‹ Louise de Coligny princesse d'OrangeChapitre 13 sur 64 · LOUISE DE COTIC NY · texte numérisé non relu

LOUISE DE COTIC NY

«Vostre très humble et obéissante sœur, pour vous faire (Service. »

Cette lettre de Louise de Coligny était accompagnée des liones suivantes de Loyse Julienne de Nassau ! :

«Monsieur mon oncle, encore que Madame nostre mère ma «dit avoir pris la peine de vous mander de nos nouvelles, si ne «veux-je laisser de faire mon debvoir de vous escripre, pour «{tousjours me ramentevoir en vos bonnes grâces et vous sup- Cplier très humblement, Monsieur mon oncle, nous tenir tous- «jours, non point seulement comme nièces, mais ainsi que vos «très humbles filles, qui vous rendront, toutes nos vies, toute «obéissance et service ; vous suppliant ne permettre point que «nous soyons mises èz mains de ceulx qui nous vouldroient «norrir en autre religion que feu Monseigneur et Madame nostre «mère nous ont commandé; et pour ce, Monsieur, que vous «y avez plus de puissance que nul autre, nous remettons du «tout entre vos mains, et après les avoir baisé très humblement, «je prie Dieu vous donner, Monsieur mon oncle, en très bonne «santé, très heureuse et longue vie. De la main de, ce 19 dé- «cembre, vosire très humble et très obéissante nièce. »

On aime à voir, au milieu des si tristes circonstances qui pesaient alors sur Louise de Coligny et l’entravaient dans ses efforts pour assurer le bien-être de ses enfants, une femme de cœur rendre hommage à la vigilance et à la tendresse maternelles de la princesse : cette femme, c'était la propre sœur de Charlotte de Bourbon, Qu'’écrivait, en effet, la duchesse de Bouillon à Maurice de Nassau ?? Monsieur, encore que je vous tienne de «sy bon naturel, qu'il ne soit besoin vous recommander chose «qui vous soit sy proche que mes nièces, Mesdemoyselles de

‘ Gr. V. p'e corresp., 1e série, tome 8, p. 478, 479, ? Lettre du 3 décembre 1584 (Gr. V. pre corresp., d'esérie, tome 8, p. 475).

pe

«Nassau, vos sœurs, sy est-ce, qu’en la considération de leur «grande jeunesse, je ne lesseray aux occasions les vous ramen- «tevoir, comme celle qui les aime et tient chères comme ses pro- «pres enfans; ayant extrême regret d’estre si éloignée d'elles, «que je ne leur puisse tesmoigner davantaige, et bien fort aise, «atendant que vous et Messieurs les Estats ayez disposé de leur «fait, qu'elles soient en st bonnes mains que de Madame la prin- «cesse, vostre belle-mère, comme d'en sçavoir l’une entre celles «de Madame la comtesse de Schyvartzenbourg, leur tante. Et, «comme tout ce qui a fait service à feu Monsieur le prince, vostre «père, me sera tousjours en parfaite recommandation, je vous «supplieray, Monsieur, d’y voloir avoir le sieur Jolytemps et «de le continuer au service de mes nièces et faire payer de ses «estats; offrant en cest endroit ma recommandation à vostre «bonne grâce. »

Louise de Coligny, en venant à Leyde, n'avait nullement l'intention de s’y fixer pour longtemps; car elle aspirait à habiter de préférence la Zélande, d’où il lui serait plus facile, que du fond de la Hollande, de correspondre avec les parents et amis qu'elle avait en France.

À peine possède-t-on quelques détails sur le séjour qu'elle fit à Leyde : ils se limitent à peu près à ceux que fournitune correspondance qu’elle entretint avec un homme recommandable, qui lui était tout dévoué, Christian Huygens, ancien secrétaire du prince d'Orange et désormais secrétaire du Conseil d’état d'Utrecht.

Les éléments de cette correspondance, dont le caractère est celui de l'intimité, méritent d’être connus, car ils prouvent avec quel soin et quelle sagacité, Louise de Coligny s’occupait d’assurer à son fils Henri-Frédéric le payement d’une rente que les États d'Utrecht s'étaient engagés à lui fournir, et avec quelle ponctualité Huygens répondait à la confiance que la princesse avait placée en lui.

