CHAPITRE VIII
Arrivée de Dumaurier dans les Provinces-Unies. — Ses antécédents honorables. — Généreux appui que lui accorde la princesse d'Orange et dont il se montre reconnaissant. — La princesse écrit à Villeroy, en faveur de Dumaurier. — Lettre de celui-ci à Villeroy. — Dumaurier, sur l’ordre de son gouvernement, porte la parole devant les États généraux, contre Aerssens. — Lettre de la princesse à Villeroy, dans l'intérêt de Dumaurier. — Ce dernier est élevé au rang d’ambassadeur. — Il rend officiellement hommage aux sentiments de la princesse et à son dévouement à l’égard de la France. — Bonté de la princesse pour Émilie première. — Correspondance de la princesse avec Puysieux, Mme de Monglat et le doge de Venise. — Projet de mariage de Henri Frédéric avec la fille aînée du landgrave de Hesse. Correspondance à ce sujet. — Ce projet échoue.
Benjamin Aubery, seigneur Dumaurier, était petit-neveu de Jacques Aubery, qui, après avoir, en 1551, courageusement porté la parole en faveur des victimes de Cabrières et de Merindol, devant la grand’chambre du parlement de Paris!, s’était vu, en 1555, investi des fonctions d’ambassadeur extraordinaire en Angleterre, pour y traiter de la paix. L'exemple donné par le grand-oncle ne devait pas être perdu pour le petit-neveu. Un respect tout naturel pour d’honorables traditions de famille et un sentiment du devoir, d'autant plus énergique, qu'il dérivait de l'inspiration d’une sincère piété, portèrent Dumaurier à aborder
! Le chancelier de l’Hospital parle avec éloge du plaidoyer d’Aubery, dans le second livre de ses épîtres (Voir la 2e épitre, adressée au chancelier Olivier). |
la carrière d'homme d’État et à consacrer au maniement des affaires publiques les aptitudes d’un esprit distingué et les aspirations d'un cœur généreux.
Il eut, dès l’âge de vingt-trois ans, en 1580, l’insigne honneur d'être accepté comme secrétaire par l'illustre Duplessis- Mornai, auprès de qui il recueillit, pendant quatre années consécutives, les féconds enseignements d’un pieux et noble cœur, d’une intelligence d'élite, d'un immense savoir, et d’une expérience consommée. La plus salutaire des préparations intellectuelles et morales qui puisse élever l’âme d’un jeune homme au niveau des graves devoirs de l’homme d'État, est assurément celle qu'il reçoit, au contact d’une grande et forte individualité, tout à la fois politique et chrétienne. Le jeune Dumaurier connut ce privilège, malheureusement trop rare, et il sut quels trésors de bénédictions jaillirent, pour lui, de ses rapports journaliers avec l’homme excellent qui l'avait admis dans son intimité. Le disciple répondit dignement, par son dévouement personnel et par sa vive gratitude, aux directions du maître éminent dont la bonté paternelle lui ménagea, au dehors, dès que le temps en fut venu, l'accès d'importantes fonctions.
Dumaurier ne tarda pas à être attaché au service du duc de Bouillon. Il le fut, à dater au moins de 4593, ainsi que l’établit sa correspondance avec Duplessis-Mornai !.
Cette correspondance, qui se soutint pendant une longue suite d'années, révèle, dès son début?, le sérieux d'esprit et de cœur avec lequel Dumaurier mesurait la responsabilité inhérente à son nouvel emploi, lorsqu'il disait : «les grands ne peuvent prendre « fiance, sinon en gens de bien, non pas comme on les interprète
1 Mém. et Corresp. de Mornai, éd. de 1824, t. 5, p. 429, 504, 510, 551, 560.
2? Lettre de juin 1593, ibid. t. 5, p. 469.
