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«qu'après une infinité d’autres, je puis témoigner par ma propre «expérience, en cette occasion ; car lui ayant dit l'ouverture que «M. de Villeroi m’avoit faite!, non seulement elle m'en témoi- «gna de la joye, mais me fit cette grâce de me promettre sa «faveur, qui seule me pouvait combler de contentement; car, «inconnu que j'étais en ce pays-là, et dépourvu de plusieurs «choses qui m’eüssent été nécessaires pour m'y faire agréer,’ «j'avois besoin qu’elle me prist en sa protection et qu'elle me «daignât recommander; ce qu’elle fit avec un tel excès de bons «témoignages, où il a été nécessaire, qu'elle a voulu, par cette «Jlibéralité suppléer à la multitude de mes défauts, et, de plus, «anéantir et détruire une infinité de calomnies, que la haine, «en quelques-uns, et l’envie et la douleur en quelques autres, «excitèrent contre moy, de toutes parts, quand on vit qu'on «me donnoit cet emploi.
«Et parceque, de tous les vices, l’ingratitude est le plus détes- «table, particulièrement à moy qui l'ai toujours eue en grande «horreur, je me sens obligé de vouer à cette bonne et sage prin- «cesse mon très humble service, pour le reste de mes jours, «mais aussi de transmettre cette obligation à ma postérité. C'est «pourquoi je recommande à mes enfans, par le soin qu’ils doivent «avoir de me plaire, et par la bénédiction qu'ils espèrent de «moi, de faire tous profession d’être ses serviteurs affectionnez «et de Monseigneur le prince, son fils, et de ceux que Dieu «donnera par lui successeurs à l’illustre maison de Nassau, afin «que l'obligation que cette dame a voulu si généreusement et si clibéralement avoir pour moi, ait pareille et même plus longue « durée que ma propre vie.»
De Villeroy avait promis à Dumaurier de transformer, aussi promptement que possible, la situation de suppléant intérimaire de de Reffuge en celle d’ambassadeur en titre.
Suivons maintenant Dumaurier dans les principales phases . de sa carrière, à dater de l’année 1613, et surtout dans la conünuité des rapports si intéressants qu'il soutint avec son émimente protectrice.
Dès que Dumaurier fut arrivé en Hollande, la princesse d'Orange, qui s’intéressait vivement à la consolidation de sa situation diplomatique, s’empressa d'écrire à Villeroy, dont elle connaissait les dispositions favorables ! : |
«Monsieur, je me suis fort bien ressouvenue de la charge «que vous me donnastes, lorsque je pris congé de vous, à mon «partement de Paris, touchant Monsieur Dumaurier ; mais, à «mon arrivée ici, j'appris de Monsieur de Reffuge, qu'il estoit «ou devoit estre bientost en chemin pour venir, comme il arriva «aussy, peu de temps après moy ; ce qui me fit juger, Monsieur, «que vous estes hors du doute que quelques-uns vous auroient «voulu donner, que ledit sieur Dumaurier ne fust pas agréable «icy ; chose dont je m’asseure que vous estes, à ceste heure, «bien particulièrement informé par M. de Reffuge, qui n'aura «pas manqué de vous témoigner, qu'outre que Messieurs les «Estats et Monsieur le prince Maurice, mon beau-fils, ne trou- «veront jamais à redire au choix qu’il plaira à leurs majestés «de faire de celuy qui sera icy de leur part, particulièrement la «personne du sieur Dumaurier leur est fort agréable, pour Îles «mérites et les louables qualités qu’il possède; ce que j'ay «encores plus remarqué depuis le partement de Monsieur de «Reffuge, et dont je viens tout présentement encore d’avoir «asseurance par les deux personnes qui ont le plus de pouvoir «en cest estat, et ce, d'autant plus qu’ils sçavent, Monsieur, «que vous affectionnés ledit sieur Dumaurier, et que c'est vous «qui en avez fait le choix. C’est ce qui m’a donné subject de
