LOUISE DE COLIG NY
«comme particuliers répondre pour la généralité, j'envoyasse «vos dites lettres à Monsieur le Comte de Nassau mon beau- «fils, pour les montrer à messieurs de Hollande, qui sont la «grosse cloche, afin qu'ensemble ils prissent résolution de ce «qu'ils vous devaient répondre ; ce que j'ai fait et espère dans «peu de jours d’en avoir réponse, car, en votre nom je presse «fort mon beau-fils, lui remontrant combien la diligence «est requise en votre voyage, pour l'utilité du service du «roy. Cependant je n'ai voulu faillir de vous faire entendre «combien le bruit et l'espérance de votre passage ici y apporte «d’allégresse et combien il y a d'apparence que votre présence Cy servira aux affaires du roy, voire plus que nul seigneur et «personnage de quelque qualité qu’il soit qui y passera jamais.
«J'en ai discouru avec Monsieur de Sainte-Aldesonde, qui «est du tout serviteur de sa majesté et avec le pauvre Mon- «sieur de Villiers (peu devant sa mort), qui était de semblable «avis que deviez, à quelque prix que ce füt, passer ici; mais le «pauvre homme n’a pas eu le temps de le vous témoigner, car, «le même jour que je reçus vos prémières lettres, il tomba «malade et est mort le lendemain que mon laquais retourna «devers vous. Le roy a perdu en lui un très utile serviteur en «ces provinces ; mais il lui reste Monsieur de Sainte-Aldesgonde, «qui n’a moins de capacité ni moins de volonté à son service. «Je l’ai prié de vous écrire bien particulièrement son opinion «sur les affaires qui se présentent. Je ne vous dirai point quel «est et combien doit être estimé son jugement, car vous l’avez «ouï recommander à de meilleurs que le mien; mais bien vous «supplirai-je de bien considérer tout ce qu'il vous écrit et croire «que si vous le pouvez ouïr et toutes ses raisons qu'il ne peut «bien vous représenter sur le papier (crainte de la fortune que «courent les lettres), il vous contentera infiniment, comme je ne «pense pas que vous puissiez de nul autre mieux que lui con-
«noître les humeurs d’Espagne, du duc de Parme, d'Angleterre, «de ces pays et d'Allemagne, et certes je donnerois de bon «cœur de mon sang et que vous püssiez parler à lui. Et si «c'étoit chose que vous desirassiez le mener avec vous en votre «voyage, il est tant serviteur du roy et tant desireux de voir «avancer la gloire de Dieu que, bien que ce lui fût grande «incommodité, mêmement pour sa santé qui est mauvaise à «ceste heure, si crois-je que, vous étant ici, nous le lui pour- «rions persuader. Mais, s’il vous plaît, tenez ceci à vous et ne «le communiquez point où vous êtes ; car peut-être n’y serait-il «pas approuvé, et lui pourrait faire tort, encore qu'il ne m'en «ait, ni moi à lui, jamais parlé. Mais je vous dirai bien que «ce quil vous mande avoir appris de quelques particuliers «touchant le service que pourriez faire ici au roy, je l’ai appris «aussi de mon côlé, comme avoit fait aussi feu Monsieur de « Villiers du sien; mais, parce que ce sont personnes particulières, «bien qu'ils soient du corps de l’état, nous ne voulons ni ne «pouvons vous en donner assurance, mais seulement vous dire «que, S'il y à temps propre pour obtenir quelque chose de ces «gens Ici, c'est à cette heure; et s'il y à personne propre pour «le pouvoir obtenir, c’est vous. Vous y penserez s’il vous plaît.
«Je vous envoie le chemin que de Hollande vous pourriez «tenir par terre, et partout serez très bien accompagné. Même «vous verrez par la lettre que vous écrit Semalyer les offres «que vous fait le comte de Hohenlcæ ; et verrez par ce que vous «en écrit M. de Sainte-Aldesonde, que vous serez aussitôt en «Allemagne que ce fainéant Palvoysin et les autres qui voudront «prendre le chemin de la grande mer, lequel tous ceux qui «vous aimeront ne vous conseilleront pas de prendre, puisque «vous pouvez faire autrement, pour la crainte qu’il y auroit «qu’un tel voyage n’apportät préjudice à votre santé. Je vous ai «écrit par deux fois depuis une première dépêche, mais le vent
«a toujours été contraire, et n’ai pu plutôt que cette heure «vous renvoyer ce laquais, que je fais partir soudain que le «vent a favorisé mon desir, de façon que je ne puis écrire à «autre qu'à vous, vous suppliant d'en faire mes excuses à «Messieurs de Beauvoys, de Salignac et de Buzanval, avec «lequel vous m'avez mis en querelle. Mais pourvu qu'il vous «amène ici, je me fais fort qu’il n’est si courroucé qu'aisément «nous en fassions appointement. Je vous baise les mains «humblement, et vous supplie de croire qu'il n’y a rien au «monde de quoi vous vous deviez faire si certain et assuré tant «que de l’amitié de «Votre humble et obéissante cousine. »
Au début de l’année 15914, le vicomte de Turenne se rendit dans les Provinces-Unies où il ne vit la princesse d'Orange, que pendant une huitaine de jours”, au terme de ses démarches auprès des États généraux et de Maurice de Nassau, il prit le chemin de l'Allemagne. :
Le 28 février 1591, la princesse lui écrivit ? : «Je m'attendais «de recevoir de vos lettres par le retour de la compagnie qui «vous était allé conduire, mais J'ai été trompée en mon espé- «rance. Depuis, le sieur de Buzanval m'a mandé en avoir reçu «une par laquelle lui mandiez m'avoir écrit et envoyé un paquet «pour la cour qu'il dit avoir été perdu ; aussi n’ai-je rien reçu «de vous depuis votre partement d’'Utrecht. J'ai à vous demander «pardon d’un autre qui a été perdu par le plus grand malheur «du monde ; c’est celui que m'envoyâtes d'Utrecht par Belajan. «L'amiral de Nassau n'étant point encore ici de retour pour «mettre l’ordre qu'il a mis depuis, que toutes les trois semaines
! Voir ci-après la lettre de Louise de Coligny au vicomte de Turenne. Je 2% mai 1591.
