant au secours de Condé, avaient décidé de la victoire, mais à quel prix! tous, en quelques jours avaient succombé : Tun, Tanlay, à Saint-Jeand'Angely ; deux autres, de Rieux et Sailly, blessés à mort sur le champ de bataille de Saintes ; et le quatrième de Laval, à Tissue de la lutte, dans laquelle il avait accompli des prodiges de valeur 2. Frappé au cœur par la perte foudroyante de ses frères

* Lettre datée de Flessingue {Bihl, nat, mss. \^ Ck>lbert, vol. 401, f>« a51 .)

^ D'Aubigné {Hist. vnit\, t. 3, liv. l<*^ chap. 3), après avoir parlé du combat de Saintes, ajoute : <!C ceux qui cstimoient les choses plus à utile « qu'à l'honnesteté, estimèrent à grand heur le dommage que les réfor-

bien-aimés, de Laval n'avait pu leur survivre: une violente fièvre, éclatant sous le coup de ses déchirantes émotions, l'avait emporté, en trois jours*.

cmés reçurent en vainquant, surtout de ce que le comte de Laval, ayant, c quelques jours auparavant, perdu son frère Tanlai, vit encore finir les fdeux autres entre ses bras, et en mourut de desplaisir. Ces quatre « frères étaient vrais enfans de d'Ândelot , semblables de visage, mais cplus encore en probité, prudence et valeur. »

' Comment, en mentionnant la mort du comte de Laval ne pas rappeler ici la touchante lettre que sa veuve, Anne d'Allègre, reçut de Phic lippe de Momay? Madame, lui écrivait-il, le 24 mars 1586, la douleur «est trop grande pour la penser assoupir : il est plus séant d'y condoudoir. Vostre perte est commune avec tous les gens de bien du royaume. «Le mal est que ce que chacun en souffre ne rabat rien de vostre mal «particulier. De moy, madame, je puis dire avec vérité qu'il y a long- « temps que je n'ai reçu une si sensible perte^ et si vous voulez con- «noistre combien j'honorais monsieur vostre mary, que j'ayecestbonneur €d'estre commandé de vous en chose qui vous puisse soulager! j'estime, <^ madame que, pour le regard des amis et serviteurs, la plus humble «façon de pleurer, c'est de servir de tout leur pouvoir à ce qui survit «ceux qu'ils ont honorés vivants et à leur postérité. C'est le deuil, ma- «dame, que je veux prendre; et pourtant faites entier estât de mon «bien humble service, et disposés de moy comme de personne tout «acquise à vostre maison et affectée à tout ce qui attouche feu mon- « sieur vostre mary ; car je le veux honorer et servir en ce qui reste de «luy et après luy ; et tel que je lui ay esté, tel vous veux-je demeurer, «toute ma vie» {Mém, et Corresp. de Ph, de Momay, in-4«>, 1624, 1. 1^ p. 460).

Vers le 45 avril 4586, Henri, roi de Navarre, écrivit à M»»© de Laval : «Ma cousine, si je n'avois autant de regret en la perte qu'avons faicte de «feu mon cousin, vostre mary, que pas un de ses amys, il me semble que «j'aurois plus de sujet de vous en donner la consolation qui est néces- «saire; mais le mal nous est si commun à tous, l'amitié que nous lui «portions telle, et le besoin qu'il nous fait si cogneu, que chacun jour «nostre regret augmente, nous ressouvenant de sa valeur et du zèle sinfgulier qu'il .portait à la gloire de Dieu, oultre l'amitié et grande affec- «lion qu'il m'avait monstrée» {Lettres missives de Henri IV, t. 2, p. 206).

La princesse d'Orange, pleurant la mort de ses cousins, allait-elle être condamnée à pleurer aussi celle de ses Trères? Voilà ce qu'en secret, elle se demandait avec eflfroi. Or, s'il était, en réponse aux appréhensions dont elle ne pouvait se défendre, des paroles propres à les calmer, c'étaient bien celles, qu'un jour, Ghastillon avait fait entendre, en présence des dangers auxquels il était exposé; les voici: oc Ne savez-vous pas cque vous m'avez laissé en la garde de Dieu, et estimez-vous, «après cela, que rien de mal me puisse arriver? Nos jours sont « comptés ; nous ne pouvons allonger ni accourcir le cours de anostre vie; et ainsy vous ne devez rien craindre pour moy, car (i Dieu m'a gardé jusqu'ici et me conservera encore, s'il luy plaît*».

Sous l'égide de Tintimité qui avait uni Tun à l'autre, Tamiral de France et Soubise, s'était formée une étroite amitié entre les filles de ces deux grands hommes, Louise de Goligny et Catherine de Parthenay. Aussi, fut-ce pour Louise, si profondément affectée déjà par la perte récente de ses cousins, un pénible surcroît d'émotions que celui qui lui fut imposé, quand bientôt elle apprit que Catherine se trouvait désormais vouée, comme elle, à un douloureux veuvage, par la mort de René de Rohan. Des combats incessants avaient épuisé les forces de ce valeureux chef, qui s'était naguère couvert de gloire, au siège de Lusignan ; le profond chagrin que lui causait la mort des fils de d'Andelot lui porta un dernier coup, dont il ne put se relever. Il succomba, à La Rochelle, dans sa trente- sixième année, laissant à sa femme cinq enfants en bas âge, qui, plus tard illustrèrent, à des degrés divers, le nom de Rohan^.

* Voir notre publication sur François de Ghastillon, comte de Coligny. i vol. iQ-8o, 1886, p. 234.

• « Ce funeste accident (la mort des fils de d'Andelot) arrivé en si peu «de temps, dans une des plus illustres maisons du royaume, et à des « seigneurs tous à la fleur de Tàge, causa, à ce que Ton croit, la maladie

On peut se faire une idée de Taustère épreuve imposée au cœur de Catherine de Parthenay, à l'ouïe de ces simples paroles que peu de mois après la mort de René de Rohan elle adressa à Ségur^ : «..•.je désire entendre de vos nouvelles, tant pour «Tamitié que je me fais accroire que vous me portez, que pour « la consolation que je m'attends recevoir de vous, en mes plus «grands ennuis, desquels après avoir esté fort diversement « visitée depuis que je ne vous vis, j'ai enfin reçu le plus grand «qui me pouvait advenir, qui est la mort de monsieur mon «mary, lequel m'asseure que vous aurez plaint autant qu'aucun « de ceux qui me font ce bien de m'aymer, ayant perdu en luy «un des meilleurs amis que vous eussiez en ce monde. Geste «extrême affliction m'avait réduite en si piteux estât, m'ayant «causé, au partir delà, une fort longue maladie, qu'il n'y a «pas encore quinze jours que je ne pensois m'en devoir jamais «du tout tirer. Toutes fois je crois que Dieu me veut encores «réserver en ce monde: je le supplie que ce soit pour luy « servir. »

L'affliction de Louise de Goligny, quelque grande qu'elle fût alors, n'altérait en rien sa sollicitude pour l'infortune d'autrui. Celle du fils de Lanoue ne cessait de la préoccuper. Aussi, fit-elle appel, de nouveau, en faveur du prisonnier, au zèle d'Hotman, qui pouvait, par ses instances auprès du comte de

«dont René, vicomte de Rohan^ mourut bientôt après à La Rochelle, «dans sa trente-sixième année. C'était un homme d'une probité et d'une «candeur admirables. Il avait un grand crédit auprès du roi de Navarre «dont il était proche parent .... René était aussi très considéré parmi clesprotestans. Il avait épousé Catherine de Parthenay, dame de Soubize, • femme d'un rare mérite, et, ce qui n'est pas ordinaire à son sexe, f aussi recommandable par son érudition, que par l'éclat de sa naissance «et par ses vertus.» De Thou, Hist^ univ,, t. 6. p. 646.

* Lettre du 14 septembre 4586, datée de La Rochelle (Bibl, nat, mss. Vc Colbert, vol. 402, fo342).