1 Lettre du 923 juin 1613. Bibl. nat. mss. f, fr. vol.15.950, fo 32.
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«vous fayre celte lettre, et pour vous dire encore une particulacrité qu'ils m'ont dite, qui est que, si Monsieur de Reffuge ne «revient point, ils jugent fort à propos, et pour le service de «leurs majestés et pour le bien de cest estat, que bientost vous «donniés à M. Dumaurier la qualité qu'il doibt avoir en ces «provinces, et qu'il seroit à desirer qu'il eust desjà. »
De Villeroy, dans une réponse qui fut communiquée à Dumaurier par la princesse, assura celle-ci qu'il tenait grand compte des faits qu'elle lui signalait. |
Touché, comme il devait l'être, de la bienveillante démarche de sa protectrice auprès de Villeroy et du bon vouloir de celuici, Dumaurier lui écrivit ! :
«Monseigneur, j’ay reçue celle dont il vous a pleu m'honorer, «du 2 du passé, avec celle pour Madame la princesse d'Orange, «que Je luy ay rendue. Vostre bonté me comble de trop de «bénédictions et de grâces, daignant prendre la peine de m'as- «surer de plus en plus de vostre si favorable protection, que «vosire créature voit et sent en infinies sortes, mais principale- «ment en ce qu'elle rompt toutes les vagues qui la menaçaient. «Aussi ne saurait-elle, Monseigneur, qu'avec sa prôpre vie «vous faire remerciment condigne à tels bienfaits dont vous «avez daigné de nouveau l’accabler par vos lettres à madite «dame, qui m'a fait l'honneur de me les monstrer. »
Depuis quelque temps était revenu de France en Hollande un personnage contre lequel s’élevaient de sérieux griefs, et duquel il s'agissait de démasquer la conduite, afin de lui ôter, par là, tout moyen de continuer à troubler, par de coupables menées, le monde politique. Cet homme, qui alliait à certains talents des habitudes d’intrigue, d’astuce et de cupidité, était
t Lettre du 13 septembre 1613, Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,951, fo 235. |
François Aerssens, fils de Corneille Aerssens, greffier des Etats : généraux des Provinces-Unies.
Il avait, durant son séjour en France, d’abord sans fonctions déterminées, puis, plus tard, en qualité d'agent accrédité des Provinces-Unies, gravement mécontenté Henri IV et le gouvernement qui succédait à celui de ce souverain. Force avait été de prononcer son rappel. De retour dans sa patrie, il y éclatait en menaces, en forfanteries de tout genre et en calomnies contre la France et contre son représentant. Dumaurier, qui d’ailleurs l’observait de près, et qui, tout en demeurant dans la ligne d’une parfaite droiture et d’une extrême modération, ne négligeait rien pour déjouer ses manœuvres, reçut de France l’ordre formel de signaler aux États généraux les actes de ce coupable agresseur. J1 s’acquitta de cette tâche avec une fermeté d'attitude et de ‘langage qui impressionna fortement les États généraux, et qui réagit utilement sur l’opmion publique, car l'estime générale le vengea de l’inimitié et des invectives d’Aerssens.
Dumaurier, fort de l'appui que lui prêtait Louise de Coligny, avait, le 11 novembre 1613, porté la parole devant les États généraux contre Aerssens!. Il manda, le 47 du même mois, à Villeroy ? : «Madame la princesse douairière d'Orange à reçu à «grand honneur et avec un extrême contentement la lettre qu'il «vous a pleu lui écrire. Certes, Monseigneur, cela est venu à «souhait, même sur le point de cette affaire #. Il est certain «qu’elle affectionne passionnément le service et contentement de «leurs majestez; et, quand il plairoit à la royne, par intervalle, «lui donner quelque témoignage du ressentiment qu’elle en a,
«cela, Monseigneur, ne pourrait sinon produire de bons effets. »
1 Mémoires de Louis Aubry Dumaurier, p. 381.
2 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,954, fo 238. 3 L'affaire d’Aerssens.
