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LOUISE DE COLIGNY. 1x
la souveraineté de leur union!; nous n’entrerons pas non plus dans le détail des longues négociations, ultérieurement suivies par ces députés avec les hommes d'état de l'Angleterre et avec la reine Élisabeth elle-même, qu'ils conviaient à s’ériger soit en souveraine, Soit au moins en protectrice des provinces au nom desquelles ils agissaient. Il nous suffira de dire que le 12 août 1585, intervinrent, entre les parties qui négociaient, deux traités distincts, ayant pour objet, l’un, l'envoi d’un secours à Anvers assiégé par Farnèse, et qu'on croyait en état de. prolonger son héroïque résistance jusqu’à l’arrivée de ce secours, l’autre une assistance indéfinie à accorder aux Provinces-Unies, dans leur lutte contre les Espagnols. Mais il était trop tard pour que Île premier de ces traités fût efficace, car Anvers venait de tomber au pouvoir de l’ennemi.
Ce fut alors que la reine d'Angleterre, aux états de laquelle s’étendaient les menaces de l'Espagne, se décida à entrer en lutte ouverte avec cette puissance, sur le territoire des Pro vinces- Unies, en prenant en main la défense de celles-ci.
Le temps pressait, et bientôt il fut convenu entre leurs représentants et Élisabeth, qu’un corps permanent de cinq mille fantassins et de mille cavaliers serait entretenu dans les Provinces- Unies, aux dépens de la reine, et que, jusqu’au remboursement intégral, par les États-généraux, des sommes qu’elle leur aurait avancées, elle détiendrait,. à titre de gage, les villes de Flessingue et de la Brielle, munies par elle de garnisons dont elle fournirait l'effectif, en sus du corps précité de six mille hommes.
Le comte de Leicester fut désigné pour prendre dans les Provinces-Unies le commandement en chef des troupes qui y seraient envoyées par la reine et pour être le représentant de
! Voir, à ce propos, une longue lettre de Rebours à Despruneaux datée de Flessingue, 1 août 1585 (Bibl. nat. mss. f. fr. vol. 3280 et suiv.).
l'autorité qu’elle y exercerait; autorité dont, en ce moment, la nature n'était pas encore déterminée.
Un jeune seigneur, d’une rare distinction, à tous égards, Philippe Sidney, neveu de Leicester et gendre de Walsingham fut investi par la reine d’Angleterre, des fonctions de gouverneur de Flessingue. Sa nomination à ce poste important fut d'autant plus favorablement accueillie par Louise de Coligny et par Maurice de Nassau, que tous deux savaient quelle estime le prince d'Orange avait toujours professée pour le caractère et les brillantes qualités de Sidney et qu'ils avaient avec lui des relations personnelles auxquelles sa présence en Zélande ajouterait Un nouveau prix.
Davidson, qui possédait la pleine confiance de sa souveraine, vint sur l’ordre de cette dernière, reprendre son poste d’ambassadeur dans les Provinces-Unies, afin d'y préparer les voies à l'exécution des conventions récemment conclues.
Leicester et Davidson, ayant soutenu avec le prince et la princesse d'Orange des rapports basés sur une profonde estime, tenaient à honneur de les continuer avec la noble veuve dont Île caractère et les vues élevées pouvaient les seconder dans l’accomplissement de leur nouvelle tâche. Louise de Coligny répondit dignement à leur confiance. Alors que Leicester était encoré en Angleterre, elle voulut lui prouver, ainsi qu’à Davidson et à la reine, avec quelle largeur de procédés elle et son beau-fils, dociles a ses directions, entendaient se prêter à l'exécution des conventions dont il s'agissait. Elle tint, en même temps, à ménager à ses enfants, comme à elle-même, l’appui de ces deux hommes d'état et celui d’Élisabeth, qui lui semblait ne pouvoir manquer de s'intéresser à la fille d’un ancien allié tel que l'amiral de France.
En conséquence, que fit-elle? Judicieuse conseillère de Maurice de Nassau, elle arrêta avec lui la rédaction d’un écrit qui,
LOUISE DE COLIGNY. 179 portant la signature de chacun d'eux, fut adressé le 14 octobre 1585, à Davidson. La première partie de cet écrit témoignait du bon vouloir avec lequel, suspendant l'exercice de ses droits sur Flessmgue, Maurice assurait à la reine la possession de cette - ville, conformément aux conventions précitées. Dans la seconde partie, la princesse et son beau-fils, ainsi que les y autorisaient les circonstances, plaçaient, en termes dignes et simples, sous le patronage de la souveraine et de son principal représentant dans les Provinces-Unies les intérêts, respectables à tant de titres, de la maison d’'Orange-Nassau.