Dans une première lettre, du 14 janvier 15851, Louise de Coligny, après avoir remercié Huygens «du bon soin qu'il a eu «de l'affaire qu'elle lui avait recommandée pour Utrecht», lui dit: «Quant au portrait que me demandez ?, je l'ay mis entre «les mains d’un peintre de ceste ville, qui est bon maître, pour «m'en faire quelque quantité. Quand ce sera fait, je vous en «donnerai un. Si en quelque aultre chose je vous puys faire «plaisir, vous me trouverez tousjours votre bien bonne amye. »

Le 4 février, la princesse écrit ? : «.... Je vous prye bien fort «de parachever ce que n'avez mandé estre bien acheminé, «voire comme fait touchant l’expédition de la lettre de mon fils «pour la pension d'Utrecht, de quoy je vous prye me dire ce «qui en est; que si elle n'est expédiée, y tenir la bonne main, «et vous m obligerez de plus en plus recognoistre le plaisir que «me ferez, pour m'y employer où j'en aurai le moyen.... P.S$. «Si les lettres de mon fils ne sont encores expédiées, je vous «prie tenir Ja main qu’elles soyent passées en mesme forme que «ceux de Hollande et Zélande me les ont accordées, dont''la «minute leur fut donnée et à Messieurs d’Utrecht aussy, par le «commandement de feu Monseigneur. Je crois que Monsieur «Floris Tin a ladite minute. »

Bruninck, qui s'était rendu à Utrecht, vit, en revenant de cette ville, la princesse, qui, le 27 mars, informa Huygens “ en ces termes de l'entretien qu'elle avait eu, à Leyde, avec ce fidèle serviteur du prince : «Le sieur Bruninck, passant par icy à son «retour d'Utrecht, me dit qu'à son partement de là il parla au

‘ Lettre datée de Leyde (Archives de la maison d'Orange-Nassau).

> Tout porte à croire que le portrait dont il s’agit ici était celui du prince d'Orange.

3 Lettre datée de Leyde (Archives de la maison d'Orange-Nassau, n° 2247).

# Lettre datée de Leyde (Archives de la maison d'Orange-Nassau).

«sieur Floris Tin, qui estoit arrivé ce jour mesme à Utrecht, «pour la lettre de la rente de mon fils, qui luy fit réponse qu’elle «estoit faite et qu'il ne restoit qu’à la faire cacheter, ce qu'il luy «promit faire : tellement que maintenant, s’il a eu souvenance -«de sa promesse, elle sera, j’espère expédiée. Je vous prie «donc le savoir dudit Floris Tin, et la retirer, si elle est toute «expédiée, pour la bailler à Monsieur le docteur Joseph, qui me «l’apportera ; et vous me ferez bien plaisir, avec obligation de «le reconnaître de bon cœur. » ,

En avril, nouvelle missive ainsi conçue !: «Suivant vostre «mémoire, j'ay incontinent dépesché ce porteur par lequel j'écris «à Messieurs des Estats et au magistrat d'Utrecht. Je vous prye «donc de tenir la main à ce faict, et me mander s’il sera besoin «que j'envoye là homme exprès de ma part; et m’avertissez «soigneusement par homme, s’il en est besoin, de ce qui se «passera ; et je vous en aurai d'autant plus d'obligation de «vous reconnaître, un jour, de tant de peines que prenez pour CMOY. »

Le 18 mai, la princesse tenait à Floris Tin, de qui elle se disait «la bien fort affectionnée et fidèle amye», ce langage ? : «Æstant contrainte de pourvoir à mes affaires et à celles de mon «fils, je me suis advysée d'envoyer le sieur de Tondorf, mon «maistre d’hostel, exprès vers Messieurs des Estats et du ma- «gistrat d'Utrecht, pour savoir s'ils sont en volonté de continuer à mondit fils la rente qu'il leur a pleu luy donner, dès son «baptesme, afin qu’ils m'en donnent l'assurance que je n’ay en- «cores pas obtenue jusques icy, qui est l'expédition des lettres «authentiques requises en tel cas; et d'autant que je suis bien «persuadée de l’ancienne amytié qu’avez eue à ceste maison, je

! Lettre datée de Leyde (Archives de la maison d'Orange-Nassau). ? Lettre datée de Leyde (Archives de la maison d'Orange Nassau).

«m'adresse plus privément à vous, pour vous prier bien «affectueusement de tenir la bonne main à ce que je puisse, «à ce coup obtenir ladite expédition par le retour de ce «porteur. »

A quelque temps de là, Louise de Coligny quitta Leyde, pour s'établir à Flessingue avec ses enfants. Il paraît que, mieux avisés, celte fois, qu’en septembre 1584, les États-généraux ne s'opposèrent pas à ce que Henri-Frédéric et ses petites sœurs suivissent leur mère en Zélande. |

Rien n'indique la date précise de l’arrivée de la princesse à Flessingue. Ce qui est certain du moins, c'ést qu'elle s’y trouvait antérieurement au 1° août 4585, puisque, ce jour même, un Français investi de la confiance du roi de Navarre, de Rebours, écrivait de Flessingue, où il l'avait vue, à Despruneaux!: «Je «croy que vous savés que Madame la princesse se tient ast «heure en ceste ville.»

