‹ Louise de Coligny princesse d'Orange (volume 3)Chapitre 23 sur 55 · LEP LOUISE DE COLIGNY · texte numérisé non relu

LEP LOUISE DE COLIGNY

«tenue dudit synode provincial, en ce que le magistrat, qui se «baude pour la manutention de son autorité, prétend nommer «ceux desquels il devra estre composé, ce que d’ailleurs les ecclé- «siastiques maintiennent leur appartenir, privativement audit. «magistrat.

«On est maintenant après à chercher les expédiens pour con- «cilier toutes ces contradictions; auquel effet. la province de « Hollande se doit assembler, dans peu de jours; et, pour cet «effet, le sieur de Barnevelt est revenu en ce lieu, six jours «après mon arrivée, en ayant esté absent trois mois entiers, «tant à cause de quelque sienne particulière indisposition, que «de la maladie publique qui l'avait chargé de si grande envie, «qu'il à erû devoir la laisser un peu évaporer, pour donner «temps de se rasseoir aux esprits qui, lors de son partement, «semblaient extraordinairement émus. | |

«Sire, ensuite du susdit office que j’ay fait en public, par «ordre de Vostre Majesté, je l’ai continué en particulier, à l’en- «droit de M. le prince Maurice et de M. le comte Guillaume, «gouverneur de Frise, que j'ay trouvé icy, et auquel il est venu «très à propos que Vostre Majesté ait escrit. J’ay fait aussy «de mesme, à l'endroit dudit sieur de Barneveld, et vois que «tous l'ont reçu de très bonne part, protestant ne desirer, tous, «que la guérison de ces maux. Mais je ne dois pas céler à « Vostre Majesté que, jusques icy, chacun la desire et l'entend «tellement à sa mode, que je ne vois pas un instrument, com- «posé de tant de cordes si différentes, pouvoir être si prompte- «ment mis d'accord, qu’il serait à souhaiter. »

Déplorant, plus encore que Dumaurier, la dissonance de l'instrument dont il parlait au roi, Louise de Coligny, que l’ambassadeur de France voyait journellement, fit à celui-ci une communication intéressante, celle de la démarche qu'elle se proposait de faire auprès. de M. de Mornai, pour obtenir de lui

mes

qu'il vint en aide aux Provinces-Unies, dans la crise formidable qu'elles traversaient. Dumaurier se montra sympathique aux

intentions de la princesse, qui bientôt adressa, en France, à son vieil ami l’affectueux appel que voici 1 :

<Japprends par la lettre que m’escrit M. de Villebon, que «Jay le bonheur d’estre quelquefois en vostre mémoire. Certes, «vous n’y pouvés avoir personne qui vous honore et estime «davantage ; et je ne suis pas seule icy qui desirerois que nous «puissions avoir le bonheur de.vous y voir, quelque jour, pour «vous le tesmoigner. C’est la vérité qu’on y a grand besoin de vos «sages et prudens advis et conseils; et ne me trompe point de «croire que les unset les autres y défèreroient plus qu’à nuls autres «qui leur puissent estre donnés, de quelque part que ce soit. Il «n’est pas question du fait de la religion seulement : il y va de «tout l’estat, qui se va perdre, sy bientos ton n’y pourvoit. Vous «avez esté un de ceux qui avés aidé à feu Monsieur mon mari à «l’establir : aidés, Monsieur, à ses enfans à empescher qu'il ne «se ruine. Si les morts avoient du ressentiment de ce qui se fait «icy bas, je m’asseure qu'il vous en conjurerait, en son nom et « par ses cendres. Monsieur, je vous en fais affectionnée requeste. «Je sçay que, pour y estre autorisé, il vous y faut venir avec «commandement; mais je sçay bien aussy que, si vous en aviés «la volonté, vous trouveriés bien l'invention de vous le faire «donner. Au nom de Dieu, Monsieur, ne regardés point à de «petites cérémonies. Le temps presse, et cependant que vous «estes à Rouen, il vous serait bien plus aisé de faire ce voyage, «que d'attendre que vous soyés à Paris ou à Saumur. Or, Mon- «sieur, je prie Dieu qu’il vous donne une bonne inspiration, et «vous supplie de conserver en l'honneur de vostre bienveillance

* Lettre du 28 décembre 1617. (Mém. et Corresp. de Mornai, im-#°, Hi oe p21206).

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«celle qui demeurera, toute sa vie, vostre très humble et très «affectionnée à vous faire service. »

Mornai, se croyant incapable de s'acquitter de la tâche dont.

l’accomplissement lui était proposé, répondit à la princesse !. »

«Madame, vostre lettre du 28 du passé m’a rempli de joie et «de tristesse, tout ensemble, y voyant, d’une part, l'honneur «que vous me faites de vous souvenir et de m'y ramentevoir «les heureuses journées que j'ai passées avec feu Monsieur vostre

