‹ Louise de Coligny princesse d'Orange (volume 3)Chapitre 27 sur 55 · LOUISE DE COLIGNY. ON · texte numérisé non relu

LOUISE DE COLIGNY. ON

Frédéric? Elle consentait à ce qu’il se séparât d’elle momentanément pour se rendre à Utrecht, où Maurice avait exprimé le désir qu'il laccompagnât; concession qui, d’ailleurs, dans l’esprit de la princesse, comme dans celui de son fils, n’impliquait aucune solidarité à la charge de Henri Frédéric, quant aux déterminations que prendrait le prince, dans la région qu’il allait visiter.

Rien de plus précis, sur ce double point, que certains passages de deux lettres adressées par Louise de Coligny, l’une à

Vosbergen, l’autre à la duchesse de la Trémoïlle.

La première! débutait par ces mots : « Monsieur de Vosbergen, «Jay esté bien aise de recevoir vostre lettre et d’avoir entendu «particulièrement par icelle et par ce que m'en a dit, de bouche, «ce porteur, que vous avés trouvé toutes choses bien disposées «pardelà à l’obéissance de M. le prince d'Orange. Je ne doute «pas que vous n’ayez rencontré beaucoup d’esprits brouillons, «comme je vous l'avais prédit; mais je me suis aussy tousjours «bien assurée que vostre sagesse, prudence et bonne conduite «amèneraient toutes choses à bien, avec l’aide du gouverneur «et des gens de bien. J'espère que vous serez icy bientost «de retour, et qu'alors j'apprendray plus particulièrement «comme toutes choses se sont passées, durant vostre séjour «par delà. »

Dans la seconde lettre?, datée du 7 janvier 1619, la princesse disait : «Mon fils est parti, ce matin, avec M. le prince

1618, porte la suscription suivante : ÇA nostre très cher et bien amé le «sieur Gaspar de Voshergen, conseiller au conseil de Hollande et « West-Frise, aprésent nostre député en nostre principauté d'Orange». (Ibid. vol. 15,957, fo201).

Mbrbl,cnat.mss.{t.fr.:vol..15,957, 1203.

* Archives de M. le duc de la Trémoille.

«d'Orange, pour s’en aller à Utrecht, où je croy qu’ils ne de- «meureront que peu de jours, et pourront estre de retour lundi «prochain. C'est pour vous monstrer leur union; car M. le «prince d'Orange n'eut pas plustost fait dire à son frère qu'il «desiroit qu'il allât avec luy, que soudain il s’y est résolu. Enfin, «ils feront tousjours mentir tous ceux qui diront qu'ils sont mal «ensemble ?; »

Le surplus de cette lettre contient les félicitations et commu nications suivantes :

«Je me réjouis extrêmement de ce qu’enfin vous avez obtenu «la permission du roi pour ce qui estoit tant desiré, de tous «costés ?. J’espère que Dieu bénira le succès de ce sainct des- «sein. J’avois appris par vos précédentes l'octroi que vous en «aviez de Sa Majesté, et le desir que vous aviez que mon fils se «trouvast en ceste belle union; ce que je luy fis entendre, et il «me tesmoigna le desirer autant que vous le sçauriez faire. Je «luy viens d'envoyer vos lettres, de Madame de Bouillon et de «vous, par lesquelles je croy que vous luy en faites mention.

1 Chastillon, qui avait aussi accompagné Maurice, a donné dans deux lettres adressées à de Puisieux, les 16 et 21 janvier 1619 (Bibl. nat. rass. f. fr. vol. 15,958, fos 10 et 15) divers détails sur la tournée du prince à Utrecht et ailleurs, ainsi que sur les entretiens qu’il eut avec lui, au sujet de l’état des affaires dans les Provinces-Unies, et spécialement au sujet du procès des trois prisonniers ; entretiens qui furent loin de tourner à l’avantage de l’interlocuteur de Chastillon.