204 LOriSE DE COLIGNY.

Leicester, provoquer de la part de celui-ci, une démarche teodaDt à faire cesser la captivité d'Odet. Elle écrivit de FlessiDgue à Hotman, le 22 septembre* :

a Je veoy bien que vous avez fort favorable audieoce de vostre (cmaistre, puisque vous avés pris temps de luy parler des priasonniers, et qu*il vous a donné si bonne response. Je mande à a Monsieur de Sidney les belles promesses que le baron de Ville «m*a faictes, touchant les prisonniers. Il veut bien que ce soit «à luy à qui j'en aye toute Tobligation, et non à son ËKcellence. «Il ne m'importe auquel des deux, et confesseray en avoir beauce coup à Tun et à Tautre, pourvu que par ce moyen M. de Téli- (cgny (Odet de Lanoue) ait sa liberté. Vous verres par un extrait ((de nouvelles que Ton m*escrit de France, lequel je vous u envoyé, comme elle est mise en avant, d*un autre costé; mais ((je sçay que Monsieur de Lanoue desireroit beaucoup plus tost (( ravoir par le moyen des Anglais, que d'en estre tenu, en quel- (cque façon, au duc de Lorrayne, comme vous Tavez pu voir < par la lettre que ledit sieur de Lanoue m'escrivoit, il y a quel- (( que temps , dont je vous donne la copie , pour la montrer à a Son Excellence. Je vous prie prendre occasion sur ce subject ((de luy en parler encore, afin que Son Excellence avise, s'il luy dcplaist, à se servir desdits prisonniers pour cest effect, puisqu'il f luy plaist avoir l'honneur de la délivrance de cest bonneste « homme ; je ne luy en ose escrire parceque je sçay qu'il a tant ((d'occupations, que je craindrais d'estre appelée importune; (( mais je me fye que Monsieur de Leicester et vous sçaurés bien ((trouver des occasions à propos pour y continuer vos bons (( offices, comme je vous en prie.

a J'ay appris aujourd'huy, par une lettre de M. de Sidney, a comme Son Excellence et les Estats sont maintenant en voie

* Archives du ministère des affaires étrangères (de France). CoUeclion des papiers de Hollande. Vol. 4. f» 203.

ad*accord. Je prie Dieu de tout mon cœur qu*ils en puissent «fayre un bon et irrévocable, car, à mon opinion, de là dépend c le salut ou la ruyne de ce pays.

a Monsieur Hotman, je n'entreprendrai point de vous répondre «sur Tendroict de Vostre lettre où vous tombez sur mes «louanges, car je ne pourrois. Ne disant la vérité qu'à mon «regret, je recognois en moy que je ferois tort à vostre juge- «ment, s'il est tel que vos paroles me le monstrentpar vostre «lettre. Mais, pour ne blasphémer à rencontre, je veux croyre «que, lorsque vostre plume s'est pleue à me donner tant de «mérites, l'idée de quelque digne subject vous estoit représentée; «et, comme les beaux esprits, et doués de hautes perfections, «pensent ordinairement à ce qui peut leur ressembler, vostre « âme, saisie de ce dont elle est plus capable, ne s'est pu empes- «cher de m'attribuer, non ce qui est en moy, mais ce qui vous «semble qui y devroit estre, ayant cest honneur d'estre fille et «femme de deux personnages que, sans rougir, j'ose dire avoir «esté des plus grands de nostre siècle; et il y en a peu qui «puissent marcher de pair avec eux. Voilà d'où je tire ma gloire, «et d'où, si je suis digne de quelque louange, je la mérite. «Mais je finis ma lettre, après m'estre recommandée bien affec- «tueusement à vostre bonne grâce; et prierai Dieu, Monsieur «Hotman, vous avoir en sa très saincte garde.

(( Vostre bien affectionnée et bien asseurée amie,

ce Louyse de CoUigny. »

«P. S. Prenés garde par qui vous m'escrivés, car il me «semble qu'il y en a qui sont curieux de voir les lettres, si mon- « sieur de Sidney n'est près de Son Excellence, j'ay donné «charge que l'on vous baillast ce pacquet et luy ferés, s'il vous « plaisl, tenir mes lettres, et regardés s'il vous aura esté donné «bien fermé, i^

c J'ay reçu, mandait encore la princesse à Hotman, le 28 avriP, «la lettre que m avez escrite par M. du Fay, que j*ay esté exlré- ((mement aise de voyr, pour aprendre par luy beaucoup de aparlicularités de personnes que j'honore le plus en ce monde. «Il poursuit son voyage et, pour cesteffect, partit hyer d*icy. Il (Ks'atend que M. de Sidney le suivra bienlost. Vous dites que «devez estre de la partie, au moins qu en estes requis : je vous «prie que ceste volonté-là vous pregne, et la donnés à M. de «Sidney de passer par icy, car il me semble, par la lettre qu'il «m*escrit, qu'il n*est pas résolu quel chemin il prendra. Pour « moy, il me semble qu'il n'en peut prendre d^autre que celui-cy ; « et s'il faisoit autrement, je croiray que luy et vous fuyrés la vue «de vos amys. Ne permettes que je conçoive ceste opinion, et «croyés, je vous prie, que rien ne m'a empeschée de vous cescrire, que le troublement d'esprit que j'ay eu des mauvaises «nouvelles de France; et ne me croyés, sy vous plaist, sy «manque de jugement, que je fasse porter la pénitence à ceux «qui n'en peuvent mes des fautes commises par autruy.

« Je vous recommande toujours le prisonnier, et prie Dieu de «si bien inspirer M. le comte deLestre (Leicester), qu'il continue «en la volonté que me mandés que pensés qu'il prendra, sy «Champagne ne fait autre démonstration d'entendre à l'échange «de Monsieur de Téligny; et s'il l'effectue, et qu'il luy plaise «le mettre entre mes mains, j'espère que nous en aurons meiltieure On, que s'il demeure en Angleterre. Je vous prie de ne « vous lasser en ceste poursuite, etc. »

A vingt jours de là, l'amiral J. de Nassau secondait les vues compatissantes de la princesse d'Orange au sujet d'Odet de Lanoue , en écrivant à Maurice de Nassau ^ : « Je remercie très

* Lettre datée de Middelbourg, 28 avril 1586 (Archives de la maison (V Orange-Nassau, n» 2247«).

* Archives générales du royaume de Hollande.

«grandement Vostre Excellence de Thonneste offre qu'il luy plaist «de me faire pour M. de Téligny, lequel je ne puis obmectre de «recommander, tant pour lamitié que feu Monseigneur mon «père a portée à M. de Lanoue, que pour ce que ledit sieur de «Téiigny, oultre les vertus qui sont en luy, a esté fait prison- «nier, estant au service des Estais, du temps que j'avois cest « honneur d'estre chef du Conseil d'estat. Et d'aultant que j'ay «entendu cpie, depuis quelques jours, le sieur Martin Schuck a «pris quelques Espaignols, si aulcun se rencontrait de qualité, ou «bien qu'il fût en réputation pardelà, je supplie de rechef Vostre «Excellence ordonner qu'on ne parlera de leur rançon, sinon «qu'on traite aussi de celle dudit sieur de Téiigny. »

D'autant plus compatissante pour les souffrances de l'âme chez autrui, que depuis longtemps elle connaissait par elle-même ramertume de telles souffrances, et s'attachant, pour les suppor- 1er, à la recherche des consolations suprêmes, Louise de Coligny fut appelée, dans une circonstance solennelle, à prouver, comme maintes fois déjà elle l'avait fait, de quelle tendre sympathie elle savait, en femme chrétienne, entourer, au jour de l'épreuve, ceux qu'elle aimait.

Le comte Jean ayant perdu sa femme, elle s'adressa à lui en c^ termes * :

« Monsieur mon frère, il y a quelque temps que ma fille Made- «moyselle d'Orange m'avertit que, par quelque bruit elle avait «entendu qu'il avait plû à Dieu retirer à soy Madame ma sœur, « vostre bonne partie ; et comme nous croyons le plus lard que nous «pouvons ce que nous craignons, aussy je n'ay voulu prendre «résolution de vousescrire, sur ce bruit incertain. Mais depuis «peu de jours ayant eu plus certain et particulier avertissement,

* Lettre datée de Flessingue, 29 juillet 1586 {Archives de la maison d'Orange^Nassau^ n<>2247).

a je D*ay voulu laisser aucune occasion ^ Monsieur mon frèfe,

«cpour vous assurer du ressentiment que j*ay eu de cette afflic-

ation* Car, combien qu'il ayt pieu à Dieu m*exercer en tant de

(( sortes de visitations, tellement qu'il sembleroit que je devroîs

oc estre comme endurcie, si est-ce que je dois conresser mon in6r-

(cmité estre telle, que les nouvelles afflictions me remectent

a incessamment en mémoire les précédentes ; ce que je ne vous

(c dirais Monsieur mon frère, pour vous renouveler vos douleurs,

<c lesquelles je ne doubte, vu le long temps, que vous n*ayez

<K modérées par la raison de la connoissance de la volonté de

c( Dieu, qu'il luy a peu imprimer en vostre cœur, mais parceque,

« j^espère, ce vous sera quelque consolation et partie de conten-

(ctement , quand vous entendrés que vos amis et vos obligés, du

f nombre desquels je me tiens, et des premières, ont aussi part

d en votre affliction ; espérant que ce bon Dieu, qui en tant de

a sortes nous visite, nous donnera aussi, un jour, certaine et

a assurée consolation, laquelle, ores que nous ne devions attendre

« parfaite, en ce monde sujet à tant de vanités et changemens,

d mais en un meilleur siècle, si est-ce que celuy qui nous con-

ce naît, et de quelle nature nous sommes, nous donnera, s'il luy

a plaît, quelque allégement, au milieu de tant d'afflictions. Je

«vous supplie humblement, monsieur mon frère, me vouloir

«honorer de vos lettres, desquelles j'attends deux fruits, Tun,

(c d'eslre consolée de vous, et, en me consolant, que vous mesme

a aussi recevrez consolation de celui qui en est le père et qui

a nous a promis de ne nous point laisser orphelins et de nous

«donner son esprit consolateur, lequel nous remplira, s'il luy

«plait, de toute consolation.

