L9 TS
«vous plaist, Monsieur, vous emploier pour me faire avoir expé- «dition de ce qui m'est dù des pensions qu'il avoit pleu au feu «roy me donner, et lesquelles depuis sa mort, m'ont esté conti- «nuées par le roy et la roine, sa mère, j’ay donné charge à ce dict «porteur, secrétaire de la chambre de Sa Majesté, lequel, depuis «quelques années, a pris la charge d’en faire les poursuites, «de vous présenter un petit estat de ce qui m'en est due; vous «suplyant, Monsieur, me faire l'honneur de luy dire les moyens «qu’il doibt tenir pour m'en faire solder ; ce sera obligation sur «obligation que vous me donnerez pour demeurer, toute ma «vie, Monsieur, vostre servante fort affectionnée. »
Dumaurier, de son côté, se faisait un devoir d'écrire à Marie de Médias: «Vostre Majesté a une passionnée servante en «Madame la princesse d'Orange, et qui mérite le soing de vostre «bonté, en ce qui regarde ses pensions, dont elle est en arrière «d’une partie de l’année 1613 et de 1614, aussy bien que de «celle-cy. J'ose importuner Vostre Majesté sur ce subject, comme «important à son sérvice. »
La passionnée servante de la mère du roi avait obtenu de celleci la promesse d'un portrait, à l'envoi duquel elle attachait un grand prix. Dès qu’elle apprit par Marie de Médicis elle-même, non seulement que le portrait était terminé, mais encore que le secrétaire des commandements était chargé de l'envoyer en Hollande, l’heureuse destinataire écrivit à de Puisieux ? :
«Monsieur, 1l y a quelques jours que j’eus l'honneur de rece- «voir des lettres de la royne, qu'accompagnaient des vostres, par «lesquelles 1l plaist à Sa Majesté me mander qu'elle s’est sy bien «ressouvenue de la promesse qu’elle m'a faicte de son beau por-
! Lettre du 23 septembre 1615 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,956, fo 400).
? Lettre du 22 septembre 1615 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,956, fo 398).
LOUISE DE COLIGN Ÿ: 295
«irait, qu'elle l’a mis entre vos mains, pour me le faire tenir, à «la première commodité, comme vous me mandez aussy, Mon- «sieur, la mesme chose; dont j’ay reçue un tel contentement, «que J'en suys toute glorieuse ; me tardant bien que je possède «en effect un si digne présent, et que je tiendrai cher comme «ma vie. Je vous suplye, Monsieur, de bien regarder de le «mettre en bonnes mains, pour me le rendre. Je croy que vous «avés encores à la court M. de Villebon. Si cela est, Monsieur, «vous ne pouvez me l'envoyer par voye plus sûre. Je n’en «remercye point encores la royne, jusqu'à ce que je le tienne, «mais bien vous, Monsieur, de ce qu'il vous a pleu vous en «rendre si bon solliciteur et vous suplye de croire qu'il n’y à «service que je ne voulusse vous rendre, pour un si bon office. «— Nous entendons icy avec beaucoup de regret toutes les «brouilleries de France, espérant néantmoins que parmi tous «ces orages, Dieu aura soing de la conserver à son roy, et «bénira leurs Majestés, pour faire tout réussir à sa gloire et au «contentement de leurs Majestez : c’est de quoy je fais de con- «tinuels vœux au ciel.»
La réception du portrait de la reine produisit sur Louise de Coligny une profonde impression, que Dumaurier attesta à de Puisieux en ces termes!: «Il faut que je vous dise que, quand «j'ay présenté à Madame la princesse d'Orange vostre lettre et «le portrait qu'il a plà à la roine luy envoyer, elle l’a reçu avec «ravissement de joye et très grande obligation, comme je croy «qu’elle le témoignera à Sa Majesté et à vous. Pleust à Dieu «que toutes ses grâces füssent aussi bien employées. »
Louise de Coligny, dans son affectueux dévouement à la famille royale, ne séparait jamais de la mère les enfants, dont elle suivait avec un vif intérêt les destinées. Elle écrivit à
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol, 15,957, fo 12.