? Les ambassadeurs français, dans une dépêche expédiée au roi, le 7 janvier 1619, se félicitaient, en ces termes, du parti pris par la princesse et par son fils: « Le prince d'Orange est parti, ce matin, pour Utrecht, «accompagné de son frère, le prince Henri, lequel jusques 1ey ne s’estoit «pas voulu trouver aux changemens des magistrats, faits par les villes «de Hollande, dont il pourrait arriver mauvais mesnage entr’eux, qui «vivront désormais en meilleure intelligence, dont nous sommes très çaises» (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 4).

* Le mariage du jeune duc de la Trémoille avec sa cousine.

Lan dombut à -É-

«M. le comte Guillaume a trouvé bon que vostre cadet « demeurât icy pendant ce petit voyage ! ; et je croy qu'il est bien «à propos ; car son précepteur s’estant trouvé mal, il est à «craindre que l’incommodité qu’ils auroient eue dans ces petits «bateaux luy eust causé davantage de mal, et qu’il n'eust pü «suivre son maistre. Et il n’est pas bon qu’il soit sans luy; car, «certes, et luy et ce gentilhomme que vous y avez laissé en «prennent un tel soin, qu’il ne se peut davantage.

«Pour ma santé, Madame ma chère fille, je vous dirai qu'elle «va, tous les jours, augmentant, grâces à Dieu; ne me restant «plus que de la faiblesse à ceste mauvaise jambe sur laquelle je «tombai, car mon mal de côté diminue, de Jour en jour.

«Je me contente de vous dire de mes nouvelles particulières ; «car pour les générales, vous sçavez que je ne suis point femme «d'état, et que je ne m'en mêle point. Je sçay bien aussy que «plusieurs de ceux qui en sçavent plus que moy, n’en laissent «rien ignorer, au lieu où vous estes. Je vous en baiserai donc «bien humblement les mains, et vous supplie d'aimer tousjours « vos{re pauvre maman.

«.. Je voudrois que nostre bonne électrice se trouvât à vostre «mariage, avec quelque belle et vertueuse princesse allemande, «et surtout la fille du prince d’Anhalt, que l'on dit avoir toutes «ces deux qualités, et que vous fissiez mariage d'un frère et de «vos enfans, tout ensemble. Je croy véritablement que M. de «Bouillon l’y feroit résoudre.»

Quoique la princesse d'Orange déclarât «qu'elle n'était point «femme d’état et qu’elle ne s’en mêélait point», il n’en demeurait pas moins vrai qu’elle avait joué un rôle considérable dans les affaires de la France et dans celles des Provinces-Unies, notamment dans la crise provoquée par l'insubordination du ‘duc de

{ Celui de Maurice et de Henri Frédéric.

Bouillon, puis dans de cours des négociations laborieuses qui aboutirent à la trève de 1609. Depuis lors, la princesse n’avait cessé, par ses judicieux procédés et par ses conseils, d'exercer une salutaire-influence sur la marche générale des affaires dans ces provinces, et d'y seconder, par ses bons offices, des personnes de toutes conditions. Elle s'était également étudiée, en chaque circonstance opportune, à affermir les bons rapports de ces provinces avec la France.

Ce fut précisément, en se prévalant des persévérants efforts de la princesse sur ce point important, que Dumaurier, soigneux des intérêts privés de cette femme excellente, à laquelle l'attachaient les liens de la reconnaissance, se fit un devoir de presser le gouvernement français de remplir, vis-à-vis d'elle, des engasgements trop longtemps oubliés. Une lettre que, le 9 janvier 1619, il adressa à de Puisieux, est des plus explicites à cet égard. «Monseigneur, écrivait l'ambassadeur !, je vous supplie «très humblement vouloir embrasser le soin de ce qui concerne «Madame la princèsse d'Orange, au fait de sa pension. La «grande affection qu'elle monstre, sans relâche, au service de «Sa Majesté, mérite très dignement qu’on se souviennê mieux «d’elle que l’on n’a fait par le passé. Je luy ai dit ce qu'il vous à «plû me mander, en sa faveur; dont elle se répute extrême- «ment vostre obligée, espèrant aussi que l'effet s’en ensuivra «par vostre mesme bienveillance. A ceste fois, elle renvoie en «cour le sieur Tassin, présent porteur... Il ne me reste «qu'à finir par où j'ai commencé, à vous supplier très-hum- «blement derechef, que Madame la princesse d'Orange expéri- «mente, par vostre moyen, qu'elle n’est pas oubliée, puisqu'elle «et Monsieur son fils se souviennent sans cesse de promouvoir «le bien et prospérité du service de Sa Majesté; de quoi je

1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol, 15,958, fe 5.