Le 24 août Louise de Coligny mandait, de Flessingue, à Huygens ? : «Envoyant ce porteur en Hollande pour avancer es «affaires, je luy ay commandé d’aller vers vous à Utrecht, espè- «rant qu'avez reçeu la demie année de la rente de mon fils, «suivant ce que n'avez mandé au sieur de Todnorf, mon maistre «d’hostel, et dont je vous ay ci-devant envoyé un blanc signé «de ma main pour faire la quittance. Je vous prie donc, si «l'avez reçeue, mettre ces deniers éz mains de ce dit porteur, «mon sommelier; vous me ferez plaisir, que je serai toujours «bien prête à reconnoistre, où j'en aurai le moïen.»

Enfin, le 22 octobre, la princesse expédia à Huygens ce «billet #: «Jay reçu par Monsieur de Villiers { les trois cents

1 Bibl. nat., mss. f. fr. vol. 3280, f° 101.

* Archives de la maison d'Orange-Nassau.

* Archives de la maison d'Orange-Nassau.

# Pierre l’Oyseleur de Villiers.

«livres tournois que m'avez envoyées pour la demie année de la «rente de mon fils, échue le 12 juin devant et vous remercie «bien fort de tant de peines qu’en avez prises. Si, en récom- «pense, J'ay moïen de vous faire plaisir en quelque endroit, «faites état assuré que je m'y emploierai toujours de bonne «volonté. »

On voit par ce qui précède, avec quelle peine la princesse put opérer le recouvrement de la minime somme à laquelle son fils avait droit. Il en fut, plus d’une fois de même, dans le cours des années suivantes, pour arriver au solde d’arrérages qui étaient restés longtemps impayés, après leurs échéances.

Y eut-il de semblables lenteurs et difficultés, quant au service des rentes allouées aux jeunes sœurs de Henri-Frédéric? On ne sait.

Toujours est-il que la gêne extrême à laquelle Louise de Coligny était réduite, ainsi que ses enfants, se prolongea pendant plusieurs années encore, ainsi que le prouvera l'exposé ultérieur d'une grande série de faits.

À Flessingue, comme à Leyde, s’ajoutèrent aux soucis pécuniaires, pour la princesse, de douloureuses préoccupations, causées par les déchirements auxquels la France était en prote, par les dangers qui, journellement, y menaçaient ses parents, ses amis, et par l’état alarmant des affaires publiques dans les Pays-Bas. |

Et d’abord, que se passait-il dans l’infortunée patrie de Louise de Coligny ?

Henri IIT venait, par le néfaste traité de Nemours, de livrer à la merci des Guises et de la Ligue, non seulement la royauté, mais encore le royaume, et de sacrifier les droits des réformés. Un impudent défi était porté à la conscience chrétienne par une poignée d’ambitieux sans frein, d’implacables fauteurs de désordres, et par des hordes de fanatiques poussant, dans le pa-

roxysme de la haine et de l'intolérance, un fantôme de monarque, instrument dégradé de leurs effroyables passions et de celles de l'Espagne, à interdire, sous peine de mort, l'exercice de toute religion autre que la religion catholique, apostolique et romaine.

Sous le double coup du défi et de l’outrage, se redresserent avec indignation le noble frère de Louise, François de Chastillon, ses coreligionnaires, et leur chef. Groupés autour du roi de Navarre, ses fidèles lieutenants, le fils de Coligny en tête, se montrèrent prêts à affronter tous les périls d’une guerre acharnée, que suscitèrent des hommes de sang.

A ces lieutenants, sur le concours desquels 1l savait pouvoir compter, le roi de Navarre vit bientôt se joindre un homme dont les antécédents versatiles contrastaient avec la droiture et la fidélité des leurs. Cet homme, dans sa répudiation d’un passé en partie regrettable, pouvait être sincère, et cette fois il le fut, en déclarant à Henri de Bourbon qu'il se ralliait à lui pour toujours. Quels motifs, avaient décidé Damville, car c’est de lui qu'il s'agissait, à une démarche, dont l’importance, pour'le parti réformé, en même temps que pour lui-même était capitale ? D’Aubigné! nous les fait connaître, en ce peu de mots: «Mont- «morency, repentant de sa défection d'avec le roi de Navarre, «d’une part, pour desirer la bonne grâce de ce soleil levant, «d'autre part, voyant le triste coucher de celui qui régnait, «joint à cela l’exaltation des ennemis de sa maison, tout cela le «fit souvenir plusieurs fois des remonstrances par articles qui «lui avaient été présentés à Pézenas.» |

L'intime conseiller du roi de Navarre, Duplessis Mornay, ne pouvait manquer d’applaudir, surtout au point de vue de la défense des droits et des intérêts des réformés français, à la réconciliation de son maître avec Damville. Mornay était en

! Hist. univ., tome 2, liv. 5, chap. 17.

