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LOUISE DE COLIGN Y: | 289
prisonnement, 1l fallait condamner ceux qui le subissaient, on songea à leur imposer des juges, ou, pour parler plus exacte- ment, des bourreaux dont le choix appartiendrait aux états de Hollande, suflisamment préparés par une épuration brutale, soit à l’accomplissement d’une mission malfaisante, soit à un servile effacement, en regard des États généraux. | &Maintenant, disait Dumaurier à de Puisieux, le 24 janvier, ! «a lieu l'assemblée de la province de Hollande, composée de «tous autres députés que cy-devant. On nous dit, qu’au premier «jour, 1ls travailleront à nommer des juges aux prisonniers, et «croit-on que la province de Hollande, qui seule en devroit «cognoistre, le renvoyera aux États généraux, qui est ce à quoi «l'on vise. Pour y parvenir aussi tant plus assurément et em- «pescher que quelques-uns de ladite assemblée ne s’y opposent, «M le prince d'Orange, de son autorité privée, fait entrer le «S' de Marquette et Aersens au nombre des nobles de Hol- «lande, et leur donne entrée et voix dans leur assemblée, nonob- «stant la résistance et les protestations du plus grand et meilleur «nombre desdits nobles; ce qui leur donne aussi peu de satis- «faction que Sa Majesté en pourra avoir de ce qu'il y a eu «manifestement et sciemment récompense d'argent et d'honneur, «en ce pays, pour ceux qui l'ont si grièvement offensée et des- «servie, nonobstant les justes plaintes qu’elle en a faites. »
DeThumery, dans une dépêche particulière, également en date du 21 janvier?, n'était pas moins explicite que son collègue, sur les faits mentionnés par celui-ci.
Avec l’audacieuse expansion des excès commis par les ennemis des trois prisonniers coïncidait celle de l'intolérance et des abus par lesquels se signalait, au préjudice des remontrants, le
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, f° 13.
2 Bibl, nat. mss. f. fr. vol, 15,958, fo 12.
synode, qualifié de national, récemment ouvert à Dordrecht. Contre-remontrants hommes d’État, ou prétendus tels, contreremontrants chargés d’une instruction criminelle, et contreremontrants synodaux, tous se donnaient la main pour attenter simultanément aux règles du droit publie, à celles de la justice, et à la liberté religieuse. :
En voyant à l’œuvre tous ces hommes égarés par de détestables passions, Dumaurier n’était que trop fondé à s’indigner de leurs actes et à les dévoiler au gouvernement qu'il servait ; car il n’est sorte d’iniquités et de turpitudes qu'un honnête homme ne soit toujours autorisé à flétrir, du haut de sa dignité morale et de son dévouement à la sainte cause de la justice !
Nous connaissons déjà quelques rapports de Dumaurier sur divers sujets; en voici un qui concerne la tenue du synode de Dordrecht! :
«Dudit synode nous n’apprenons pas chose qui nous donne «grande espérance. Les contre remontrans se plaignent des autres, «de ce qu'ils ne veulent répondre suivant l’ordre et aux questions «qu'ils leur font sur le fait de la prédestination, les remontrans «leur aïant baillé par écrit ce qu'ils ne croyent pas de /a dam- «nante, et on veut qu'ils répondent sur ce qu'ils croyent de la «sauvante, à quoi les uns et les autres s’estant aheurtés, et les- «dits remontrans en ayant esté là dese vouloir retirer, le magis- «trat de la ville de Dordrecht, d’où l’on ne peut sortir que par «eau, à défendu à tous bateliers de les passer ; de toutes les- «quelles choses les États généraux ayant esté advertis, ils ont «tenu un conseil depuis les dix heures du matin jusqu’à trois «heures après-midi, auquel assista toujours M'le prince d'Orange, «où fut résolu qu'ils autorisaient le synode pour prescrire la
! Lettre à de Puisieux du 9 janvier 1619 (Bibl. nat. mss, f. fr. vol. 15,958, fo 7).