«Au reste, je ne vous écris rien, monsieur mon frère, tou- (( chant les affaires de celte maison et les miennes en particulier^,

* Ces affaires étaient si loin de s'améliorer, et la pénurie de la princesse était toujours telle, qu'elle avait récemment écrit à Huyghens que,

«d'autant que M. de Nymbourg/ qui est l'un des curac leurs, el qui est personnage bien suffisant, vous en instruira a afDpIement, s1l vous plaît luy donner audience, comme je vous ten supplie, et luy dire, s'il vous plaît, vostre volonté sur Tordre «que Ton y doit donner, car je vous assure qu'il est très néces* asaire d^y en mettre quelque bon. Ledit sieur de Nymbourg vous ((assurera aussy de la bonne santé de vos neveux et nièces.

« Il me reste. Monsieur mon frère, de vous supplier me tenir (cau nombre de vos plus humbles et affectionnées parentes et «amies, du tout dédiée pour vous honorer, obéir et faire ser- «vice, etc.

nP. S. Je vous supplie me permettre, Monsieur mon frère, tt qu'en ce lieu, je baise les mains k ma flUe, Mademoiselle Émi* «lie. Je ne lui écris point, parceque je crois qu'elle n'entend «pas le françois; mais je la supplie de s'asseurer qu'elle trouvera «tousjours en moy toute l'amitié et affection d'upe vraie mère, « telle que je la supplie qu'elle me tienne et me reconnaisse tous- «jours.»

La princesse, entretenant une correspondance suivie avec ses amis, avait soin de leur faire sentir le prix qu'elle attachait à leur activité épistolaire, en la stimulant par d'affectueuses paroles, telles que celles-ci ^ : «Je vous prie ne vous ménager de m'es- «crire souvent; n'ayant chose plus recommandable que d'en- « tendre des nouvelles de mes bons amis: c'est une grande «partie de ma consolation.»

si elle pouvait, par son intermédiaire, toucher le semestre échu de la pension que les États d'Utrecht devaient servir à Henri-Frédéric, « celui serait beaucoup de plaisir, et que le secours viendrait autant à «propos qu'elle le pourrait souhaiter» (Lettre datée de Flessingue, 4 juin 1586. — Archives de la maison d^ Orange-Nassau),

' Lettre à Hotman, datée de Flessingue, 2.5 septembre 1586 {Bibl, nat. mss. f. fr. vol. 15,950, f» 25).

Trop souvent, hélas! lui parvenaient, soit de France, soit des Provinces-Unies, des nouvelles affligeantes. Il en fut ainsi, dans le cours de Tannée 1586, où s'accumulèrent, pour elle, les sujets de deuil. A ceux dont il vient d*étre parlé s'ajouta, en dernier lieu, la perte d'un ami que ses nobles qualités et son dévouement avaient rendu particulièrement cher à Louise, dans son infortune: nous avons nommé Ph. de Sidney. Grièvement blessé, le 22 septembre, au combat de Zutphen, il succomba, quelques semaines plus tard, à Arnheim.

Profondément émue de sa mort , la princesse d'Orange adressa au comte Leicester ces lignes dans lesquelles se traduisaient en termes saisissants, ses regrets et sa sympathie pour l'oncle désormais privé d'un neveu qui n'avait cessé d'être, a son égard, un appui affectueux^ :

<t Monsieur, comme j'avoy dépesché mon maistre d'hostel, le «sieur de Foudoy pour aller visiter feu Monsieur de Sidney, de « ma part, et par mesme moyen le prier d'intercéder vers vostre «Excellence de m'accorder une requeste que je luy faisois, j'ay «esté advertie du trespas dudit sieur, lequel j'ay déploré et «déplorerai toute ma vie, autant que si c'estoit mon propre <c frère, pour raison de ses grandes et rares vertus, du service «qu'il faisoit et pouvoit faire à Sa Majesté, du suport que vostre «Excellence en avoit, en ses grandes affayres. Et d'aultant que «je m'estimay heureuse, en ceste misérable viduité, que Dieu «l'a voit adressé en ce pays, la vertueuse ethoneste conversation, «duquel me faisoit porter mes ennuis plus patiemment, ce m'a «esté, Monsieur, une très dure nouvelle, que d'entendre la «perte d'un tel ami, et m'est une nouvelle affliction qui m'en «rafreschit d'autres du temps passé, qui ne pourront jamais

* Lettre datée de Flessingue, 3 novembre 1586 (notice de M»" Sybrandi sur quelques lettres écriles au comte de Leicester).

«passer en mon cœur. Je n*en diray davantage à vostre Exceldlence, craignant de renouveler la douleur que je m*asseure, elle cavoit conçue d*une telle perte, et qui aura touché si avant f( votre Excellence. Mais comme Dieu vous a faict la grâce, a Monsieur, d'avoir sa saincte cognoissance, aussy je le prie «qu'il luy plaise donner à vostre Excellence consolation, selon la «grandeur de l'affliction, et qu'il me donne aussy ceste con- «slance, qu'en renouvelant souvent, en mon cœur, la mémoire «de son amitié, je puisse, par ce moyen, rabattre une partie de « la tristesse dont je suis remplie, d'avoir perdu un si bon et hono- «rable amy. »

A la tristesse de la princesse correspondait celle de Ph. de Momay, disant à Walsingham, beau-père de Sidney^ :

«J'ay sçeu la triste nouyelle de la mort de Monsieur de «Sidoey. J'ay eu des travaulx et des traverses, en ce misérable «temps, mais rien qui m'ait tant percé le cœur, rien qui m'ait «plus vivement touché, ni en particulier, ni en public; je l'ai «ressentie en moi pour vous et pour moy-mesme. Je le pleuœ «encore et le regrette, non pour l'Angleterre seulement, mais «pour la chrestienté. Dieu le nous a plainct. Monsieur, et peult- «estre parcequ'il eûst mérité un meilleur siècle; mais certes à « nul pouvait-il mieux convenir qu'à cestuy-cy, si la volonté de « Dieu estoit de l'amender, c'est ce qui me faict désespérer de «mieulx, quand le bon s'en va, et la lie nous demeure; et c'est «trop aussi, en une année, d'en avoir perdu deux, je dis feu «Monsieur le comte de Laval et Monsieur Sidney, tels en leurs «personnes, tels à leurs amis, tels au public. Désormais je suis « tenté, ou de n'aimer personne, ou de haïr moi-mesme. Toutes- «fois je me résouds enfin de les aimer et honorer en tout ce qui «les touche, et veulx redoubler particulièrement vers vous, en

• Mém. et Corresp. de Momai, éd. de 1824^ t. 3, p. 488.

a affection, ea honneur, en service. Faites-moi donc cest honaneur. Monsieur, de faire estât de moi, de plus en plus, et «concluons parce mot : la volonté de Dieu soit faite. »

Vers la Gn de Tannée 1586, allaient s'accroître pour Tinfortunée veuve de Guillaume de Nassau, les amertumes de Tisolement ; elle se voyait menacée de perdre Tunique appui qui lui restât dans les Provinces-Unies.

Sous Tempire de circonstances politiques dans Texposé desquelles nous n'avons pas à entrer ici, la situation de Leicester, au sein de ces provinces était devenue diflicile; et Elisabeth le rappela provisoirement en Angleterre.

Avant qu'il y retournât, la princesse d'Orange convaincue que son absence serait préjudiciable aux intérêts publics et privés dont il s était constitué le^ protecteur, conçut de vives alarmes, et les lui exprima dans la lettre suivante^, avec cet accent du cœur qui toujours s'alliait chez elle à celui de la raison :

c Monseigneur, les bruits venus à diverses fois et par plusieurs a personnes, que vostre Excellence délibère sur un voyage eo «Angleterre, m'ont esté si souvent répétés, que j'ay esté finale- « ment contrainte d'en croire quelque chose; ce qui m'a mise en «grand soucy, premièrement pour le général du pais et de « toutes les églises qu'il a pieu à Dieu recueillir en ces provinces, «d'autant que je ne puis comprendre comment elles auront «moïen, durant l'absence de vostre Excellence, de consister, «puisque par sa présence elles ne peuvent, sans grand'peine «et labeur, y subvenir. Mais, comme il est bien raisonnable, en «chose que je n'entends point, que je m'en remette à la résolu- « tion de plus sages que moy, aussy j'espère que la prudence et

* Lettre datée de Flessingue, 4 novembre 158C {Brieveu van forsten reyeringa pernonen, — Archives générales du royaume de HoUande).