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«aujourd’hui, vaillans et sages seulement, mais ayant la crainte «de Dieu. » Elle témoigne, en outre, hautement de l’affectueuse confiance que Duplessis-Mornai avait placée en Dumaurier, de la protection qu'il lui accordait, et du dévouement dont le protégé donna, en diverses circonstances, des preuves sérieuses à son protecteur 1, La vivacité des sentiments qu'éprouvait Dumaurier pour son vénérable ami, se traduit fréquemment, dans ses lettres, par des expressions telles que celles-ci : «Je me «représente à heur inestimable la confiance que vous me «témoignez prendre de ma fidélité à vostre service ; aussi n’ap- «praitrai-je jamais entrer en tous les effects que je pourrai «rendre à vos commandemens, que je préfèrerai tousjours, sans «feintise à quelconques autres, pour n'estre jugé coupable d’in- «gratitude envers le soin que vous daignés avoir de moi ?. «Je manquerais plus tost de soin et diligence envers tout le «monde, qu'envers vous, à qui toutes sortes de devoirs rendus «ne suffiraient à la volonté que j'aurai, toute ma vie, de vous «en rendre encore davantage ÿ. »
En 1598, alors que Dumaurier continuait à remplir simultanément l'office d'intendant du duc de Bouillon, et celui de son chargé d’affaires auprès de Henri IV, Mornai lui prêta son appui, en tentant, soit d'améliorer sa position à l’égard du duc, soit de le faire entrer au service du gouvernement français ; mais ses démarches, sous ce double rapport, échouèrent tour à tour devant l’inaction du duc de Bouillon et devant certaines considérations de personnes, qui, à la cour de France, firent incliner la volonté royale vers un ajournement.
‘ Lettre de juin t. 5, p. 410, 475, 551; t. 7, p. 471, 473, 496, 514, 518, 521, 524, 558; t. 8, p. 50, 51; t. 9, p. 126, 137, 146, 147, 152, 155, 164, 169, 180, 185; t. 10, p. 208, 214, 259, 365, 438, 486, 517.
? Ibid. t. 5, p. 410, lettre du 8 mai 1593.
* Ibid. t. 5, p. 551, lettre du 10 septembre 1593.
Pendant plusieurs années encore, le duc de Bouillon retint auprès de lui Dumaurier et l’employa dans diverses négociations. Celui-ci se trouvait en France pour les affaires du duc, en 4602, lorsqu'on chercha à le desservir dans l'esprit de Henri IV. La tentative échoua, car la seule autorité du noble caractère de Mornai, protecteur de Dumaurier, répondait suffisamment de la droiture de ce dernier, aux yeux du monarque, qui écarta les détracteurs par ces simples paroles : «Non, Du- «maurier n’est point méchant; il a été nourri par M. Du- « plessis, où il n'aura point appris de méchancetés !. »
D’intendant et d'agent accrédité du duc de Bouillon, Dumaurier devint l’un des secrétaires de Sully?. Il fut employé, à titre d’intermédiaire investi d’une confiance spéciale dans les négociations, dont nous avons parlé précédemment, qui aboutirent à la soumission du duc de Bouillon et à la main-mise exercée sur Sedan par Henri IV.
Ce prince appréciait tout particulièrement le caractère et la capacité de Dumaurier. La preuve en est, notamment, dans le choix qu'il fit de lui, en 4607, pour l’accomplissement d’une mission à la fois financière et politique, relative aux intérêts des Provinces-Unies des Pays-Bas, mission qu'il relata dans une dépêche adressée, le 8 juillet 1607, au président Jeannin*, et au sujet de laquelle Villeroy écrivit, les 1° et 5 août de la même année à ce célèbre négociateur 4 : «Sa Majesté a choisi et commis «elle-même le sieur Dumaurier. Il n’est personne que Sa Majesté
! Histoire de la vie de messire Philippe de Mornai, in-4°. Leyde 1647, De209,
? Voir, sur le personnel et les attributions de ces secrétaires, les mémoires de Sully, éd. de 1788. Paris in-80, t. 5, p.255, 256.
# Voir le texte de cette dépêche, à sa date, dans le recueil intitulé : Négociations du président Jeannin.
# Voir, dans le même recueil, la lettre de Villeroy à sa date.
«estime capable d’une plus importante vaccation et charge, et «dont elle se confie beaucoup. Elle m’a dit vouloir qu'il y soit «maintenu jusqu'à ce qu’elle l’emploie ailleurs, comme je vous «assure qu’elle aura la volonté, le désir; et s’y attend aussi «ledit sieur Dumaurier.»
