LOUISE: DE! C0 LIGN:Y
«ment par les rues le corps de leur père, après avoir souffert «qu'on l’assassinàt par la plus indigne de toutes les trahisons. «Ces reproches furent inutiles : d'Andelot se laissa aveugler par «l'espérance des honneurs qu'il crut trouver parmi les factieux. QI signa l’union et se mit au service du duc de Nemours.» Il s’y maintint si bien, qu'à un an de là, il alla, au nom de ce duc, entamer une négociation avec les ministres du roi d'Espagne ?.
Descendre ainsi du haut rang de fils de Coligny au rôle abject de suppôt des ligueurs et de l'Espagne, quelle effroyable dégradation ! quel crime !
Hélas ! que ne souffrirent pas alors Chastillon et sa sœur, ces deux fidèles soutiens du nom paternel ?
Si l'expression de la douleur poignante qui, dans cette lamentable circonstance, étreignit le grand cœur de François n’est pas parvenue jusqu'à nous, du moins sommes-nous certains d'en retrouver l'écho dans quelques paroles de Louise de Colieny, navrée, comme lui, de la honteuse et coupable défection de Charles. La princesse écrivit à l’un de ses parents ÿ: «J’ay «reçeu la lettre de M. de Lanoue qui me mandoit la faute trop «signalée qu'a faite un de mes proches, que vous sçaviés bien, et «me dites quelque mot qui me le faisoit craindre ; mais je ne «pouvois croyre qu’il se püt tant oublyer. Je vous promets que «cela touche tellement le plus vif de mon âme, que je ne m'y «puis résouldre. En toutes mes autres aflictions je trouve de «la rayson pour me consoler ; mais en ceSte-cy, je n'en trouve
! Plus explicite, en un point, que ne l’est de Thou, d’Aubigné (Hist. univ. t. 3, liv. 4, chap. 2), dit: «d’Andelot se fit de la ligue, au siège «de Paris, ayant été pris, comme on disoit, par son consentement, pour «se donner particulièrement au due de Nemours. »
? De Thou, Hist. univ. t. 8, p. 32.
* Henri de La Tour, vicomte de Turenne. Lettre datée de Middelbourg, 28 février 1591. Archives nationales de France. R°? 53.
«point; car m'estant si proche, il me semble que c’est une «partie de moy qui à failly en son honneur et en chose qui «m'est si sensible, qu'il n’est pas possible de plus. »
De quelle émotion n’est-on pas saisi à l’ouïe de ces douloureux accents! et, en même temps, quelle admiration sympathique n'éprouve-t-on pas pour le noble cœur qui portait en lui une insigne puissance de relèvement, inspirée par l’amour fraternel! Aussi avons-nous hâte de proclamer, à l’honneur de Louise de Coligny, qu'en sœur vraiment chrétienne, et, par cela même, fidèlement aimante, elle ne désespéra jamais. Il n°y eut rien qu'elle ne fit pour arracher son frère à l’abime de honte dans lequel il s'était laissé entrainer. Par ses exhortations toujours judicieuses, toujours empreintes de délicats ménagements, elle éveilla et affermit en lui le repentir et le besoin du pardon. Ses efforts persévérants ne demeurèrent pas infructueux; car le jour vint où elle eut la joie de constater qu’elle avait réussi à faire rentrer son frère dans le sentier du devoir et de l'honneur.