Il | 15
Me de Monglat, leur gouvernante, au moment où venait de se terminer sa mission, à l'égard de quelques-uns d’entre eux 1 :
«Madame, j'ay eu le bonheur de recevoir de vos nouvelles «par vos lettres, depuis quelques jours, qui m'ont extrêmement «resjouye, pour me veoir conservée en vostre mémoire ; et, Sy «vous ne recevés souvent des myennes, ne pensés pas, s’il vous «plaist, que je manque à vous aymer et honorer, comme j'ay «tousjours faict. :
«Je me resjouys, participant à tout ce qui vous touche, de ce «que Dieu vous a faict la grâce d’avoir rendu Monseigneur le duc «d’Anjou, en santé, entre les mains de la royne. Certes, Madame, «ce n’est pas une petite grâce que vous avez reçue du ciel, de «vous estre si dignement acquittée de la nourriture de si grands «princes et princesses. Je croy qu'il y aura bien des larmes «répandues, à ceste séparation de Madame. Jay un extrême «regret de n'avoir pu avoir l'honneur de la voir, devant son «partement, car je pense bien que je ne la verray jamais. Je «n’en dis pas de mesme de Madame Krétienne, car j'espere «bien avoir cest honneur-là, surtout si elle épouse ce beau «prince, nostre voysin, comme on nous en donne tousjours l’es- «pérance. Mon Dieu! Madame, que je me sens glorieuse de «ce que vous me mandés, qu'elle me fait l'honneur de se souve- «nir de moy! Je vous suplye de l’assurer bien tousjours que je «suis, mais je dis avec passion, sa très humble servante, et aussy «à la petite madame.
«Je suis en une merveilleuse peine de toutes ces brouilleries «qui sont en France. Dieu y veuille remédier par sa bonté et «vous donner, Madame, tout le parfait contentement que vous «souhaile vostre elc., etc.
«P. S. — Madame, vous m'obligeriez extrêmement, s'il
1 Lettre du 29 août 1615. (Bibl. nat. mss. f, fr, vol. 15,950, fe 28).
«vous plaisoit me faire recouvrer un portrait bien fait de Ma- «dame Krétienne; ce seroit bien pour embellir mon cabinet. «Je le tiendrois bien cher, et le mettrois auprès de celuy du feu «roy, leur père, et de la royne, leur mère. » .
Tout en continuant, dans le cours de l’année 1615, à correspondre, en France et à l'étranger, avec ses filles, sans en excepter Flandrine !, devenue abbesse, à Poitiers, et tout en combinant avec le comte Guillaume de nouvelles mesures, propres à venir en aide à Émilie première, dans sa situation critique, la princesse d'Orange entretenait, pour la gestion de ses intérêts privés, dans sa patrie, une correspondance particulière, dont il importe de détacher ici un fragment qui prouve avec quelle bienveillante simplicité et avec quelle délicatesse elle savait pardonner des torts commis envers elle, et quelle aversion elle éprouvait pour les procès.
«Je vous dirai, écrivait-elle au baïlli Bernard?, que depuis «quelque temps j'ay reçu une lettre du lieutenant de Chasteau- «Renard, par laquelle il me mande qu’il reste entre vos mains «des exécutoires de dépens que feu Marlantier avait obtenus «contre feu son père, à luy, et me prie de luy quitter et luy «en faire rendre les papiers. Je sçay bien que je luy avois pro- «mis, qu’en cas qu'il se gouvernast en mon endroict comme il «debvoit, que je ne luy en demanderois jamais rien. Je sçay «qu’il ne l’a pas faict : mais, nonobstant, je lui veulx monstrer «que je suis bonne, et trouve bon que vous luy rendiez, les «papiers, pour l’obliger à se gouverner mieux qu'il n’a faict «jusques icy, et que, si les effects répondent à l’affection qu’il
1 Lettre de la princesse d'Orange à Me de la Trémoiïlle, du 23 septembre 1615 (Archives de M. le duc de la Trémoille).
2 Archives générales de Venise. — Collegio, Sezione, 111 (secreta). Lettere. — 12 décembre 1616.
ci sd
«me promel par ses lettres, j'oublieray tout le HAE et ne men «ressouviendrai jamais.