? Archives nationales de France.
«il va un bateau de guerre à Dieppe, 1l partait une troupe de «plus de trente d'ici; je mis votre paquet dans un des meilleurs «et le donnai à un marchand qui avoit force marchandises dans «ledit bateau, qui me promit de les rendre sûrement lui-même «au gouverneur de Dieppe ; car il n’y avoit nulle apparence de « péril en ladite compagnie, si un grand brouillard qui les prit «en mer, ne les eût séparés et fit que deux d’iceux, dont celui-ci «fut l’un, tombèrent en la rivière de Somme, où ils furent pris. «Je ne sais si ledit marchand se sera souvenu de jeter ledit «paquet en la mer, comme je lui avois dit, en cas que tel incon- «vénient arrivât, mais toujours lui est pris. Je l'ai mandé à «M. de Revol et à celui qui fait vos affaires à la cour, et des «deux autres aussi que M. de Buzanval me mande qui ont été «perdus, afin que le roy sache que ce n’est pas votre faute si «souvent il n’a de vos nouvelles. Il y a plus de quinze jours «qu'il y a un bateau de guerre à Dieppe qui attend le retour du «laquais que dépêchâtes de Hollande, ou d’autres paquets pour vous ; mais, le 20 de ce mois, il n y avoit encore rien, et crois «que c’est l'éloignement du roy qui en est cause. J'espère que, «sur la mer, il n’arrivera plus faute de vos paquets, l’ordre y «étant tel qu’il n’y aura point de faute à la promesse que l'on «vous à faite, à quoi je tiens bien la main ; et nos bateaux de «guerre, quoi qu'il arrive, ne craignent point d'être pris ; mais «pour celui-là certes je ne m'en prends qu’à mon malheur et en «porte un regret extrême qui me sera adouci lorsque je saurai «que vous, Monsieur, sachant qu'il n’y a point de ma faute «(car certes si j'eusse voulu et le plus avancé marchand d'ici «envoyer cent mille écus, on les eût tenus sûrs en ce voyage), «ne m'en voudrez point de mal. | «Or ce malheur là me fut suivi d’un autre !.
! La défection de Charles de Coligny. Ce qu’écrivit la princesse au vicomte de Turenne sur ce triste sujet a été précédemment reproduit.
«Mon beau-fils me vient de mander qu'il a nouvelles que «vous êtes arrivé à Dresde. J'en loue Dieu de tout mon cœur «et le supplie de bénir tellement vos peines et votre labeur, «que bientôt il en puisse réussir le bien que tous les gens de «bien en espèrent...
«On me presse et sollicite bien fort d'aller en Hollande, «mais je délaye et delayerai jusqu’à ce que je sache queile «espérance il y aura de votre retour et de votre passage; car, «si vous approchiez plus près de ces quartiers-là que d'ici et «qu'il y eut apparence de vous pouvoir voir, je m'y trouverois «en ce temps-là. Je vous supplie donc, Monsieur, que je sache «de vos nouvelles, et me conseillez, puisque vous êtes mon «premier et seul conseiller, ce que je dois faire.
«Votre petit cousin est fort bien guéri, Dieu merci, de sa «petite vérole, et ne lui en paroît point.