De Villeroy ne manquait pas d'entretenir Marie de Médicis dans de bienveillantes dispositions à l'égard de Louise de Coligny. La preuve en est dans ce passage d’une lettre adressée au
premier secrétaire des commandements par la princesse : «Je
«vous rends grâces des bons offices qu'il vous plaist me départir «auprès de la royne, en assurant sa majesté combien je suis sa «servante *. » «
Dans cette même lettre, la princesse exprimait à de Villeroy la part qu’elle prenait à sa douleur de père, en amie «qui avait voué «beaucoup de service» à la fille qu'il venait de perdre, Madame de Puisieux, femme de Pierre Brulart, vicomte de Puisieux ?.
La protectrice de Dumaurier ajoutait, en ce qui concernait ce dernier :
QI y a, Monsieur, quelques jours, que j'avois délibéré de vous «escrire sur un subject que m'en avait donné M. de Barnevelt, «qui regarde M. Dumaurier, mais me ressouvenant que vous «m'aviez mandé, il, y a quelque temps, que vous auriez mé- «moyre en temps et lieu, de ce que je vous avois escript, que «l’on trouvoit icy nécessaire pour le service de leurs majestés «et pour le bien de cest estat, qu'il portast le nom de ce dont «il exerçoit la charge, j'avois différé jusqu'à ceste heure que «M. le prince Maurice et M. le comte Guillaume, trouvant que «je vous escrivois, m'ont mise sur ce mesme discours et m'ont «conseillée, Monsieur, puisque vous-mesme m'’aviez ouvert le «chemin d’oser vous en escrire, de vous advertir que, plus que «jamais, 1ls le trouvaient nécessaire, qui est aussy l'avis de «M. de Barnevelt, et le trouvant tous trois si digne et si capable «de ceste charge, qu'ils s’estonnent de quoy on diffère tant à
‘ Lettre du 18 décembre 1613 (Bibl. nat. mss. f.fr. vol. 15,950, fo 29).
? De Puisieux était adjoint à Villeroy, pour le service des affaires étrangères.
«luy donner. Le sieur d'Aerssens en a bien sçeu tirer du profit, «jusqu'à s'oser promettre quil n'auroit jamais ceste qualité «d’ambassadeur ; et qu'il avoit assez d’amis à la Haye pour «le faire rappeler, sy luyÿ ne retournoit point. Je n’ay rien «voulu dire à M. Dumaurier de ce que je vous escris, crai- «gnant de luy en augmenter ou diminuer son espérance, qu’il «fonde toute sur l'honneur’ de vostre bienveillance; mais j'ose «vous supplier de me mander ce qu'il vous plaist que je res- « ponde à ces messieurs que je vous ay nommés.
«Il y à encores cest autre subject, Monsieur, sur lequel nous «allons entrer en peine : c'est M. Vinoult, ambassadeur d’An- «gleterre, que nous attendons d'heure à autre. Ils se peuvent «rencontrer souvent ensemble, comme ils ont fait deux fois, en «mon logis, devant que le sieur Vinoult fist son voyage. Ils se «trouveront empeschez, et moy aussy, pour leur rang; de façon, «Monsieur, que vous me ferez beaucoup d'honneur, s’il vous «plaist me mander comme je m'y dois gouverner. »
L'intervention de la princesse, basée sur des motifs et des considérations d’un ordre supérieur, ne tarda pas à porter ses fruits; car bientôt les situations respectives furent nettement fixées. En effet, tandis que François Aerssens, atteint par la réprobation publique, était destitué de ses fonctions, Dumaurier se vit affermi dans les siennes par son élévation au rang d'ambassadeur, et de Languerac fut envoyé par les États généraux des Provinces-Unies en France, pour y occuper le poste qui venait d’être retiré à Aerssens. |
Dumaurier se montra favorable à de Languerac, en disant de lui à Villeroy !: «Ilest de si noble extraction, de tel savoir, et
1 Lettre du 6 mars 1614 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,954, fo 240). — Voir une autre lettre, du même jour adressée par Dumaurier à de Puisieux (/bid. vol. 15,956, fo 51).