Voici la teneur de cet important document! :
«Le comte Maurice de Nassau, marquis de la Vère, ayant «oui l'avis de Madame la princesse, sa belle-mère, de Messieurs «ses parens, amis et serviteurs, a déclaré à Monsieur Davidson, «ambassadeur de la majesté de la reine d'Angleterre, ce qui «s’en suil : |
«Premièrement, qu'il loue Dieu de l'accord qui est passé et «conclu entre Sa Majesté et Messieurs les Estats de ce païs, et «prie Dieu qu’il y veuille donner sa bénédiction; suivant lequel «a consenti et promet que la ville de Flessingue, à luy apparte- «tenant comme bien patrimonial, soit mise ès mains des députés «de Sa Majesté, suivant ledit accord passé, si sa santé le peut «permettre, espère s'y trouver en personne, pour effectuer, en «tant qu’il touche ladite ville ledict accord.
«Et combien que la place soit de telle importance qu’il est «cogneu à un chacun, et qu'à raison d’icelle, avoit occasion de «demander desdicts Estats, et mesmes en considération des ser- «vices de feu Monseigneur son père, des grandes recognoissances «toutesfois ayant égard au bien du païs, a consenti simple- «ment ce que dessus, mais singulièrement pour le service très
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«humble qu’il désire faire à Sa Majesté, espérant par le moïen «de la bonne grâce d’icelle, obtenir, avec le temps, pour lui et la «maison de Nassau, recognoissance condigne aux dicts services.
«Requiert cependant ledict sieur ambassadeur advertir Sa «Majesté de ce que dessus, et ensemble, combien que par cy- «devant les seigneurs de ladicte maison ayent esté très-humbles «serviteurs de Sa Majesté, toutesfois à présent, vue la très «grande obligation que tout le païs a vers Sa Majesté, se tien- «nent encore de plus en plus obligés d’estre à icelle très humbles, «très obéissans et très fidèles serviteurs, comme tant ledict sieur «comte l’a protesté audict sieur ambassadeur, que Monsieur le «comte Guillaume de Nassau.
«Et autant que ledict sieur comte marquis de la Vere est «bien informé de la bonne amitié et correspondance mutuelle «qu'il y a eu entre Monseigneur le comte de Leicester et feu «Monseigneur son père, ledict sieur ambassadeur est prié faire «entendre audict sieur comte Leicester l’affection que ledict «sieur comte marquis a de continuer une bonne et ferme amitié «de sa part, la tenant comme héréditaire vers ledict seigneur, «et parlant, soubs le bon plaisir de Sa Majesté, au service de «laquelle il désire de rapporter toutes ses actions, priera ledict «seigneur luy faire cest honneur de le tenir, à l'avenir, comme «son ils, lay départir son bon conseil et avis sur ce, d'autant «qu'il désire, de sa part, luy demeurer très humble fils et servi- «teur, et estimera à très grand honneur de pouvoir nommer «ledict sieur son père.
«Et pour encore davantage confirmer ceste amitié, priera «aussi, avec congé de Sa Majesté et de mon dict seigneur, «Monsieur de Sidnai de le tenir pour frère et compagnon «d'armes, promettant, de sa part, toute fidélité, amitié et «obéissance. |
«Et comme ledict sieur comte n’a, en ce moment, rien plus
«de besoins que de la bonne grâce de Sa Majesté, aide, faveur «et assistance....., ledict sieur ambassadeur, oultre les bons «oflices qu'il luy plaist faire vers Sa Majesté, priera aussi «ledict sieur comte de Leicester suplier, au nom de la dite «dame, Sieur comte marquis, et toute la maison, très humble- «ment Sa Majesté leur faire cest honneur, prendre leurs per- «sonnes et affaires dans sa royale protection, pour les aider, «défendre, soustenir et assister de ses faveurs et autorité; à «quoy ledict sieur comte espère que la volonté de Sa Majesté «sera inclinée, de sa bénignissime grâce, suivant ce qu'il luy a « pleu en assurer ledict sieur comte par lettre dont elle l’a voulu «honorer par ledict sieur ambassadeur.
«Suivant quoy, qu'il plaise audict sieur comte de Leicester «suplier très humblement Sa Majesté vouloir promettre audict «sieur comte marquis, en cas que, par les évènemens de la «guerre, tombât ès mains de ses subjects, de quelque qualité « que ce soit, aucun prisonnier de guerre par le moyen duquel Ql y eüt apparence de retirer Monseigneur le prince d'Orange, «comte de Buren, si longuement et si iniquement détenu pri- «sonnier, que ledict prisonnier de guerre sera affecté à la dicte «maison, pour essaïer par ce moyen de retirer ledict prince.