Sûre de lui désormais, elle s’attacha avec un redoublement d’ardeur à le délivrer complètement des périls inhérents à la déplorable situation qu'il s'était faite, et de laquelle il aspirait enfin à se dégager. En conséquence, dans le cours de l’année 1593, alors que Charles de Coligny était prisonnier, elle appela sur lui le pardon et la commisération du monarque. Son appel fut entendu; et l’on aime à rencontrer tout à la fois un hommage rendu à son inaltérable dévouement fraternel, et une preuve de la générosité de cœur de Henri IV, dans ce passage d’une lettre qu'elle reçut de ce prince !: «Ma cousine, j'ay veu ce que vous «m'avez escript touchant vostre frère, auquel la faulte qu'il a «faicte ne sçauroit avoir tant de force que de faire perdre ma
‘ Lettre d'avril 1593 (Archives de la maison d'Orange-Nassau, ne 2909 à),
«bonne grâce, comme le mérite de ses parens et vostre considé- «tion particulière luy peuvent valoir à luy remectre. Il avoit «composé de sa première prinse, mais il a de nouveau esté prins, à quelque rencontre depuis advenue, dont toutefois l’on ne «m'a encore mandé les particularitez. Quand je les sçauray, «sil est encore prisonnier, Je le gratifierai volontiers de ce «que je pourray, suivant la recommandation que vous m'en «avez faicte, laquelle je n’attribue moins au zèle que vous avez «à mon service, qu'à l’amour et charité que vous luy debvez, «pour la proche consanguinité dont il vous appartient; de sorte «que l'office que vous faictes en cela vous acquiert double «mérite, et je vous en sçay très bon gré. »
Voilà bien ce qui s'appelle noblement parler et agir en roi, sous la sainte influence d’une femme chrétienne ! |
Grâces aux démarches et à l’incessante sollicitude de sa généreuse sœur, Charles de Coligny, après s'être relevé de sa pro- ‘fonde déchéance, obtint le pardon du souverain, et se réhabilita si bien à ses yeux, qu'il fut autorisé à rentrer dans l’armée 1.
Peu à peu un douloureux passé s’effaça, en quelque sorte, pour Louise de Coligny, heureuse d’avoir reconquis un frère qui, sans elle, eût été, peut-être, à jamais flétri et perdu.
Mais revenons à la marche des événements, dansle cours de l’année 1590, tant en France que dans les Provinces-Unies, et voyons en quelle mesure la princesse d'Orange, à raison de la haute considération dont elle jouissait, et du tact parfait dont elle était douée, se trouva utilement mêlée à plusieurs de ces événements.
Henri IV, alors quil assiégeait Paris, avait vu se présenter
! Dès l’année 1597, il figure dans un acte authentique, en qualité de «capitaine de cinquante hommes d’armes des ordonnances de Sa Majesté » (Du Bouchet, Preuves de l'histoire de la maison de Coligny, fs 607 et suiv.).
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à Jui un agent, Pallavicini, que la reine d'Angleterre avait envoyé en Allemagne pour engager Îles princes protestants à venir en aide au roi de France. Celui-ci fut invité par Pallavicini, au nom d'Élisabeth, à députer vers ces princes un négociateur habile et de haut rang, qui les déterminât à favoriser, dans leurs états, des levées de troupes.
Le négociateur sur lequel s'arrêta le choix du roi fut un cousin de la princesse d'Orange, Henri de la Tour-d’Auvergne, vicomte de Turenne, petit-fils, par sa mère, du connétable Anne de Montmorency. Le vicomte avait ouvertement embrassé la cause du chef des réformés français. Il était par sa capacité, par sa vaillance et par son zèle, à la hauteur de la mission dont la confiance royale l’investissait. Le monarque et lui savaient d’ailleurs que la princesse pourrait efficacement seconder l’accomplissement de cette mission importante, par ses relations personnelles avec la plupart des princes protestants de l'Allemagne et par le crédit dont elle jouissait auprès d’eux.
Avant de visiter ces princes, le vicomte de Turenne se rendit en Angleterre, en compagnie de l'ambassadeur français de Buzanval et de Pallavicini. Déjà connu d’Élisabeth, il reçut d'elle un favorable accueil et gagna totalement sa confiance.
Durant son séjour en Angleterre, il avait fait espérer à sa cousine quil la visiterait en Hollande. Charmée de la perspective de son arrivée, Louise de Coligny, qui ne l'avait pas vu depuis neuf ou dix ans, lui écrivit de Middelbourg, le 42 novembre 1590 1 :
«Je ne commencerai, Monsieur, par nulle cérémonie, car Je «suis si transportée d’aise de l'espérance que me donnez de vous «voir, qu'il faut que, dès le commencement de ma lettre, «jJ'entre sur ce sujet, car c’est l’occasion aussi pourquoi je vous «envoie ce laquais, ayant entendu'par le secrétaire de Monsieur
‘ Archives nationales de France.