«de si bonne vie, que le choix pour cet emploi n’eust pü estre «fait d'aucun autre en qui toutes qualités eûssent mieux pü se «montrer ensemble. »
Dans l'exercice de ses hautes fonctions, qui l’appelaient à soutenir des relations suivies avec Louise de Coligny et avec son fils, Dumaurier s’empressa de rendre officiellement hommage aux sentiments qui animèrent ce dernier" à l'égard de la France, et que lui avait inspirés la princesse sa mère. Il s’acquitta de ce devoir, en inscrivant dans une dépêche expédiée, le 4 mars à de Puisieux, ces lignes significatives !: « Monsieur le prince Henri cest parti, ce matin, pour Heidelberg, avant lequel partement, «je l’ai veu et entretenu sur les choses qui se passent en France. «Sur quoy il m’a franchement protesté qu'il porterait, à toute «heure, sa vie pour le service de leurs Majestez, contre qui que ce «soit, et que la dignité du roy et bien de son royaume, comme «aussy, dans le sentiment des grandes obligations que cest Estat «leur a, il tirera son épée contre tous ceux qui voudront préju- «dicier, en quelqué sorte, que ce soit, à leurs dites Majestés ; de «quoy il m'a donné charge de leur donner assurance de sa part.»
La correspondance de Dumaurier prouve qu'il tint particulièrement à seconder le désir qu’éprouvait la princesse d'Orange de voir son neveu Chastillon investi du commandement supérieur des troupes françaises employées au service des Provinces- Unies. A l'investiture de ce commandement se rattachaient diverses questions secondaires, dont l'ambassadeur de France contribua, en ce qui dépendait de lui, à faciliter la solution ?.
1 Bibl, nat. mss. f. fr. vol. 15,956, fo 47.
* Voir lettres de Dumaurier à de Puisieux, des 29 avril, 42 mai, 2 juin, 19 et 26 juillet 1614 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,956, fos 89, 89, 93, 125, 131). — Voir aussi le brevet de nomination, du 4er mai 161% et la ratification, du 95 juillet, dans l’histoire de la maison de Coligny par du Bouchet, p. 707.
Satisfaite de ce côté, la princesse ne l'était pas, d’un autre, en sachant sa fille Brabantine toujours engagée, pour défendre ses droits et ceux de ses enfants, dans des démarches et des procès dont elle‘aspirait à voir l’issue. Le 7 juillet 1614, elle lui écrivit, de La Haye! :
«Madame ma fille, ces trois mots ne vous apprendront pas «tant de mes nouvelles comme feront ces honnestes personnes «qui vous les portent. Je vous avois mandé que je m’en allois à «Spa, mais le mauvais temps de ceste année a fait que tout le «monde m'a déconseillé ce voyage. Me voilà donc tousjours à «La Haye, où j'ay plus de repos et d’esprit et de corps, que vous «n'en avez à Paris, à solliciter vos procès, dont j'ay bien envie «d’apprendre que vous avez eu une bonne issue telle que la vous «souhaite vostre pauvre maman, qui baise vos mains, en toute humilité, et, par vostre permission, celles de Mademoiselle de «la Trémoïlle. Je la souhaite 1cy, cependant que vous estes en «vos sollicitations : je m'imagine qu'elle s’y plairoit plus qu'à «aller courtiser Messieurs les conseilliers.»
La question des procès alors suivis revient dans une lettre du 2 septembre 1614, contenant d’ailleurs quelques nouvelles relatives aux évènements contemporains? :
«Madame ma fille, je participe au contentement que vous «recevez de tenir ceste chère sœur ÿ à Paris. Je m’asseure qu'elle «vous aide bien à solliciter, à ceste heure que vous estes près «de voir l'issue de ce fascheux procès. Je vous envoie la iettre, «que vous avez desirée, de Monsieur mon beau-fils. Je l’ay faicte «faire sur les mesmes termes de la vostre; mais, pour ce qu'il
4 Archives de M. le duc de la Trémoille.
? Ibid.