«Les marchands d'ici n’ont encore nulles nouvelles de pas «un lieu que leurs lettres de change pour vous aient été «acceptées, de quoi ils sont étonnés. Je suis après Monsieur de «Saldagne, qui est à Dieppe, pour qu'il fasse écrire aux mar- «chands de là à ceux d'ici qu'ils vous fassent recevoir quelque «somme: j'attends sa réponse. »
On voit par les détails qui précèdent, de quelle intelligente serviabilité la princesse faisait preuve à l'égard de son cousin, non moins qu'à l'égard du roi. On en peut juger encore par ces lignes datées du 15 mars 1591 1 :
«Je sais que le plus grand contentement que pouvez recevoir, «c’est d'entendre des nouvelles du roy: c’est pourquoi un des «plus grands que j'aie est de vous en mander. Je vous envoie «donc fout ce que nous en avons ici, que je viens de rece- «voir présentement de M. de Beauvoyr, qui m'écrit de vous
1 Archives nationales de France.
«envoyer, si je vous fais quelque dépêche, d'autant qu'il craint «que celles qu'il vous fait, et même par M. de la Tour, ne «soient sitôt à vous. Mondit sieur de Beauvoir me fait un grand «discours de plaintes de M. de Buzanval, avec protestation de «l'avoir jamais offensé, et vous en appelle à témoin. Il fait ses «plaintes au conseil du roy de ce qu'étant en la qualité qu'il «est en Angleterre, il s'adresse à autre qu'à lui pour faire «entendre ce qui est pour le service du roy. Voilà M. de La «Tour qui arrive, auquel incontinent je donne du papier et une «plume pour vous écrire.
«Monsieur de Thelligny, qui arriva hier, vous écrit; aussi «fait Monsieur de Sainte Aldegonde ; de façon que vous faire «longue lettre parmi tous ceux-là seroit vous faire longue «importunité. Seulement je vous dirai, monsieur, que je me «plains à vous de vous-même qui m'aviez tant promis de «prendre la peine de m'écrire quelquefois, et depuis que vous «êtes parti d'Utrecht, je n’ai reçu un seul mot de vous. Le «marchand de Cologne qui vous fait tenir mes lettres a écrit ici «que l’on avait reçu des vôtres de Dresde et que desiriez savoir «si on n'avait point avis pour vous faire toucher des deniers. «Mais ceux d'ici refusent de lui en donner jusqu'à ce qu'ils en «aient eu, que leurs lettres de change aient été acceptées, ce «qu’ils n’ont point encore. Aussi le vent a-t-il presque toujours «été contraire, de façon qu’il n’en est point venu de bateaux. «Je fais tout ce que je peux néanmoins pour faire qu'ils vous «en fassent fournir; mais jusqu'alors 1l n’y a nul moyen. Je «vous supplie et adjure, monsieur, partout ce que vous avez de «plus cher, de nous faire savoir de vos nouvelles; car croyez «que ce n'est pas vivre d'en demeurer privée, mêmement étant «en un lieu où on craint que votre santé n’amende pas. Toute- «fois j'espère que Dieu vous gardera et bénira pour faire les
«bons services à sa gloire et au salut de la France qui sont >)
«espérés de vous. C’est de quoi je le supplie de tout mon cœur.
«Vous verrez par une lettre que je vous envoie comme notre «roy se hasarde toujours. Dieu le nous préserve et tous ses «bons serviteurs! je viens de recevoir une lettre du prince de «Dombes qui me mande que les affaires du roy commencent à «prospérer plus qu’elles n’ont fait en Bretagne.
«Adieu, Monsieur, aimez toujours votre humble et obéissante «COUSINE. »
Le lendemain du jour où elle avait tracé ces lignes, la princesse insista auprès du vicomte de Turenne, dans une missive remise à un intermédiaire digne de toute confiance, sur le désir qu'elle éprouvait de quitter les Provinces-Unies avec son fils pour aller se fixer dans la principauté d'Orange, où elle savait que sa présence était désirée par toute la partie saine de la population. Forte de l'approbation du roi de France, à cet égard, et de celle du vicomte, elle pria donc celui-ci de l'aider à surmonter les obstacles qui s’opposaient à la réalisation d'un désir plus vif, en elle que jamais, en lui écrivant! :
«Mon frère, par la commodité de M. de la Tour, il faut que «je vous découvre mes peines comme à celui seul du conseil «duquel je veux dépendre. Cette lettre sera donc toute pour «moi, vous ayant envoyé hier, par la voie de Cologne, tout ce «que nous savons ici de France.
«Or, je vous dirai donc que vous savez la promesse qui vous «a été faite pour le regard de mon fils. Cependant je découvre «que l’on a eu égard seulement à ne refuser rien au roy ni à «vous et à me donner aussi quelque contentement pour me faire «toujours couler le temps, et cependant on se promet qu'il ne «réussira rien de cela, parceque l’on dit que cette promesse
! Lettre datée de Middelbourg, 16 mars 1591 (Archives nationales de France, R° 53).
« vous à été conditionnée lorsque la France seroit à repos, et ne «voyant pas d'apparence à cela, ils sont, à cette heure, à me «persuader que cela ne me doit empêcher d'aller en Hollande, et «m'en pressent et sollicitent fort. Or, j'ai sû par un qui le sait «très bien, de qui je l'ai tiré par artifice, que, lorsque je serai en «Hollande, il ne faut pas que je fasse état d’en partir, et que «l’on fera naître toujours: quelque occasion, avec ce quil y a «apparence, que nos misères de France en produiront assez, «pour s’excuser au roy de laisser aller mon fils.