«Pour ceste affaire, dont vous m'escrivez, de Languet et de «M. de-Russy, je trouve fort à propos que vous fassiez un «voyage à Paris, et desire que l’un et l’autre s'accordent par la «voie amyable, car il n’y a rien que je haïsse tant que les pro- «cès. Si M. de Russy est à Paris, il faudra que vous partez «ensemble, et je sçay bien qu'il apportera, de son costé, tout ce «qu'il pourra, car il est fort de mes amis. »
De La Haye, où elle semblait avoir désormais fixé sa résidence pour toujours, la princesse d'Orange correspondait non seulement avec un grand nombre de personnes habitant, soit la France, les Provinces-Unies ou la Suisse, soit l'Allemagne ou l'Angleterre, mais encore avec certaines notabilités de l’ftale. Parmi les preuves qu'on peut fournir de ses rapports avec ces dernières, se présente une lettre que la princesse adressa au doge de Venise, en faveur d’un gentilhomme français auquel elle s’intéressait. Cette lettre porte ! :
«A Monseigneur le Ducq de Venise.
«Monseigneur, je me sens tellement obligée à VO Altesse, «de l’honneur et de la courtoisie que j'en ay reçu, en ce que, «pour mon regardt et à ma requeste, elle a accordé, par dessus «le nombre, encores une compagnie au sieur de Roubeau, que «je w’ay pas voulu fallir de l'en remercier très humblement, «et, par mesme moyen, l’assurer que ledit de Roubeau est un «fort honneste gentilhomme qui a beaucoup de bonnes qualités «et aussy de l’expérience, au faict de la guerre, si bien, que je «ne doubte nullement, qu'aux occasions qui se pourroient pré- «senter, il ne s’acquitte fort bien de son debvoir et ne recog-
! Archives générales de Venise. — Collegio, Sezione, LIT (secreta). Lettere. — 12 décembre 1616.
«noisse, par son service, l'honneur que Vostre Altesse luy a «faict ; et, sur ce qu’il m'a déclaré d’estre résolu de vouer entiè- «rement son service à Vostre Altesse, je la supplye, si le temps « pour lequel ces troupes ont esté prinses en service estant expiré, «l’on trouve bon de continuer quelque compagnie au service, «de vouloir continuer sa bonne volonté envers ledit Roubeau, «afin, qu'entr'aultres, il pourroit avoir l'honneur d’estre ung «de ceulx qui seront entretenus; en quoy faisant, m'obligerez, «pour demeurer tousjours et à jamais, Monseigneur,
« Vostre servante très humble «La princesse douayrière d'Orange «à la Haye, 12 décembre 1616. »
Quelle que füt la sphère d'activité dans laquelle la princesse manifestât, en faveur d'autrui, sa bonté et son dévouement, rien ne détournait ses pensées d’un but vers lequel elles tendaient, depuis plusieurs années, savoir, la réalisation du bonheur que procurerait à son fils un mariage contracté dans de favorables conditions.
Le jour vint, en l’année 1616, où Louise de Coligny crut que s'ouvrait, devant Henri Frédéric, une voie qui pourrait le conduire au but désiré.
« Je ne sçay, disait-elle à sa fille Brabantine!, si le bruict aura «esté jusqu'à vous d'un mariage dont on parle fort pour mon «fils, vostre frère. Nous avons envoyé Beaumont vers M. le «prince d'Orange pour en sçavoir sa volonté, devant que d'en «parler plus avant, et attendons, d'heure à autre, son retour, «pour, soudain après, en avertir M. de Bouillon et vous, et «recevoir vos bons conseils ; de façon que, jusqu'alors, ce que je «vous en escris demeurera, s'il vous plaist à vous. Madame