Lorsque Sully, déplorant la mort de son maïtre, et encourant, en 41611, sous un nouveau gouvernement, une disgrâce imméritée, dut se séparer de ses secrétaires, 1l donna à Dumaurier des encouragements qui témoignèrent de l'estime qu'il avait conçue pour lui et de la confiance avec laquelle il lui présageait un brillant avenir. «Dumaurier disoit-il dans ses mémoires, «n’était guères bien connu que de Villeroy ; avec cette protection, «que je lui assurai lui suffire, en la cultivant uniquement, et «avec la science qu'il avait des affaires étrangères, jointe au «talent de bien parler et d'écrire encore mieux, je lui fis voir «qu'il obtiendrait facilement de la reime et du favori quelque «emploi honorable. »
Sully ne s’était pas mépris. En effet, en 1613, Dumaurier fut appelé aux fonctions de représentant de la France dans les Provinces-Unies. Ces fonctions, antérieurement à 1613, avaient été exercées avec distinction, surtout par deux hommes de qualités diverses, mais dévoués l’un et l’autre à la cause de la France et de ses alliés, savoir : par de Buzanval et par le président Jeannin.
Le premier, à titre d’ambassadeur ordinaire pendant plusieurs années, et, en dernier lieu , à titre d'ambassadeur extraordinaire, avait, en maintes circonstances, rendu des services signalés. Aussi Henri IV qui depuis plus de vingt-cinq ans n'avait cessé
de recevoir des preuves de son dévouement et de sa capacité,
1 Mémoires de Sully, t. 5, p. 258.
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n'était-1l que juste lorsqu'il disait de lui!, en annonçant aux États généraux des Provinces-Unies son rappel en France: «Très chers et bons amys, le sieur de Buzanval, conseiller «en nostre conseil d'état, qui a jusques 1icy résidé nostre ambas- «sadeur près de vous, nous ayant fait supplier par plusieurs « fois de le rappeler, tant pour l’infirmité en laquelle sa santé se «retrouve à présent, à cause de son vieil àge, que pour avoir «moyen de donner ordre à ses affaires particulières, lesquelles «ne peuvent avoir reçeu beaucoup d’advantages pendant sa «longue absence, nous vous escrivons ceste lettre pour vous «prier, comme nous faisons, de lui vouloir donner congé, en «attendant que nous ayons fait choix de personne de mérite «qui lui puisse succéder en ceste charge? et la remplir avec «autant d’équanimité, prudence et circonspection qu'a fait ledit «sieur de Buzanval, la procédure et la sincérité duquel nous «estant cogneues, nous estimons que, pendant quil a résidé, «de nostre part, près de vous, vous n'aurez eu que tout subject
1 Recueil des lettres missives de Henri IV, t. 7, p. 20, lettre du 92 octobre 1606. — De Thou (Hist. univ. t. 8, p. 783 et suiv. et t. 9, p. 199) parle favorablement de Buzanval, et résume en ces termes (t. 10, p. 214) l'opinion qu’il s'était formée de lui : «Paul de Chouart, sieur de «Buzanval, qui, depuis longtemps, remplissait avec tant d’honneur les «fonctions d’ambassadeur de Sa Majesté auprès des États généraux, «etc. etc.»
2 Le successeur immédiat de Buzanval fut Élie de Laplace, sieur de Russy, fils de Pierre de Russy, premier président de la cour des aides, si connu comme historien et comme victime des égorgeurs de la Saint- Barthélemy, sous le nom de président de Laplace (Voy. de Thou, Hist. univ, t. 4, p. 596 et t. 10, p. 214). — Mezeray, Abr. chron. t. 3, p. 615. — La correspondance de Henri IV (t. 7, p.449, 450, 451, 454, 465, 506, 882, 907, 931, 942) contient diverses lettres adressées par ce monarque à Élie de Laplace. Une lettre du 2 mai 1607, ibid. t. T, p. 206, mentionne la nomination de ce dernier comme ambassadeur ordinaire de France à La Haye.