«Je suis, à ceste heure, à combattre donc pour n’aller point «là, bien que je leur dise toujours que j'irai; mais il me survient «toujours quelque difficulté. Enfin ils découvriront bien que. «c'est que je n’en ai pas envie, s’il ne vous plaist m’y aider par «ce moyen, m écrivant une lettre que je puisse montrer, par «laquelle, disant que vous avez entendu par le sieur de la Tour «que je veux aller en Hollande, vous me priez de suspendre «cette résolution jusqu'à ce que vous soyez de retour, parce que «vous avez fait entendre au roy que J'étais 1ci, en quelque chose, «utile pour son service, notamment durant votre négociation, «pour recevoir ici et vous envoyer les commandemens qu'il lui «plaira vous faire. Enfin, ce que vous jJugerez mieux qui aura «apparence de raison pour leur faire connaître que ce ne sera «point chose faite à dessein; et vous supplie me l'envoyer le plus «tôt que vous pourrez, Car vous ne croiriez pas combien ils «tàchent de m’y attirer, me proposant force commodités et de «beaux moyens, si jy vais; mais je ne me veux point obliger « jusqu'à ce que je sache ce que je dois devenir ; car j'ai toujours «le cœur à me retirer à Orange, puis principalement que je vois «que vous l’approuvez. J'en viens encore, à cet instant de rece- «voir des nouvelles. Ils m'y désirent plus que jamais, et ne «craignent sinon que je change de volonté. Leurs divisions par- «ticulières y accroissent journellement, mais l’état du pays y est
«fort paisible, et disent que tous les Espagnols qui étaient en «Provence sont presque tous défaits. Je sollicite fort le sieur de «Serres de venir et me gouvernerai en son endroit selon votre (AVIS, | «J'ai tant de peur que vous preniez un autre chemin que par «ces contrées! Mais si vous y passez, je vous prie, avertissez- «moi de bonne heure en quel lieu je vous pourrois voir; et lors «votre beau jugement résoudra, s’il lui plaît, tous les troubles «de mon esprit pour prendre la résolution que vous me conseil- «lerez, soit pour demeurer en ces pays, soit pour me retirer ail- «leurs ; et vous supplie, n'ayez nul égard à me conseiller selon «ma volonté, mais selon que vous jugerez le mieux. » Cependant la princesse retardant autant que possible son départ pour la Haye, se maintenait en Zélande, dans l'espoir que, grâce au concours de son cousin et à la haute intervention du roi de France, elle pourrait enfin réaliser son projet d'installation à Orange avec son fils. | C'est bien là ce qui ressort de la continuation de sa correspondance avec le vicomte de Turenne, dans les fragments suivants : Lettre du 29 mars 15911: «.....[l faut que je vous fasse part «du contentement que je possède depuis quinze jours, ayant «avec moi ma cousine d’Andelot, qui est certes une des plus «honnêtes et sages filles du monde. La vérité me contraint de lui «donner cette louange, encore qu’elle me soit proche. Mais je «ne jouirai guères de ce bonheur, car elle veut bientôt s’en aller «à Caen et de Ià à Vitré, où est sa belle-sœur, étant contrainte «d'y aller pour donner ordre à ses affaires. Cependant elle me «sert d'excuse, tant qu'elle est ici, pour n'aller point en Hol- «lande, mais je serai bien en peine, si je n’ai de vos lettres dans «les premiers jours de,mai, car on m'a assigné ce jour pour me
! Archives générales de France.
«trouver à la Haye, pour aviser aux affaires de cette maison, «invention que seulement on a trouvée pour m'y atlirer, car Je «sais qu'en ce temps ici on n'y peut donner nul ordre. »
«.....Je crois que le laquais qu'aviez envoyé au roy est, à «cette heure, bien près de vous. Il m’envoya, à son passage, les «lettres du roy, qui sont certes, et celles de mon beau-fils, «toutes telles que je pouvois les desirer, et paroît bien que vous «les aviez bien recommandées. Je ne vous en puis rendre d’assez «dignes remercimens ni vous dire de combien de sortes je me «sens vous être obligée. Mais ce n’est rien d’avoir bien com- «mencé : 1} faut que vous continuiez à m'aider à mé tirer et «mon fils d'ici; car je vois bien que, si ce n'est pas par votre «moyen, je n'en sortirai jamais. » |
Lettre du 19 avril 15911: «.....Mon beau-fils m’a parlé «du fait de son petit frère et m'a promis qu'il ne manqueroit «point à la promesse qu'il vous a faite, de quoi j'ai liré une «lettre de lui qu'il a écrite au roy pour réponse à celle dont Sa «Majesté l’a honoré sur ce sujet. Il m'a donné tant d'assurance «de sa bonne volonté que, sous sa promesse, je lui en ai fait une «qui est, d'aller à ce mois de juin, en Hollande, chose qu'il m'a «montré desirer tant, que je ne ne lui ai pü refuser, et aussi «que, lui ayant découvert les doutes que j'avois en ce voyage, «m'a fort protesté et promis qu'ils n’arriveroient point, et que, «quoi qu'on lui puisse persuader, il se fera reconnaître véri- «table au roy et à vous; mais que, puisque je lui disois que Je «ne pensois pas que le roy mandât son frère, jusqu à ce que «soyez auprès de lui; qu’il desire que, attendant ce temps, je «sois en lieu où il me puisse voir plus souvent qu'ici. Je vous «importune de mon particulier parceque m'aviez assurée qu'en «preniez soin.
