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«iissaires pour l'instruction du procès. La résolution n’en sera « pas sitost prise, c'est pourquoi nous avons estimé devoir cepen- «dant rendre compte à Vostre Majesté de ce que nous avons «fait pour le bien de la justice et pour donner à connoistre aux- «dits Estats, qu’en ces affaires il n’est point de meilleur conseil «que Celui de Vostre Majesté.
« Voyant donc que lesdits Estats sont pour emporter la nomi- «nation de juges, par dessus la province de Hollande, nous «avons, le 23 du mois, visité M. le prince d'Orange, où M. de «Ghastillon se trouva avec nous, auquel prince nous avons «remonstré que, pour le bien de cet estat, 1l ne devoit permettre «qu'il fust rien fait d'extraordinaire, en ceste cause, la justice «requérant que la connaissance en fust délaissée aux juges «naturels, afin que.l’on ne se puisse plaindre de la forme du «jugement.
« Puis, nous touchasmes le mérite de la cause, disant: que « Vostre Majesté estoit toujours de cet avis, que, hors le crime «de trahison, ils se devaient abstenir de toute rigueur envers «ces prisonniers, vü l’estat de leurs affaires, qui avoient plus- «tost besoin d’estre conduites par douceur et patience, que par «autorité absolue et. sévérité ; toutefois, que nous avions assez «reconnu que lesdits Estats ne goütaient pas ce conseil, mais «que, s’il vouloit nous déclarer les raisons qui portoient lesdits « Estats à cette violence, nous les ferions entendre à Vostre Ma- «jesté, qui approuveroit toujours les conseils qui seroient jugés « plus utiles à leur Estat.
«Ledit prince répondit que c’estoit à la Hollande d’ordonner «lesdits juges ; toutefois, qu'il croyoit qu'ils s’en pourroient «remettre auxdits États généraux, ainsi qu'en semblable affaire «il avoit esté pratiqué, estant question d’un fait qui touchait la «généralité ; quant aux prisonniers, qu'il estimoit qu'ils se trou- «veroient coupables d’avoir fait des menées et pratiques pour
«diviser les provinces et les remettre sous l'Espagne; et qu'il y «avoit des témoins dignes de foi qui déposaient que Barnewelt «leur en avoit tenu propos; que le reste des preuves lui était «inconnu, les commissaires ayant serment de n’en rien descou- «vrir à personne, et nen vouloit savoir plus avant, afin qu'il
«ne füst estimé d’estre porté de vengeance contre le sieur de:
«Barnewelt, duquel 1! avait juste occasion de se tenir offensé. «Bien nous vouloit-il advertir que le peuple avoit opinion que «ce que nous faisions en faveur des prisonniers estoit domma- «geable à cest Estat, pour ce que les Arminiens en prenoient «audace, croyant estre protégés de Vostre Majesté; comme aussi «l’on s’étonnoit qu'elle vouloit préfèrer les importunités qui lui «estoient faites de la part desdits prisonniers à la sûreté de «cet Estat, et que demander à Messieurs les Estats raison de «leur gouvernement, sembloit aller à la diminution de leur sou- « veraineté. | : | «Nous avons répliqué que les bonnes intentions de Vostre «Majesté ne méritoient pas une telle interprétation, ne leur «ayant conseillé que la paix et réconciliation entre eux, à quoi «nous nous estions employés, de fait et de parole, de tout nostre «pouvoir, dont lui-mesme estoit bon témoin; qu'au fait des pri- «sonniers, Vostre Majesté ne considérait aucunement leurs per- «sonnes, mais le bien public et sûreté de leur Estat, auquel «une rigueur ruineuse et intempestive ne pourrait qu'apporter «beaucoup de mal; que les Arminiens ne se pouvaient prévaloir «de nos offices, sinon en ce qu'ils tendaient à la réunion et con- «servation de tous les sujets, en général ; conseil trop plus juste «et sûr, que de vouloir remédier aux maux présens par la «ruine d’une partie du pays; que l'alliance et les bienfaits de « Vostre Majesté envers eux lui donnoient assez de droit pour «demander d’estre informé de leurs affaires, dont le soin qu'elle «prenait ne pouvait être attribué à une entreprise sur leur sou-
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«veraineté, sans l’offenser grièvement et se montrer peu mémo- «ratifs des obligations qu'ils lui avoient; que nous ne faisions « pas compte de ces discours, comme éloignés de toute apparence «et qui ne servaient qu'à donner déférence au peuple et nourrir «divisions et factions en l'Estat.
