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«ceux quy m'en parlent que je croy. que vous estes. Je ne vous «manqueray ny d'argent, quand vous en aurez affaire, ny «de toute autre chose qui soit en mon pouvoir. Prenés patience, «et croyés que Dieu vous assistera : je l'en supplie, de tout «mon cœur. »
À ce moment, Louise de Coligny trouvait une salutaire diver-
sion à ses souffrances morales dans la présence, à La Haye, de la duchesse de la Trémoïlle et de son second fils, le comte
de Laval.
Confidente du chagrin qu’éprouvait la princesse, en voyant Maurice s'obstiner à agir en coryphée des contre-remontrans et à se maintenir, plus par calcul que par conviction, dans une voie, dite religieuse, qui le séparait des principaux membres de sa famille, la duchesse tenta d'opérer un rapprochement entre lui et eux. Mais le prince qui, comme frère, déférait jadis aux moindres désirs de sa belle Brabant, repoussa séchement les instances de la duchesse, devenue, à ses yeux, une sœur trop exigeante. |
Ce fait est consigné, à la suite de plusieurs autres, dans une dépêche expédiée par les ambassadeurs au roi, le 27 septembre ?. On y lit: AS |
«Le 17 de ce mois, M. Dumaurier et moi présentames à «Messieurs les Estats, en leur assemblée, les lettres de Vostre «Majesté, et adjoutames, de bouche, ce qui nous sembla con- «venable à ce sujet; dont ils remercièrent Vostre Majesté, et
! Depuis plusieurs mois, on connaissait officiellement à La Haye, les fiançailles du jeune duc de la Trémoille, fils ainé de la duchesse, avec sa cousine germaine, Marie de la Tour, fille du duc et de la duchesse de Bouillon (V. lettre de la duchesse de la Trémoïlle aux États généraux des Provinces-Unies, du 31 janvier 1618. (Archives de M. le duc de la Trémoîille). | nt | mhoDiblinatiimss {fr vol:19,997, f° 189.1" °
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«nous dirent que, selon le besoin qu'ils auroient de nostre «assistance, ils nous communiqueroient volontiers leurs affaires : «ce qu'ils n’ont fait jusques icy, et ne croyons pas qu'ils nous «en donnent plus de cognoissance à l’advenir.
«Nous visitames aussy dès lors M. le prince d'Orange, avec «lequel nous eûmes quelques propos du public. Il reprit ce «qu'il nous avait souvent dit de ce que l’on a remarqué du «déportement du sieur Barnewelt, tant lors du traité de la trève «que depuis... Après cela, nous avons vû, diverses fois, ledit «prince, se plaignant tousjours des menées du sieur Barnewelt, «au préjudice du repos public, duquel il reconnait toutefois que
«cy-devant ledit sieur Barnewelt a très bien mérité. Nous aussy
«conseillons audit sieur prince de remédier au mal de cest «estat par les moïens les plus doux, et sans apporter trop de «mutation au gouvernement.
«Les prisonniers n'ont point encore esté interrogez. Le «nombre s’en est augmenté d'un nommé Reydenberg, secré- «taire de la ville d'Utrecht, amené depuis cinq ou six jours, «lequel on prétend avoir tenu intelligence avec ledit sieur Bar- «newelt, pour bonder ladite ville contre les États généraux et «ledit prince. Il à été interrogé, par deux Jours, et n'a rien «confessé, à ce que nous a dit ledit sieur prince, mais qu'ils «ont plusieurs lettres et mémoires écrits de sa main, par les- «quels les desseins dudit Barnewelt sont découverts.
«Ces jours passez nous avons esté requis de la part de la dame «de Barnewelt de nous employer envers ledit prince, à ce qu'il «luy fust permis de voir son mari, qu'elle disoit estre indisposé ; «ce que nous avons faict, et luy avons remonstré la vieillesse, «l’indisposition et les services dudit Barnewelt, et que ce que «ladite dame demandait luy pouvoit estre accordé, sans aucun «préjudice de l'instruction du procès, pourvu que ce fust en «présence des gardes. Ledit prince nous dit qu’elle avoit pré-
«senté requeste qui estoit entre les mains des commissaires ; «que ledit sieur Barnewelt serait interrogé, dans peu de jours, «et qu'après cela il trouvait raisonnable la demande de sa « femme.