! Archives générales de France.
Leltre du 2/4 mai 15911: «....J’attends de vos nouvelles pour «partir, et délaie toujours, quelque presse que l’on me fasse. »
Lettre du 31 mai 15912: «.....F’ai reçu nouvelles d'Orange, «par lesquelles j’apprends que M. des Diguières fait toujours heu- «reusement la guerre en ces quarters-là, comme vous verrez «par l'extrait que je vous en envoie. Tout est toujours brouillé «en cette ville-là. Il doit bientôt arriver ici de leurs députés, de «quoi le sieur de Serres est un. Je m'y gouvernerai comme vous «m'avez conseillé; car vous savez bien que vous avez voulu «être mon premier conseiller : aussi, vous gardé-je tellement «celte place que je ne puis donner lieu à aucun avis qui me soit «donné, et ne me veux résoudre à chose du monde ni employer «personne pour mon fils, ni pour moi, jusqu à ce que Dieu vous «ait rendu auprès du roi 5. » 4 |
Le zèle et l’activité que la princesse d'Orange déployait au service du roi de France, ainsi que le prouve notamment sa correspondance avec le vicomte de Turenne, étaient d'autant plus remarquables dans leur expansion persévérante, qu'aux incertitudes de l'avenir ne cesait de se joindre pour elle l’accumulation de soucis quotidiens, inséparables de la gêne pécuniaire à laquelle elle se trouvait réduite ‘.
Nulle ressource fixe sur laquelle elle püt annuellement compter ne lui était assurée ; et la position imméritée dans laquelle la mesquine parcimonie des États généraux la laissait languir devenait tellement précaire, que, pour en sortir, elle se décida
1 Archives nationales de France.
? Archives nationales de France.
Voir à l'Appendice n° 10, le complément du texte des lettres des 29 mars, 19 avril, 24 et 31 mai 1591, dont il n’a été reproduit ci-dessus que des fragments.
* Elle parle fréquemment de son état de gène dans sa correspondance de 1590 et 1591 avec Huyggens (voir Appendice ne 11).
à tenter vis-à-vis d'eux une démarche équivalant à une légitime mise en demeure. |
Voici la lettre, à la fois digne et ferme, qu'à cet effet, elle leur adressa le 19 avril 15911: |
«Messieurs, 1l y aura deux ans, au moys de may prochain, «que, sur les remonstrances que je fis à Vos Seigneuries de la «difficulté en laquelle moy, mon fils et mes belles-filles, qui «sont avec moy, nous estions, tant à raison des troubles de «France, que pour la condition de l’estat de la mayson mor- «tuayre de feu Monseigneur le prince, mon mary, il pleust à «ycelles nous ordonner pour l’année qui lors courait, la somme «de neuf mil florins; à sçavoir les deux tiers pour moy et mon «fils, et l’autre tiers pour mes dites filles ; de quoy, comme je «vous ay remerciés par Cy-devant, je vous en remercie encore «derechef bien affectionnément, non tant pour la somme (qui «toutes fois nous a esté bien nécessayre) que principalement «pour ce qu'en ce bénéfice je recongnoy la souvenance que «vous avés des grands services faits par mondit seigneur à tous «ces pays, ce qui m'est et sera tousjours plus cher que nulle «autre chose de ce monde. Or, Messieurs, les beaux commence- «ments qu’il avoit pleu à Dieu donner au roy, l’année passée, «et, en ce pays à Monsieur le comte mon beau-fils, mesmes «aux places qui appartiennent à nostre mayson, mavoient fait «espérer, sans vous donner autre nouvelle charge, que nous «pourrions avoir quelques meilleures commodités, tant du costé «de la France, que de ladite mayson mortuayre; mais comme «il est notoire à Vos Seigneuries, les ennemys du roy et de sa «couronne, qui sont aussi les vostres, se sont tellement renforcés, «que les affaires de la France sont encore plus troublées que
‘ Archives générales du royaume de Hollande. Annexe au rec. des proc. verbaux des États généraux, à la date de 1591.
«jamais; et n'y a presque part dudit royaume qui puisse avoir «aucun repos; veu mesme qu’en chacune province y a des «villes capitales qui troublent entièrement les contrées èsquelles «elles sont assises; qui est cause que non seulement nous n'en «pouvons tirer aucune commodité, mais mesme, quelque dili- «agence que nous y facions, nous ne pouvons pas seulement «tirer responce de ceux qui ont charge de nos affaires, encores «que pour tels effects nous y avons fait et faisons des dépenses, «et toutesfois inutilement.