«Après plusieurs autres propos tendant à mesme fin, nous «allasmes trouver les Estats généraux en leur assemblée où «ledit prince et le comte Guillaume de Nassau nous accompa- «gnèrent, et parlasmes, ainsi que Vostre Majesté verra par «nostre proposition que nous lui avons délivrée par escrit, «laquelle nous doutons qu’elle soit de plus grande vertu que les «précédentes, car ces prisonniers sont accablés de haine et d’en- «vie que l’on a attirés sur eux. Le jugement en est déjà donné «en l'esprit de plusieurs: Barnewelt condamné à mort, et les «autres bannis. »
En parlant aux ambassadeurs, Maurice avait laissé percer un fait qui le compromettait singulièrement, savoir : sa connivence avec les serviles personnages chargés de l'instruction du procès des trois prisonniers : car, comment, s’il ne se füt fait livrer par ces personnages, en violation de leur serment, les secrets de l'instruction, eût-il pu affirmer que des témoins dignes de foi énonçaient dans leurs dépositions, qu'ils avaient entendu Barnewelt «les entretenir de ses menées et pratiques tendant à diviser les provinces et à les remettre sous le joug de l'Espagne?» — Prétendre, en outre, comme le faisait Maurice, «que le reste «des preuves lui était inconnu, à raison du serment prêté par «les examinateurs, et qu'il n’en voulait rien savoir plus avant, «afin qu’il ne fût estimé d’estre porté de vengeance contre Bar- «newelt, duquel il avait juste occasion de se tenir offensé », c'était proférer une allégation qui se réfutait d'elle - même: d’abord, parce qu’il n’y avait pas de raison pour que les secrets de l'instruction, violés, de l’aveu du prince, sur un point, ne
l'eussent pas été, sur d’autres: et ensuite, parce que si Maurice redoutait réellement qu'on ne le crüt porté à la vengeance contre Barnewelt, il eut dü s'abstenir de déclarer aux ambassadeurs «qu'il avait juste occasion de se tenir offensé par lui; » déclaration qui impliquait des sentimens hostiles. ;
Voilà ce que, sans doute, les ambassadeurs pensèrent; et il y à lieu de croire que si, dans leur extrême modération, ils s’abstinrent de relever les paroles sur lesquelles nous venons, à bon droit, d’insister, ce fut afin d'éviter un éclat que la déconvenue et la brusquerie de Maurice eussent inévitablement entrainé. |
Cependant, quels juges, prêts à tout faire, allait-on donner aux prisonniers, et que devenaient, dans leur prison, les trois infortunés, sacrifiés d'avance ?
Une dépêche de Dumaurier, du 12 février 1619 !, répond à ces deux questions. ere
«Vous verrez, mandait-il à de Puisieux, quel trait de lon- «gueur prennent l'affaire des prisonniers et celle du que qui «toutes deux visent à mesme fin. |
«Pour ceux-là, on avait si bien composé la ee de Hol- «lande, que l’assemblée qui la représente 1c1 n'a point fait diffi- «culté de donner part aux Estats généraux du jugement des- «dits prisonniers, lequel, par toute la pratique précédente, n'avait «jamais appartenu qu'à elle seule, n’y allast-1l que de la vie des «plus abjects de ladite province. Que si elle a nommé des juges, «au nombre de douze, tous choisis des plus animez et passion- «nez contre lesdits prisonniers, lesdits Estats généraux en ont «nommé aussi douze de mesme qualité, tellement qu'il n’y a «plus que tenir.
1 Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, f 26.