1 Lettre du 148 mars 1616 (Archives de M. le duc de la Trémoille).
«l'Électrice, vostre bonne sœur, est celle qui pousse te plus à la «roue ; de façon que vous pouvés bien juger en quel païs et qui «ce peut estre. Faites-nous la paix bientost, afin que nous. «puissions nous assembler, peut-être tous, en Allemagne. »
Le 42 juin, Henri Frédéric annonça lui-même à M"° de la Trémoiïlle quelle était la jeune fille dont il désirait obtenir la main, et jusqu’à quel point il avait pu avancer dans ses démarches. |
«Je n’ay pü, lui mandait-il!, vous avertir plus tost de la «recherche que je fais de la fille aisnée de M. le Landgrave de «Hessen, d'autant que jusqu'ici il en a esté seulement parlé, de «part et d'autre, par quelques amis communs. Mais, à ceste «heure, qu’ils ont amené l'affaire sy avant, qu'il semble qu’elle «se pourra effectuer, j'ay crü estre de mon debvoir de vous le «faire entendre, m’asseurant que ce vous sera chose agréable, «et que vous apprendrez ceste alliance, comme ont fait Madame «ma mère, Messieurs mes frères, Messieurs les Estats des Pro- «vinces-Unies, en joignant volontiers vos bons conseils à ce que «le tout se puisse parachever heureusement, à la gloire de Dieu, «au bien et honneur de nostre maison, et à notre commun con- «tentement. »
Au comte Jean de Nassau, qui soutenait avec le Landgrave d’assez intimes rapports, avait été confié par la famille de Henri Frédéric le soin d’arrêter les bases des conventions civiles devant précéder l’union projetée. Louise de Coligny lui écrivit, le 42 juillet? :
«Monsieur mon nepveu, j'ay este bien ayse d'entendre par «celle que vous m'avés escrite, que dès que vous avez reçue nos «dernières lettres, avec la procuration et instruction, vous vous
1 Archives de M. le duc de la Trémoille.
? Ibid. .
«estes mis en chemin pour aller trouver M. le Landgrave ; «dont Je vous remercie et vous prie de nous vouloir continuer «vostre bonne volonté et tascher, par tous moyens, en confor- «mité de la susdite instruction, de faire ce contrat de mariage «pour mon fils et ceux de sa maison, le plus avantageux qu'il «sera possible. Nous vous donnons bien de la peine, mais j’es- «père que, quelque jour, il se présentera des occasions là où «moy et mon fils aurons moyen de vous rendre du service, en «récompense. »
Cependant les négociations étaient si peu avancées, le 13 octobre 1616, que Ph. de Mornai disait à Dumaurier !: «Je plains «fort Madame la princesse d'Orange, si ce mariage traîne lon- «guement, lequel je pensois résolu. Si, est-il temps, que nous «voyons quelque ressource en. ceste maison, mesme en ceste «branche qu'il importe à la chrétienté de perpétuer. »
Le 10 novembre, la princesse mandait à son neveu, le comte Guillaume ? : «Les articles que M. de Bréderode et le sieur Lam- «bert ont signés, sont tels que mon fils n’est nullement conseillé «de les approuver pour luy estre trop préjudiciables et à sa «maison, mais principalement aux enfans qu'il plairoit à Dieu «luy donner de ce mariage. Nous sommes, à ceste heure, après «pour prendre quelques bons avis de la dépesche que l’on doibt «faire sur ce subject à M. le Landgrave, et ne sera pas sans en «prendre vostre bon conseil, devant que de l'envoyer. »
La dépêche dont il s’agit avait été envoyé au Landgrave, et, le 9 février 46175, il n’y avait pas encore répondu. Froissée de son silence, Louise de Coligny écrivit alors au comte Guillaume: « Nous n'avons nouvelles d'Allemagne, depuis le retour de celuy
1 Mém. et Corresp. de Mornai, éd. in-4s, t. 3, p. 1005. ? Archives de la maison d'Orange-Nassau.
? Ibid.