«Sire, nous avons reçu, le 23 de ce mois, les deux lettres de « Vostre Majesté du 19. Le lendemain, le prince d'Orange par- «tit pour aller par les villes de Hollande achever le changement «des magistrats et conseils, comme il avait commencé à Utrecht, «et continué en aucunes villes, ce qu'il propose d’achever, en «ce voyage, fors à Roterdam, Dordrecht, Leyde, Harlem, qui sont «les principales du pays, auxquelles, pour le présent, ledit «prince ne touchera, se contentant, par le moïen de ceste mu- «tation, d’unir par la pluralité des voix lesdites villes à celles «de ladite province d’Hollande qui se sont déjà déclarées pour «les Estats généraux, nonobstant leurs privilèges; qui est le «remède que l’on entend apporter à ces affaires, à sçavoir, de «soumettre ladite province d'Hollande auxdits Estats généraux, «à quoy elle a toujours résisté, comme souveraine.
«Ge changement déplait à plusieurs et est périlleux pour «l’Estat, car les plus apparens, riches et sages des villes, se «voyent dénués de toute autorité et crédit, contre les lois du païs, «et en leur place sont nouveaux établis; qui sont les causes «ordinaires de séditions et troubles, en tous les États.
«Ledit prince s’en excuse, disant que c’est contre son avis, «mais que les Estats généraux lui imposent ceste charge. »
Sans être dupes de cette excuse, qui n’en était pas une, attendu que Maurice se faisait imposer par les États généraux tout ce que bon lui semblait, les ambassadeurs continuaient leur exposé en ces termes :
«L'un des effets de ce changement est que [les états d'Hol- «lande, qui avaient jusques icy résisté au synode national, nous «ont envoyé deux députés, ces jours passez, pour nous faire
9276 LOUISE DE COLICNY.
«entendre que, combien que cy-devant ils aient escrit à Vostre «Majesté les causes pour lesquelles ils ne pouvaient consentir «audit synode, toutefois à présent, mieux conseillés, ils se con- «forment, pour ce regard, aux autres provinces, nous priant «d’en advertir Vostre Majesté et la supplier de permettre qu'au- «cun des ministres de la religion prétendue réformée de son «royaume se puissent trouver audit synode.
«Le prince d'Orange nous ayant, quelque jour, demandé «quelle serait la volonté de Vostre Majesté là-dessus, nous luy «avons dit que malaisément cela se pourrait obtenir, pour plu- «sieurs grandes difficultés qui s’y rencontrent.
«Madame de la Trémoïlle et le comte de Laval, son fils, sont «icy pour demander partage, tant pour elle que ses sœurs, dont «elle n’a point encore parlé, s'étant contentée de s’emploier à «réunir Madame la princesse d'Orange et le prince Henri, son «fils, avec ledit sieur prince d'Orange pour l'exercice de leur «religion, celui-ci s'étant retiré d'avec eux, comme Vostre Ma- «jesté sçait, pour prier à part. Le ministre de M. de Bouillon, «nommé Vambour, amené par ladite dame, a presché en la «chapelle du chasteau , où lesdites dames et le prince Henri «ont assisté, mais non ledit prince d'Orange, qui est demeuré «au lieu où les contre-remontrans s’assemblent. »
De l’ensemble des faits, dont quelques-uns des plus saillants étaient signalés par cette dépêche, ressortait l'existence d'un état de choses anormal, qui ne pouvait avoir et qui n'eut, en réalité, que de désastreuses conséquences. |
Cet état de choses se résumait en un point capital, savoir : que la nomination arbitraire de nouveaux magistrats, en Hollande, transformait le personnel des États de cette importante province, en y faisant surgir une majorité apte à consommer, sous la pression combinée de Maurice et des États généraux, la
ruine de la souveraineté provinciale et celle des droits individuels, protégés jusqu'alors par cette souveraineté.