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correspondance avec le fils de Coligny !, dont il connaissait le zèle pour la cause de ses coreligionnaires ; aussi, à propos de la position nouvellement prise par le duc de Montmorency, et de celle qu’occupait Chastillon, tant en Languedoc qu’au sein du conseil du roi de Navarre, écrivit-il? : «Au Bas-Languedoc, «les églises tiennent Nismes et Montpellier, et maintenant «jouissent de l'amitié de Monsieur le maréchal de Montmorency, «auquel la leur est nécessaire, se pouvant asseurer, hors deux «ou trois places, de tout le Languedoc, qui est la plus riche et «la plus importante province de France. . . . En icelle province «Monsieur de Chastillon, seigneur de grande espérance, fils de «feu Monsieur l'amiral, veille sur la conduite des affaires, «accompagné du sieur d’Andelot, son frère et assisté de plusieurs «notables conseillers et capitaines. . . . . En toutes et chacune «les provinces susdites, il y a conseils establis pour la direc- «tion des affaires de la religion, lesquels rapportent tout au «conseil du roi de Navarre, résidant près de sa personne. «En iceluy entrent Monsieur de Rohan, Monsieur de Ghastil- «lon, les sieurs de Clervant et Duplessis?. De ce conseil sont

1 Voir nolamment l’importante lettre qu’il adressa à Ghastillon, sur les affaires de Languedoc, le 14 novembre 1584 (Mém. et Corresp. de Ph. de Mornay, 1624. éd. in-4°, tome 1, p. 298).

? Mém. et Corresp. de Ph. de Mornay, éd. de 1624, tome À, p. 147.

# Vers cette époque, le judicieux Lanoue écrivait à Duplessis-Mornay : «je prends bien plaisir de ce qu’estes près de celuy qui à besoin d’un «monsieur Duplessis, afin qu’en ceste très périlleuse navigation il luy «monstre les écueils du monde, pour les éviter. Servez-luy de Sénèque «et de Burrhus tout ensemble, afin que nous voyions en luy la personne «d’un Titus. Mais j’ay grand’peur qu'auparavant il conviendra qu’il joue «le personnage d’un César, en quelques choses. Vous estes maintenant «en de durs exercices, tant privez que publics, où je sçay bien qu’on fait «ce qu’on peut et non ce qu’on veut, et que bien souvent les amis «affligent autant que les ennemis tourmentent. Mais c’est là que les ver- «tus s’accroissent et s’affirment» (Mém. et Corresp. de Mornay, éd. in-4°, 1624, tome 1, p. 459).

«aussi Monsieur de Laval, Monsieur de Turenne, Monsieur de «Lanoue.»

Que de questions, les unes religieuses, les autres politiques ou militaires, agitées alors dans le conseil du roi de Navarre, et quelle vigueur déployée dans l'exécution des résolutions prises !

Aux manifestes des ligueurs et de Henri IIT, leur servile complice, répond une déclaration signée par le roi de Navarre, le prince de Condé, le duc de Montmorency, et aussitôt rendue publique, en France et à l'étranger. Une bulle d’excommunication, que le pape a fulminée contre ce même roi et ce même prince, est tenue en échec, et frappée de discrédit, par un appel dont l’altier et viril libellé est placardé aux portes mêmes du Vatican, et promptement connu de l'Europe entière.

Des négociateurs sont envoyés en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, pour tenter d'y concilier aux réformés français un appui efficace ; appui dont le roi de Navarre démontre péremptoirement la nécessité, dans ces lignes adressées à Leicester ! :»..1.. «Maintenant nous sommes tout assurés que ces préparatifs sont «les vrais effets de la ligue générale, qui sans doubie ont «dedans peu de temps à fondre et tomber sur nous. Vous êtes «si clairvoyant, et la chose si claire, qu'il n'est besoin de vous «dire 1cy que la ruine des uns est un degré à la ruine des autres ; «que la ligue injuste nous a tous désignés et destinés à un. «mesme sacrifice ; que l'ambition de l’Espaignol, qui a franchi «tant de terres et tant de mers, ne pense rien au monde inacces- «sible pour lui. Tant y a qu’il est temps désormais de penser «aux remèdes, dont le premier est de secourir et soutenir «promptement les affaires de la France, puisqu'il plaist à Dieu «que nous en soutenions les premiers efforts, et l’autre est de