«Et quant à la mayson mortuayre, combien que, par la prise «de Bréda nous avions espéré que nous recevrions quelques «avantages, si est-ce que, par effect, nous avons cogneu, à «raison d’icelle prise, que ce que la mayson en recevoit paravant «de commodité a esté en partie pillé, bruslé et saccagé tellement, «et même attendu l'inondation advenue l’année passée, qu'il ne «nous reste occasion aucune d’en espérer quelque recours, ce qui «toutesfois ne nous est grief, tant parceque nous voyons nostre «dommage particulier apporter profit et advantage à la généralité «du public, que par ce aussi que nous espèrons pour ceste «raison et autres précèdentes, que vos seigneuries ayant esgard «à nostre nécessité, qui ne continue pas seulement, mais «augmente, ne feront difficulté de nous secourir ; de quoi nous «les supplions expressément et singulièrement de se représenter «les services de feu mondit seigneur, lequel n’a jamais eu esgard «à son particulier ny de sa mayson, sachant tousjours bien que «la faveur et mémoyre de Messieurs les Estats me seroit un «bon douayre et un asseuré héritage pour ses enfants; ce que «je supplie Vos Seigneuries se représenter ;
«Et, ce faisant, qu'il leur plaise ordonner tant (pour) moy, «mon fils, que mes belles-filles qui sont avec moy, une pension «raysonnable et ordinäire, au moins jusques à ce qu'il ait pleu «à Dieu, par une bonne paix en France et restitution des biens
LOUISE DE COLIGNY. 265 «de cesite mayson, ou de la meilleure partye d'iceux, nous «ottroyer si bonne commodité, que, sans donner charge à «autruy, nous puissions aucunement nous substanter et tenir «quelque honneste estat condigne à la dignité de la mayson à «laquelle nous avons cest honneur d’appartenir; et vous nous «donnerez occasion, de plus en plus, Messieurs de prier Dieu «pour vostre prospérité, et à Messieurs nos parens et bons «amys de s'employer pour Vos Seigneuries et pour le bien et la «conservation d’icelles, et moy particulièrement de demeurer, «toute ma vie, Messieurs,
« Vostre humble et très affectionnée à vous fayre service.
«Louyse de Colligny.»
Toutes jeunes qu’elles élaient encore Louise et Élisabeth de Nassau étaient dignes par la précoce distinction de leur caractère d'unir leur voix à celle de l’excellente mère qu'elles chérissaient. De là ces simples lignes adressées par les deux sœurs aux États généraux ! :
«Messieurs, d'autant que Madame la princesse nostre belle- «mère, en escrivant à Vos Seigneuries, nous a faict cest «honneur de prendre la peine de vous représenter l’état de nos «affaires avec les siennes et celles de Monsieur nostre petit «frère, nous avons pensé n’estre besoing d’uzer de plus grande «importunité et redite, principalement vers ceux lesquels sont «doués de savoir et expérience, pour connoistre nostre estat «particulier par la considération générale des affaires de la «France et de la maison de feu de très illustre mémoire, «Monseigneur nosire père. Seulement nous adjouterons aux «remonstrances de Madame nostre belle-mère encore ceste
! Archives générales du royaume de Hollande. Annexe au rec. des proc. verbaux des Etats généraux. Lettre du 19 avril 1591,
«présente, pour vous supplier humblement de nous continuer «les mesmes faveurs qu'ils vous à pleu nous monstrer par «ei-devant, en nous donnant moyen de nous maintenir médio- «crement selon l'honneur de la maison à laquelle nous apparte- «nons; ce qui aussi redondera au bien et à la louange de «Messieurs les Estats et de tout le pays, comme estant ung «office de gratitude digne de vos personnes et à l'honneur de «tout le pays; et en cest endroit, nous recommanderons humble- «ment à Vos Seigneuries, et prions Dieu Messieurs, de vous «conserver contre {ous vos ennemis.
« Vos humbles et obéissantes à vous faire service. «Louise et Elisabeth de Nassau.»
Les États généraux eussent dû tenir à honneur de faire droit immédiatement à la demande dont ils étaient saisis par la princesse et par ses filles ; mais ils étaient si peu enclins à de génénéreux procédés, et tellement familiarisés au contraire avec les temporisations el les échappatoires, qu’à la réception des lettres dont il s’agit, le 9 mai 1591, ils ne prirent aucune résolution.
Que porte, en effet, le procès-verbal de la séance qu'ils tinrent, à cette date? «Le sieur de Tondorff, maitre d'hôtel «de Madame la princesse d'Orange, et Monsieur Pyl, curateur «de la succession de feu le prince d'Orange, ont comparu à «l'assemblée, délivrant une lettre de la princesse et une autre «des deux comtesses Louise et Élisabeth de Nassau. — Les «députés de Hollande et de Frise déclarent ne pas avoir mandat «pour accorder un traitement annuel à la princesse, et n’en «avoir que pour un nouveau subside de neuf mille florins1. »
Le procès-verbal ne porte rien de plus; et de longs mois allaient s’écouler encore avant que les États généraux réso-
! Archives générales du royaume de Hollande. Rec. des proc. verbaux des Etats généraux. |
lussent la question d’une pension à octroyer à la princesse et à ses enfan(s.
Trop digne pour insister, Louise de Coligny attendait avec patience qu'il plût aux États généraux sortir. de l’inertie qui aggravalt sa situation.
