CHAPITRE XI
Nombreux renseignements fournis par Dumaurier et par son collègue sur la marche des événements. — Correspondance de Louise de Coligny avec la duchesse de la Trémoïlle, — Violation des règles de la justice par Maurice et par les États généraux à l'égard des prisonniers. — Condamnation des Remontrans par le synode de Dordrecht, et persécutions exercées. — Les juges, arbitrairement imposés aux trois prisonniers, condamnent à mort Barnewelt, le 12:mai 1620, aux termes d’une sentence non moins absurde qu’odieuse. — Touchants adieux de Barnewelt à sa femme et à ses enfants, consignés dans deux lettres qu’il leur adresse, les 12 et 43 mai. — Tentatives faites par la princesse d'Orange et par Dumaurier pour obtenir que les jours de Barnewelt soient épargnés. — Impitoyable refus opposé à ces tentatives par Maurice et par les États généraux. — Maurice osa, dans son refus, manquer au respect qu’il doit à sa belle-mère et à la mémoire du grand Guillaume son père. — Barnewelt est mis à mort. — Grotius et Hoogeberts sont condamnés à un emprisonnement perpétuel.
La veille de son départ pour Utrecht, Maurice avait rendu visite aux ambassadeurs français, qui s’attendaient, en le voyant inopinément apparaître, à recevoir de lui quelque communication relative aux affaires du jour ; mais leur déception fut complète, «Le prince, mandait Dumaurier à de Puisieux, le «9 janvier, ! ne nous a lasché un tout seul mot, ni des affaires «présentes de cet estat, ni de chose qui y aboutisse, ni de la «cause de son voyage, beaucoup moins de ce qui peut estre du «desir du roy, au fait des prisonniers. »
Dumaurier annonça aussitôt à de Puisieux? ce qui se passait, au sujet de ceux-ci.
! Baibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 6.
* Dépêche du 9 janvier.
288 * LOUISE DE COLIGN Y.
«C’est chose très-certaine, disait-il, qu'il n’y a ni preuve, ni
«même indice de trahison, ce que les plus ennemis ne peuvent «dissimuler ; mais il en sont là, de dire que, pour justifier l’em- «prisonnement, il faut condamner les emprisonnez; adjoustant «que, pour assurer l’estat, à l’advenir, il faut les exécuter, afin «que leur parti n'ait aucune ressource.
«Autres estiment que, n’ayant de quoi justifier une exécution «à mort, ils seroient bien aises, après les avoir condamnez, que «le roy voulüt réputer à bénéfice une commutation de cette peine «en une prison perpétuelle, et qu'il les en requist; ce qui ne «conviendrait pas à la grandeur et dignité de sa majesté. C'est «pourquoi je dis toujours que, s’il n’y a trahison vérifiée contre «eux, se sera faire un mauvais présent au roy de les lui don- «ner estant deshonorez. Or, de leur ramentevoir ladessus cl égard qu'ils doivent avoir aux grâces reçues et qu’ils peuvent «recevoir de Sa Majesté, pour ne luy refuser l’effect d’une prière «si juste et si bien fondée, je vous supplie croire que c’est battre «l'air, aucune commémoration ne leur estant si odieuse que celle «des obligations que Sa Majesté s’est acquises sur cest estat, «ayant bien les mains ouvertes pour recevoir de nouveaux béné- «fices, mais sans aucune disposition à recognoistre le passé.
Et puis, Aersens les ensorcèle, et eux prennent plaisir à se «tromper de cette fausse opinion, qu'après avoir fait les chevaux «échappés, Sa Majesté se réputera encore heureuse de les rece- «voir, reblandir, et, pour avoir leur amitié, approuver tout ce «qu'ils auront faict à tort et à travers. En quoi il serait à desirer «qu'il pûssent bien cog gnoistre combien ils se trompent, car ils «en useraient QUE retenuement et respectueusement,: pour leur «propre bien. »
En présence d'une instruction impuissante à faire peser une seule charge sérieuse sur les trois prisonniers, mais en même temps sous l'obsession de l’effroyable pensée que, pour justifier l'em-