« Pareillement si semblable cas arrivait à l’endroit des gens «de guerre d’autres nations, servants Sa Majesté ou aux Estats, «qu'il luy plaira interposer son autorité à ce que ladicte maison «puisse recevoir pareils fruicts et advantaiges.
«Et comme, depuis le décès de feu Monseigneur le prince, caulcuns des païs de Dauphiné et de Provence se seraient effor- «cés d'induire le roy de France à s’attribuer la souveraineté de «la principauté d'Orange, et que mesmes ceste affaire à esté «traictée sans le sceu de la maison de Nassau, au conseil dudict «sieur roy, qu'il plaise à Sa Majesté, advenant cas semblable, «aider ladicte maison de retenir ladicte souveraineté du dict
«païs, comme les précédens princes d'Orange ont faict, de toute «ancienneté, et mesmes depuis la paix faicte à chasteau en «Cambresis, entre ledict sieur roy et le roy d'Espagne.
«Pareïillement, comme les principaux biens qui debvroient «appartenir audict sieur comte et à son frère le comte Frédéric, «sont allés au comté de Bourgoigne, et qu'avec le temps pourcroit avoir espérance que ledict sieur Gomte pourroit rentrer «ès dicts biens, qu’il plaise à Sa Majesté aider pareillement les- «dicts sieurs de son autorité et faveur envers lesdicts sieurs roy «de France et messieurs les cantons de Suisse, quand la com- «modité se présentera, et principalement envers les seigneurs «de Berne ; d'autant que par le moyen dudict sieur roy et can- «tons, avec le temps se pourroit présenter quelque bonne com- « modité. |
«D'autant aussi qu'il est notoire, la grande perte des biens «faicte par ladicte maison, être occupée par le roy d’Espagne et «ceux de son parti, qu'il plaise à Sa Majesté d’interposer son «autorité, en bonne occasion, que lesdits sieurs, qui Sont «demeurés comme sans moyens, soient récompensés en bonnes «terres et possessions, et encore de la nature des biens par eux «perdus.
«Et advenant, comme ledict sieur comte et ladicte dame «desirent de tout leur cœur, qu'il plüt à Sa Majesté prendre la «souveraineté de ces païs, 1l luy plaise aussi avoir tel esgard «comme icelle trouvera justement convenir aux articles propo- «sés par messieurs les Estats pour le faict de ladicte maison et «articles qui ont esté présentés à Sa Majesté pour le faict de «ladicte souveraineté,
«Finalement, sl plaît à Sa Majesté emploter en Allemagne «quelque seigneur de qualité pour ses affaires, qu'il luy plaise, «en ce cas, préférer M. le comte Jean de Nassau, comme tres «affectionné à luy faire très-humble service, estant très fidèle à
«ces païs, et duquel l’affection à la vraie religion, la prudence «et expérience sont assez bien cogneues.
Et qu’il plaise à Sa Majesté faire expédier cest acte qu’il luy «plaira desdictes promesses, et que ladicte dame princesse et «ledict sieur comte et lesdicts sieurs enfans requièrent très hum- «blement, non pour autre raison ou sinon pour servir de témoi- «gnage, vers messieurs de la maison, du devoir qu'ils auront «faict pour le bien et conservation de la maison de Nassau.
«Faict à la Haye, ce 14 d'octobre 1585.
« Loyse de Colligny. Maurice de Nassau. »
À dix jours de là, la princesse faisait suivre, de deux lettres datées de Flessingue, l'envoi du document qui vient d’être reproduit.
L'une de ces lettres, adressée à Leicester !, portait :
«Monsieur, vous ferés, s’il vous plaist, cest honneur à mon «fils, M. le comte de Nassau, et à moy, de voir les articles que «nous avons prié M. Davidson de vous communiquer, et espé- «rons que par là la privauté et hardiesse que nous prenons : «pour vous importuner vous sera aussi, monsieur, à preuve de «la grande confidence que nous avons en vous, à sçavoir à la «continuation de la bonne et sincère amitié qu'il vous a plu por- «ter à feu monseigneur le prince, et comme jamais toute cette «maison n'aura plus de besoing de la faveur de gens de bien, «qu'elle à à présent; aussi, monsiéur, je vous prie, non seule- «ment de ne prendre à importunité notre requeste, mais de «nous faire part de la faveur que Dieu vous a faict la grâce «d’avoir près de Sa Majesté, et de nous faire cest honneur de «vous emploier pour nous. Vous n’acquesterez point en nous de