Dans la lutte que depuis longtemps elle soutenait avec une infatigable persévérance pour se procurer les ressources nécessaires à l'entretien de ses enfants, elle n'avait pas, un seul instant, perdu de vue le premier de ses devoirs maternels, celui de former le cœur et de développer l'intelligence de ces êtres chéris.
Douée de convictions religieuses de l’ordre le plus élevé, elle s'était étudiée à amener par de judicieux ménagements, ses filles et son fils à la connaissance de l'Évangile et à la pratique de ses préceptes, dont l’un des principaux était, à ses yeux, celui de la prière. Elle agissait sur son jeune entourage surtout par la puissance de l'exemple, car la piété qui l’animait était d'autant plus communicative et attrayante qu'elle se caractérisait par l'esprit de support, la charité et la bonté, toutes choses qui ne pouvaient manquer de vivifier le cercle de la famille.
Unissant à la solidité d’esprit et aux grâces du langage une forte culture littéraire, la princesse s'était attachée à instruire elle-même ses enfants, en appropriant les enseignements qu'elle leur donnait à l’âge et aux aptitudes de chacun d'eux.
Tous ses efforts, dans leur direction morale et intellectuelle avaient porté des fruits. En effet, en 1591, Louise-Julienne, à quinze ans, Élisabeth, à quatorze ans, Brabantine, à onze, et Émilie Antverpiana, à dix, étaient des jeunes filles pieuses, Instruites, gracieuses, unies entre elles d’une étroite amitié, unies aussi de cœur à leur petit frère, et tendrement attachées à leur seconde mère, dont la profonde affection était pour elles un trésor.
Quant à Henri-Frédéric, alors âgé de sept ans, il ne pouvait
268 LOUISE DE GOLIGNY.
encore répondre que par d’heureuses dispositions à toute la sollicitude dont sa mère l’entourait.
De l'avis de celle-ci, le moment était venu, où il fallait que l'instruction de Henri-Frédéric se continuât sous une autre direction que celle qu’elle lui avait imprimée. Elle cherchait pour lui un éducateur, vraiment digne de ce nom, sous la virile impulsion duquel 1l abordât la carrière des fortes études. Mais, où trouver cet éducateur, et quel plan d’études adopter?
Louise de Coligny ayant entendu parler d’un plan, qu'à cet égard Duplessis Mornay avait créé et suivi pour l'instruction de son fils, linvita à le lui faire connaître. Mornay se rendit à son invitation en lui adressant un mémoire dans lequel ce plan était développé!, et reçut d'elle, au sujet de cet envoi, la lettre suivante ? : | |
«Monsieur, il y a quelque temps que Monsieur de Buzanval «m'’envoya ung discours qu'il vous avait pleu faire de la manière «qui a esté tenue en la nourriture de votre fils. Monsieur de Turenne «et ledit sieur de Buzanval et infinis aultres m'ont faict ung si «bon rapport de la grande espérance que donne une si belle «jeunesse, que cela m'a fait extrèmement desirer de pouvoir «faire eslever mon fils à son imitation, et prier Monsieur de «Buzanval de vous en escrire comme il fist; dont, Monsieur, «jé vous rends infinies grâces de ce qu'il vous a pleu en cela «me rendre une preuve des soins que vous avés du fils, dont je «sçais que vous avés tant aimé le père et le grand-père. Je garde «bien chèrement ce discours, avec regret que je ne puis com-
! Cet écrit inséré dans les mémoires et correspondance de Ph. de Mornay (éd. de 1824, t. 5, p. 65 et 71) est intitulé : Advis sur l’institution d’ung enfant que l’on veulf nourrir aux lettres, envoyé à madame la princesse d'Orange, à son instance, sur le sujet de son fils.
* Datée de Middelbourg, juillet 1591 (Mém. et corresp. de Mornay, éd. de 1824, t. 5, p. 71 et éd. in-4. t. 2, p.110).
«mencer à le mettre en practique. Mais nous sommes ici en ung «pays si stérile d'hommes propres pour la nourriture d’une «jeunesse, que je désespère d’en pouvoir trouver, tant que j'y «demeurerai, et malaisément ailleurs, s’il ne vous plaist, «comme je vous en supplie humblement, m'aider à ung si bon «œuvre, et que par vostre moyen j'en puisse recouvrer quel- «qu'ung digne d’une telle charge. Aussi, Monsieur, si je suis si «heureuse de vous pouvoir faire service, employés-moi, je vous «supplie, comme la personne du monde qui honore le plus «vostre vertu, et que vous trouverés toujours la plus humble «et affectionnée à vous obéir.»
Quelques jours plus tard, la princesse se décida, non sans de vifs regrets, à quitter sa paisible retraite de Middelbourg et à venir, avec ses enfants se fixer à la Haye. |
Le 5 août une députation des États généraux vint la complimenter à propos de son arrivée dans cette ville ! ; démarche plus officielle qu’officieuse, à en juger par les procédés antérieurs des États à son égard.