3 La duchesse de Bouillon.
«me la vient d'envoyer toute fermée, je crains qu'il ne se sera «souvenu d'y mettre quelques mots de sa main, comme je luy «avais dit que vous le desiriez. IT est tellement occupé, à ceste «heure, qu’il est sur son partement pour aller en campagne, «qu'il n’a pas le loisir de faire tout ce qu'il desire. Le marquis «de Spinola a pris dix et autres petites villes quy luy ont ouvert «leurs portes. Il est à ceste heure, devant Wesel où il n'y a ny «garnison, ny forteresse; de façon que je croy qu'elle se rendra «incontinent, car vostre frère n'y peut aller si tost que luy. Il ya «icy un ambassadeur d'Angleterre qui assuroit fort que l’armée «de Spinola ne marcheroit point. Cela a amusé Messieurs les «Estats et empesché qu'ils n’ont mis la leur en campagne jusqu’à « ceste heure, que voilà tout le monde si empesché de ce parte- «ment, que je n'ay loisir de vous dire autre chose, sinon que je «prie Dieu, de tout mon cœur, qu'il vous donne bonne issue de «vostre procès, et que vous aimiez tousjours vositre maman, «comme parfaitement elle vous aime et vous honore, et vous «baise, un million de fois, les mains. » |
Le litige existant entre M°° de la Trémoïlle et sa partie adverse touchait encore si peu à son terme, au printemps de 1615, que la princesse disait alors à sa fille! :
«Je ne sçay ce que je doibs croyre de ce que me rapporte le «frère de M. Durand, qui est arrivé depuis deux jours, que «M°° d’'Elbœuf n’a point voulu tenir l'accord que vous m'aviez «mandé avoir fait ensemble; cela me met en peine, et je vous «suplye que je sçache ce qui en est.» |
Passant à d'autres sujets, la princesse ajoutait: «Au reste, «tout ce que J'ouïs, et par paroles et par escrit, ne me chante «que tout présage de malheur en ma pauvre patrie ; de façon «que ce n'est pas pour me faire prendre envie d’y aller ; aussy,
1 Lettre du 23 avril 1615 (Archives de M. le duc de la Trémoille).
un bas tn. SSSR A
«n'en ay-je nulle, mais bien d’user le reste de mes jours icy «doucement à prier Dieu.
« Nous ne sçavons encores où nous en sommes pour les affaires «de Juliers : on ne veut pas rompre la trève; aussy n’exécute- «t-on rien en l'accord, et prévoit-on que l’on ne veut rien, «sinon couler le temps.
«J'ai vû le ballet de Madame imprimé, que je trouve parfai- «tement beau, et regrette que Mademoiselle de la Trémoiïlle «nen aye esté. Il me tarde d'apprendre le retour de M. de la «Trémoiïlle. Tout le monde me dit que M°° la maréchale de «Fervacques va espouser M. de Soubize ; mais je ne croy pas. «Nous attendons 1icy dans peu de temps M. le prince et M°° la « princesse d'Orange.»
Alors qu'en juillet 1615 M°° de la Trémoiïlle continuait à s’occuper de ses procès, elle reçut de sa mère les lignes suivantes À :
«Madame ma chère fille, j'apprends avec beaucoup de regret «que vous estes tousjours à la poursuite de vos procès. Je vous «en plains infiniment, car je croy que c’est un des plus fascheux «exercices du monde; mais, pourvu qu'il plaise à Dieu que «vous en ayez bonne issue, vos peines ne seront pas tant à «plaindre.
QOn m'a dit que l’on vous a ces jours passez, donné une «mauvaise, mais, Dieu mercy, fausse nouvelle, de la mort de «M. le comte Guillaume, et que mesme vous en avés pris le «deuil, jusqu’à ce que le comte Jean, vostre cousin, a passé à «Paris, qui vous la faict laisser. Je ne sçay qui s’est plû à vous «donner ceste alarme. Il se porte bien, Dieu merci, comme «sont vos frères, et Moy aussy à ma rate près.
« Je desire bien de sçavoir si M. de la Trémoiïlle est sur son
1 Archives de M. le duc de la Trémoille,
«retour, et me fasche d'apprendre, par vos lettres, que vostre «petit soit devenu d'humeur sy mélancolique. Sy est-ce qu'il est «bien où il peut avoir toutes sortes de divertissemens, pour luy «rompre ceste humeur ; et croy que vous n’y oubliez rien.