HP VEPÉ COTTESp., 2esérie, Ed RAA

«rallier tous les princes et estats qui font mesme profession, «pour ensemble s’opposer d’un commun accord à ceste conjura- «tion universelle qui est faite contre tous. À ceste fin, j'envoie «le sieur de Ségur vers la reyne, vostre souveraine. »

L'insuccès des négociateurs envoyés à l'étranger imposa au roi de Navarre, sans toutefois l’abattre, la conviction qu'il ne devait rien espérer désormais que de la vigueur avec laquelle, les armes à la main, 1l soutiendrait la lutte contre la ligue et les forces militaires du souverain dont elle faisait l'instrument de ses desseins pernicieux, en attendant qu'elle fit de lui un esclave et qu'elle l’annihilât totalement.

Passant donc des écrits et des négociations à l’action, le fils de Jeanne d'Albret, le prince formé, dès son jeune âge aux rudes labeurs de la guerre par l'amiral de Coligny, préluda à la lutte gigantesque qu'il devait soutenir avec tant d'habileté et d'énergie pendant plusieurs années consécutives, en s’affermissant d'abord en Languedoc, en contenant une partie de Ja Guienne, et en s'étendant rapidement sur divers points du Dauphiné de la Saintonge et du Poitou. Loin de chercher prématurément à transporter en d'autres parties de la France le théâtre de la lutte, il s’attacha surtout à consolider sa position dans les régions du midi et à s’y rendre inexpugnable.

Tandis que Louise de Coligny accueillait avec une sympathie patriotique et religieuse la certitude que la France et les réformés français trouvaient ainsi en la personne du roi de Navarre un loyal et énergique défenseur de leurs droits et de leurs plus chers intérêts, elle s’affligeait d’être témoin des périlleuses fluctuations politiques au milieu desquelles les Provinces-Unies cherchaient à s’abriter sous l’égide d’une puissance étrangère qui les soutint dans leur lutte contre les Espagnols.

Fidèle à sa patrie, et, dans son amour pour elle et pour les coreligionnaires qu'elle y possédait, non moins fidèle aux vues

élevées qui avaient constamment dirigé les efforts du prince, son mari, dans la recherche d’un appui extérieur pour les provinces dont il avait fondé l'union, elle n'avait cessé d’aspirer à ce que cet appui leur vint de la France. Elle avait agi en ce sens, selon la mesure de ses forces, même sous le poids des douleurs de son veuvage, ainsi que Despruneaux, comme on la dit précédemment, s'était fait un devoir de le reconnaitre; mais elle avait vu ses espérances brisées, tant par l’odieux traité de Nemours, que par les événements qui venaient de le suivre {, et

force lui était de se résigner désormais à voir apparaître, à

défaut de la France, l'Angleterre comme l'unique puissance de laquelle püt émaner l’appui désiré.

L'intervention protectrice de l'Angleterre fut, en effet, sollicitée et oblenue, en des circonstances et sous des conditions qui réagirent d’une manière assez sensible sur la situation personnelle de Louise de Coligny et sur celle de ses enfants.

Nous nous abstiendrons d'aborder ici le récit des démarches infructueusement accomplies par les députés des États généraux des Provinces- Unies auprès du roi de France pour qu'il acceptât

! La princesse partageait, au sujet de ce traité et de ces événements, les impressions que son beau-frère Lanoue avait consignées dans ces lignes datées de Paris : (nous nous préparons pour nous entre-ruiner. «Je croy que, comme un frère du roy, par sa propre action remist le «roy d’Espaigne dans les Flandres, que aussi par les nostres présentes «nous lui ouvrions les portes de France, laquelle est malheureuse d’avoir «plusieurs de ses enfans qui sont si irréconciliables ennemis d’elle- «mesme; si est-ce que, au milieu de ces épouvantables ruines, Dieu «gardera son église, après l’avoir ung petit vanée, afin qu’elle soit plus «pure. Quand je considère que j’ay eslé cinq ans et demy dans la mort, «je ne conseilleray pas de désespérer à ceux qui ne peuveut estre «délivrez que par espérance. Attendons encore ung peu, et nous verrons «venir le Jour du Seigneur qui sera effroiable à ceux qui veulent éviter «le joug salutaire du fils de Dieu » (Gr. v. p'e corresp., 2 série, tome, p. 20).

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