«d'en demeurer très contents et satisfaits, ainsi que nous espé- «rons que vous le serés de celuy que nous envoyerons en son «lieu. | |
Les liens d’une étroite amitié unissaient de Buzanval à Mornai. Une volumineuse correspondance, qui s'étend de 1583 à 1607, époque de la mort du premier de ces deux hommes recommandables!, atteste non seulement la vigueur d'intelligence et la sagesse avec lesquelles 1ls maniaient les affaires politiques, mais aussi l'élévation des sentiments qui présidaient à leurs intimes relations. Un intérêt saisissant s'attache à la lecture de la plupart de leurs lettres. Mornai s’y montre, comme ailleurs, sous les principaux aspects de son noble caractère. Moins généralement connu que ce grand homme, de Buzanval s’y révèle comme un négociateur habile, plein de déférence pour les conseils de son illustre ami, et surtout comme un homme de cœur et de dévouement; témoin, entre tant d’autres, ce passage d'une lettre adressée par lui, vers la fin de sa carrière ?, à Madame de Mornai : «Je ne puis rien offrir à M. Duplessis, car tout ce qui «est en moi est sien ; mais si, par adventure , il avoit oublié la «puissance qu'il a sur moi, ou que sa discrétion ne,lui permit «d'en user aussi hbrement qu'il peut, faites-moy cest honneur, « Madame, de le lui ramentevoir et de me commander en quoi il «se voudra servir de moi.» Témoin encore la lettre si profondément sympathique du 1* novembre 1605° que reçut de lui Ph. de Mornai, alors qu'un immense deuil de famille déchirait son cœur et celui de sa digne compagne. On peut peindre d'un
1 Voy. Négoc. du président Jeannin, lettres des 3, 11 et 24 septembre 1607, de Jeannin et de Russy au roi, relatives à la mort et aux obsèques de Buzanval.
* Mém. et Corresp. de Mornai, éd. de 1824, t. 7, p. 466, 467, lettre du 18 décembre 1597,
3 Ibid. t. 10, p. 134.
trait Buzanval, en disant de lui, que, si sa vie publique fut celle d’un homme d'État distingué, sa vie privée fut celle d’un homme doué de ces grandes qualités du cœur, que rehausse et féconde, dans leur expansion, le sentiment religieux.
Il n’en fut pas complétement de même du second des prédécesseurs de Dumaurier, dans l'exercice des fonctions de représentant dela France auprès des Provinces-Unies. En effet, si le président Jeannin se montre négociateur consommé, écrivain judicieux et lucide, ainsi que l’attestent ses remarquables dépêches, et même un orateur disert et habile!, comme le prouvent les harangues qu'il prononça au sein de grandes assemblées , il n’en est pas moins vrai qu'il ne puisa, ni dans son éducation première, au foyer domestique, ni au milieu des rangs désordonnés des ligueurs, lors de ses débuts dans la carrière des affaires publiques, les principes élevés qui ne cessèrent d'animer de Buzanval, dès sa jeunesse, parmi les réformés. En un mot, si Jeannin fut, au point de vue des facultés intellectuelles, un diplomate d'une incontestable supériorité, 1l faut du moins reconnaître que, dans la sphère morale et religieuse, il demeura tout à la fois comme homme public et comme homme envisagé dans la vie privée, de beaucoup inférieur à de Buzanval.