1 Archives générales du royaume de Hollande. — British museum, F. Cotton, Ga CG, VIIL, fo 187.
184 LOUISE DE CGOLIGNY.
Po de RE PRE D RE EL EE «nouveaux serviteurs, mais vous obligerés davantage ceux sur «lesquels desjà vous aviez puissance pour les précédentes obli- «gations, qui demeureront, monsieur, très affectionnés à vous «faire humble service, d’aussi bon cœur, que m’estant humble- «ment recommandée à vos bonnes grâces, je prierai Dieu, «monsieur, vous tenir sous sa saincte garde et protection.
«Vostre très affectionnée à vous faire humble service,
« Louyse de Coligny.
«A Flessingue, ce 24° jour d'octobre. »
Dans l’autre lettre, la princesse disait à Davidson { :
«Monsieur, il me semble, vû l’ancienne amitié que vous avez « portée à monsieur l'amiral, mon père, et à feu monseigneur le «prince, que j'aurois tort si J’usois de longues :prières en vostre «endroict de faire cest honneur à mon fils, M. le comte de Nassau «et à moy, d’avoir pour recommandées les affaires desquelles «nous avons supplié M. le comte de Leycester vouloir faire tant «pour nous et toute la maison en témoigner à Sa Majesté; car «je me tiens pour asseurée que vous nous honorerez tant, que «de les avoir en singulière recommandation; de quoy, Mon- «sieur, je vous prie humblement. Ce me sera une singulière con- «solation, en ma viduité, de voir que la mémoire de si grands «personnages, auxquels j'ay eu honneur d’avoir appartenu est «demeurée engravée au cœur des gens de bien; qui me faict de- «rechef vous prier de les avoir recommandées; et vous m'’obli- «gerés à vous en faire humble service, qui sera d’aussi bon «cœur que, m'estant humblement recommandée à vos bonnes «grâces, Je prie Dieu, etc. »
Jean Hotman, sieur de Villiers Saint-Paul, attaché depuis
! Archives générales du royaume de Hollande.
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plusieurs années, en qualité de secrétaire, au service de Leicester, venait d'écrire à Louise de Coligny, dont il possédait la confiance, pour l’informer que le comte, auprès duquel il se trouvait pour peu de temps encore, en Angleterre, se montrait favorable aux intérêts de la mère et des enfants. La princesse résidait momentanément alors à Leyde. Répondant de cette ville, le A4 novembre, à Hotman, elle l’euntretint de ses vives préoccupations, au sujet d’Odet de Lanoue, prisonnier des Espagnols !, des démarches qu'elle avait faites en sa faveur, et réclama le concours de son correspondant pour la seconder dans ses efforts tendant à obtenir la hibération du prisonnier.
« Monsieur Hotman, lui disait-elle?, je vous suis redevable «de trois lettres, et veux croyre que vous avés trop bonne opi- «nion de moy pour penser que ce soyt paresse qui m'ayt em- « peschée d’y faire response. Aussi, ne commets-je jamais telle «erreur, à l’endroict de mes amys; mais certes et aux uns el «aux autres il m'a été impossible d'en prendre le loysir, pour «l’imcommodité que m'a apporté ce petit voyage, auquel, Dieu «mercy, J'ay eu plus de peur que de mal. — J’ay beaucoup
EX
«d'obligations à Son Excellence de ce que je voy par vostre
! «En ceste mesme saison le seigneur de Teligny fils du seigneur de «Lanoue, qui, l’année précédente, avoit valeureusement maintenu le fort «de Lisloo contre tout le camp des Espagnols, partant, de nuit, sur une «galère d'Anvers pour aller en Hollande, tomba entre les mains du «prince de Parme devant Calloo, desquelles il fut attaqué ; mais voyant «qu’il ne pouvoit durer, se sentant blessé d’une mousquetade en l’es-- «paule, après avoir perdu trois de ses hommes, devant que de se rendre, «il jeta en l’eau une lettre qu’il portait, contenant quelques secrets de «ladite ville, entre autres de percer la digue de Cœsteyn. Cette lettre fut «aperçue et peschée, par laquelle le prince entendit le tout. Teligny fut «mené prisonnier à Gand et depuis au chasteau de Tournay, où il fut «détenu l’espace de six ans» (Lepetit, Chronique de Hollande et Zélande, t. 2, p. 503).
? Bibl. nat mss, f. fr. vol. 15,950, fo 93,