LOUISE DE COLIGNY. 285 «suis témoin sans intermittence, depuis que j'ai l'honneur de «servir pardeçà.» sr |

Quelques mots encore, empruntés aux communications épisiolaires de la mère avec sa fille 1.

« Vostre cher enfant, mandait Louise de Coligny à la duchesse «de la Trémoiïlle, le 28 janvier, m'a avertie de ceste occasion «que je ne puis laisser passer, sans vous dire le contentement «que mont apporté vos lettres que Milvaize m’a rendues, de « vostre part, par lesquelles je cognois que vous estes en termes «d’avoir bientost une belle-fille. Que vous estes heureuse, entre «les heureuses, de voir, Monsieur vostre fils avoir faict une si «belle et bonne rencontre ! car je croy qu'il sera parfaitement «heureux avec une femme si bien née, sage, vertueuse et bien «nourrie, comme est celle-ci. Sije voyais un tel honneur préparé «pour mon fils, sans mentir, je croy que j'en mourrois de joye, «puisqué l’on dit que les femmes ne peuvent mourir. Le temps «du mariage estant si bref, je croy que vous avés bien jugé «qu'il seroit impossible que ny mon fils, ni moy, ne pourrions «pas nous y trouver. Nous y serons donc par nos souhaits, puis- «qu'il ne se peut aultrement, à nostre regret.

«J’ay parlé, à l’aultre costé, de mariage: je change bien de «style par celui-ci, car c’est pour vous parler de'la mort de «Madame la princesse d'Orange, que nous venons d'apprendre, «tout à ceste heure. Vous l'aurez plustost sçeue que nous, car «vous estes plus près du lieu où elle est morte. On nous avoit «mandé que M. de la Trémoïlle avoit passé par ce dit lieu, le «12 de ce moys, ce qui me faisoit étonner que par vos lettres vous «ne me parliez nullement d'elle. Je vous assure qu'il s’en est «bien parlé icy, et, à ceste heure, plus que jamais sur le subject «de sa mort ; ce que je ne veux pas croyre, mais bien que c’est

1 Archives de M. le duc de la Trémoille.

286 LOUÏISE DE COLIGNY.

«médisance. Vous en pouvez sçavoir la vérité mieux que nous, «et je prie Dieu, de tout mon cœur, qu'elle soit telle que je la «desire. |

«Je crains bien que les affaires que Monsieur vostre frère «avoit avec elle ne seront pas mortes avec elle ; aucontraire, ie «croy qu'il aura une plus forte partie en Monsieur le prince. «Il faut voir ce que le temps nous apprendra. Dieu conduira «tout, s’il luy plaist. Je l’en supplie et qu'il vous donne, Madame «ma chère fille, tout heur, bénédiction et contentement en vostre «mariage.

«Je suis bien aise que les pendans d'oreilles ont esté trouvez «beaux. Je sçavois bien que je vous faisois faire un bon marché, «et dont vous ne vous repentiriez point. |

« J’écrirai aux nouveaux mariés et à Madame de la Trémoiïlle. »

Quelle que fût l’activité de la correspondance que la princesse entretenait avec ses filles et avec une foule d’autres personnes, à lintérieur et en dehors des Provinces-Unies; quelles que fussent aussi les occupations journalières qui absorbaient une partie notable de son temps, elle n’en reportait pas moins fréquemment ses pensées vers l’ensemble et les détails des graves événements du moment; et elle souffrait de les voir à la fois porter atteinte aux libertés publiques, et compromettre, à des degrés divers, le sort de ses plus chers amis. |

Gontinuons à esquisser, en quelques traits rapides, la marche de ces événements.

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