LOUISE“DE COLIGNY
«lettre, qu'il a eu soin de moy et de ma petile troupe; aussi, «certes, céderons-nous à peu de personnes en l’honneur que «nous luy portons, et vous assure que mon petit-fils a sans «cesse son nom à la bouche. — Je suis à Leyde, où je demeu- «rerai quelques jours pour reposer mon fils et moy, et aussy «pour attendre quelque beau temps pour retourner à Flessingue. «— J’ay reçu des lettres de Monsieur de Wilby!, que j'envoie «à Monsieur de Sidnay: vous les verrés, s'il vous plaist, et «prendrés la peine, comme je vous en prie, continuant vos «bons ofices, d’en parler ensemble à Son Excellence, suivant «ce que j'ai escrit à mondit sieur de Sidney. J'envoye mesme «celui que Monsieur de Wilby m'a envoyé, afin que jui porte la «résolution de Son Ecellence, car je ne luy fais autre réponse «par mes lettres, sinon que je me remets du tout à ce que «Monsieur le comte de Lestre? m’ordonnera. Il est bien cer- «tain que l’on m'avait assurée que le sieur Grimaldy estoit un «bon prisonnier et que le duc de Parme en faisoit grand estat ; «ce qui m'en avoit fait faire grande instance au baron de Wilby, «et, sur ces promesses, J'en avois assuré Monsieur de Lanoue «qui en fait, à ceste heure, estat pour son fils; ce que je vous «prie de faire entendre à Son Excellence, et que je le supplye «qu'il y avise, devant que d'en mander sa résolution audit «sieur de Wilby, et vous prie me faire sçavoir quelle elle aura «esté. — Si vous avés quelques nouvelles de France, vous me «ferés extrême plaisir de m'en faire part. Il y à des points dans «vos lettres sur quoy je vous respondrois plus volontiers de «bouche que par écrit. Ce sera occasion que je termineray, «après m'estre recommandée à vostre bonne grâce, et prieray «Dieu, Monsieur, vous avoir en sa très sainte garde. À Leyden,
‘ Lord Willoughby.
? Leicester.
«ce 11 novembre. — Faites-moi ce bien d'entretenir mon petit- «fils et moy aux bonnes grâces de Son Excellence.
« Vostre bien affectionnée et bonne amye
«Louyse de Colligny. »
On attendait la prochaine arrivée, dans les Provinces-Unies, de Leicester, qui, paraît-il, désirait occuper, pendant son séjour à Flessingue, une maison ayant appartenu au prince d'Orange. Informée de cette circonstance, la princesse, de passage à La Haye, écrivit, de cette ville, au comte! le 22 novembre :
«Monsieur, si la mayson de Flessingue estoit myenne, j'en « ferois très volontiers offre à Vostre Excellence, et de sy peu «que j'y ay, Je ne trouveray Jamais mauvais qu'il vous plaise «vous en servir. Mais, quant à ce que Vostre Excellence m’es- «Crit que j'ay plusieurs maysons, tant en Holande qu'à la «Vère, je croy, par l’estat qui à esté communiqué à Vostre «Excellence, qu’elle a pù voyr qu'il n’en reste une seule à la «mayson de feu Monsieur le prince, mon mary, où je puisse me retirer ; car, à la Vère, il n’y en a d'autre qu'une petite que «l’on a fait accommoder pour Monsieur le comte, mon beau- «fils, et non pour moy. Et, puisque je n’ay autre commodité, Je «serai contrainte de m’y retirer, combien que‘je ne voy point «comment moy et mes belles-filles y pourront estre logées. — «Et quant en Holande, je ne sçay, Monsieur, qui a dict à Vostre «Excellence que j'y voulois demeurer; car je n’ay jamais eu «autre intention, sinon de retourner en Zélande, pour estre lieu «plus propre à mes affayres que J'ay en France, et pour y oyr «plus souvent nouvelles des parens et amys que jy ay mainte- «nant exposés aux périls de la guerre , ainsy, Monsieur, que J'ay
1 Archives générales du royaume de Hollande.
«donné charge à un gentilhomme que j'envoyoy hier à Fles- «singue, de faire entendre à Vostre Excellence, laquelle je sup- «plye, Monsieur, vouloir toujours honorer mon petit-fils et moy «de ses bonnes grâces, que je salue de mes bien humbles recom- «mandations, et prie Dieu, Monsieur, donner à Vostre Excel- «lence très heureuse et longue vie. À La Haye, ce 22 novembre.
« Vostre très affectionnée pour vous faire service.
«Louyse de Coligny. »
De la Haye, la princesse se rendit à Middelbourg, où elle se proposait de faire un séjour de quelques mois.
Ph. Sidney ayant, dans les derniers jours de novembre, pris possession du gouvernement de Flessingue, informa son oncle de l’état des affaires, des dispositions favorables qu'il rencontrerait au sein des Provinces-Unies, et l’invita à activer son départ.
Louise de Coligny s’attachait avec un sentiment de confiante espérance à la pensée que le neveu allait prochainement se retrouver aux côtés de son oncle. Elle comptait sur l'influence de Sidney pour le soutien de ses intérêts et de ceux de ses enfants auprès du comte ; car elle savait que Leicester «n'avait «alors aucun sien parent, ou personne de qualité sur qui il se «reposät de ses principales affaires, et à qui il communiquât ses «secrets, de qui il fût aimé, secondé et assisté, qui fit l’honneur «de sa maison, qui servit de moyenneur ès différends et quecrelles et de solliciteur agréable pour tous et envers tous, comme «estoit ledit sieur de Sidney, à l'endroit des plus grands et «mesmes des plus farouches, desquels, par sa douceur, affabi- «lité et dextérité, il savoit gagner les cœurs et se faire croire et «respecter par eux {. »
! Mémoire, ap. Gr. v. p'e corresp., 2 série, tome 1, p. 67.