«Pour Mademoyselle de la Trémoïlle, je croy que vous pensés «à la marier: et, à mon avis, vous ne trouverés pas tant de «difficultés que moy à marier vostre frère. Je vous avoue que «cela me travaille bien l'esprit de voir passer les années, et, par «conséquent, la fin de mes jours approcher, sans avoir nul ache- «minement à une chose que je desire passionnément. Je m'asseure «bien que, sy vous y pouviez ayder, que vous n’y plaindriés «vos peines, non plus qu'à vos procès.
«Ge ne vous est peu de contentement d’avoir M. de Bouillon «auprès de vous; mais il seroit encores plus grand, s'il estoit «accompagné de Madame de Bouillon, que je pense qui, de son «costé, s'ennuie bien d’estre sy longtemps absente, et de luy et «de sa petite troupe, qu'elle a laissée à Sedan.
«On ne nous parle icy que de préparatifs qui se font pour le «voyage des mariages !. Je croy bien que vous ne serez pas de «celles qui y accompagneront la reine. Pour moy je me trouve «sy bien en Hollande, que je n’ay envie d’en partir, si ce n’estoit «que je vous puisse rendre du service, car, pour cela, j'irois au «bout du monde, estant tousjours la bonne maman.
«Je vous demande, Madame ma chère fille, ma foire de Saint- «Germain; mais sçavez-vous de quoy? c'est de vositre beau «portrait. Mais je voudrois bien qu'il füst de la main de Ferdi- «nand, car je trouve que c’est luy qui vous fait le mieux res- «sembler, et qu’il soit, s’il vous plaist, de la grandeur de la «ficelle que je vous envoye. La hauteur est toute la ficelle ; et le «petit nœud, c’est la largeur. Tout le monde s'étonne que Je
4 Savoir : Celui de Louis XIIT , et celui de l’aînée de ses sœurs.
«ne l’aye point. Jay bien ce petit Van Borrus qui fut fait-quand «vour estiez petite »
Depuis longtemps Louise de Coligny faisait les plus grands efforts pour alléger la situation pénible qu'avait créée, à l’une de ses belles-filles, Émilie première, un mariage contracté, dans d'assez étranges circonstances, avec Dom Emmanuel, prince de Portugal, contre le gré de Maurice de Nassau. Rien ne justifiait la dureté tenace avec laquelle celui-ci traitait sa sœur, la tenait à distance, et lui refusait tout appui, ainsi qu’à son mari et aux enfants issus de leur union. Louise de Coligny et, d'accord avec elle, son neveu, le comte Guillaume, toujours prêt à la seconder dans l’accomplissement de ses généreux desseins, n'avaient cessé de tenter un rapprochement entre le frère et la sœur, lorsqu'enfin, à la suite d’énergiques remontrances, Maurice parut disposé à se relâcher tant soit peu de l’injuste rigueur qu'il avait manifestée jusque là. Informée de cette circonstance, la princesse d'Orange s’empressa d'adresser au comte Guillaume là communication suivante f :
«Jay veu ce que me mandés touchant M°° la princesse de «Portugal, pour le regard de ses enfans qui sont en France; celle sera bientost satisfaite, de ce costé-là, car M. son mari «les fait venir, et je croy qu’à ceste heure, ils sont en chemin. «Je serois bien de vostre opinion, qu’elle ne se tint point si «éloignée de son frère et qu’elle vécût plus privément avec luy. «Luy mesme m’a tesmoigné que c’est chose qu'il desiroit, et je «luy ay escrit à elle, et l’ay dit, de bouche, à M. son mari, pour «luy dire. Je scay bien qu’elle feroit plus auprès de son frère que «tout ce que nous tous luy en pouvons dire. Quant à la com- «pagnie de cavalerie, je luy en ay parlé: il m'a dit qu’il n’y en «avoit point de vacante; mais, quand elle seroit icy, 1l se peut