Élevé à la forte et noble école de Ph. de Mornai, Dumaurier, par ses antécédents, par ses sentiments, par son caractère, se rapprochait singulièrement de Buzanval. Il était donc naturel que, chargé désormais de représenter la France auprès des
! Grotius (Annal. et hist. des. troubles des Pays-Bas, éd. de 1662, liv. 16, p. 615) dit, en parlant de Jeannin : «il était si puissant en paroles «et tellement maître des mouvements de son visage que, quand il cachait «le plus ses sentiments, il semblait toujours qu’il parlaït à cœur ouvert. » — De son côté, de Thou (Hist. univ. t. 10, p. 214) dit: «Pierre Jean- Qnin, président au parlement de Dijon, et conseiller d’état, personnage «qui joignait à une grande candeur une rare éloquence et une habileté «extrème pour les négociations. »
Provinces-Unies, il le prit tout spécialement pour modèle, et s’attachât à continuer ses honorables traditions, sans perdre de vue d’ailleurs celles de Jeannin, qui avaient aussi, à ses yeux, une grande valeur. En effet, s’il savait quelle haute estime avaient conçue pour de Buzanval Henri IV et les États généraux des Provinces- Unies, il n’oubliait pas non plus que ces mêmes États, en parlant de Jeannin à ce monarque, lui avaient écrit: «Nous remercions Vostre Majesté de nous avoir envoyé un tel «personnage qui nous a laissé beaucoup de témoignages de sa «très grande expérience, de son jugement, de sa prudence et «de sa bonne conduite ès grandes affaires, et qui par sa magna- «nimité et singulière dextérité, a surmonté toutes sortes de «difficultés qui se sont offertes ; tellement que tous gens de bien «ont contentement de lui et de ses actions, louant et remercaint «de bon cœur Vostre Majesté particulièrement de ce bienfait.»
Au moment où, en 1613, Dumaurier fut appelé à résider auprès du gouvernement des Provinces-Unies, les dispositions de ces dernières à l'égard de la France n'étaient plus tout à fait les mêmes qu’au temps de Henri IV et de ses représentants, Buzanval et Jeannin. De Reffuge, alors ambassadeur, venait, par des considérations dans le détail desquelles il est inutile d'entrer ici, d’être rappelé en France, pour y jouir, disait-on, d’un congé ; mais, en réalité, le gouvernement, tout en n’investissant, à sa place, Dumaurier que de fonctions temporaires, en apparence, avait l'intention de rendre prochainement la situation de celui-ci définitive, en l’élevant au rang d’ambassadeur ordinaire, ainsi que lui-même nous l’apprend f.
1 Voir l'écrit intitulé: «Extrait des préceptes de Mr Dumaurier, «Benjamin Aubery, à ses enfants», p. 19%, 195, dans les mémoires pour servir à l’histoire de Hollande et des autres Provinces-Unies, par messire Louis Aubery, chevalier, seigneur Dumaurier, Paris 1688.
Ge choix froissait divers intérêts et transformait en détracteur plus d’un ambitieux, déçu dans ses poursuites et dans ses prévisions. De là surgirent pour le nouvel ambassadeur certaines difficultés aggravées, dans les rangs de la société néerlandaise, par les préventions et les calomnies dont il fut l’objet. Il s’agissait de dissiper les unes, d’anéantir les autres, de concilier à un homme essentiellement honorable l'estime des honnêtes gens, en le faisant connaître tel qu'il était, et d'assurer au représentant de la France le respect que devaient imposer ses hautes fonctions. Ce triple but fut efficacement atteint par l'influence de la princesse d'Orange.
Héritière des vertus maternelles et paternelles, la digne fille de Charlotte de Laval et de Gaspard de Coligny soutint Dumaurier, de toute l’autorité de son expérience et de son crédit, ainsi que de toute l'énergie de son inépuisable bonté. Il trouva dans l'incessante sollicitude dont l’entoura cette princesse, un appui d’une inappréciable valeur.
Laissons ici parler Dumaurier lui-même; car les sentiments de gratitude qui débordent dans les lignes suivantes n’honorent pas moins le protégé que la protectrice.
«Je suis obligé, dit-il !, d’exalter l’extrême et grande obliga- «tion que moy et les miens aurons pour jamais à Madame la «princesse douairière d'Orange, digne fille de ce grand amiral de «Chastillon, si pieux, si homme de bien et si fameux capitaine. «On ne pourroit céler, sans trahir la vérité, qu'entre les excel- «lentes et rares vertus dont elle est ornée et qui la rendront «célèbre et immortelle à la postérité, elle en a une singulière, «d’estre la plus officieuse et bienfaisante qui soit sous le soleil : «prévenant mesme, par une magnanimité qui lui est naturelle,
«les supplications de ceux à qui son assistance est utile; ce
! Mémoires précités d'A. L. A. Dumaurier, p. 195, 196, 197. I 14