«mari, les rares vertus duquel me sont tousjours devant les

«yeux, et, de l’autre, les profondes plaies de cest estat, que sa «prudence et magnanimité avait fermées, et que, depuis, la «valeur de Monsieur son fils a faict respecter par toute l'Eu- «rope et faict recognoistre jusques au bout du monde. Vous ne «douterés point, Madame, que je ne m’estimasse trop heureux «de pouvoir contribuer, mon sang et mes ans, à l’œuvre que «vous desirés, si j'en estois capable, mesmes conjuré par une si «chère et auguste mémoire, de la part d’une princesse, au nom «de laquelle nous sommes tant obligés, outre le mérite de vostre «personne qui, de tout temps, m'a attaché, de zèle et d'affec- «tion, à vostre service, et de tout ce qui vous touche. Mais, «Madame, quand tout ce quil vous plaist de présupposer se «trouveroit en moy, ce que je n’ose pas présumer, vous SÇçavez «qu'une vocation de plus haut y est nécessaire, laquelle qui vou-

«drait haster se mettrait en danger de gaster tout. Et cepen- «dant, tandis qu'on espèrera que le remède de ces maux se:

«pourra trouver dedans vous mesmes, je ne pense pas qu'on «se résolve à en employer d'autre; comme, de fait, 1il serait

«glorieux à Messieurs les princes, vos beaux-fils et fils, et à

«Messieurs les KEstats de trouver le baume tant desiré et salu-

i Lettre du 17 janvier 1618. (Mém. et Corresp. de Mornai, t. 4, p. 6). |

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ÉOUISER DE COLIGNY. 955

« taire, en leur sagesse propre. J’en ai discouru avec M. de Vil- «lebon, mon cher cousin, à plein fond, lequel vous en escrira «plus au long, avec M. l'ambassadeur aussi, hier, à cœur «ouvert; à quoy. me remettant, Madame, il ne me reste que de «protester de mon immuable fidélité au très-humble service que «je vous dois, et de mon ardente affection à la prospérité de «cest estat, qu'il serait trop misérable de voir naistre, venir à «sa perfection, et décliner, en moins d'un demi-siècle, au grand «scandale de l’église et péril de toute la chrestienté; ce que Dieu

« veuille destourner par sa miséricorde, en vous inspirant à tous,

«en ce qui est de l’Estat, des conseils assaisonnés non moins «d'amour vers la patrie, que de prudence; en ce qui est de «controverse en la religion, non moins de charité et sobriété «que de doctrine : c'est le vœu, Madame, de vostre très-humble «serviteur, qui, sur ce, vous baise très-humblement les mains «et supplie le créateur, vous donner, en tout contentement, heu- «reuse et longue vie. »

Cette réponse ne découragea pas la princesse, car elle exprime à Mornai! l’espoir de le voir, grâce au concours de récentes circonstances, prendre prochainement le chemin de la Hollande. «Je «n'ai jamais douté, lui dit-elle, de l'honneur de vostre bienveil- «lance et de l'affection que vous portez à la mémoire des miens «et au bien de cest estat; mais j'avoue que vosire lettre m'en a «rendu un nouveau et si agréable tesmoignage, que mon esprit «en est demeuré tout content, pour l'espérance que je prends «que nous pourrons vous avoir icy. J'apprends, qu'à la court, «ceulx qui y ont du pouvoir y sont disposés ; de façon que j'es-

«père que ce printemps nous produira le bonheur de vostre

«venue. Gourage donc, Monsieur! Pour moy, je tiens que vostre «présence servira grandement, et ferez une œuvre bien agréable

! Mém. et Corresp. de Mornai, éd. de 1824, t. 4, p. 14.

«à Dieu. Je croy que M. Dumaurier vous escrit comme quoy qu'il

«y apporte, les choses ne commencent point encore à prendre «le bon chemin. Je crois que c’est Dieu qui vous en réserve «l'honneur. » | | |

Louise de Coligny faisait ensuite mention de la mort inopinée de l'aîné de ses beaux-fils, Philippe-Guillaume, prince d'Orange, hôte habituel de la cour des archiducs. «Le malheur «a voulu, disait-elle, qu’il soit allé mourir à Bruxelles, où ceste «maison de Nassau est aymée comme vous sçavés, et ils l'ont «fait paroistre, à sa fin, ayant faict escrire un sy advantageux «codicille pour Madame sa femme, que, s'il avait lieu, elle em- «porterait bien quatrevingts mille livres de rente de ceste mai- «Son; ce qui ne seroit pas y faire une petite bresche. Mais le «pauyre prince n’avoit plus ny cognoissance, ny jugement, et «estoit agonisant lorsqu'ils le lürent; de façon que, n'ayant «rendu nul tesmoignage de l’approuver (comme il avait fait le «testament qu’il avait signé, quelque quart d'heure aupara-

«vant que l'on luy voulut faire faire ce beau chef-d'œuvre),

«chacun juge qu’il est de nulle valeur, bien que quatre témoins, «chevaliers de la toison, et autres l’aient signé. »

Dans une lettre adressée, le 25 février 1618, à sa fille Brabantine !, Louise de Coligny fixe au 20 du même mois la date de la mort de Philippe-Guillaume. Elle y énonce comme cause de cette mort l’insigne maladresse d’un serviteur, qui, au cours de soins purement hygiéniques donnés à son maître, alors en pleine santé, le blessa. La plaie, quoique légère, devint gangréneuse, et le blessé, quels que fussent les remèdes employés pour tenter de le rétablir, succomba rapidement. «Avertis «de ce triste accident, ajoutait la lettre, nous avons, ses frères et moy, d’autant plus de regret qu'il soit arrivé en

1 Archives de M. le duc de la Trémoille.

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