1. Lettre du 27 avril 1615 (Archives de la maison d’'Orange-Nassau).
si
«présenter des occasions où, par sa présence, elle feroit beau- «coup, tant envers son frère, que de Messieurs les Estats. Et «pour moy, je croy qu’elle ne doubte point que je la seconderai «et servirai avec plus d'application que sy c’estoit pour moy «mesme. Quant aux enfans, vous sçavez combien de fois, vous «et moy, avons importuné pour qu il ayt les deux aisnées auprès «de luy, pages. Il me dit tousjours qu’il en aura le soing qu'il «doïibt, et qu'il ne faut point que l’on s'en donne la peine ; de «façon qu'il me semble qu'il vaut mieux ne luy en point parler, «Car vous connoissez son humeur : quand on luy en parlera, sera l'heure qu'il en fera le moins. Toutefoys je ne laisseray point «passer les occasions, que je ne vous en dise tousjours quelque «mot. | |
«J'attends des nouvelles de mon nepveu M. le comte Ernest, «sur le subject qui touche mon fils, votre cousin, pour voir ce «que nous debvons espérer de ce costé-là.
«Les affaires de France ne vont pas si bien qu'il seroit à «desirer; et les Estats qui s’y sont tenus n’ÿ ont point faict de «miracle ; de façon, Monsieur mon nepveu, que tout ce que je «vous puis mander de plus assuré, c’est la continuation de mon «affection à vostre service, qui ne prendra fin qu'avec la vie de «vostre plus humble et obéissante tante.»
Loin d’être, en quoi ce füt, altérées par le mauvais état des affaires en France, les relations de Louise de Coligny avec de Puisieux se maintenaient sur un excellent pied. Il était donc tout naturel que la princesse d'Orange s’en prévalût pour appeler l'attention de ce haut personnage sur le préjudice que lui causait, depuis plus de deux ans, le non-paiement des arrérages de pensions constituées en sa faveur. De là, l'envoi de ces lignes empreintes d’une légitime confiance ! :
‘ Lettre du 20 mars 1615 (Bibl, nat. mss. f. fr. vol. 15,957, fe 272).
«Monsieur, j'ay veu un endroit d’une lettre que vous avés «escrite à M. Dumaurier, ambassadeur icy pour le roy, où vous «parlez de moy si dignement, que je vous en demeure obligée,
«ne voulant manquer à vous en rendre grâces, et, en vous
«remerciant, vous suplyer me continuer vos faveurs envers «M. Jeannin, qui me repaist, depuis deux ans que je suys partie «de France, de fort belles paroles et promesses sans nuls effects. «Je croy, Monsieur, que c’est la volonté de leurs Majestés que je «jouisse des bienfaits dont il leur a pleu m'’estre libérales; et ne
«vous cèleray point que je ne soye un peu faschée de voir que
«d’autres soyent mieux traités, en pareille chose, que moy, «sçachant bien que nul ne me peut surmonter en affection et «fidélité au debvoir de très humble subjecte et servante, c'est «pourquoy Jose vous estre importune, Monsieur, et vous suplyer «de croyre que c’est plus la gloire qui m'y porte, que le profit ; «estimant, pour mon plus grand honneur, que chacun cognoisse «que leurs Majestez me tiennent pour ce que je leur suys; et «tendray à bien fort grand heur aussy, Monsieur, qu'il vous plaise «m'honorer de vostre bienveillance et de la qualité de vostre «bien humble et très affectionnée à vous faire service.»
À quelque temps de là la princesse ajoutait !:
«Monsieur, j’ay veu par plusieurs de vos lettres à M. Du- «maurier, le continuel soin qu’il vous plaist apporter à tout ce «qui me touche; mais la dernière qu'il a reçue de vostre grâce «m'en rend un si particulier tesmoignage, qu'elle m'oblige à «vous en rendre mille et mille grâces, ainsy que j'en ay donné «charge à celuy qui vous présentera ceste lettre, de vous repré- «senter plus particulièrement le ressentiment que j'en ay et «combien par tant de tesmoignages de vostre bienveillance, vous «m’avés estroitement attachée à vostre service. Et, puisqu'il
1 Lettre de 1615 (Bibl. nat, mss. f. fr. vol. 15,958, f? 29).