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«forme de procéder et de répondre auxdits remontrans et dé- «cider les questions contentieuses, soit sur leurs réponses, soit «sur leurs écrits ; et cependant que les dits remontrans ne pour- «raient partir delà; ce qui appreste à se plaindre, de tous costez ; «Car comme, d’une part, les contre-remontrans, c’est à dire le «corps du synode, se doutent que les autres enfournent un autre «chemin que celui qu’ils leur prescrivent, estant à eux d’obéir, «de l’autre lesdits remonstrans maintiennent que c’est enfreindre «la liberté dudit sou Voilà à quoi ils en sont, ainsi que me «mandent ceux qui m'escrivent delà, et que je Le appris des «principaux d'eux.
«Cependant une chose est blasmée, assavoir que, sans attendre «le décrét dudit synode, on oste partout, par autorité du ma- «gistrat, les ministres soupçonnés remontrans, ce qui à esté «faict icy (à la haye) premièrement depuis qu'il est assemblé, «puis à Roterdam, à la Brille, à Hornes et en plusieurs autres «villes et villages; ce qui donne grand mécontentement aux «peuples qui, pour la plupart, aiment leurs anciens ministres ; «tel ayant esté déposé, qui les sert, 1l y a trente-cinq ans ; ce «qui fait dire à ceux qui en jugent sans passion, que, pour ce «fait, si fait doit être, il eust mieux valu attendre la décision du «synode. » |
Continuant, dans une dépêche du 21 janvier ! à s ‘occuper du synode, Dumaurier disait encore : «Ceux du pays qui sont au «synode ont déclaré contumax les remontrans, pour n'avoir «voulu respondre comme l’on desiroit ; les ministres estrangers «ayant tous esté d’avis de les laisser dire tout ce qu'ils voudroient, «pour leur oster toute excuse et cause de plainte; mais on a «passé par dessus, et est-on maintenant après à rechercher quel- «ques écrits de ces disputes, pour, sur iceux, condamner leur
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, f 13,
«doctrine. Cependant, et sans attendre cela, on a déjà déposé douze «principaux ministres, et lient-on pour assuré, qu'après la déci- «sion du synode, on déposera tous les autres; dont il sera mal «aisé qu'il n’en suive des remuemens des peuples, lesquels si on «veut réprimer par supplices, cet estat, ce qui Dieu ne veuille,
«tombera és inconvéniens da Sa Majesté leur a fait prédire,
«les apprehendant pour eux. )
De Thumery, dans une Due particulière, leon en date du 21 janvier !, n'était pas moins précis que son collègue, sur les faits mentionnés par celui-ci.
Le 27 janvier, les deux ambassadeurs, s en conjointement à de Puisieux ? lui déclaraient que «de tout ce qu'ils en- «tendaient ils ne pouvoient recueillir qu'il y eust de quoi con- «damner les prisonniers. » |
Le même jour, ils envoyaient au roi un rapport duquel ressort clairement la coupable entente de Maurice avec les États généraux, en vue d’un but commun à atteindre, savoir : la mort de Barnewelt, l'oppression des deux autres prisonniers, et celle de tous les remontrants :
Voici la teneur de ce rapport :
«Sire, nous avons attendu d’escrire à Vostre Majesté, au «retour des députés de Hollande, qui ne sont arrivés que depuis «les 15 et 16 de ce mois, et n’ont traité d'aucune affaire, sinon «depuis cinq ou six jours, qu'ils ont commencé à délibérer s'ils
«doivent nommer les juges, en la cause des prisonniers, comme
«sujets et justiciables de leur province, ou déférer cela aux «Estats généraux, vû la qualité du crime, et qu'ils semblent en «avoir déjà pris connoissance, quand ils ont nommé les com-
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 12.
? Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 16.
* Bibl. nat. mss, f. fr. vol. 15,958, fo 18,
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