A peine la princesse était-elle installée dans sa nouvelle résidence ; qu’elle eut la douleur d’y apprendre que son héroïque et vertueux beau-frère, François de Lanoue était mort, le 4 août, des suites d’une grave blessure, reçue au siège de Lamballe, en Bretagne. Sa fin avait été celle d’un chrétien. Avant de rendre le dernier soupir, il avait eu la consolation de savoir que son fils, en faveur duquel Louise de Coligny avait fait maintes démarches pour le tirer des mains des Espagnols, venait d’être mis en liberté. En reportant sur ce fils l'affection qu'elle avait vouée au père, la princesse par ses conseils et par ses bienveillants procédés,
‘ Rec. des Résolutions des États généraux. 5 août 1591 (Archives générales du royaume de Hollande) : «Les États ont congratulé ma- «dame la princesse d'Orange, son fils et les demoiselles de Bourbon, à «cause de leur heureuse arrivée à La Haye. »
vint plus d’une fois encore en aide au développement de la carrière de ce digne héritier d’un grand nom.
La mort de Lanoue fut, à deux mois de distance , inopinément suivie d'une autre mort qui plongea la princesse d'Orange dans un deuil d'autant plus profond, qu’elle voyait désormais réduite à de bien faibles proportions sa famille déjà si lamentablement décimée. |
Rien dans les dernières nouvelles qu’elle avait reçues de François de Chastillon ne pouvait lui faire présager que ses jours fussent en danger. Elle savait bien qu'il avait été blessé au siège de Chartres ; mais ce qu’elle savait aussi, c'est que, sans se préoccuper des conséquences que pouvait entraîner sa blessure, il s'était rendu en Languedoc, d’où il était revenu bientôt diriger, au centre de la France une suite d'importantes opérations; puis, qu’au mois d’août, il s'était retiré dans son château de Châtullon-sur-Loing. |
Quelle ne fut pas la poignante surprise de la princesse lorsqu'elle apprit, qu’à la fin du mois de septembre, François de Chastillon touchait au terme de sa glorieuse existence ! Une crise alarmante se déclara. «Le coup qu'il avoit reçu au siège de «Chartres lui étoit demeuré si lourd et si dangereux, qu’au «bout de quelques jours, le mal, longtemps couvé, vint à jouer «son jeul»; jeu funèbre, sous la pression duquel les soins les «plus assidus restèrent sans eflicacité.
Le 8 octobre 1591, après une courte maladie, Chastillon succomba.
Avec lui disparut pour sa sœur tout un passé d’affection et d'épreuves supportées en commun. Quel vide pour le cœur aimant de cette sœur fidèle! Dieu la soutint dans son affliction en lui accordant les consolations dont il est l’unique dispensateur.
® Brantôme, éd, L. Lal. t. 6, p. 205.
L'amitié s’empressa de lui faire sentir sa sympathie et de la fortüifier par des paroles de relèvement ; partageant le deuil de la famille privée de son chef Ph. de Mornay écrivit ! :
«L’affliction qui vous est particulière pour la proximité est «commune à tous les gens de bien pour la vertu de feu Monsieur «de Chastillon, mais plus sensible à ceux qui sçavent considérer «que la retraite de telles personnes au ciel est une marque «évidente de l'ire de Dieu sur la terre, à moi autant qu’à aucun «autre de ceux-là, qui connoissois de plus près ce que Dieu «avoit mis en lui, et estois assuré de l’honneur de son amitié. «Les consolations contre telles pertes ne se trouvent point ès «raisons humaines, pour vostre regard, car nature est plus «forte à les sentir que la raison. à les amortir; et aussi peu «pour le nostre, en la fragilité des choses de ce monde, puisque «nous y voyons de l'extraordinaire mesme en ce que les coups «nous redoublent si près à près. Il les faut chercher en Dieu, «qui régit tout justement et ne fait rien à l’adventure; qui fait «le bien de ceux qu'il aime en les retirant, et de ceux qui les «aiment, tout ensemble, en les advertissant par là de s’amender «et convertir à lui. »
A la mort de François de Chastillon coulèrent bien des larmes. Le rot lui-même pleura, car il sentit toute l’étendue de la perte qu'il subissait en la personne de l’un de ses plus constants serviteurs. Il fit preuve tout à la fois de sympathie et de générosité vis-à-vis de Madame de Chastillon, en lui faisant immédiatement parvenir l'assurance qu'il s’associait à son immense deuil, et qu'il ne pouvait ni mieux honorer la mémoire de son mari, ni manifester plus positivement sa confiance dans la direction qu’elle et lui avaient imprimée à l'éducation de leur fils, Henry de
! Mém. et corresp. de Mornay, éd. in-%9, t. 2, p. 199.
DT. LÉ ENTER PPS Coligny, son filleul, qu’en transmettant à cet enfant «tous les «Estats qu'avait son père.» | |
Ce jeune neveu de Louyse de Coligny était du même âge que [enri-Frédéric. Nous ferons connaître plus loin les circonstances qui, à quelques années de là, rapprochèrent l’un de l’autre Îles deux cousins et l'étroite fraternité d'armes qui s'établit entre
eux.