«Les parens de (Barnewelt) ont présenté deux requestes aux « Estats généraux, desquels ils ont esté déboutés, l’une tendant «à faire que le jugement desdits prisonniers fust renvoyé aux «cours ordinaires de justice, pour y pourvoir selon les lois et «statuts du pays; l’autre, à ce défaut, tendant à obtenir qu’au «MOINS Ceux qui auront à cognoistre de cette affaire soient choi-
«sis par les provinces, versez aux lois, et qui sachent ce que
«c'est que de juger; se fondant sur ce qu'il y en a plusieurs, centre les vingt-quatre, simples bourgeois, ignorans de telles «choses, et qui jamais n’ont eu charge que de leurs négoces « particuliers; ce que néanmoins les supplians n’ont pû obtenir. « Deplus, ils avoient récusé, d’entre lesdits juges, deux qui notoi- «rement sont ennemis desdits prisonniers; à quoi néanmoins on
«<a voulu avoir aucun égard; et tient-on pour assuré que la voie «de récusation leur sera interdite. |
« Cependant ils ont encore envoyé prendre au pays de Munster «un gentilhomme qui s’y estoit réfugié du pays d'Utrecht, lequel «ils font venir ici pour l’examiner et chercher de nouvelles «charges contre lesdits prisonniers; ce que l’on estime devoir «beaucoup prolonger l'affaire, attendu mesme qu'il y en a de «nominez pour juger, qui sont des provinces de Gueldre et de «Frise, lesquels ils vont faire venir.
«Avec tout cela, les rigueurs extrêmes continuent contre tous «les prisonniers, estant privez, depuis nombre de mois, de « toutes communications et consolations de leurs proches et amis, « jusques à leur avoir osté l’encre et le papier; ce qui est trouvé « d’autant plus estrange, que celui mesme qui assassina feu M. le «prince d'Orange ne fut pas ainsi traité, et combien qu’en son «crime il y eût un fait intéressant toutes les provinces qui com- «posent la qualité des Estats, néanmoins les juges et magistrats «de la seule ville de Delft, qui est la troisième de Hollande, «connurent, privativement à tous autres, en vertu de leurs
«anciens privilèges ; ce que l’on oppose à ceux qui veulent dire «que le fait desdits prisonniers important à la généralité, c’est «à elle d’en cognoistre ; ce qui est sans exemple, s’établissant «une juridiction, au préjudice de la souveraineté de chacune pro- «vince, ce qui n’a Jamais esté et est directement contraire à leurs «traités d'union, par lesquels les dites provinces se sont réservé «toute connoissance et souveraineté, tant du fait de la religion, «qu’en celui de la justice et de la police. »
À quelques jours de là Dumaurier ajoutait ! :
«Quant aux prisonniers, plus on va en avant, et moins bien «on en peut augurer, estant crû pour certain par les plus clair- «voyans, que la fin en sera tragique, particulièrement du sieur «Barnewelt; et n’y a doute, de la façon qu'ils vont en ceste
«affaire, qu'il a esté condamné avant que d’estre pris, et que,
«s'ils ont résolu de passer outre, il n'y aura intercession qui les «en détourne; d’autant plus qu'Aersens est le ressort qui fait «jouer ceste machine, et qu'il ne croira sa vie et son nouvel «établissement assuré, que par la perte de la leur; et joint le «but qu’il a de faire provoquer sa majesté à juste indignation «et rupture; et voilà comme ceste peste infeste la république! » Louise de Coligny ne connaissait que trop bien tous les faits dans le détail desquels entrait la correspondance oflicielle de Dumaurier, et elle soufirait de se sentir impuissante à en atténuer au moins la portée. |
Au milieu des amères tristesses qu'elle éprouvait alors, la princesse ne perdait pas de vue, un seul instant, les objets de ses plus chères affections; aussi, fut-ce un vrai besoin de cœur pour elle, que de convaincre ses filles bien-aimées, Élisabeth et
! Lettre à de Puisieux, du 27 février 1619 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 15,958, fo 32).