«sagesse de vostre Excellence, et rexpérience qu*elle a eue des «affaires de ce paîs remédieront, en quelque sorte, à tous dan- «gers qui pourroient survenir durant son absence, que ces «pauvres églises et païs n'en pourroient souffrir aucun domdiuage. Ce néanmoins je ne laisseray d'avoir un soin continuel «qui m'excitera à prier Dieu pour la prospérité de Sa Majesté, < delaquelle je vois que tous gens de bien jugent que la nostre «dépend, et qu'il luy plaise mettre en son cœur de renvoyer «bieotost vostre Excellence pardeçà avecq ceste autorité et «moyens, que nous puissions voir, sous sa conduite, Testât de «ce pays restabli, et les ennemis de Dieu vaincus et confondus. « Or, si Testât public m'a donné juste occasion d'avoir grand «soucy, mon particulier. Monseigneur, et de mon fils, ne m'a «guères moins touchée; car, comme Testât de la maison de feu «Monseigneur, mon mary, est assez cogneu à vostre Excel- «lence, et que je ne doy avoir honte de le confesser devant tout «le monde, puisque ses grands biens ont esté emploiez pour le «service de Dieu et de ces pays, et que par sa pauvreté reluit la «justice de laquelle il a esté couronné, de son vivant, et est «CDcores après sa mort, malgré tous ses ennemis et médisans, «toutesfois ceste gloire est accompagnée, à mon très grand «regret, d'espines engendrées par la pauvreté de moy princi- «paiement et de ce qui me touche, laquelle néanmoins j'ay «jusques à présent. Dieu mercy, soufferte avec patience, tant «pour obéir à Dieu, et aussy pour raison de Tespérânce par «moy conçue, suivant les lettres dont il avoit pieu à Sa Majesté «m'honorer, et les honnestes promesses qu'il avoit pieu à vostre «Excellence me faire, sur lesquelles je me suis reposée. Mais «maintenant que je vois que vostre Excellence est preste de «reprendre le voyage d'Angleterre, et que le temps m'a préci- « pilée en beaucoup plus grande nécessité que je n'estoy lorsque «vostre Excellence est venue pardeçà, mesvient que les petits

a moyens que je puis avoir de France me sont, partie ostés, fi( partie accourcis, par Tiniquité des guerres et des ennemis de a nostre maison. Je conoy que avec la pauvreté et nécessité qui ce me presse, ce qui fait soustenir aucunement les misérables ((avec espoir m'est aussi osté, tellement que je me sens surce chargée d'un second mal plus pesant beaucoup que le premier; d car, quand vostre Excellence sera partie de ce pais, je ne voy a personne à qui je puisse avoir recours; car aussy j'avoy mis a entièrement mon espérance sur icelle, et, comme il me ce semble, avec beaucoup de raisons.

a Premièrement, j'estoy bien informée de Tamytié et faveur «qu'il luy a pieu tousjours porter à toute nostre maison de ccChastillon et de Montmorency, et que plusieurs seigneurs de aces deux maisons, en leurs nécessitez, avoient trouvé secours a et assistance en vous. Je sçavoys aussy Tamitié qu'il luy avoit «pieu porter tousjours à Monseigneur mon mary. Et finalement « il avoit pieu à Sa Majesté m'asseurer de sa bonne affection et crdu commandement et charge qu'il luy avoit pieu donner à «vostre Excellence d'avoir moy et les miens en singulière «recommandation; et, ce que j'estime une grande asseurance, « il avoit pieu à vostre Excellence de le faire.

«Ces raisons me font suplier humblement vostre Excellence « d'avoir esgard à moy et à ce qui me touche, devant son parte- «ment de ces païs; car, après son départ, je perdray aussy toute « espérance d'eslre aucunement secourue, et m'assureray d'estre € entièrement abandonnée.

« Et, parceque j'ay cherché et fait chercher par ceux qui me «portent affection et à la mémoire de feu Monseigneur mon «mary, quels moyens se pourroient trouver pour me secourir, « puisque les affaires de Messieurs les Estats sont tels qu'ils «ne peuvent satisfaire, comme ils sont tenus et obligés^ de « recognoistre les grands services de feu Monseigneur, et que

t leur puissance est de beaucoup inférieure à leur boune volonté, ((j'ay trouvé qu'il ne reste autre moyen que des confiscations «(des biens de ceux qui tiennent le party contraire au nostre, sur «lesquelles me semble plus raisonnable que moy et mon fils c ayons quelque assignation ; cboseusitée, de tout temps, quand <c la guerre a esté entre le roïaume de France et ces païs, estans a les seigneurs mis en possession des biens, les uns des autres, aafin que la fidélité qu'ils portaient à leurs princes et païs ne «leur fûst tant préjudiciable que de perdre leurs biens sans «aucune récompense^, ce qui me fait humblement requérir « vostre Excellence, voire je prends la hardiesse sur sa bonté, «de rimportuner qu'il luy plaise, avant son partement, non « seulement de recommander, mais aussy de faire effectuer que «je sois asseurée de quelque partie, pour moi et mon fils.

' Un précédent de ce genre se rencontrait dans la famille même de Louise de Coligny. — La faveur royale, qui avait élevé son aïeul paternel, le maréchal de Chastillon, à de hautes fonctions dans Tarmée, alla jusqu'à lui assurer, pour la conservation de son patrimoine^ une protection exceptionnelle. La guerre contre les impériaux avait compromis le sort de divers biens dont il était propriétaire, dans l'étendue de contrées alors soumises à la domination de Charles-Quint : Aussitôt François I«r attribua, à titre de dédommagement, au maréchal, jusqu'au recouvrement de rentière possession des biens appréhendés, la jouissance de la principauté d'Orange et de ses dépendances , qu'il avait, de son autorité souveraine, fait saisir, ainsi que d'autres biens situés en France, sur Philibert de Châlons, pour punir ce prince d'avoir déserté la cause royale et ser\'i celle de l'ennemi. Le monarque français avait, au moment de la mort du maréchal de Chastillon, continué à sa veuve la jouissance de la principauté d'Orange, par décision du 80 novembre 152^2. Quelques années plus tard^ l'empereur ayante lors de la reprise des hostilités, séquestré, au sein de ses États des terres et sommes appartenant à la maréchale de Chastillon, François I«f concéda à celle-ci, à titre d'indemnité, le revenu du treillis du Châtelet de Paris, que Charles-Quint avait possédé jusqu'alors (V. du Bouchot, Preuves de l'histoire de la maison de CoUgnrjy in-fol., p. 345).

ce laquelle je De demande excessive ni respondante à la gran- (tdeur des biens que nous perdons; mais aumoins que je «puisse par ce moyen éviter ceste maladie qui est la plus f extrême, c*est pauvreté. Car, combien que jusqu'à présent ctj'aye essayé d'entretenir la dignité de la maison à laquelle Qcj'ay eu cest honneur d'estre alliée, je voy maintenant que «ma principale estude doit estre à éviter pauvreté et nécesa site.

€ En second lieu, sy vostre Excellence juge que les grands et «trop connus services de feu Monseigneur méritent quelque u cbose, qu'il plaise à vostre Excellence déclarer à Messieurs les a Estats de Hollande qu'elle n'entend point que le peu de biens a qui reste à cesle maison , qui est surchargée de grandes «dettes qui se manifestent, tous les jours, ainsi que m*avera tissent les curateurs de la maison mortuaire , soit encore f chargée d'impositions aucunes; car je suis advertie qu'elles «sont telles, de jour en jour, que les impositions estant payées, «ne resterait presque aucune chose pour subvenir ny à moy, ny «à aucun de la maison.

«S'il plaist à Vostre Excellence donner ordre à ces deux «points, devant que de partir, elle obligera infiniment moy et « les miens et toute la maison à elle, pour juste service ; de quoy «je la supplie très humblement, et me tenir, moy et mon fils, «en ses bonnes grâces , etc., etc.»

Leicester partit pour l'Angleterre. Rien n'indique que, soit avant son départ, soit durant son absence, il ait été fait droit par lui personnellement, ou par les Etats généraux, sur un seul des deux points que la princesse avait, ainsi qu'on vient de le voir, signalés comme pouvant en une certaine mesure, sauvegarder ses légitimes intérêts et ceux de ses enfants.

Leicester revint, en juillet 1587, reprendre ses fonctions de gouverneur général dans les Provinces-Unies ; mais les dissenti-

ments qui s*y étaient aDtérieurement élevés entre lui et les États généraux s'accentuèrent avec une force nouvelle et paralysèrent à tel point l'exercice de son autorité, que la reine d'Angleterre, s'élevant contre les États généraux, auxquels elle adressa de véhéments reproches, crut devoir à la fin de l'année, le rappeler définitivement.

Inutile de déterminer ici la part de responsabilité incombant à chacun dans l'âpre conflit dont il s'agit. Une seule chose est à constater, savoir; qu'en présence de ce conflit regrettable, la princesse se trouva de plus en plus délaissée.

Les effets de l'abandon dont elle était victime devaient se faire sentir longtemps encore ; et , pour les subir, non seulement sans murmure, mais même avec une entière résignation, elle puisa dans la foi qui l'animait une force et une constance qu'on ne saurait assez admirer.

Fortement éprouvée dans ses affections de famille par la longue série de deuils imposée à son cœur, elle s'attacha avec une énergie d'autant plus grande, au petit nombre d'êtres chéris, sur lesquels de près ou de loin , elle pouvait encore étendrei sa sollicitude.