«que mon fils y avoit envoyé, qui est revenu sans aucunes lettres. «Peut-estre en avez-vous eu de Monsieur vostre frère, qui vous «aura appris quelque chose. J'espère que, estant icy, vous ferez «que toutes choses iront bien. »
Rassurée par une communication du comte Guillaume, la princesse répondit, le 15 mars, à ce fidèle neveu: «Je reçus «vostre lettre du 28 février, par laquelle je vois que M. le comte «Jean, vostre frère, est arrivé auprès de vous, et que vous «dites qu'il vous à communiqué un expédient par lequel vous «et luy jugez que le mariage que nous désirons faire pourra «estre conduit à une heureuse fin. C’est une des plus agréables «nouvelles que je puisse apprendre, que celle-là, car il n'y a «rien au monde, que je désire tant, que de le voir accompli ; «et, pour mon particulier, je ressens avoir beaucoup d'obliga- «tion à Monsieur vostre frère, de la peine qu'il y a rendue jus- «ques icy, et prie Dieu de tout mon cœur, que bientost nous en puissions voir la bonne issue que nous desirons. »
Le succès de l’expédient mentionné par le comte Guillaume, le 28 février, n'était pas encore obtenu le 12 avril, puisque, ce jour-là, la princesse adressait à son neveu ces lignes? : «J'ai vu «Ja lettre que vous avez escrite à mon fils et les bons conseils «que vous luy donnez sur son mariage, par où vous tesmoignez «tousjours vostre bon naturel et l'amitié que vous luy portez. «J'espère enfin que toutes choses succéderont comme nous le «desirons; mais 1l faut aussy que M. le Landgrave tesmoigne à «ces trois frères qu'il ne les dédaigne point, car c’est la vérité, «qu'ils prennent pour un grand mépris, de ne faire point de «réponse à leurs lettres. M. le comte Jean, vostre frère, espère «d'y pourvoir quelque chose quand il sera près de luy : j'en prie
! Archives de la maison d’'Orange-Nassau.
* Ibid.
«Dieu de tout mon cœur, afin que nous puissions voir une « bonne fin à ceste affaire de si longtemps commencée. »
Le Landgrave, rompant enfin un silence dont la prolongation avait blessé les règles de la plus élémentaire politesse, répondit de manière à prouver qu'il était hostile au projet de mariage de sa fille avec Henri Frédéric; la lettre suivante de Louise de Coligny au comte Guillaume ne laisse aucun doute sur ce point À :
«M. le Landgrave, par la lettre qu'il m'adresse, me remet à «ce qu'il a escrit aux trois frères, qui est, en somme, quil «entend se tenir à ce qui a esté accordé, à Francfort, et prie «M. le prince d'Orange et M. le prince Maurice d’y disposer «mon fils. Or, vous sçavez combien ce qui se passe là est préju- «diciable, non seulement à mon fils, mais à toute sa maison ; «de façon qu'il n’y a personne, au monde, ny des parens, ny «des amis de mon fils, quy luy conseille, à mon avis, de passer «les articles quy furent accordés là. Mesme, M. le comte Jean, «vostre frère, m'a dit et depuis escrit, que ce n’est point l'in- «tention de mondit sieur le Landgrave, et qu’il vous avoit mandé «les moyens pour remédier à cela; mais, n'ayant rien reçu de «vostre part, depuis, nous ne pouvons juger que mondit sieur le «Landgrave ayt autre intention que ce quy nous apparaît par «ses lettres; de façon que je me trouve fort en peine là-dessus, et «me semble que mon fils se résout d’escrire audict Landgrave qu’il «voit bien qu’il n’a pas envie que ce mariage s'achève, refusant «d'accorder les articles qu’il y avoit envoyés, qui avoient esté «trouvés si justes et équitables, que l’on ne croyait nullement qu'il «y fit aucune difficulté, et au contraire voulant le contraindre «à passer ceux qui ont esté faits, à Francfort; qu'il voit bien, «comme j'ay dit cydessus, que c’est qu'il n’a pas envie que le
1 Lettre du 12 juillet 1617 (Collect. de M, van den Bergh).
«mariage s'achève; de quoy il-est bien fasché. — Je suis telle- «ment affligée de voir les affaires en tels termes, que je ne puis «estre en repos; ayant, d'un costé, extrême regret, si ce mariage «ne se fait point; de l’autre, aussy, je ne puis conseiller à mon «fils de le faire, aux conditions que veut M. le Landgrave. »
Tout échoua, devant la tenacité du Landgrave, et la princesse eut la douleur de voir s’évanouir la perspective du bonheur qu'elle avait rêvé pour son fils.
A cette douleur s’ajouta bientôt, pour Louise de Coligny, celle que lui causa l'éclat d'une crise qui agita simultanément le monde religieux et le monde politique; crise intense, dans laquelle son grand cœur, toujours secourable aux opprimés, lutta avec énergie, pour les défendre et tenter de les sauver, contre les effroyables excès des passions tout à coup déchaïnées, au sein des Provinces-Unies.