De là, l'absolu sacrifice des droits que Barnewelt tenait de’ sa double qualité de citoyen et d’éminent représentant de la Hollande, De là aussi la série d’iniquités et de scandales, dont fut entaché, du début jusqu’à la fin, le procès qu’on lui suscita, et dans lequel furent outrageusement violés les principes du droit public et du droit criminel, de la province opprimée, comme le furent même les règles les plus élémentaires du droit commun.
Les préliminaires de ce néfaste procès se traduisirent par une arrestation que devançait un lâche guet-apens, et par une incarcération effectuée, en dehors du cas de flagrant délit, sans que, préalablement une plainte eût été articulée, ni qu’une accusation, basée sur des faits, eût été formulée, ni qu'il eût été procédé à une information quelconque.
A ces préliminaires succéderent les injustifiables lenteurs et les abus de l'instruction du procès, confiée à des affidés, décorés du titre d'examinateurs.
Barnewelt et ses deux compagnons de captivité eussent dû être interrogés promptement; mais 1} n’en fut rien, car trois mois s’écoulèrent avant qu’on procédât à leur interrogatoire; et cela est si vrai, que le vigilant Dumaurier ne put parler à de Puisieux que le 16 décembre, de l’accomplissement de cette formalité, alors que l'arrestation datait de la fin du mois d'août précédent.
«Le sieur Barnewelt, disait-il !, à esté interrogé dix-huit fois, «trois heures, à chacune, et ce, depuis 1591. Les examinateurs «admirent la mémoire de cet homme, et, quelque serment de «silence qu’ils ayent fait entre eux, on découvre qu'il n'y a «nulle intelligence ny trahison avec les Espagnols ; tout le crime
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,957, fo 208.
«(des prisonniers) estant fondé sur ce qu'ils ont esté d'avis d’as-
«surer les magistrats des villes avec de nouvelles garnisons qui «füssent à leur serment, car, encore du présent, Amsterdam «en a; item, de ce qu'ils envoyèrent à Utrecht pour conforter «les Estats de ladite province à se tenir fermes à la résolution «prise pour la süreté desdits magistrats; tout cela ayant esté «fait par aveu de l'assemblée de Hollande, ce que néanmoins «on veut tourner particulièrement à crime à ces trois person- «nages, lesquels, pour leur éminente capacité, on veut abattre.»
Que penser d’une instruction ourdie et menée par des hommes que Maurice et les États généraux tenaient dans leur dépendance, si ce n’est qu'elle devait frayer la voie, non à l'exercice d’une juridiction régulière, mais à la mise en jeu d’une juridiction de circonstance, en d’autres termes, à une commission composée de créatures du prince et de ses complices? Lui et eux, au moment où écrivait Dumaurier, n’éprouvaient d'autre embarras que celui du choix à faire entre les instruments d’iniquité qu'ils tenaient à leur disposition, pour constituer un simulacre de corps judiciaire auquel les trois prisonniers seraient livrés, comme autant de victimes à sacrifier. «Pour la forme du juge- «ment, mandait l'ambassadeur français, on croit qu’ils com- « poseront une chambre de conseillers ‘tirez des cours souveraines «des sept provinces, auxquels ils attribueront pouvoir de juger «ces prisonniers. »
La transformation des États de Hollande portait ses premiers fruits, tandis que la haine de Maurice continuait à sévir.
En effet, la dépêche du 16 décembre ajoutait: «Le 23 du «mois passé, par ordonnance de l’assemblée de Hollande, on «envoya retirer de chez M. Barnewelt les sceaux de ladite pro- «vince dont il estoit garde; ensuite de quoy on a retiré l’un de «ses fils de la ville de Berg-op-Zoom, dont il estoit gouverneur, «et ce, par ordonnance de M. le prince d'Orange; et ainsi on