De ce nombre était Mademoiselle d'Andelot, sa cousine, dont elle déplorait le douloureux isolement, en France, depuis la mort de ses frères. En attendant qu'elle eut, comme cela arriva plus tard , la satisfaction de la posséder auprès d'elle dans les Provinces-Unies, elle chercha à lui créer, dans sa patrie, des relations affectueuses. Elle y réussit, en partie, par l'intermédiaire d'Hotman qui, de son côté, avait à cœur de mettre la princesse et sa cousine en rapports directs avec une femme des plus recommandables , Madame de Riche, de laquelle il faisait le plus grand cas.

Deux lettres de Louise deColigny à Hotman nous mettent sur la trace du début de ces rapports.

LOUISE DE COLICNY.

I première est aiosi conçue : *

Vlonsiear Hotman , quaod je oevous aurais autre obligation B celle que je recoDnais par vos lettres que me donnés, en souhaitant amye et aymée de Madame de Rycbe, cela serait fisaat pour me faire confesser à jamais d'en estre fort tenue ; ', certes, j'ouïs tant recommander le mérite de cesie dame, 3je me tiens fort heureuse de la partqu'elle me promet eosa me grâce, et fort obligée âi ceux qui luy ont donné enviede jymer. Je sçay que vous êtes de ceux quy m'y ont le plus lé. C'est pourquoy bien sincèrement je vous en remercie, vous prie de continuer à m'y entretenir. Ma cousine LDdelot m'escrit tant de louanges d'elle et tant de courtoysies elle en reçoit, que cela m'augmente encores de beaucoup résolution que j'ay prise de l'aymer et honorer.» 1 seconde lettre^ contient ce passage : «J'ay esté très ayse nleodre la démonstration de la bonne amytié faicte par dame de Ryche à l'endroit de Mademoyselle d'Andelot, ma isine, qui m'oblige avec elle, envers ladicte dame de le ognoistre et l'en remercyer, comme j'espère faire bientost luy escrivant. Et cependant je vous prye lui en faire dès à sent mes remerciemens et l'assurer de ma part, que j'auroy jours son amytié et bonne cognoissance autant afTectioDoée iésirable , que de personne que je pourrai recognoistre m'en mer subject ; en quoy je vous prye l'entretenir et l'en assufermement de ma part.»

une des belles-filtes de Louise de Coligny, Anne de Nassau, it d'épouser, en novembre, son cousin germain, Guiltaumes, Stathouder de Frise, Gis aine du comte Jean. Leur union,

irchives du ministère des affaires étrangères (France), {Collecl. <apiers de Hollande, vol. 4, f" 202).

Irchives du ministère des affaires étrangères (France). {Collect. tapiers de Hollande, I. 4, f" 199).

à la conclusion de laquelle la princesse s'était vivement intéressée, motiva de sa part un séjour en Frise, où les nouveaux époux lui témoignèrent par un accueil affectueux , le prix qu'ils attachaient à sa présence.

Lorsqu'elle les eut quittés et qu'elle fut revenue à Middelbourg, elle écrivit au comte Jean, son beau-frère* :

«Monsieur Junius m'est venu voir, à son retour d'Angleterre a et m'a fait entendre qu'il retourne en Allemagne, en espoir de « vous aller voir à Dillembour^, J'ai été bien-aise d'avoir ce « moyen de vous écrire et vous faire entendre de ma santé et des «petits enfans qui sont avec moy, estant assurée, pour l'amilié «qu'il vous plaît de nous porter, que vous le prendrez à gré.

€ Quant à moy, je suis, Dieu merci, en bonne disposition selon «le corps, estant toutes fois en perpétuelle sollicitude pour le a général de l'église de Dieu, qui a tant d'ennemis et si peu de «support humain, et pour le particulier de mes parens et bons «amis, qui sont en continuel danger, tant en ce pays qu'en «France; espérant néanmoins, que Celui qui est noslre père « commun nous assistera contre l'espoir des hommes.

«Quant à mon fils, il se porte bien à présent. Dieu merci, «après avoir eu quelque peu de maladie, à nostre retour de «Frise. Aussi font mes petites filles, lesquelles deviennent a grandes et bien apprises.

a J'ai laissé Monsieur le comte Guillaume^ en bonne santé, «quand je suis partie de Frise; j'espère que vous en aurez « nouvelles plus certaines.

crJe vous supplierai, pour la fin, Monsieur mon frère, de me «continuer et à mon fils vostre bonne amitié, de laquelle je fais «tant d'estat» que je n'estime avoir rien acquis de plus grand

* Lcltre du 20 janvier 1588 {Archives de la maison d'Orange- NassaUy n^ 2247.

' Guillaume, Louis de Nassau.

220 LUriSE DE COLIGNY.

aeo Talliance qu*il a pieu à Dieu que j'aye eue eu vostre maisoo, «etc. etc.»

Les États de Frise, à la suite du séjour fait dans cette province par la princesse d'Orange , lui envoyèrent, pour son jeune fils, un présent, dont elle les remercia en ces termes empreints de la dignité des sentimens de la veuve et de la mère * :

c Messieurs, j*ay reçu Thonneste présent que Messieurs vos «députés, qui sont à La Haye, ont donné à Monsieur de Villiers «pour présentera mon fils; duquel je vous remercie humblement, a principalement pour deux raisons : Tune est que, n'ayant moy (cny mon fils mérité aucune chose de vous, je reconnois que a vous avez voulu honorer en la personne de mon fils la mémoire a de feu Monseigneur et mari ; qui me rend très obligée à vous a en rendre service ; Tautre raison est que je sais que par tel «présent vous avez voulu, de bonne heure aiguillonner mon a fils à prendre le chemin de Thonneur et de la vertu , afin que, «croissant en âge, il croisse aussy en affection de s'employer «pour vostre service et du pays, à l'exemple de Monsieur son «père et de ses autres parens; ce qui me donnera aussi, «Messieurs, occasion^ selon mon pouvoir, de le nourrir et « eslever en ceste volonté, comme estant la chose que plus je «désire de voir, si Dieu m'en fait la grâce, et ce aussi, avec son «aide, que j'espère de faire, puisque je n'ay meilleur moyen de « vous faire connoistre le désir de ra'employer pour le service «général du pays et du vostre en particulier. »

Au milieu des anxiétés qui l'assiégeaient, «tant pour le général « de rÉglise de Dieu , que pour le particulier de ses parens et bons « amis,» la princesse d'Orange reçut la nouvelle d'un événement que rien n'avait pu lui faire pressentir, et dont la funeste gravité

■* Lettre du 3 juin 1588. Corresp, de Louise de Colignyy loc. cit. p. 13.

la frappa au cœur : Coudé veuait de mourir subitement le 5 mars 1588, à Saint-Jean-d'Angely. La mort de ce prince était attribuée à un empoisonnement, auquel, disait-on, des personnes de son entourage immédiat n'étaient pas étrangères ; tragique dénouement d'une noble existence, maintes fois traversée, dans la brièveté de son cours, par d'amères épreuves !

A tant de crimes, ayant en peu d'années, ravi à Louise les principaux membres de sa famille, s'ajoutait ainsi un autre crime qui creusait, à ses côtés, un nouveau vide. L'amiral, son père, Louis de Bourbon, son cousin, Téligny et Guillaume de Nassau , ses deux maris , avaient succombé sous les coups des assassins; d'Andelot et Odet, ses oncles avaient péri, de la main des empoisonneurs; et maintenant mourait victime de ces derniers, Henri de Bourbon. Quel surcroît de deuil imposé à la princesse, si profondément atteinte déjà dans ses affections intimes.

Perdre Coudé, c'était pour elle, perdre l'ami de son enfance et de sa jeunesse, celui qu'elle considérait et chérissait comme un frère aîné, et qui, à bien dire, l'était; car l'amiral avait fait du fils de Louis de Bourbon et d'Éléonore de Roye son enfant d'adoption.

Et non seulement cela : mais, en pleurant la mort de Coudé, comme celle d'un membre de sa famille auquel elle était étroitement attachée , Louise pleurait aussi la perte de l'un des plus fermes soutiens de la cause des réformés français, d'un prince chrétien qui, jusqu'à son dernier soupir, était demeuré fidèle aux pieux enseignements de son admirable mère et à l'exemple d'uD dévouement dont, après elle, Ix)uis de Bourbon avait donné des preuves éclatantes.

Le roi de Navarre lui aussi pleura la mort de Coudé ; mais, que ne l'imita-t-il, comme fils ! Or, on ne le sait que trop, un jour vint plus tard, jour néfaste pour Louise de Coligny, comme pour ses coreligionnaires, où Henri, avec une légèreté de cœur

et une facilité de concessions , que rendaient inexcusables les solennels avertissements et les judicieux conseils d'amis dévoués, sacrifia à de faux calculs politiques les suprêmes recommandations d'une mère telle que Jeanne dWlbret, et déserta sa foi.

Dans les rangs des réformés, les regrets causés par la mort de Henri de Bourbon furent unanimes et durables.

a Longtemps, dit d*Aubigné, sur ce point ^9 le parti des «réformés sentit cette perte, comme d'un prince pieux, de bon «naturel, libéral, d'un courage élevé^ imployable partisan, et qui c eust esté excellent capitaine pour les armées reiglées et floris- «santés; car ce qui lui manquoit, aux guerres civiles, estoit, ce qu'estimant la probité de ses gens à la sienne, il pensoit les a choses faites quand elles estoient commandées.»

ce De Thou ^ est plus explicite : ce Henri de Bourbon, écrit-il, né «d'un père renommé pour son courage, ne dégénéra point « des grands exemples qu'il lui avait donnés ; également brave «et plein d'humanité, ferme et d'une affabilité admirable > «prudent et libéral, grave et éloquent, il avait tout le mérite « qu'on peut souhaiter dans un prince : il ne lui manquait qu*un «peu de bonheur; mais la fortune lui fut toujours contraire, et «depuis le premier instant de sa naissance jusqu'à celui qui «termina ses jours, à l'âge de trente-cinq ans, il se vit sans « cesse en butte à des revers. »

Sujet de deuri pour les réformés et leur chef, la mort de Condé fut un sujet de joie sauvage pour les ligueurs. «Le peuple de «Paris, qui était alors occupé à gagner le jubilé que le pape « venait d'accorder, fit des réjouissances, à la nouvelle de cet «accident, persuadé que cette mort était un coup du ciel, et que « c'était à ses prières que Dieu avait accordé la fin imprévue de «cet ennemi de la religion, car les prédicateurs de la ligue ne

' Hist. univ.j t. 3, livre 1«% chap. 22. * IlisU iiniv , t. 1, p. 180.

«donnaient pas d'autre nom à ce prince. Les gens sages, de leur <rcôtéy convaincus que, dans cette guerre, il s agissait moins «des intérêts de la religion que de ceux de Tétat, ne pouvaient as empêcher de regretter un si grand honime qui, dans les a circonstances où le royaume se trouva par la suite, aurait pu «devenir défenseur de la nation^.

Défenseur de la nation ! tel était le titre que pouvait , pour sa part, revendiquer et que justifia par ses actes le roi de Navarre, dans la lutte engagée contre lui et ses partisans par des ennemis acharnés. Loin de se laisser abattre, il se montrait plus ferme que jamais 5 en adressant à des hommes investis de sa confiance ces paroles: «Les accidens et inconvéniens passés ont redou- « blés en moy le courage , le zèle et la diligence. Chacun est bien «résolu 2.»

Nul assurément ne Tétait plus que François de Ghastillon, parmi les membres du conseil privé du roi de Navarre et parmi ses lieutenants. Il le prouva, en accomplissant , dans le courant des mois d avril et de mai 1588 de brillants faits d'armes auxquels la princesse sa sœur fut heureuse d'applaudir. Du fond de su retraite, elle tenait ses regards constamment fixés vers la France, où s'accomplissaient des événements d'une gravité exceptionnelle, devant réagir sur la situation de son frère et sur celle du roi de Navarre.

Les réformés y étaient de plus en plus menacés.

Paris avait, en mai, sa journée des barricades, la ligue imposait, en juillet, à une royauté avilie l'édit d'union ; et, en octobre, s'ouvraient à Blois, les séances d'une assemblée affublée du nom d'États généraux.

' DeThou, Hist. wmv., t. 7, p. 181.

' LeUre du roi de Navarre à Ségur, du 4 avril 1588 {Bibl. de V Institut de France. Fonds Godefroy, vol. 261).

Ce fut alors que s'éleva avec force coutre les voles émis et à émettre par ces étranges états une assemblée générale des réformés qui« du milieu de novembre à celui de décembre, siégea à La Rochelle.

Le roi de Navarre, qui Pavait convoquée et qui la présidait, adressa au roi de France une requête dans laquelle, à titre de r^présentant et de protecteur de ses coreligionnaires, dont la ligue avait juré l'extermination, il réclamait la liberté religieuse, la restitution des biens conGsqués, et, en tant que de besoin, la convocation d'un concile national. A ces chefs de réclamation s'ajoutait une protestation formelle contre tout vote qui aurait été ou serait émis en sens contraire par les Etats tenus à Blois.

L'assemblée de La Rochelle, sans se faire illusion sur le sort réservé à une requête qui, en tout cas du moins, témoignait de son énergie à soutenir des droits imprescriptibles, s'apprêtait à faire face au\ dangers de la situation. Elle prit toutes les mesures défensives que commandaient les circonstances et en assura l'exécution avec un tel soin, qu'aucune de ces mesures ne demeura sans effet.

Dans les derniers jours de décembre, Blois devint le théâtre d'un crime accompli par les ordres et sous les yeux de Henri III : le duc de Guise fut assassiné.

Ce crime, dans lequel Henri avait espéré trouver un moyen de délivrance personnelle, eut au contraire pour effet d'aggraver sa situation, en excitant chez les ligueurs, dans les provinces comme à Paris, un redoublement de fureur qui se traduisit par des imprécations, des complots, des insurrections et des prises d'armes, bientôt suivies d'hostilités menaçantes.

Quelle était, en regard de la situation si fortement compromise du roi de France, celle du roi de Navarre? Loin de subir un amoindrissement quelconque, elle tendait à se dégager peu à peu des dangers et des énormes difficultés qui Tenserraient.

En même teini)S que, daas le coDflit des passions déchaînées, devait, à dater de janvier 1589, grandir le rôle de Henri de Navarre, celui de Chastillon, à ses côtés, devait aussi se développer dans de plus larges proportions que par le passé, et, cette fois, principalement au centre de la France.

Maître de Maillezais, de Saint-Maixant, de Niort, de Loudun, de Thouars et de Châtellerault, le roi de Navarre s'avança jusqu'à proximité de Blois, oii Henri III s'était réfugié, après la dissolution des États généraux. Il espérait attirer à lui ce dernier, une fois qu'il se serait convaincu de l'impossibilité de traiter avec Mayenne, insolemment proclamé par la ligue Lieutenantgénéral de l'état royal et royaume de France.

Henri de Bourbon, afin de frayer la voie à un rapprochement entre lui et Henri IH, publia un manifeste dans lequel il pro-r testait de son dévouement aux intérêts supérieurs de la France, de ses sentiments bienveillants pour le monarque à la souveraioeté duquel attentaient des sujets factieux, et de son désir de voir prédominer, dans les esprits, des idées de pacification et de support mutuel.

Contraint de quitter Blois, où il ne se sentait plus en sûreté, Henri III se réfugia à Tours; mais il ne tarda pas à s'y voir pressé, d'un côté, par l'armée de Mayenne, prête à envahir ce nouveau lieu de refuge, et, de l'autre, par l'armée du roi de Navarre, menaçant Saumur.

Son anxiété était grande. Ce fut alors que, pour Ten délivrer, Henri de Bourbon lui tendit une main qui eût dû être immédiatement saisie avec gratitude, et qui pourtant ne fut, après des tergiversations, acceptée qu'avec froideur. En effet, là oîi un traité de paix et d'alliance eût seul dû sceller, dès le premier iDoment, la réconciliation des deux beaux-frères, Henri III ne voulut admettre qu'une trêve d'un an, dont, le 3 avril, il signa les articles avec Duplessis-Mornay, envoyé de Henri de Bourbon.

Aux termes de ces articles, le roi de Navarre s*engageait à D'employer ses armes qu*au service du roi de France, à lui remettre les villes, places et châteaux dont il s'emparerait pendant la guerre, et à ne pas entraver l'exercice de la religion catholique. En échange de ces engagements, il n'obtenait qu'une ville et un pont sur la Loire, Saumur.

Ce fut pendant le séjour qu'il fit dans cette ville, en avril, que le roi de Navarre donna à Louise de Coligny, son amie d'enfance, une preuve signalée de la constante affection qu'il lui portait.

Connaissant, soit par elle-même, soit par Chastillon, le désir qu'elle éprouvait de rentrer dans sa patrie et d'y élever son fils, il n'hésita pas à seconder les intentions de la princesse, en adressant à Maurice de Nassau la remarquable lettre que voici * :

a Mon cousin, vous sçavés combien et moy et tous les gens de (c bien de France avons d'obligations à la mémoire de feu mona sieur l'admirai de Chastillon ; et moy particulièrement j'en ay a tant reçeu -, que j'estime à bonheur quand je me puis employer «pour le servir, ^en quelque sorte.

* Lettres missives de Henri IV ^ t. 9, suppl. p. 660.

* Saint-Simon a caractérisé en termes élevés le patronage qu'exerça Ck)ligny sur le jeune fils de Jeanne d'Albret. «Henri, dit-il, eut pour «maistre le plus sage et le plus honnesle homme de son temps, le plus «grand capitaine, le plus adroit à tirer parti des événemens les plus « fâcheux et à relever son parti de ses chutes et de ses plus grandes «pertes; le plus habile à le tenir uni et à parer à tout ce qui pouvait « le diviser ; enfin le plus désintéressé, le plus prudent, le plus aimé et «cle plus estimé d*un parti dont il fut toujours Tâine et le soutien le plus «autorisé chez les étrangers, dont il savait s'appuyer pour des secours et «des négociations, le plus considéré du parti contraire, le plus générale- « ment respecté et admiré pour ses vertus. Tel fut l'amiral de Cioligny, «si peu heureux, et si digne de Têtre, et d'un meilleur parti; qui fut le (c conducteur des premières années d'Henri, et dans les armes et dans la

a Sa fiile, voslre belie-mère, a esté, dans le commencement ((de son âge, nourrie avec la feue royne, ma mère, aussi chière- « ment que ma sœur et moy, qui estions tous ensemble. Quand «je n'aurois aultre suject d'avoir soin d'elle, cela m'y obligerait ; (ret je vous assure que ses frères m'ont faict tant de services et a si grands, que leur considération y ajouterait beaucoup, si de amoy-mesmes je ne m'estimois tenu de faire, en son endroit, «ce que son père a faict au mien.

ce Tant que mon cousin, son mari, a vescu, je ne m'en suis «point empesché, sachant bien qu'elle estoit en lieu où, pour a manière de dire, son contentement luy osloit et le besoin et la dmémoyre de tous les amis qu'elle avoit jamais eus. Depuis, «Dieu le luy ayant osté, et avec luy tout ce qui luy pouvoit «plaire dans la demeure de vos provinces, j'estime qu'elle a «raison de désirer son retour, et je reconnois que c'est à moy à «l'assister en cela, m'estant bienséant, puisque je puis plus que «tous les siens, que j'en aye plus de soin aussy. C'est pourquoy, «mon cousin, je vous en ai voulu escrire avec tant d'affection^ «pour vous prier que, puisqu'elle a esté reçue en vos pays avec « honneur, qu'elle en sorte aussy avec honneur, selon le rang et «la qualité que vos prédécesseurs et les siens ont tenu.

«Je sçay que, n'ayant plus ce qui seul l'avoit conduite en vos «terres^ elle a occasion de se désirer près de ses parens et en «lieu où je puisse luy faire connoistre combien j'estime le bien «que j'ay reçeu de leurs mains; mais, pour qu'à ce que j'ay «entendu, vostre conseil pourroit faire quelque difTicullé sur la

«politique . . . Heureux ce prince d'avoir été sous la discipline du plus < avisé capitaine, du plus sage et du plus honnête homme de son temps, cmais qu'il eut le malheur de perdre, presque en même temps que la « reine sa mère, c'est-à-dire, à la Saint- Barthélémy, où ce grand homme « fut si indignement massacré, pour Touverlure de cette abominable Ira- «gédie; et Henri IV n'avait pas dix-neuf ans!» {Écrits inédits de Saint-Simon, t. i^'.)

a personne de son fils, voslre frère, que j*entends estre si cher à «la mère, que c'esl chose inséparable, j'ay exprès voulu vous (1 escrire cesle lettre en sa faveur, pour vous assurer, mon cousin, « que j'estime tant voslre amitié, et j*en reconnois avoir utilité J} a si évidente que, ni pour elle, ni aultre quelconque, je ne

avouldrois permettre que mon autorité servist contre vous, a dans voslre estât d*Orange où elle désire se retirer, et que «jamais je ne souffriray qu elle ny son fils y puissent rien entre- « prendre contre voslre volonté.

« Et quant a ce qui touche voslre frère, j'estime, au bas âge «où il est, qu'il n'y a personne qui en puisse avoir plus de soin «que la mère. Je crois encore que, quand Dieu voudroit qu'il «grandist avec moy, que vous ne luy plaindriez pas ceste (( nourriture. Toutefois je vous assure et vous promets, et à ces « deux promesses je vous donne ma foy et ma parole jusqu'ici si <i soigneusement conservée, que je le vous renvoyeray, veuille « la mère, ou non, soudain qu'il aura l'âge de douze ans, ou « plustost encore, si vous le demandez aussi.

«Je voudrois que vous fussiez si bon fils, qu'il vous prist «envie de l'accompagner jusqu'à la Rochelle. Je m'assure que «vous vous y trouveriez si bien, que, pour trois ou quatre mois, «nous vous ferions oublier vos marécages. Croyés, mon cousin, «que j'ay très grande envie de vous voir, et qu'aujourd'hui je «vous liens pour un des meilleurs amis que j*aye, et de qui «j'espère le plus d'assistance, un jour; ce que je dis, pour «beaucoup de considérations, mais principalement afin que vous « me leniés tousjours pour

« Voslre très affectionné cousin et plus sincère amy

€ de Saumur, le 26 « Henry,

«d'avril 1589.»

Rien n'indique quelle fut la nature de Taccueil fait à cette lettre par Maurice de Nassau et par les personnages officiels, tels que membres de son conseil, ou membres des États généraux, auxquels, ainsi que cela est fort probable, il en communiqua tout au moins la substance. On ignore d'ailleurs en quels termes fut conçue la réponse qu'il dut adresser au roi de Navarre.

Ce qui est certain, c'est qu'en cette circonstance, la gratitude de Louise de Coligny envers le roi de Navarre fut à la hauteur des généreux sentiments qui avaient inspiré la démarche de celui-ci, quelque infructueuse qu'elle dût demeurer, en présence de la force d'inertie opposée par les hommes politiques des Provinœs-Unies à la réalisation du projet conçu par la princesse de quitter ces provinces avec son fils.

La même force d'inertie s'opposait encore, en avril i589, à l'accomplissement du devoir patriotique de délivrer la veuve de Guillaume de Nassau et ses enfants des angoisses d'un état voisin du dénuement, dans lequel elle et eux languissaient depuis cioq années. La preuve en est dans les légitimes doléances que la princesse faisait entendre alors au comte Jean, son beaufrère*.

« Pour toutes nouvelles, lui écrivait-elle, je diray que

«vos petites nièces et mon fils, vostre petit neveu, se portent «bien. Il a esté, tout cet hyver, fort malade de fyèvres; mais, «à cette heure, il commence à se bien porter. J'espère que Dieu « me conservera ce gage que j'ay si cher de Monseigneur son «père: c'est toute ma consolation et unique plaisir. Vous serés « assez informé par d'autres de ce qui se passe en ces quartiers, «cil de nouveau nous avons fait une perte bien grande, en la

* Lettre du 28 avril 4589, datée de Middelbourg {Archives de la tnaisoti d'Orange- Nassau, n® 2247».

avilie de Geriruydenberg*. Voussçavez quel inlérest cela aporte « à ceste mayson, qui certes est réduyte maintenaut à tel point, a que je ue sçai plus comment les eufans et moy aurons moyen cde nous entretenir selon Tbonneur de la maison. Dieu y veuille (c pourvoir par sa bonté ; et certes nous en avons bon besoing. »

Le lamentable état que signalait cette lettre s'était prolongé depuis trois mois et demi, lorsque, dans Tespoir d*y mettre un terme, les curateurs de la succession du prince prirent sur eux de recourir aux États généraux des Provinces-Unies.

On lit dans les procès- verbaux des séances de ces États les mentions suivantes ^ :

Séance du 14 août 1589 ; «Le membre du conseil Brun- «ninck et le maître des comptes Pyl, curateurs de la succession a de son Excellence, de haute mémoire, ont comparu à Tassema blée et représenté les difficultés financières de Madame la prin- «cesse d'Orange pour subvenir à Tentretien de son fils, le comte «Henri-Frédéric, à raison de ce que ses biens en France sont «séquestrés, et de ce que les revenus de la succession ont dimia nué, par la perte de Geertruydenberg; priant les États de vou- « loir prendre en considération ces circonstances, et, eu égard «aux services rendus par son Excellence, de haute mémoire,

* Maurice de Nassau écrivait au comte Jean, le 17 mai 1589 : « Vous <3^ aurez desjà assez entendu le meschant tour que nous ont faict les gens cde guerre qui ont esté en garnison en la ville de Geertruydenberg, ce ayant si traîtreusement vendu et livré ladite ville à nos ennemis ; et «pouvez juger, monsieur mon oncle, oultre la perte que le pays faict par «le moyen de la dite ville, le grand dommage que cela apporte à mes- « sieurs mes frères et à mesdemoiselles mes sœurs et à moy; cependant, « toutesfois, puisque pardessus tant d'autres pertes qu'avons faictes, il c plaisl au seigneur Dieu nous visiter en ceste sorte, nous le prenons «patiemment, ainsi qu'il nous vient de sa main» (Gr. v. p^^ corresp. 2« série, t. 1, p. 100. — Voir ibid. p. 117, 118, une lettre de Marie de Nassau au comte Jean, du 20 septembre 1589, sur le même sujet).

* Archives générales du royaume de Hollande.

c d'accorder à ia princesse quelque subside , afin qu'elle puisse c subvenir h son entretien, selon sa dignité. »

Séance du i8 août 1589 : a Ayant délibéré sur la demaude c présentée par les sieurs Brunnincket Pyl, au nom de Madame a la princesse d'Orange et das demoiselles ses Glles, les États «accordent, sous réserve du consentement des provinces resapectives, à son Excellence la princesse d'Orange, pour son enci tretien, ainsi que pour celui du comte Henri-Frédéric, une «somme de six mille florius, et, pour l'entretien des demoiselles «de Bourbon, trois mille florins; pour une fois. »

Séance du 4 septembre 1589 : « En ce qui touche le subside «alloué à Madame la princesse d'Orange et aux demoiselles de «Bourbon, la résolution définitive est retardée, à raison de ce «que les députés n'ont pas encore reçu le consentement de leurs «commettans.»

Tandis que l'exécution de la mesure réclamée, à si juste titre, par les curateurs de la succession était ainsi retardée, au détriment des parties intéressées, la princesse avait recours à l'intermédiaire de Huygens pour obteoir a de Messieurs d'Utrecbt» le payement d'un arriéré de la rente qu'ils devaient à Henri-Frédéric. Elle disait à ce dévoué correspondant^: «Je vous fais « ceste requeste et vous prie ne vous lasser en ceste poursuite, «laquelle je vous recommande autant et plus qu'auparavant j'ai « fait, pour le besoin que j'ai d'être promptement secourue d'ar- « gent. >

Les États généraux consignèrent enfin dans le procès- verbal de leur séance du il avril 1590, que a les députés des provinces «de Hollande, Zélande et Utrecht avaient accordé le subside,

* Voir ses lettres à Huygens des 18 janvier, 12 février, 10 mars, 12 et 16 avril 1590 {Corresp, de Louise de CoHgny, loc. cit. y p. 46, 47, 48, 48).

232 LOUISE DE COLICNY.

«au nom de leurs commettans, et que ceu\ de la Frise ne « l'avaieot accordé qu'avec une réserve '. »

Quelle élail cette réserve? on l'ignore. Toujours est-il que la portion contributoire, afférente à la province de Frise dans la somme de neuf mille florins due à la veuve et aux enfants du prince d'Orange, était pour elle et eux une ressource tellement nécessaire que la princesse, pour en obtenir le payement^ crut devoir faire appel à Tintervention offîcieuse de son neveu Guillaume-Louis, qu'elle estimait et affectionnait au point de se dire familièrement sa tante et mère.

«Monsieur mon fils, lui écrivit-elle le 2 juin 1590^, j*eusse et esté extrêmement ayse que l'occasion se feust présentée et que « Testât de vos affaires et de vostre gouvernement eûst permis, «que nous eussions eu ce bien de vous voir icy ; mais puisque, oc par la lettre que vous m'avez escrite par le sieur de Reswick, oje voy que cela ne peut eslre encore, ce m'est beaucoup de ((Contentement de cognoistre qu'il vous plaist me continuer en <Kvos bonnes grâces, lesquelles je tiens infiniment chères, et « lascheray de me les conserver par tous les services que pouvés a attendre d'une mère qui vous ayme, honore et estime de tout ((Son cœur.

a Je vous manderois les bonnes nouvelles que nous avons de a France, n'estoit que je sçay bien que Monseigneur le comte, (( mon fils, ne faudra de vous en faire part.

(( Il me reste donc de vous dire que mes filles, mon fils et moy a nous portons bien, grâces k Dieu, pour ceste heure, et tous <i ensemble. Monsieur mon fils, nous vous supplions de vouloir ((employer voslre crédit envers Messieurs de Frise, à ce qu'il

* Archives générales du royaume de Hollande,

* Lettre datée de Middelbourg (Archives de la maison d'Orange- JSassau, n« 2247«).

a leur plaise de nous vouloir accorder et payer leur pari de la «somme de neuf mille florins, qu'il pleust à Messieurs les États ((généraux nous accorder, il y a un an passé. C est peu de chose «pour eux, et pour nous ce sera beaucoup, en Testât où il a a pieu à Dieu me réduyre, qui est tel, que je ne reçoys rien, «depuis deux ans^ de mon bien de France, pour le misérable c estât où ce pauvre royaume est réduict; et c'esloit le principal «bien de quoy je m'entretenois et mon fils, depuis la mort de «feu Monseigneur et mary ; car de ceste maison j'en ay retiré «fort peu, et, depuis quelque temps, rien du tout; de façon, € Monsieur mon fils, que ceste partie de Messieurs de Frise, «bien que petite, nous servira beaucoup ; qui me faict vous sup- «plier, encore un coup, vous y vouloir employer; et, après vous «avoir baisé les mains de la part de vos petites cousines, de «vostre petit cousin, et de moy, je prieray Dieu, Monsieur mon «fils, vous donner heureuse et longue vie.

«Vostre humble et bien affectionnée lanle et mère, à vous «faire service.

« Louyse de Colligny ».

Le même jour, 2 juin J590, la princesse exprimait à Marie de Nassau ^ sa sollicitude maternelle, en ces termes touchants :

«Mademoiselle ma fille, je ne vous puis dire le contentement «extrême que ce me fut, il y a quelques jours, de recevoir de

' Archives de la ville d* Amsterdam. — Cette lettre du 2 juin 1590 avait pour suscription : «à Madamoyselle d'Egmont. 9 Marie issue du mariage de Guillaume de Nassau avec Anne d'Egmont, était alors désignée sous le nom de Mademoiselle d'Egmont^ qu'elle portait depuis la mort de sa cousine Françoise d'Egmont^ au sujet de laquelle elle avait écrit, de Middelbourg, le 8 juillet 4589 au conseiller d'état de Matinesse (Archives de la ville d'Amsterdam) : «j'ay esté bien marrye d'entendre, «par celle que vous m'avez escrite, le trespas de feue madamoiselle «d'Egmont, ma très chère et bien-aimée cousine etc. »

a vos lettres, pour avoir appris par icelles que vous estes, grâce <xà Dieu, en meilleur estât que vous n'avez esté; bien que «j'eusse appris ces nouvelles de plusieurs endroits, comme c'est a chose que je suis fort curieuse d'apprendre, si est-ce que vos ((lettres m'ont plus contentée que tout ce que !j*en avais appris «d'ailleurs. Or, je prie Dieu de tout mon cœur vous rendre ce bientost vostre santé aussi parfaite qu'elle vous Test souhaitée « par celle qui vous jure qu'elle désire vostre bienheur (bonheur) cet repos, à l'égal du sien propre. J'ay esté longtemps sans cvous oser escrire, craignant de vous mettre en peine de me a vouloir répondre ; et encore vous supplieray de ne vous donner «ce travail, que je sais bien qui ne serait pas propre à vostre a mal ; mais bien vous fais-je requeste de donner charge à quela qu'un de ceux ou celles qui sont près de vous de m'advertir « de vostre estât ; car croyez, madamoiselle ma fille, que celle ce mesme qui vous a mise au monde, 3i elle y estoit encore, ne ccseroit pas plus désireuse d'en entendre des nouvelles que moi, a qui, pour ne vous occuper davantage, vous baise humblement aies mains, et prie Dieu^ madamoyselle ma fille, vous donner a heureuse et longue vie ».

Non moins fidèle amie que tendre mère, la princesse d'Orange fit parvenir à Hotman, qui venait de perdre son père, la lettre suivante, empreinte d'une sympathie dont l'expression fut accueillie avec gratitude ^ :

«Monsieur Hotman, j'ay esté extrêmement marrie d'avoir «appris la perte que vous avez faite d'un si digne père, perte «à laquelle je participe, le regrettant comme un des meilleurs «amys de toute ma mayson et de moy particulièrement; ce qui «me donne double obligation à vouloir du bien à ce qui luy est

* Lettre du 9 juin 1590, datée de Middelbourg (Archives du ministère des affaires étrangères (France) ; Collect, des papiers de Hollande, vol. 4^ f" 201.

«si proche que vous ; car, outre celuy que je vous voulois, à c cause de vous mesme, j'y ajouteray, à ceste heure, la bonne «volonté que je portois au père, de quoy le fils sera héritier; de «façon, qu'en vostre perte, vous faictes ceste acquisition. Il est «vray que je confesse qu'elle ne mérite qu'en fassiés grand cas. «Je suis accompagnée de tant de malheur, que je suis inutile et «à moy et à mes amys, et n'ay peu jusques icy vous donner « que des paroles ; mais croyés qu'elles produiront des effects, «toutes les fois que me vouldrés employer pour vous faire «plaisir. En parlant à vous, je parle aussy à madamoyselle «Hotnian, puisque vous n'estes qu'un mesme cœur. Je désire «que vostre chemin estant à Basle^, s'adresse par icy; mais «j*ay bien opinion que le doux air de France vous attirera. «J'espère que vous vous souviendrez cependant tous deux, que «vous avez en Zéiande une de vos meilleures amies )>.

Louise de Goligny parlant, dans sa lettre ci-dessus reproduite, du 2 juin, au comte Guillaume-Louis, de bonnes nouvelles qu'elle avait reçues de France, faisait allusion aux récents succès obtenus par Henri de Bourbon, à la suite de graves événements qui s'étaient accomplis en France depuis son arrivée à Saumur, en 1589; événements et succès dont la sommaire indication doit trouver place ici.

* Hotman père était mort, à Bàle, le d2 février 1590.

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